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LA MAISON DE POÉSIE


Fondation Émile Blémont

Reconnue d´utilité publique


16, rue Monsieur-le-Prince. 75006 Paris

06 37 51 17 09


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- Par courrier postal : La Maison de Poésie. Société des Poètes Français.

     16, rue Monsieur-le-Prince. 75006 Paris.

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Actualités

 

 

Juillet 2014

 

 

 

 GRANDES ESPÉRANCES EN ATTENTE

 

 

     Depuis huit ans, la Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont est soumise aux attaques de la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques (SACD). Depuis huit ans, la Maison de Poésie a été obligée de restreindre considérablement ses activités : les lecteurs ne peuvent plus accéder à sa bibliothèque (dont les 25 000 ouvrages se trouvent en dépôt dans les réserves de la Bibliothèque Nationale de France), la Fondation ne peut plus aider les jeunes poètes à rencontrer leurs premiers lecteurs, elle ne réunit plus régulièrement les poètes et amateurs de poésie, elle a dû licencier sa Directrice-Conservateur, etc. La Maison de Poésie a considérablement réduit ses publications poétiques – mais elle fait régulièrement paraître sa revue, Le Coin de table, qui continue malgré toutes ces difficultés.

 

Une étape importante

 

     Cependant, la Cour de cassation, dans son arrêt du 21 octobre 2012, a condamné la SACD. La Cour « casse et annule dans toutes ses dispositions, l’arrêt rendu entre les parties, par la cour d’appel de Paris ; remet, en conséquence, la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel de Paris autrement composée ».

 

     Jeudi 12 juin 2014, la Cour d’appel de Paris a tenu audience à cet effet. Elle rendra son arrêt le 18 septembre prochain.

 

     C’est le jeudi 28 septembre 2006, que Madame Sophie Deschamps, Présidente de la SACD, et Madame Janine Lorrente, sa Directrice ajointe, ont enjoint au Président de la Maison de Poésie de quitter les locaux historiques de la Fondation. La SACD voulait récupérer gratuitement les locaux que la Maison de Poésie s’était réservés en 1932, par un acte qui n’avait jamais été remis en cause pendant trois quarts de siècle par les Présidents successifs et leur conseil d’administration. Les temps ont changé. Le règne du profit triomphe. Mais la Cour de cassation a légitimé cet acte.
      Quatre procès plus tard, après huit années de contraintes, d’attaques, de pressions, d’intimidations, nous attendons un nouvel arrêt de la Cour d’appel de Paris.
      À notre connaissance, c’est la première fois qu’uns société d’auteurs en attaque une autre. Ces deux sociétés ont des régimes différents : la SACD est une société de perception de droits ; la Maison de Poésie, une Fondation reconnue d’utilité publique, ne fonctionnant qu’avec l’aide de ses amis, et en particulier leurs dons. Elle ne reçoit aucune subvention. Elle  ne perçoit aucun droit. Mais elle vit et agit en faveur des poètes et de la poésie depuis quatre-vingt-six ans. Ses administrateurs, tous bénévoles, et ses nombreux amis sont ses seuls soutiens.
      Nous ferons part aux poètes et aux amis de la poésie de la décision de la Cour d’appel.

     En attendant, Le Coin de table continue. La poésie aussi.

 La Maison de Poésie

 

                         


 

Disparition


Hélène Cadou

 

 Hélène Cadou est décédée à Nantes le 21 juin, à l’arrivée de l’été 2014.

Hélène Laurent, née à Mesquer (Loire-Atlantique) en 1922, avait épousé René Guy Cadou le 23 avril 1946.

Elle était l’un des sept membres du Conseil d’administration de la Maison de Poésie qui dirigent la Fondation Émile Blémont.

La poésie française perd un poète. Nous avons perdu une amie.

 

                       

 

 



Coin de t. N° 59


 

 

 

PASSAGE DES PANORAMAS

 

 

 

     On trouve en certaines villes, même aussi dissemblables que Nantes et Lyon, des passages entre deux rues, certains bien connus, d’autres secrets, tous fascinants. À Paris, celui de l’Opéra a été célébré par Louis Aragon, dans son Paysan de Paris en 1926, et il précise, après une visite revécue par la pensée de ce passage couvert où il retrouvait ses amis surréalistes au café Certa : « Je ne pouvais rien négliger, car je suis le passage de l’ombre à la lumière ».
      Ce passage que nous suivons nous aussi, du mystère ombreux à son évocation plus ou moins lumineuse, c’est l’un des chemins de la Poésie, celui de la révélation.
      Si le Passage de l’Opéra disparut en 1925 sous la poussée de la fringale immobilière, il en reste bien d’autres à Paris, et celui des Panoramas a particulièrement conservé depuis 1799 sa magie et ses pouvoirs venus de son passé prestigieux, bien qu’aient été rasées les deux tours où des panoramiques avaient été installés par Robert Fulton, l’inventeur du premier sous-marin, le Nautilus, soixante-dix ans avant celui de Jules Verne, bien qu’aient disparu les pièces circulaires où de gigantesques toiles peintes permettaient aux visiteurs de contempler une transposition de la réalité, par exemple une Vue de Paris depuis les Tuileries, plus fascinante que la vérité vraie de la vision directe.
      Ce passage de la réalité à sa reconstitution plus ou moins imaginée, c’est aussi un des miracles que nous attribuons à la poésie, mystère inélucidable que cette réalité de l’art plus vrai que le réel, grâce à ce surgissement soudain de l’ombre à la lumière, ou plutôt grâce à un nouvel éclairage, comme un Nautilus faisant surface après un passage sous les glaces du Pôle. Ce mélange inattendu de magie, de science, de fiction et d’anticipation n’est pas pour nous déplaire.
      Cet éclair de la révélation artistique avait ébloui les Goncourt en octobre 1866, au musée de Saint-Quentin, en découvrant les pastels de Quentin de La Tour :

 

     Ce n’est plus de l’art, c’est de la vie. Les têtes vous sautent aux yeux, paraissent se tourner pour vous voir, tous ces yeux vous regardent, et il vous semble que vous venez de déranger, dans cette grande salle, où toutes les bouches viennent de se taire, le XVIIIe siècle qui causait. Devant cela, on comprend que le beau, c’est la réalité, la vérité, l’art, la vie, quand l’art et le génie d’un homme sont assez forts pour la voir et pour la rendre.

 

     On aura garde de tronquer la remarque ; on n’oubliera pas la condition finale : il faut « l’art et le génie » de l’artiste pour faire apparaître à nos yeux et à notre esprit cette part d’ombre fondamentale, constitutive, que Victor Hugo cherchait à élucider, que les surréalistes traquaient Passage de l’Opéra – et que les abstractions, décorations et installations ne parviennent plus à nous révéler.

 

     Le domaine de la poésie est illimité. Sous le monde réel, il existe un monde idéal, qui se montre resplendissant à l’œil de ceux que les méditations graves ont accoutumés à voir dans les choses plus que les choses.

 

Victor Hugo, Odes.  Préface. Pélicier, 1822.

 

     On aimerait pouvoir penser que cette Préface fut écrite après une visite des Panoramas et une révélation « surréaliste » avec un siècle d’avance sur le café Certa. Comme les fausses étymologies sont souvent plus fécondes que les vraies, on imaginera que le rêve révèle ce que révèrent aussi bien les romantiques que leurs descendants surréalistes.

 


Panorama     

 

     On se contentera de constater que ces galeries des mystères de Paris ou d’ailleurs, enrichies de divers commerces et boutiques, sont restées des passages symboliques d’un lieu, et plus encore d’un temps à un autre, avec leurs graveurs, leurs philatélistes, leurs vitrines de modes, leurs marchands de fleurs, de tableaux ou d’estampes, leurs bouquinistes, leurs petits bars et leurs riches restaurants – et leurs flâneurs, rêveurs, poètes, comme le Comte Muffat, songeant à Nana dans le Passage des Panoramas, alors décrit par Émile Zola dans son roman en 1879, « le bariolage des étalages, l’or des bijoutiers, les cristaux des confiseurs, les soies claires des modistes… »
      Aujourd’hui, les visiteurs du Musée Grévin, encore sous le coup de la fascination des personnages de cire où s’est figé, immobile, un instant  du temps que pourtant rien n’arrête, des représentations tellement « vraies » que la confusion des vivants et des mannequins devient un jeu hallucinant, ces marcheurs qui ont été suivis du regard par les yeux grand ouverts de la copie sans gestes de leur propre vie, aujourd’hui, ces passants ayant défilé devant le temps suspendu sortent encore troublés du Musée et plongent alors dans la pénombre du Passage Jouffroy, situé dans le prolongement du Passage des Panoramas, avant de franchir la ligne de la lumière marquant l’issue du passage et de se retrouver dans la vie, dans leur vie, dans une vie.
      Le passage est un lieu où l’histoire est figée et pourtant vivante. On pouvait encore pénétrer, jusqu’en 1965, Passage Choiseul, dans la Librairie Lemerre qu’avaient fréquentée tant de poètes symbolistes, et y acquérir l’un de ces merveilleux recueils de sa petite collection.
      Ainsi la poésie. L’ancienne, la récente, la nôtre. 
      Elle a des passages à travers le temps, les lieux, les époques, et nous passons, on peut même dire nous « passageons » aisément au gré de nos lectures et de nos humeurs, en feuilletant nos livres ou nos souvenirs, de Villon à Prévert, de Ronsard à Éluard, de Lamartine à Cadou, etc. ; nous rêvons devant ses panoramas, celui d’une époque, celui d’un thème, celui d’un style, celui que nous baptisons « école », alors que ce ne fut qu’un groupe d’amis, voire de copains à la Jules Romains.

 

 

 

 

 LE FRISSON DE L’OMBRE À LA LUMIÈRE

 

 

 

     On est étonné, si ce n’est fasciné, par ce « passage de l’ombre à la lumière », qui est aussi celui de la reconnaissance du poète, par ses contemporains d’abord, par ses lecteurs de toutes les époques ensuite. Nous connaissons les moyens de passage, l’école, l’enseignement, l’université, l’édition, les journaux, les revues, les grands canaux de diffusion.
      Que faisons-nous, en cette revue, sinon aider au passage d’où peut naître un jour une œuvre encore dans la pénombre ? Aragon écrivait aussi :

 

     Que tout se mêle au vent, voici tous les mots dans ma bouche. Et ce qui m’entoure est une ride, l’onde apparente d’un frisson.

 

     Grâce aux nombreux passages que nous avons empruntés (nous les rendons aussi à la libre circulation de la foule), nous avons appris à déchiffrer tant de panoramas et la richesse de leurs mille détails, souvent groupés autour d’un poète « représentatif » – symbolique, comme il en est pour chaque grand tableau historique.
      Nous connaissons fort bien, par exemple, le panorama de la poésie du XVIe siècle, les poètes de la Pléiade, ceux qui les ont annoncés, ceux qui les ont suivis, ceux de l’école lyonnaise entre Rhône et Saône, surgissant de quelque mystérieuse traboule ou d’un somptueux corridor du Château de Blois à la cour autour de Pierre de Ronsard, Prince des poètes et Poète des princes – car il y a toujours au centre du panoramique, en quelque sorte un point focal d’un poète réfléchissant par son œuvre (et parfois sa vie même) la pleine lumière d’un art surgi de l’ombre.
      Il y a, évidemment, quelque injustice à cette mise au point. Nous avons appris, autre exemple, que le romantisme c’étaient nos quatre grands, Hugo, Lamartine, Vigny, Musset. Si l’on consulte l’excellente anthologie de la Poésie romantique française réunie par Luc Decaunes (1973, Seghers), on trouve, qui les accompagnent, plus de quatre-vingt-dix poètes d’une qualité poétique nullement négligeable. De leur richesse est aussi faite la gloire du quatuor. Ce choix panoramique, tellement révélateur de la vaste vie de toute une époque, est précédé d’une préface où Luc Decaunes remarquait, avec une typographie particulièrement insistante :

 

     La diction romantique, ce « chant profond » qui finalement se dégage de tant de voix diverses, est une manière de parler qui se veut une façon de vivre. Et dont la leçon pourrait ainsi se résumer :

 

 IL FAUT DONNER À LA VIE LA PLACE QU’ELLE A DANS LES RÊVES.

 

     Cette affirmation surprenante – et tellement juste – montre la longue continuité de l’art poétique des origines à nos jours par l’intermédiaire du romantisme, puis des ambitions du surréalisme, jusqu’à cette « vie en poésie » que revendiquaient Patrice de La Tour du Pin et René Guy Cadou, une autre vie que la tellement « quotidienne » dont se plaignait Laforgue, toute une vie « à changer » comme le voulaient Marx et Rimbaud. Quel panorama !
      Les passages de nos villes – de nos vies – sont des symboles du cheminement de la poésie à travers l’espace et le temps, de l’unique poésie en sa diversité, celle d’un art de la révélation par le langage qui, de  la Pythie jusqu’à Paul Valéry, a d’autres ambitions que les platitudes charriées dans les tombereaux de la pseudo-modernité. Un art qui peut utiliser aussi bien la technique que le hasard, la forme fixe que le vers libéré des contraintes, le murmure que le chant triomphant, d’abord et toujours un art. Ne jamais oublier cette ambition : un art.
      Les poètes qui sont ainsi parvenus jusqu’à nous le doivent d’abord à la qualité de leur œuvre poétique, mais également aux événements et circonstances attachés à cette œuvre. On connaît l’environnement d’une société raffinée qui a soutenu l’œuvre et la vie de Ronsard ; on sait quel rôle la IIIe République a fait jouer à l’œuvre de Hugo ; on n’ignore pas quel fécond repoussoir la société de l’entre-deux-guerres offrit aux surréalistes.
      Le riche héritage poétique dont nous bénéficions nous semble parfois un peu lourd à assumer, tant nous sommes confus de notre pauvreté d’aujourd’hui, de la médiocre esquisse de notre panorama tellement lacunaire ! Il nous semble que nous sommes démunis, au regard de nos prédécesseurs.
      À nous en tenir au poète occupant le centre de la toile, nous voyons apparaître, au début de notre proche voisin, le XXe siècle, Guillaume Apollinaire, mais avec un rassemblement si riche, malgré l’hécatombe de la guerre de 1914-1918, que nous renonçons à l’évoquer entièrement, si ce n’est en rappelant quelques autres enchanteurs, les Fantaisistes, Supervielle, Valéry, Cocteau… Gardons notre exigence. La deuxième moitié du XXe siècle, celle dont nous sommes directement issus, a tout de même connu trois grands poètes : Jacques Prévert, Louis Aragon, René Guy Cadou. Et beaucoup d’autres, comme d’habitude.
      On nous reprochera notre exigence, si ce n’est notre intransigeance. Mais nous ne sommes pas seuls à l’assumer. Il se trouve que ces quatre poètes ont été au XXe siècle, et jusqu’à nos jours, ceux qui ont été totalement reconnus par les lecteurs et amateurs de poésie, comme par leurs pairs, les poètes. Ce n’est pas rien. Cette foule a assuré leur traversée de ce long passage du temps. Ils s’inscrivent sur le panorama de leur siècle. Apollinaire n’est plus « le mal-aimé », mort l’avant-veille de l’armistice, persuadé de l’échec de ses Alcools, dont les quatre cents exemplaires n’avaient pas tous été vendus – alors que ce recueil vient d’atteindre dans la seule collection « Poésie » (Gallimard) un million et demi d’exemplaires. Aragon est connu, lu, chanté partout ; d’admirables poèmes de ses livres sont devenus populaires. Prévert a bénéficié d’un succès foudroyant auprès de la jeunesse dès la première édition de  ses Paroles. L’œuvre de René Guy Cadou a réussi à franchir d’elle-même le barrage des cuistres et des dédaigneux pour atteindre enfin sa juste place parmi ses pairs.     
     Comme le disaient aussi les chers frères en mars 1866, alors qu’on ouvrait dans Paris les premiers passages couverts : « Un succès peut ne rien prouver contre le talent ». Et d’autant plus que ces succès de nos quatre poètes-symboles ont été assurés par des lecteurs, des vrais, ayant acheté et payé leurs livres – et non pas des « spécialistes » (critiques, journalistes, professeurs, etc.) qui considèrent avoir droit à des « services » gratuits. Il a bien fallu que ces « spécialistes » nous rejoignent, nous autres, les lecteurs, tourneurs de pages de toujours et déchiffreurs d’écrans d’aujourd’hui.
      Les amateurs de la poésie strictement contemporaine ont bien du mal à faire un choix parmi les innombrables plaquettes et devant la carence de l’information poétique, pour ne rien dire des sottises des journaleux, du snobisme des chaudbiznesseux, du crétinisme de professeureux dont les emballements et les oukases nous laissent méfiants. Notre plus grand critique de littérature, Sainte-Beuve, écrivit dans l’un de ses Lundis consacré à Alfred de Musset qu’il chipotait : « Un des poètes dont il restera le plus, Béranger… ».

 

 

 

 PANORAMIQUES

 

 

 

     Tout le monde n’ayant pas la chance de lire Le Coin de table, on peut chercher d’autres lieux de passage et de rencontre. On peut, par exemple, consulter quelques catalogues d’éditeurs.
      Celui de la collection de La Pléiade (Gallimard) offre quelque garantie de sérieux. Quarante-quatre ouvrages de la Pléiade concernent la poésie. Certains sont épuisés ou indisponibles (Boileau, Malherbe, Poètes du Moyen Âge), quelques poètes n’y apparaissent que pour leur prose (Cendrars, Gautier), les écrivains de théâtre constituent une série à part (Corneille, Molière, Racine). On trouve dans cette collection une vingtaine de poètes du XXe siècle – et ce n’est pas si mal : Apollinaire, Aragon, Breton, Char, Claudel, Cocteau, Éluard, Jarry, Larbaud, Leiris, Michaux, Péguy, Ponge, Prévert, Queneau, Ramuz, Saint-John Perse, Supervielle, Valéry. Un seul poète vivant en notre siècle vient d’y entrer : Philippe Jaccottet. Nous n’entreprendrons pas de discuter ce choix ni ses lacunes. 
      Chez le même éditeur, la collection « Poésie », créée en 1966, regroupe aujourd’hui près de cinq cents titres d’environ deux cent cinquante auteurs, avec un tirage total de dix-sept millions d’exemplaires.
      On y retrouve des poètes très divers de toutes les époques. Beaucoup moins sélective que la précédente, cette collection accueille quelques monstruosités actuelles de la pseudo-poésie (dont on aimerait connaître le chiffre réel des ventes, en vain, ne rêvons pas là-dessus) – mais elle est bien, malgré ces complaisances, un passage de l’ombre à la lumière de quelques poètes de réelle valeur littéraire. Parmi eux, deux de nos favoris, que Le Coin de table a publiés à plusieurs reprises : Guy Goffette et Jacques Réda. En leur joignant Bertrand Degott, Pierre Lexert et Jean-Claude Pirotte, nous esquissons un premier Panorama du début de notre siècle, qui peut se déployer sans ridicule si nous ajoutons les poètes publiés régulièrement par Le Coin de table. Certes, nous ne prétendons pas décider aujourd’hui du vaste panorama qui se dessinera sous les yeux de nos successeurs. Mais ce n’est pas une raison pour rester inerte et laisser la mauvaise poésie chasser la bonne.
      C’est pourquoi nous continuons à faire de notre revue un permanent Passage des Panoramas de la poésie d’aujourd’hui, allant de l’ombre à la lumière avec celui qui reste ce « passant considérable » dans la foule : l’amateur de poésie qui l’entend chanter en lui depuis sa première et décisive rencontre en sa jeunesse, l’un de ces anonymes qui font triompher, un jour, les poètes, par-delà les modes et les usurpations.

 

 Le Coin de table

 

Passage des Panoramas

 

 

Passage des Panoramas. Collage.                                                        

     De haut en bas, colonne de gauche : Loui Aragon, René Guy Cadou.

     Médaillon : Jacques Prévert.

     Colonne de droite : Robert Desnos, Jacques Réda, Claude Roy, Guy Goffette.
     Au centre : Jean-Claude Pirotte.

 

                                              

 

Parmi les Poèmes de ce numéro :

 

 Matin

 

C’est à pas de velours que cette nuit se sauve,
Il n’est plus temps d’aimer, encor moins de causer,
Ta main frôle le drap comme pour apaiser
Le désir répandu en frissons dans l’alcôve.

Sous le rideau tiré brille une ligne fauve,
Deux mouches de soleil viennent s’interposer
Entre ta calme épaule et mon dernier baiser
Qui voulait prolonger d’un moment la nuit mauve.

Près de mon oreiller, ta main vient s’oublier,
Moite et naïve fleur. Comme un chat familier
Au bout de nez rosé, ta poitrine ronronne.

Et je retiens mon souffle auprès de ton corps nu,
Endormi ; dans la rue, un fol oiseau claironne
Que, pour d’autres que nous, le matin est venu.

 

Marie-Anne Bruch
Le Coin de table.

 

***

 

Les amants

 

 

En gisants ils dorment à deux
dans l’obscur livide de l’aube
et la robe et le gilet bleu
sont deux fleurs à terre dans l’ombre.

Une main reste en des cheveux
posée ainsi qu’un diadème
la compagne en gerbes de feu
et son homme épanoui sans gêne.

Leur sommeil tout mêlé d’éveil
tel un miel entouré d’abeilles
se dilue à l’orée de l’œil
comme un vent que filtre l’oreille

c’est la présence ainsi que l’air
d’une chair tiède où le jour tremble
et leurs peaux font le frou-frou clair
des tulipes que l’on rassemble.

 

Henri Bartoli

 

***

 

Et toi qui fus jolie…

 

 

Et toi qui fus jolie en ces temps incertains
Où rosissait la lampe au petit crépuscule,
Est-ce ton nom porté en verbe majuscule
Que je glissais tout bas au creux de mon destin ?

Je n’avais pas encore appris que le festin
Peut s’arrêter parfois aux simples préambules,
Et que reste en suspens le point ou la virgule
Dans la lettre envoyée au trop petit matin…

Prions Dieu, doucement, qu’il nous donne la chance
D’éterniser l’amour et sa toute puissance
Dans un visage aimé pour une et seule fois.

Et s’il faut te bénir, éphémère jeunesse,
C’est que tu mets ton nom au front des petits rois
Qu’illumine à jamais le doux nom de tendresse.

 

Jeanne Maillet

 

***

 

À la belle étoile

 

À la belle étoile,
nous irons demain
tendre notre voile
comme les marins.
Dans la nuit sereine
où s’en vont mourir
nos joies et nos peines,
nous irons dormir.
Nous levons la tête
et nous voyageons
d’étoile en planète,
à saute-mouton.
J’aurais pu vous dire
tous ces beaux clichés
qui font bien sourire
ceux qui sont nichés
dans des chambres closes
tout en haut des tours
où le ciel se pose
au lever du jour,
mais à toi je pense,
qui, sans même un toit,
supporte en silence
la neige et le froid,
qui a ur linceul
comme lit de toile,
le ciel à lui seul,
à la belle étoile.

 

Jean-Jacques Chollet

 

***

 

Mon père

 

 

Est-ce lui ce paysan, mon père,
Est-ce lui dans le sang de la terre,
Est-ce lui dans le pas pesant des bêtes,
Ce mirage, cette ombre, est-ce lui
Écrivant en lettres rondes avec l’épi,
Écrivant l’alphabet sur le vitrail du ciel
Quand soufflent les vents contraires ?
Est-ce lui encore creusant le sillon brun
Sur les moissons de ma pauvre mémoire ?

Est-ce moi perdue en lui, enfant-reine
D’un royaume qui cherche sa lumière ?
Est-ce nous dans les lunaisons d’autrefois
Errant aux quatre coins des villages,
Là-bas, tout au fond des mares perdues,
Là-bas dans le brun et le fauve des guérets ?
Est-ce toi ; est-ce moi, sous le clair de l’averse
Quand, dans le long soupir de ma déraison,
Passe une caresse arrachée au temps qui va.

Est-ce toi ce paysan, mon père, mon père ?

 

Suzy Maltret

 

***

 

Révisions

 

 

Merveille du grand âge, – ô sainte Pertinence !
Quand tous les livres lus comparés et pesés
– exclu l'avis des tiers, les faux-semblants chassés –
nous n'en retenons plus que la réelle essence.

J'ai relu La Chartreuse... et suis tombé de haut
– connaissant la ferveur de ses thuriféraires –
déçu par un discours prolixe et mellifère
vantant un niais, beylant, et mollasson héros.

J'ai repris Le Hussard... (celui que Jean Giono
fit courir sur les toits de la Haute-Provence)
surpris d'avoir d'abord tant prisé cette errance
faisant le choléra fuir un carbonaro.

Déjà que j'avais dû renoncer à poursuivre
la Recherche d'un temps qui me semblait perdu
et que j'avais laissé Ulysse en rade au vu
de ce qui me restait à lire de ce livre.

Joyce ou Stendhal Proust ou Giono et combien d'autres...
Ce n'est pas que l'on conteste votre talent
Je déplore surtout que parfois on l'ait tant
surestimé qu'on tend à vous trouver tout autres.

 

Pierre Lexert

 

***

 

Il y a…

 

Il y a toujours des mots justes
Qui brillent
Dans la noirceur de l’encre
Il y a toujours de l’aube
Dans nos cœurs
Qui réveille les dieux de la nuit.

 

*

Dans certaines villes
On mesure les distances entre les palais
Par le nombre de prisons
Et l’ampleur des cris
Perdus dans l’applaudissement
Du discours du Khalife.

 

*

Au cimetière
J’ai entendu les morts
Se moquer de nos comptes d’épargne !

 

*

Il a chargé son fusil,
Enterré son cœur,
Et s’est mis en route
Pour prendre Dieu en otage.

 

Khaled Youssef

 

                                            

 

Parmi les articles (extraits)

 

 

JEAN HAUTEPIERRE

 

LE THÉÂTRE EN VERS CONTEMPORAIN

 

 UNE DISPARITION ET SES CAUSES

 

     Le théâtre en vers est un genre délaissé depuis des décennies, ceci pour des raisons que l’on peut tenter de discerner, qu’il s’agisse d’un épuisement formel accompagnant l’affaiblissement du vers dans la poésie, ou d’un affaiblissement du genre théâtral lui-même, en perte de vitesse face à la montée de nouveaux divertissements audiovisuels, dont Internet est le plus récent. La quasi-disparition du théâtre en vers pourrait donc s’expliquer par la conjonction des difficultés du théâtre et des difficultés du vers.
      Ces tendances lourdes seraient accentuées par les difficultés inhérentes à la notion même de théâtre en vers. La forme du vers s’accorde a priori moins que la prose avec… un certain prosaïsme consistant à mettre sur scène une action et des personnages proches des spectateurs. Or, ce prosaïsme (sans aucune connotation péjorative) est victorieux sur la scène contemporaine, qu’il s’agisse du boulevard ou du théâtre plus ou moins « à thèse », ou encore des élucubrations qui sont le pendant de ce que nous connaissons en poésie.
      Il n’en reste pas moins que le théâtre en vers, à supposer qu’il vise à atteindre la Beauté, cet objectif qu’Edgar Poe assignait avant toute chose à la poésie, peut aussi servir à exposer des questions religieuses, politiques ou esthétiques en suivant une voie non directement didactique, dans laquelle la Beauté sublime le discours. Le théâtre classique fourmille de tant d’exemples de cet ordre qu’il n’est pas utile de les citer. On peut même soutenir que les thèmes religieux ou de philosophie politique favorisent l’emploi d’une forme plus hiératique que la prose, encore et toujours à condition que la Beauté reste l’impératif premier de l’œuvre.
      L’effacement du théâtre en vers, qui a commencé dans la seconde moitié du XIXe siècle, peut aussi être associé à l’atténuation du formalisme social. Est révélateur de cette tendance le choix qu’a fait Alain Didier de composer en vers ses pièces dont l’action est antérieure à 1789, en prose celles dont l’action est postérieure à cette date-charnière. 
      Par le hiératisme ou, tout au moins, la distance qu’il introduit entre le réel et son exposition, le vers donne au théâtre un aspect formel qui convient mieux à la pompe des sociétés traditionnelles ou des actions mythiques qu’à l’observation des hommes contemporains, trop familiers (dans tous les sens du terme), qui sait ? pour être présentés sous le voile poétique, voire cérémoniel, du vers.
      Une raison plus matérielle de l’effacement du théâtre en vers tient au fait que ce genre est dévorateur de temps, alors même que les auteurs doivent le plus souvent, parallèlement à la poursuite de leur œuvre, lutter dans l’arène professionnelle ; alors, également, que les difficultés matérielles du spectacle vivant ne permettent souvent d’envisager que de simples lectures d’une ou deux soirées, à défaut de véritables représentations. Plus profondément, on peut évoquer avec René Guénon la difficulté, dans les sociétés modernes, de toute réalisation dévoratrice de temps.
      D’un autre point de vue, un bref examen de la situation dans les pays de langue anglaise fournit une comparaison intéressante. Kayla McKinney Wiggins recense, dans Modern Verse Drama in English (Le théâtre en vers moderne de langue anglaise), 547 pièces de théâtre en vers anglophones publiées depuis 1935... Bien qu’il n’existe à ma connaissance aucune recherche comparable concernant le théâtre francophone, la disproportion avec le nombre de créations en français est flagrante, même si l’on tient compte de la différence du nombre de locuteurs des deux langues. Elle est peut-être liée au caractère moins contraignant de l’un des systèmes de versification anglaise, qui emploie le vers blanc, dont le formalisme – et donc les difficultés qui en résultent – est moindre que celui du vers français, même quand ce dernier s’accommode de quelques libertés à l’égard des règles de prosodie. Elle n’est peut-être pas non plus étrangère au fait que la prosodie anglaise, largement fondée sur l’accentuation tonique, repose ainsi sur une caractéristique intrinsèque à la langue, connue et pratiquée de tous, alors qu’en français l’usage de la rime isole très nettement l’expression en vers de toute autre forme d’expression. Le théâtre en vers apparaît donc peut-être plus « naturel » en anglais que dans notre langue.

…………………………………………………

 

I – THÉÂTRE EN VERS

 AUTEURS CÉLÈBRES ET PIÈCES À SUCCÈS

 

     « La présence du vers classique [au théâtre] s’est maintenue (…) à titre de curiosité » ; « le théâtre classique apparaît aux écrivains d’aujourd’hui comme un monument qu’on visite, et si vieux qu’il est devenu une antiquité ; mais il se dresse aussi comme un défi. Une gageure. Un modèle à égaler pour le surmonter », souligne Jacques Charpentreau dans son Dictionnaire de la poésie.
      Le choix d’un tel mode d’expression semble à l’auteur contemporain devoir être justifié, tant il est devenu incongru aux yeux d’une large partie du public.

 

 JEAN COCTEAU, OU LE DÉFI FORMEL

 

     Il semble que cette attitude apparaisse avec Jean Cocteau qui déclarait, dans la préface à son Renaud et Armide (1941) : « Voilà bien des années que je caressais ce rêve : écrire une tragédie en vers. » Avec Cocteau en effet, le théâtre en vers semble devenir une sorte de défi étrange, ce qui n’était pas encore le cas avec Edmond Rostand ou Saint-Pol-Roux. Bien au contraire, ce dernier justifiait, dans la préface qu’il écrivit en 1896 pour La Dame à la faulx, le choix d’une versification qui s’éloignait du cadre traditionnel de l’alexandrin théâtral et l’emploi fréquent, bien avant Jacques Réda, du vers de quatorze syllabes. 

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 ARMIDE

 

Je pleure cette Armide aux charmes adorés,
Je pleure ce Renaud que son amour ravage.
Renaud, Renaud, quel vent te poussait au rivage ?
Ne jette pas ton ancre et retourne sur l’eau.
Armide ignorera qu’il existe un Renaud,
Renaud ne saura pas qu’il existe une Armide.
(III, 4)

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Cocteau. Renaud et Armide                Obaldia. Médaille

 

 RENÉ DE OBALDIA, OU LE JEU DES VERS

 

     René de Obaldia est probablement le premier à avoir exploité tout au long d’une pièce, Les bons bourgeois (1980), le comique résultant du contraste entre la forme du vers et la vie contemporaine. Ce contraste porte d’autant mieux que le comique est plus percutant s’il renvoie le lecteur-spectateur à une réalité qui lui est familière. René de Obaldia a écrit cette comédie en hommage à Molière ; comme Cocteau dans Renaud et Armide, il respecte la règle des trois unités ; comme Cocteau, il relève « le défi que représente le fait d’écrire une pièce en vers, dans le moment où le langage est de plus en plus récusé. »
      Mais la filiation avec le théâtre classique est bien sûr vécue très différemment, ce qui tient à la fois au genre adopté et à une volonté parodique qui porte également sur le contraste entre le langage et les situations :

 CHANTAL

 (…)

C’est un soleil pour tous une femme qui aime !

 PHILOMÈNE

 « Qui aime » fait hiatus mais je n’en dirai rien,

(I, 1)

 PHILOMÈNE

 Mais l’insulte est plus forte et le coup plus perfide
Quand la main qui le porte est du même ovoïde
(I, 1)

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 JACQUES RAMPAL ET CLAUDE LABARRAQUE-REYSSAC,

 DEUX SUITES DU MISANTHROPE.

 

     Jacques Rampal trouve sa place dans cette première partie en raison du succès qu’a connu Célimène et le cardinal avec laquelle l’auteur, après Fabre d’Eglantine et Courteline, a relevé le défi tentant de donner une suite au Misanthrope. Cette filiation directe avec le théâtre classique tient cependant plus au fond qu’à la forme, caractérisée par une certaine liberté qui, à la différence de ce qui apparaît dans Les bons bourgeois d’Obaldia ou dans le théâtre d’Hippolyte Wouters, ne résulte pas manifestement d’une volonté parodique. On est d’autre part en droit de trouver peu naturelle et peu crédible, d’un point de vue psychologique, la manière dont se déroule cette entrevue entre Chimène et Alceste devenu cardinal :

 ALCESTE

(…)
J’ai su votre mariage, et je m’en réjouis.
Acceptez tous mes vœux.

 CÉLIMÈNE, amusée.


                                           
Vos vœux ? Mille mercis.
Mais il y a vingt ans que je me suis mariée…

(Un temps. Stupeur d’Alceste.)


Eh oui, j’ai quarante ans depuis l’année passée.

 ALCESTE


Il n’est jamais trop tard pour des vœux de bonheur,
Et les miens, croyez-le, viennent du fond du cœur,
Même vingt ans après. (I, 2)

 

     On est en droit de préférer à Célimène et le cardinal cette autre suite du Misanthrope, Célimène ou Le retour d’Alceste, de Claude Labarraque-Reyssac qui, si elle n’a pas eu le même succès, se caractérise à la fois par des vers plus rigoureux, par des personnages à la psychologie plus plausible et plus fine, ainsi que par des dialogues plus élégants et plus réalistes :

 ALCESTE

 Des amis ?… Mais j’en ai dans la nature même :
Les chiens et les chevaux, les chats, les oiseaux m’aiment !
À mon cœur ulcéré, tous firent un grand bien ;
Eux, ne trahissent pas… Et ce n’est pas pour rien
Que Dieu les a donnés à l’homme sur la terre,
Et surtout à celui dont l’âme est solitaire…
(I, 2)

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 II – LES MULTIPLES VISAGES

 

DU THÉÂTRE EN VERS CONTEMPORAIN

 

     Les noms qui vont suivre parleront moins au lecteur que celui de René de Obaldia – encore qu'Hippolyte Wouters ait joué un rôle considérable dans le retour médiatique de la théorie, formulée par Pierre Louÿs, selon laquelle Corneille aurait composé les meilleures pièces de Molière.
     Il est intéressant d'observer que les œuvres de ces différents auteurs, loin de pasticher la tragédie du XVIIe siècle, loin de se référer tout purement et simplement aux canons du théâtre classique, sont bien distinctes les unes des autres, tant par leur forme que par leur inspiration. J'ai choisi de les évoquer plus longuement que les précédentes, car elles ont jusqu'à présent bénéficié d'une moindre diffusion.

 

LE THÉÂTRE EN VERS COMME TRIBUNE

 LE THÉÂTRE SACRÉ D'ALAIN DIDIER

 

     Alain Didier vise avant toute chose à promouvoir la religion catholique. Ceci n’est pas incompatible avec une réflexion de l’auteur sur le mode d’expression qu’il utilise ; comme on l’a vu au sujet de Cocteau, le caractère aujourd’hui insolite du théâtre en vers incite souvent ceux qui s’y adonnent à rechercher et exposer les causes d’un tel choix.

 

Didier

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 Remontons le temps avec l’auteur pour le suivre jusqu’au Paradis perdu avec l’une de ses pièces, Eden :

 

LUCIFER (à Dieu)

 

Crains que de ma prison je n’ose encor sortir
Pour contrarier ton règne et pour l’anéantir !
(Prologue)

 

LE PÈRE

 

(…)
Sur l’Eden cependant brille un dernier soleil.
Ève et Adam, sortis d’un indigne sommeil,
Ont appris comme est vain l’espoir d’y vivre encore.
Descendons accomplir les moissons de l’aurore.

(III, tableau 1)

 

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LE THÉÂTRE CRITIQUE D’HIPPOLYTE WOUTERS

 

     C’est une tout autre approche que nous offre Hippolyte Wouters, même s’il s’agit encore de « théâtre à thèse » (en admettant que l’on puisse qualifier ainsi le théâtre sacré) – du moins en ce qui concerne Le Destin de Pierre, comédie en vers et prose dans laquelle l’auteur met en scène la « théorie Molière-Corneille » évoquée plus haut. Fort logiquement, Corneille s’y exprime le plus souvent en vers et Molière, versificateur malhabile n’ayant selon Hippolyte Wouters composé ni Tartuffe, ni Le Misanthrope, en prose :

 

PIERRE (à son frère)

 (…)
Crois-tu que l’on puisse être un homme de génie,
Sans vivre intensément tout ce qui fait la vie,
Ni donner aux héros que l’on fit amoureux
Son cœur, sa chair, son sang et aimer avec eux ?

À part cela, je suis, je crois, un bon époux :
Je respecte ma femme et l’admire beaucoup.
Si Marquise du Parc me trouve indigne d’elle
Ce sera mon honneur, hélas, d’être fidèle…
(II, 5)

 

et, dans la partie en prose :

 CORNEILLE

 (…)
      La souffrance nous est nécessaire ; laissons le bonheur aux hommes ordinaires : c’est leur consolation de n’être que ce qu’ils sont. J’ai à écrire et vous à représenter la vérité des hommes, cela me paraît plus important que d’être heureux.

 

MOLIÈRE

 Je voudrais l’être pourtant…

 CORNEILLE

 De toute manière, le bonheur est comme une cruche sur la tête d’un mousquetaire ivre.

(III, 5)

 

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LE THÉÂTRE SATIRIQUE

 D’HENRI ASTIER ET DE CHRISTOPHE BARBIER

      Voici venir maintenant la satire avec Domenaque, où Henri Astier caricature les déboires de l’équipe hexagonale de… podosphère en 2010, tout ceci étant transposé dans le contexte d’un Empire romain ayant certes un peu évolué.

DOMENAQUE

                                      C'est bien nous cette fois !
J'entends quelqu’un crier « Gaule » à perçante voix.

 PHYSIOS

 « Goal » veut dire ici « but », et rien en ce tumulte
Ne permet de savoir dans quel camp l'on exulte.
(II, 1)

      Cette drôlerie n’exclut pas la qualification de tragédie attribuée par l’auteur à sa pièce en raison du massacre final des joueurs, dans un contexte qu’on laissera le lecteur-spectateur découvrir et qui illustre le décalage temporel entre l’Antiquité et le XXIe siècle…
      Citons enfin La Guerre de l’Élysée n’aura pas lieu, ou L’impromptu de Garombert, satire politique en vers de Christophe Barbier. Jacques Chirac, Lionel Jospin, sont les personnage d'une pièce qui, comme le signale Jacques Charpentreau en citant l’extrait suivant dans son Dictionnaire de la poésie, a obtenu un certain succès. Elle met en scène Jacques Chirac (alors Président de la République) et Lionel Jospin (alors Premier ministre), qui dialoguent en alexandrins :

 LIONEL JOSPIN

 Pardon pour ce retard, mais il fait déjà sombre.

 JACQUES CHIRAC

 Nul ne vous a suivi ?

 LIONEL JOSPIN

                                           Non, pas même mon ombre.
Pour quitter Matignon, j’ai pris un souterrain,
Et j’ai mis un faux nez pour monter dans le train.
Pour tous, j’ai disparu, on s’inquiète, on s’alarme.

 JACQUES CHIRAC

 Même chose pour moi : l’Élysée est aux armes.

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III – LA TRAGÉDIE CONTEMPORAINE EN VERS

 ET SES DIFFÉRENTES VOIES

 

 LOUIS LATOURRE, OU L’ORCHESTIQUE

 

     Dans l’avant-propos d’Adonis, sa seule pièce publiée à ce jour, Louis Latourre souligne le rôle des sonorités et tout particulièrement des voyelles dans la construction du vers, l’importance de la diction et de la mise en scène :

      Autant la diction, autant l’écriture et l’œuvre entière tranchent sur l’ordinaire de la langue et du théâtre les plus courants, autant la mise en scène rompt avec tout ce qu’on pourrait communément attendre aujourd’hui du spectacle d’une tragédie en vers. Les mouvements d’ensemble, les déplacements et les gestes de chacun des acteurs du spectacle sont en effet régis par une orchestique indissociable de la mise en scène. Orchestique et mise en scène s’appuient mutuellement, comme la composition d’un vers appuie et se ressent de celle de l’œuvre entière. Cette orchestique n’est justement rien d’autre que la transposition scénique des moyens de la poésie.
      Il s’agit de faire en sorte que tous déplacements et gestes prennent eux aussi, comme la langue poétique, un sens à la fois distinct et distant de celui que la vie quotidienne leur impose. Joignant le geste à la parole, l’orchestique veut toucher le spectateur en ce qu’il voit : couleur des vers, timbre des voix et éloquence des gestes tendent tous trois à se fondre. 

 

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 APHRODITE

 Vos soupirs, Adonis, ont le sens… d’une fleur ;
Un feuillage bruissant vous tient lieu de pensées ;
Mais ses plaintes aux vents ne sont pas moins sensées,
Moins sensibles qu’un songe, aux accents des seuls biens
Que suspendent vos sens à l’extase des miens :
En dussiez-vous penser vos chaînes moins suaves,
Songez que bien des vents choisissent leurs esclaves
Entre ceux qu’Aphrodite a choisi d’enchaîner…
Mais un tel choix en rien ne doit vous étonner ;


(…)
C’est vous que de ses biens l’Amour a pensé digne ;
C’est vous, si ma beauté sur toutes semble insigne,
Que ses puissantes mains ont fait plus beau que moi.

 

ADONIS

Plus beau que la Beauté ? Comment t’ajouter foi…

 

APHRODITE

Ah ! faites-vous enfin plus humble que vous n’êtes ;
Souffrez que ces miroirs me servent d’interprètes,
Et sur ceux dont l’Amour a semé vos chemins…
Penchez-vous… Regardez le plus beau des humains.
(II)

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JEAN HAUTEPIERRE, OU LA POÉSIE DE LA MORT

      Le thème de cet article m’oblige à cet exercice délicat qu’est l’évocation de mes œuvres personnelles. Avec Néron (1991), ma première tragédie en vers, j’ai voulu relever plusieurs défis. D’abord, il s’agissait d’affirmer la possibilité d’une telle entreprise en France, à la fin du XXe siècle. Je voulais aussi me prouver que je disposais d’un souffle me permettant d’aller au-delà des poèmes relativement brefs que j’avais composés jusque là : ces deux raisons, la seconde surtout, faisaient en partie de la réalisation de cette œuvre un exercice de style. Je souhaitais aussi aller vers un public plus large que celui auquel s’adressent généralement les revues et recueils de poésie. Ce dernier propos peut faire sourire ; cependant, espérer amener au théâtre en vers un nombre de spectateurs supérieur aux minces phalanges des lecteurs de poésie contemporaine m’apparaissait et m’apparaît toujours comme un projet rationnel : qui ne trouve pas plus facile d’écouter des vers bien dits que de les lire – particulièrement pendant une durée équivalente à celle d’une représentation théâtrale ? Cependant, j’avais également voulu, comme je le soulignais dans l’avant-propos de Néron, « développer non un simple pastiche des pièces classiques, mais l’expression d’un véritable théâtre poétique. »

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      Le projet de mettre la poésie sur scène entraîne la présence de nombreux développements non strictement scéniques, ou de passages oniriques :

 

NÉRON

 Ah ! Que sonnent enfin les cloches
Sous les coups des douze fantoches,
Et que les trois derniers, pâles comme l’hiver,
Allongent leurs marteaux de flammes et de fer !
Que tout chancelle et que tout se disperse
Dans le fracas de la tempête adverse !
Cités, clochers, livides habitants,
Comme le choc de mille trains grondants !
Sous le chaos, que plus rien ne persiste
Du jour malade, éternellement triste !
Que tout ait vécu ! Que vienne le sort !
Que soit béni le jour de notre mort !

(V, 11)

      La forme de Tristan et Yseult apparaît nettement moins rigoureuse que celle de Néron, ce qui correspond à la fois au contexte médiéval (et donc « non classique ») de la transcription du mythe de Tristan et Yseult et, bien plus profondément, à mon évolution personnelle – le projet de réaliser un exercice de style, qui fut l’une des motivations de la composition de Néron, ne présentant plus aujourd’hui à mes yeux le même intérêt. L'objectif de mettre la poésie sur scène est devenu cette fois absolument central.

 

TRISTAN

 

 Ah, n'écoutez plus que cet ivre chant
Que je crie et recrie sans cesse !

 

YSEULT

Je n’écoute plus que cet ivre chant
Depuis qu’est morte ma détresse !
Avec vous, mon cher et mon seul amant,
Dont je suis la chère et seule maîtresse
– Car ainsi en va-t-il de nous :
Ni vous sans moi, ni moi sans vous. 

 

  Yseult.

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      Dans Le Prince de Carcosa, tragédie fantastique en cours d’achèvement, le rythme même du texte évoque souvent la marche ou l’incantation, illustrant la nature de cette pièce qui est un long chant funèbre rythmant l’agonie des deux soleils de la planète Carcosa, en un temps et un lieu absolument indéfinis. Il n’est donc pas fortuit que j’y emploie souvent l’hexadécasyllabe césuré au milieu du vers, dont le lent martèlement ponctue la marche vers l’abîme – marche que l’emploi d’octosyllabes, aux rimes se répétant fréquemment, aurait rendue trop bondissante :

 

C’est la terre de Carcosa, écrasée par des cieux trop lourds
Et que des flammes et des flots viennent dévorer tour à tour,
Un sol livide ou calciné parsemé de feux et de gouffres,
Un univers sombre et mourant flamboyant de fer et de soufre,
Dont tout se broie sous le chaos, jusques aux morts dans leurs cercueils,
Comme sombrent ou sont brisés par la tempête les écueils :
(…)
(Prologue)

*

PAUL ARCAULT, OU LA MÉLODIE DE L’ÂME

 

      Paul Arcault est l’auteur de deux pièces en vers bien distinctes par leur fond, voire par leur forme littéraire. Classique, il l’est par sa forme, tout d’abord, puisqu’il bannit les entorses aux règles que pratiquent fréquemment les autres auteurs cités ici, à l’exception de Louis Latourre. Classique, il l’est aussi comme Louis Latourre par le choix de son sujet – du moins en ce qui concerne sa première pièce, la tragédie Antigone. Classique, il l’est encore par sa manière de l’exposer et par son mode d’expression, là où Louis Latourre semble se rattacher également au symbolisme par certains aspects formels.

      Mon idée était de faire le portrait d’un homme soucieux de libérer sa cité de l’emprise d’une religiosité néfaste incarnée par le devin Tirésias (dont un oracle a causé la mort d’un des fils de Créon), mais un homme qui s’enferme dans sa logique purement politique et devient finalement inhumain en condamnant Antigone, laquelle n’est pas moins aveugle que lui, d’ailleurs. Deux orgueils se font face, chacun ayant ses raisons et ses torts.
      Pour traiter ce sujet, le choix des vers s’est imposé à moi immédiatement. La distance mythologique, la dignité des personnages, tout appelait à l’usage d’une forme d’expression plus élevée que la simple prose. (…), si l’on ne recule pas devant un tel sujet, on n’a pas à reculer devant de tels moyens.

      Par l’importance accordée à Créon, l'Antigone de Paul Arcault se rapproche du Ponce Pilate d’Alain Didier en ce qu’elle accorde une place centrale au principal personnage négatif de la pièce, ceci non sans une grande compréhension de ses mobiles : « Créon (…) comprend parfaitement, en somme, la dimension politique de la religion. Mais Créon est aussi aveugle pour ce qu’il n’en perçoit aucune autre. »

 

ANTIGONE

 Tant que l’on nommera crime la loi auguste,
Je serai criminelle afin de rester juste.
(III, 3)

 ANTIGONE, calme

 Je ne redoute pas les infernales nuits…
Ma vie n’est qu’un moment que l’éternité suit.
Achevez-en le cours, s’il vous plaît que je meure.
C’est parmi ceux d’en bas qu’à jamais je demeure.
J’ai respecté leur loi. J’ai respecté les morts.
Du royaume d’Hadès je gagnerai les bords
Sans effroi ni regret. – Tuez une innocente.
(V, 3)

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      Paul Arcault et moi-même, en passant d’un sujet antique à un autre sujet, avons suivi des évolutions comparables vers une plus grande liberté formelle, qui va pour ma part jusqu’à une remise en cause de grande ampleur des règles classiques. Si, avec Antigone, Paul Arcault nous donne une tragédie, il qualifie de fantaisie son autre pièce La Tenue d’Ève qui, en effet, évolue du comique au tragique en passant par certains passages mélancoliques ou philosophiques, mais avec esprit et avec une légèreté aérienne, sans le pathos qui caractérise le drame romantique, loin surtout des complaisances, des ridicules et des creuses provocations (la nudité elle-même a effectivement un sens dans cette pièce) d’un théâtre qui se veut le seul théâtre contemporain.

LE PRINCE

 Ce que j’aime ? Vraiment, voulez-vous savoir ? Rien
Qu’être en vie, être vrai, vivant, aérien !
De la légèreté ! Voilà tout ce que j’aime.
La plus haute, la plus grave, la plus extrême
Légèreté. L’habit le plus simple qui soit,
Si subtil, si parfait qu’on ne sente sur soi
Rien ! Pas même le poids infime d’une fibre…
Se sentir si léger que l’on croit être libre !
(II, 3)

 LE TAILLEUR

 Mais criez à l’outrage ! Au blasphème ! Au scandale !
Songez qu’ils n’ont pas même aux pieds une sandale !
Songez qu’ils n’ont rien, rien ! rien sur eux que leurs peaux !
Ils sont nus ! Ils sont nus !


S’écroulant en sanglots :

                                                   Ils sont nus !…

 Un moment de silence. Puis on entend :

 

UNE VOIXdans la foule

 Ils sont beaux.
(IV, 4)

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 Jean Hautepierre

L’étude complète est publiée dans Le Coin de table, n° 59. Juillet 2014.

 

                               

 

MATHILDE MARTINEAU

 

 PREMIÈRE STATION  DES FLEURS DU MAL

 LÉO LESPÈS PUBLIE CHARLES BAUDELAIRE

 

      En juin 1850, on peut lire dans Le Magasin des familles, « Le châtiment de l’orgueil » et « Le vin des honnêtes gens », deux poèmes signés Charles Baudelaire que l’on retrouve, légèrement modifiés, dans Les Fleurs du mal. Ils étaient suivis de cette annonce :

      Ces deux pièces sont tirées d’un livre intitulé Les Limbes qui paraîtra très prochainement et qui est destiné à reproduire les agitations et la mélancolie de la jeunesse moderne.

      Ces « agitations » comme on le sait, firent grand bruit, mais Léo Lespès, directeur du Magasin des familles, journal qui, comme son nom l’indique, était consacré aux familles, ne s’en doutait pas. Il ne se doutait pas non plus qu’il était le premier à publier deux poèmes des Fleurs du mal, annoncés sous le titre Les Limbes et signés Charles Baudelaire.
      Le nom de Léo Lespès (1815-1875), ou plus précisément d’Antoine, Joseph, Napoléon Lespès est aujourd’hui oublié du grand public, mais gageons que son pseudonyme, Timothée Trimm, n’a pas totalement disparu des mémoires. Il fit, dans les années 1860, la gloire du Petit Journal, gonflant son tirage jusqu’à trois cent mille exemplaires ! À ce moment, les frères Goncourt disaient de lui : « L’homme le plus lu, dans le ci-devant pays de Balzac, d’Hugo et de Michelet est  Léo Lespès. » (Journal, 1864).
      Ce n’était pas, venant d’eux, un compliment, l’hommage était perfide. La littérature devenait une industrie et les frères Goncourt étaient exaspérés par les succès du journaliste plébiscité par les abonnés, pour ses romans, pour ses feuilletons, et par sa popularité. Les Goncourt ont évoqué, en 1860, dans leur roman Charles Demailly, leur combat contre la presse à scandale, alors si populaire. Quant à Léo Lespès, il signa Timothée Trimm en 1863, dans Le Petit Journal, qui publiait sa chronique en première page.  

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      Il continua sa double carrière de journaliste (Gazette des dames et des demoiselles, etc.) et d’écrivain sous le nom de Timothée Trimm en publiant en des genres divers, passant de Paris-Album historique et monumental, aux célèbres Contes de Perrault continués par Timothée Trimm, ou par des chansons comme Le Baiser du régiment.

 

 LÉO LESPÈS AVANT TIMOTHÉE TRIMM

      En 1850, Timothée Trimm n’était pas encore né et Léo Lespès était à trente-cinq ans directeur du Magasin des familles.
      Cet enfant de troupe qui avait abandonné l’armée et son uniforme de voltigeur en 1838, connut des moments difficiles. Il entra dans le journalisme en 1840 en publiant dans L’Audience de Polydore Millaud, des nouvelles effrayantes comme Les Yeux verts de la Morgue qui tinrent en haleine les abonnés.
      L’Audience disparue, Léo Lespès accepta le poste de rédacteur en chef au Journal des Prédicateurs proposé par Boiste de Richemont où il apprit le métier de journaliste, enchaînant ensuite le même poste au Journal du dimanche, à la Revue et gazette des voyages, à la Revue des marchands de vin, à la Presse, etc. Cet auteur dont l’imagination et l’énergie ne faiblissaient pas, continuait néanmoins ses publications. Parmi ses titres : Histoires roses et noires, Les Mystères de grand Opéra, Histoires à faire peur, La Juive errante, Barabas et ses filles, etc.
À la fois auteur et journaliste, il participa activement aux débats suscités par la Société des Gens de Lettres où il accepta des responsabilités dès les premiers comités et dont il devint président en 1872.

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  LE MAGASIN DES FAMILLES EN 1850

      Léo Lespès fonda une multitude de périodiques ; parmi eux, en 1849, Le Magasin des familles. C’est un mensuel apolitique d’une trentaine de pages fait pour la distraction et l’éducation de la famille, comme le montrent les titres des rubriques du numéro de juin 1850, celui où sont publiés les poèmes de Baudelaire.

 Arts usuels de la famille : Histoire de la dentelle
Les femmes de l’Empire : madame Tallien
Poésies de la famille : Châtiment de l’orgueil et Le vin des honnêtes gens
Contes des veillées de famille : Le soldat de plomb tendre et constant
Portraits littéraires du temps : Miss Maria Edgeworth, auteur des contes d’éducation
Études historiques sur les vins : le bonhomme Latreille

      Cette « étude historique » sur le vin avait commencé dans le numéro précédent. On comprend comment Léo Lespès se met à la portée de ses lecteurs en se reportant à la fin de l’article : il ne prend aucun risque

      J’ai un peu de doute de l’intérêt que vous inspirait mon vieil œnologue ; c’est pour cela qui je n’ai point voulu lui donner la parole … pour tous les conseils pratiques que je vous ai transmis ; je me suis contenté d’écrire d’après les notes que j’avais prises sous sa dictée. Que son ombre me pardonne si parfois, dans ce travail, j’ai tronqué, mutilé ou maladroitement interprété ses pensées et ses instructions !

      Plus sérieusement, le choix des poèmes est adapté à l’ensemble des autres rubriques et du journal. Léo Lespès ne les a pas choisis au hasard. Il faut relire Les Fleurs du mal pour comparer les textes et mesurer l’importance des mots et le jeu du poète.
      Les  modifications par petites touches font toute la différence. Rien ne troubla les familles dans « Le Châtiment de l’orgueil » le mot « fœtus » n’apparaît pas, c’est « objet » que l’on peut lire. Le principal changement du second poème est son titre, « Le vin des honnêtes gens » devint « L’Âme du vin ». Nous ignorons si ces poèmes ont été modifiés par Baudelaire pour paraître dans ce journal ou écrits tels quels et modifiés ensuite pour intégrer Les Fleurs du mal, mais il est intéressant de constater les évolutions de l’écriture du poète et ses choix.

 

 ET BAUDELAIRE VINT…

      Baudelaire a vingt-neuf ans en 1850. Avec la publication de ses deux poèmes, il franchit un pas décisif. Il abandonne les pseudonymes et signe, pour la première fois, semble t-il, de son seul patronyme, c’est-à-dire, Charles Baudelaire, le nom de son père.
      Jusqu’à cette date, sa signature officielle, déclarée lors de son adhésion en 1846 à la Société des Gens de Lettres, était Charles Baudelaire-Dufaÿs (avec ou sans tréma), Dufaÿs étant le nom de sa mère. C’est sous ce nom qu’il publia son premier texte imprimé, le Salon de 1845, qui était consacré à l’art. Cet essai lui ouvrit les colonnes du Corsaire-Satan où ses amis de la pension Bailly, Ernest Prarond et Gustave Le Vavasseur publiaient déjà. 
      Puis, dans L’Artiste, parut « À une dame créole », son premier poème imprimé. Ses poèmes, comme ses articles de critiques littéraires, et artistiques, de même que ses Salons, étaient signés « Baudelaire-Dufaÿs ». Le poète était, rappelons-nous, sous la tutelle financière de Maître Ancelle depuis 1844.  
      Le milieu dans lequel il s’installait, celui des artistes, des écrivains, des critiques, et bien entendu des journalistes, le confortait dans ses goûts. Il retrouvait Théodore de Banville, Théophile Gautier, Nadar et la bohème littéraire. Émile Deroy le guida dans les ateliers. Il fonda même en 1848, pour fêter l’avènement de la seconde République, Le Salut Public, avec Champfleury et Charles Toutin. La vignette du second et dernier numéro était de Courbet. Son engouement politique fut rapidement tempéré. Baudelaire et Léo Lespès purent se croiser à maintes reprises, dans les milieux journalistiques comme dans les cafés à la mode. Ils purent aussi se rencontrer plus précisément à la Société des Gens de Lettres où Léo Lespès siégeait souvent. Baudelaire adhère à  Société en 1846 ; en janvier 1847, le Bulletin de la Société des Gens de Lettres publiait sa seule nouvelle, La Fanfarlo, signée « Charles Defayis », où il est l’étrange Samuel Cramer. La nouvelle se termine par cette information :

 MM. les membres de la Société des Gens de Lettres et les directeurs de journaux sont avertis que M Charles Defayis dont la signature précède est le même que celui qui a jusqu’ici fait partie de cette Société sous le nom de Charles Baudelair (sic) Du Fays et qu’il signera désormais Charles Defayis par abréviation.

 

 DU MAGASIN DES FAMILLES AUX FLEURS DU MAL

      En 1850, Baudelaire était engagé depuis une dizaine d’années sur la voie poétique.
      Depuis son retour de l’île Maurice, il mesurait l’importance de la presse. Il étudia son fonctionnement en collaborant plus ou moins anonymement. Ses textes s’élaborent lentement. Quant aux stratégies littéraires, elles ne lui étaient pas inconnues, il les évoque dans certains essais. L’un, fut publié en 1845 dans le Corsaire-Satan, « Comment on paie ses dettes quand on a du génie » ; l’autre, « Conseils aux jeunes littérateurs », parut en feuilleton en 1846, dans L’Esprit public.
      La composition du recueil des Fleurs du mal s’étale sur plusieurs années, elle commence vers 1840, jusqu’à sa publication, en 1857. Son ami Charles Asselineau en a expliqué la genèse. D’abord annoncé sous le titre Les Lesbiennes, en 1845 et en 1846, il évolua en 1850 sous le titre Les Limbes. Enfin, en 1855, le titre de Fleurs du Mal trouvé par un ami journaliste, Hippolyte Babou, à l’occasion de la publication d’un extrait dans La Revue des deux mondes, fut conservé par Baudelaire. En 1857, le recueil complet est publié chez Poulet-Malassis et De Broise, avec le retentissement que l’on sait.
      L’importance du rôle des journaux et des revues littéraires était essentiel à cette époque où ni la radio, ni la télévision ni internet ne permettaient aux écrivains et autres hommes de lettres de rencontrer le public. Leur publication augmenta considérablement lorsque la liberté de la presse et les progrès techniques permirent leur diffusion à moindre coût. Les écrivains, et les poètes devinrent alors des collaborateurs importants. C’est ainsi que le directeur du Magasin des familles, Timothée Trimm, dont le nom manque souvent dans les nombreuses études sur l’époque, fut amené à publier les premiers poèmes du poète signés seulement Charles Baudelaire. 

 

Mathilde Martineau
L’étude complète est publiée dans Le Coin de table, n° 59. Juillet 2014.

*

 

Châtiment de l'orgueil

 

Dans ces temps merveilleux où la Théologie
Fleurit avec le plus de sève et d’énergie,
On raconte qu’un jour un docteur des plus grands,
Après  avoir touché les cœurs indifférents
Les avoir remués dans leurs profondeurs noires,
Et même découvert vers les célestes gloires
Des chemins singuliers à lui-même inconnus
Où les purs esprits seuls peut-être étaient venus,
Comme un homme monté trop haut, pris de panique,
S’écria, transporté d’un orgueil satanique :
« Jésus, petit Jésus, je t’ai porté bien haut !
Mais si j’avais voulu t’attaquer au défaut
De l’armure, ta honte égalerait ta gloire,
Et tu ne serais plus qu’un objet dérisoire ! »

Immédiatement sa raison s’en alla.
L’éclat de ce soleil d’un crêpe se voila ;
Tout le chaos roula dans cette intelligence.
Temple autrefois vivant, plein d’ordre et d’opulence,
Sous les plafonds duquel tant de pompe avait lui.
Le silence et la nuit s’installèrent en lui,
Comme dans un caveau dont la clef est perdue.
Dès lors il fut semblable aux bêtes de la rue,
Et, quand il s’en allait sans rien voir, à travers
Les champs, sans distinguer les étés des hivers,
Sale, inutile, et laid comme une chose usée,
Il faisait des enfants la joie et la risée.

 

Charles Baudelaire

 

*

 

Le vin des honnêtes gens (l’âme du vin)

 

Le soir, l’âme du vin chante dans les bouteilles :
Homme, je pousserai vers toi, mon bien aimé,
Sous ma prison de verre et mes cires vermeilles
Un chant plein de lumière et de fraternité.

Je sais combien il faut, sur la colline en flamme,
De peine, de sueur, et de soleil cuisant
Pour engendrer ma vie et pour me donner l’âme ;
Mais je ne serai point ingrat ni malfaisant.

Car j’éprouve une joie extrême quand je tombe
Dans le gosier d’un homme usé par les travaux,
Et sa poitrine honnête est une chaude tombe
Où je me plais bien mieux que dans mes froids caveaux.

Entends-tu retentir les refrains des dimanches
Et l’espoir qui gazouille en mon sein palpitant ?
Les coudes sur la table et retroussant les manches,
Tu me glorifieras, et tu seras content.

J’allumerai les yeux de la femme attendrie,
À ton fils je rendrai sa force et ses couleurs,
Et serai pour ce frêle athlète de la vie
L’huile qui raffermit les muscles des lutteurs.

En toi je tomberai, végétale ambroisie,
Comme le grain fécond tombe dans le sillon,
Et de notre union naîtra la poésie
Qui montera vers Dieu comme un grand papillon !

 

Charles Baudelaire
Le Magasin des Familles.
Juin 1850.

 

Thimothée Trimm

 

                                                   

 

COMMÉMORATION

 

 POÈTES ASSASSINÉS

 

 

     Guillaume Apollinaire publia en 1916 un recueil de contes et nouvelles sous le titre Le Poète assassiné, un titre prémonitoire.
      Il y eut plus de neuf millions de morts assassinés durant « la grande guerre » de 1914-1918 – et huit millions d’invalides. Parmi eux, un million quatre cent mille Français (10 % de la population masculine active). Les assassins, ce n’étaient pas les malheureux soldats d’en face, c’étaient les responsables politiques des divers pays européens, dirigeants, monarques, politiciens, qui survécurent, eux.
      Le premier assassiné fut Jean Jaurès, le 31 juillet 1914, deux jours avant la déclaration de guerre. Philosophe, socialiste, il essayait d’empêcher le conflit. Son assassin, Raoul Villain, fut logé et nourri en prison, à l’abri de la guerre, puis acquitté en 1919.
      Les innombrables commémorations, souvenirs et déplorations du centenaire ne rachèteront pas la mort de ces jeunes hommes livrés à l’horreur de combats et de batailles sur le sol français dont les noms résonnent encore comme des glas. Il fallut une deuxième guerre mondiale, 1939-1945, pour que l’Europe, enfin, essayât de s’unir, une Europe uniquement économique et financière, mal faite, contestée, repoussée par tous les peuples – mais enfin, permettant d’espérer une paix commune malgré nos charniers.
      Un siècle plus tard, à notre mesure, nous voulons inscrire ces souvenirs dans notre actuelle paix si fragile, alors que tant de peuples, de par le monde, connaissent encore les misères de guerres qu’on leur impose, nous voulons faire un signe de compassion et de reconnaissance à tous ces morts également victimes, également dignes de n’être pas oubliés.
      Avec quelques poètes, ce sont tous les assassinés dont le souvenir est ici perpétué, afin que ne soit pas oubliée l’horreur des guerres.

 La Maison de Poésie

           

*

 JEAN-MARC BERNARD

 

 De Profundis

 

Du plus profond de la tranchée,
Nous élevons les mains vers vous,
Seigneur ! Ayez pitié de nous
Et de notre âme desséchée.

Car, plus encor que notre chair,
Notre âme est lasse et sans courage,
Sur nous s’est abattu l’orage
Des eaux, de la flamme et du fer.

Vous nous voyez couverts de boue,
Déchirés, hâves et rendus,
Mais nos cœurs, les avez-vous vus ?
Et faut-il, mon Dieu, qu’on l’avoue ?

Nous sommes si privés d’espoir,
La paix est toujours si lointaine,
Que parfois nous savons à peine
Où se trouve notre devoir.

Éclairez-nous dans ce marasme,
Réconfortez-nous, et chassez
L’angoisse des cœurs harassés ;
Ah ! rendez-nous l’enthousiasme !

Mais aux morts, qui tous ont été
Couchés dans la glaise ou le sable,
Donnez le repos ineffable,
Seigneur, ils l’ont bien mérité !


Jean-Marc Bernard

Né à Valence le 4 décembre 1881, Jean-Marc Bernard a été tué le 5 juillet 1915 à Souchez en Artois.

 

*

ÉMILE DESPAX

 

 Praesagium noctis

La tombe

 

 Tu n'emporteras rien dans la tombe après toi.
Ni les phrases du livre où tu posais le doigt
Et que tu dénombrais avarement dans l'ombre;
Ni ce corps éclatant dans cette alcôve sombre;
Ni ce troupeau tintant que suit un bouvier noir;
Ni le chant de la mer entre les pins, le soir;
Ni le grand vent qui tord au balcon les glycines;
Ni le sifflet des trains; ni l'odeur des résines,
Ni tout ce qui t'a fait un éloquent décor.
Mais moi, moi qui vivrai longtemps, peut-être, encor,
Moi qui, fidèle, vins durant bien des années
M'accouder, chaque automne, à cette cheminée,
Moi dont le poing sonnait sur le portail de fer,
Moi qui connus tout ce dont ton cœur a souffert,
J'attacherai, pur souvenir de ton visage,
La même émotion au même paysage.
Cet héritage, ami, tes yeux me l'ont laissé.


Émile Despax

 Né à Dax en 1881, Émile Despax, engagé volontaire, a été tué à la Ferme de Metz, Moussy-sur-Aisne, le  17 janvier 1915.

 

*

 CHARLES PÉGUY

 

 Prière pour nous autres charnels

 

 Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle,
Mais pourvu que ce fût dans une juste guerre,
Heureux ceux qui sont morts pour quatre coins de terre,
Heureux ceux qui sont morts d’une mort solennelle.

Heureux ceux qui sont morts dans les grandes batailles,
Couchés dessus le sol à la face de Dieu.
Heureux ceux qui sont morts sur un dernier haut lieu
Parmi tout l’appareil des grandes funérailles.

Heureux ceux qui sont morts pour des cités charnelles,
Car elles sont le corps de la cité de Dieu.
Heureux ceux qui sont morts pour leur âtre et leur feu,
Et les pauvres honneurs des maisons paternelles.

Car elles sont l’image et le commencement
Et le corps et l’essai de la maison de Dieu.
Heureux ceux qui sont morts dans cet embrassement,
Dans l’étreinte d’honneur et le terrestre aveu.


Heureux ceux qui sont morts, car ils sont retournés
Dans la première argile et la première terre.
Heureux ceux qui sont morts dans une juste guerre,
Heureux les épis mûrs et les blés moissonnés.


Charles Péguy

Né le 7 janvier 1873 à Orléans, Charles Péguy a été tué le 5 septembre 1914 à Villeroy.

 

*

 

JEAN DE LA VILLE DE MIRMONT

 

Cette fois, mon cœur, c'est le grand voyage ;
Nous ne savons pas quand nous reviendrons.
Serons-nous plus fiers, plus fous ou plus sage ?
Qu'importe mon cœur, puisque nous partons !

Avant de partir, mets dans ton bagage
Les plus beaux désirs que nous offrirons.
Ne regrette rien, car d'autres visages
Et d'autres amours nous consoleront.

Cette fois, mon cœur, c'est le grand voyage.

                                              

Jean de La Ville de Mirmont
Derniers vers laissés sur son bureau en partant à la guerre.

 Né à Bordeaux le 2 décembre 1886, Jean de La Ville de Mirmont fut tué le 28 novembre 1914 à Verneuil sur le Chemin des Dames.

 

*

 

RENÉ DALIZE

 

 Ballade à tibias rompus

 

Je suis le pauvre MACCHABÉ mal enterré
Mon crâne lézardé s'effrite en pourriture
Mon corps éparpillé divague à l'aventure
Et mon pied nu se dresse vers l'azur éthéré.

                                Plaignez mon triste sort.
Nul ne dira sur moi: « Paix à ses cendres ! »
                                Je suis mort
Dans l'oubli désolé d'un combat de décembre.

                                J'ai passé un hiver au chaud,
                               Malgré les frimas et la neige :
Un brancardier m'avait peint à la chaux.
Il n'est point d'édredon qui mieux protège.

Un gai matin d'avril, Monsieur Jean-Louis Forain,
Escorté d'un cubiste, m'a camouflé en vert.
                                Le vert a tourné à l'airain
                                Puis au gris et, dessert,
J'ai moi-même tourné comme une crème à la pistache.
Où donc es-tu, grand Caran d' Ache ?

                                Depuis, je gis à l'abandon.
                                Le régiment de la relève
M'a ceint de fils de fer, créneaux et bastidons.
Un majestueux rempart autour de moi s'élève.
…                                                                 

René Dalize

Né  à Paris le 30 novembre 1879, engagé volontaire, René Dalize a été tué à Cogne-le-vent le 7 mai 1917.

*

 

GUILLAUME APOLLINAIRE

 

 Tristesse d’une étoile

 

Une belle Minerve est l'enfant de ma tête
Une étoile de sang me couronne à jamais
La raison est au fond et le ciel est au faîte
Du chef où dès longtemps Déesse tu t'armais

C'est pourquoi de mes maux ce n'était pas le pire
Ce trou presque mortel et qui s'est étoilé
Mais le secret malheur qui nourrit mon délire
Est bien plus grand qu'aucune âme ait jamais celé

Et je porte avec moi cette ardente souffrance
Comme le ver luisant tient son corps enflammé
Comme au cœur du soldat il palpite la France
Et comme au cœur du lys le pollen parfumé

Guillaume Apollinaire

 

jet d'eau. Apollinaire

 

 Guillaume Apollinaire

 Né le 25 août 1880 à Rome, Guillaume Apollinaire avait été grièvement blessé d’un éclat d’obus à la tempe le 17 mars 1916 et trépané le 10 mai. Il mourut à Paris le 9 novembre 1918.

 

                                                                       

 

 Gazette rimée

 

Triolets de l’été

 

 Élections municipales

 Nostalgie des candidats

 

Aux élections municipales
Nous recherchions des électeurs.
On aurait dit une cabale,
Aux élections municipales.
Car, pour décrocher la timbale,
Il nous fallait des amateurs.
Aux élections municipales,
Nous recherchions des électeurs.

 *

 Demandez l’programme !

 

Demain, c’est jour à confiture,
Demain, c’est rasage gratis,
Pour tous, c’est la bonne aventure,
Demain, c’est jour à confiture !
Plus de soucis, plus de factures,
Finis les ennuis de jadis !
Demain, c’est jour à confiture,
Demain, c’est rasage gratis !

 *

 L’aujourd’hui de l’électeur

 

Demain, devenu l’aujourd’hui,
Le pot de confiture est vide,
C’est le pain sec que l’on recuit
Quand demain devient l’aujourd’hui.
Plus de raisin, plus de biscuit,
Le chiendent pousse sur mes rides.
Demain, devenu l’aujourd’hui,
Le pot de confiture est vide.

 *

 Mites au logis

 

Sur l’échine du taureau blanc,
Elle nous est ravie, l’Europe.
On est comme deux ronds de flan,
Quand on voit fuir le taureau blanc.
L’avenir est mirobolant
Pour la finance qui galope.
Sur l’échine du taureau blanc,
Elle nous est ravie, l’Europe.

 *

 Écologisons !

 

La mode est à l’écologie,
Char à bœufs et chauffage au bois,
Éclairons-nous à la bougie :
La mode est à l’écologie.
Tous à vélo, pleins d’énergie !
Cultivons le chaume des toits !
La mode est à l’écologie,
Char à bluff et chauffage au bois.

 

Silvius

  *

Parmi les livres et revues recommandés

 


Pages de garde

 

« Ah ! faire des choses que les petits enfants copieraient sur leurs cahiers !  C’est ça, être classique. »

Jules Renard, Journal. 18 avril 1899.

 

 Recueils

 Nouveautés

 

- Jean-Pierre Boulic, Sous le regard des nuages.
Minihi-Levenez. N° 137-138. 29800 Treflevenez. 92 p. 15 €. Avant-dire de Jean-Yves Quellec. Avec les traductions en breton.

     Les titres des chapitres du recueil indiquent les thèmes essentiels de l’auteur : « La terre le ciel ; Ce que mon cœur cherche » (inspiré par le Cantique des cantiques). C’est dire d’une part l’enracinement dans « la terre charnelle » et d’autre part la quête incessante d’une spiritualité qui transcende les choses, et qui enrichit les poèmes d’images et de symboles. La terre bretonne ne se sépare d’ailleurs pas de la mer, présence permanente ici, chaque page de poèmes correspondant à une photo, l’une l’autre se répondant. L’auteur est un poète, c’est évident. Sa poésie nous semble désormais plus subtilement équilibrée qu’elle ne le fut. Son vers, pour être le plus souvent « libre », n’ignore pas les rythmes et les sonorités qui se répondent. Retrouvera-t-il complétement, quelque jour, le chant séculaire de notre poésie ? Espérons-le. Rien n’est perdu, puisqu’il n’hésite pas à revendiquer sa quête de la beauté en citant François d’Assise dans une épigraphe révélatrice : « Revêts-moi de ta beauté, Seigneur / Et qu’au long de ce jour, je te révèle ». 

 

Maintenant le jour s’éparpille
D’un revers de la main du ciel
Au cœur des gris fragile de l’instant
Répandus sur les rocs et l’océan

Comme les lambris de nuages
Reprennent leurs couleurs
Les nuances du temps
Les oiseaux de mer vont s’éterniser

Un fanal se tient au milieu des eaux
Veille de la tendresse de ses yeux
Le passage du vent l’espace immense

Quelle beauté en ces lieux infinis
La mer se revêt d’un souffle léger
Psalmodie et s’imprime à l’âme.

Jean-Pierre Boulic

 *

- Jacques Canut, Silhouettes.
Carnets confidentiels, n° 42. 24 p. 19, allées Lagarrasic. 32000 Auch.

 - Jacques Canut, Palabras recobradas. Paroles retrouvées.
Ediciones Calamo. Espagne. 40 p. Bilingue.

     Nous l’avons souvent signalé à nos lecteurs : Jacques Canut ne se fait pas d’illusion sur la diffusion de la poésie, comme l’indique le titre de sa collection personnelle. Mais la liberté de ses vers, c’est aussi sa liberté de poète – et comment ne pas la reconnaître ?

 

Ce chien indépendant et curieux
qui trottine infatigablement
doit-on l’envier
ou sévir contre lui ?

Il me rappelle quelqu’un
rencontré dans une vie antérieure ;
puis oublié…
Un passant :
qui n’était autre que moi-même.

Jacques Canut

*

 

- Daniel Cuvilliez, Embellie.
+P.Art. 11, rue Eugène Morris. 76790 Le Tilleul. 60 p. 8 €.

     Un recueil séduisant qui montre bien que le charme de la poésie ne se laisse définir ni par ses thèmes (que dire, sinon l’amour, le temps qui passe, les aspirations à un monde plus juste, plus libre, plus heureux ?), ni par ses formes (qui suivent ici la versification traditionnelle) – mais par la grâce du moment, des images, de la respiration.
     Ce poète montre qu’il peut avoir du souffle (c’est assez rare aujourd’hui pour être signalé), lorsqu’il rend hommage, par exemple, à deux femmes, « ouvrières, syndicalistes, résistantes fécampoises » déportées et assassinées par les Allemands, et de l’humour, dans sa « Chasse au e » (muet) où apparaît l’ombre (bienveillante) de notre Directeur. Nos lecteurs retrouveront ici quelques poèmes que notre revue avait eu le plaisir de publier.

 

Venez beaux oiseaux de mes songes
Le jour se hâte et la nuit tombe
Je vous lègue tous mes mensonges
J’emporte le vrai dans ma tombe.

Daniel Cuvilliez

 *

 

- Louis Delorme, La Vraie vie.
Le Brontosaure. 133, rue d’Angerville. 91410 Les Granges-le-Roi. 128 p. 20 €.

     Cette « vraie vie », toujours absente s’il faut en croire Rimbaud (mais le faut-il vraiment ?), la poésie nous permet de la deviner toujours et de la vivre parfois, par moments, et c’est aussi la vie que certains ont choisi de mener, celle des vraies valeurs, de la générosité, de la liberté, bien loin de celle des obsédés du profit et de la puissance. Un poète comme Louis Delorme l’a toujours cherchée, trouvée, exprimée dans ses vers (d’une facture régulière et souvent par des sonnets). La voici à nouveau évoquée dans ce recueil, avec un soupçon de nostalgie.

 

*

 Années soixante

 

On a laissé périr l’âme de mon village
Que des siècles d’amour avait entretenue ;
Bien des gens sont partis, ne sont pas revenus :
Ne restent que des vieux dont on ne sait plus l’âge.

Dans la pierre pourtant sont marquées bien des pages
Mais tous les bâtisseurs demeurés inconnus ;
Les souvenirs se font de plus en plus ténus
Que le temps effiloche en creusant son sillage.

La guerre a pris ses fils parmi les plus vaillants,
Quand la ville attirait, d’entre eux, les plus brillants.
Bientôt vont s’effacer les dernières mémoires.

Ainsi, l’activité s’en va vers d’autres lieux,
Se meurent les passions, se détournent les yeux :
Seule, coule sans fin l’imperturbable Loire.

Louis Delorme

*

 

- Mireille Tenenbaum, Poèmes d’un peintre et quelques proses. 5.
Chez l’auteur. 129, boulevard Masséna. 75013 Paris. 150 p. 20 €.

     Notre revue a publié à plusieurs reprises des poèmes de Mireille Tenenbaum, qui est aussi un peintre de talent, ce qui apparaît souvent dans la précision colorée de ses poèmes, dans leur force, voire dans leur violence. Édité par l’auteur en dehors des circuits traditionnels de la vente de la poésie (mais y en a-t-il vraiment ?), ce recueil séduit par sa vérité, sa puissance d’évocation, son évidente sincérité qui ne sépare pas la poésie et la vie. Elle refuse les « modes » de la fausse poésie, utilise la versification traditionnelle, mètres et rimes, certains poèmes sont assez longs, l’auteur s’insurge contre la pseudo- modernité, la pornographie humiliante, elle défend la morale, elle voit la mort de la poésie, etc. Autrement dit, elle refuse la société qu’on nous impose – et elle a bien raison.

 

La couleur

 

Écoute !... écoute bien le son dans la couleur !
Quand tout est refermé sur la musique close,
Et qu’à l’extrémité tes pinceaux se déposent ;
Tu deviendras soudain l’archet des profondeurs.

Tu rêveras alors de conduire un orchestre
Où le chant montera de ces signes muets,
Puis les tons familiers que ton cerveau connaît,
Se recomposeront comme la voix d’un être.

Cependant ton tableau ne sera pas fini !
La teinte surgira heurtée d’une autre teinte ;
– Mais tu seras saisie par la beauté atteinte
D’un hymne consacrant ton œuvre à l’infini !

Mireille Tenenbaum

*

 

Rééditions

 

- Guy Goffette, Un Manteau de fortune, suivi de L’adieu aux lisières  et de Tombeau du Capricorne. Préface de Jacques Réda.
Gallimard, « Poésie ». 5, rue Gaston Gallimard. 75007 Paris. 300 p.

      En réunissant trois recueils publiés en 2001, 2007 et 2009, et que nous avions tous recommandés en leur temps, ce livre permet de suivre l’itinéraire de l’un de nos poètes contemporains parmi les plus importants – et ce n’est pas par hasard qu’un maître de la poésie contemporaine, Jacques Réda, lui consacre une plaisante (mais sérieuse) préface en vers de mètres divers : « Lançons plutôt des ponts sur ce vide, des ponts / Oscillant sur l’axe du mètre ainsi que des jupons… ». En effet, la poésie de Guy Goffette, toujours très personnelle, sensible, émue, ne néglige jamais la forme, l’indispensable structure, tout en sachant rester d’une liberté souveraine. Et peut-être notre plaisir de lecteur vient-il aussi de ce souvenir de formes chantantes si proches d’être retrouvées dans cette nostalgie de ces poèmes, la sienne, la nôtre.

 

                                                           à Paul de Roux

 

Vieux et perdu comme un cheval
au bord du clos d’équarrissage,
et mort d’avance à toute idée de retour
dans l’herbe tendrement verte


du passé, je lécherai peut-être aussi
le salpêtre des murs. Le ciel fasse
que ce soit comme ce frère de Turin
qui lécha le visage de Nietzche

où tout – grandeur, effroi, savoir,
avait sombré, ne laissant
au milieu des larmes et parmi les rieurs
qu’un homme comme une route

quand elle ouvre la mer.

 

Guy Goffette

*

 

Anthologies

 

- Pen Club français, Liberté de créer, liberté de crier. Anthologie poétique réunie par Françoise Coulmin.
Éditions Henry, « Les Écrits du Nord ». Parc d’Activités de Campigneulles. 62170 Montreuil-sur-mer. 128 p. 12 €.

     Sous-titrée « contre les censures visibles et invisibles », et publiée avec l’aide de la Sofia, cette anthologie réunit 99 poètes contemporains et elle ne peut que susciter notre sympathie. Elle se place dans le grand courant de protestation humanitaire contre les entraves aux libertés que la poésie française a toujours suivi, d’Agrippa d’Aubigné à Prévert, en passant par Hugo et beaucoup d’autres. Ce livre permet également de constater ce qu’est devenue une partie de la poésie contemporaine où triomphe le vers libre, si ce n’est la prose. Heureusement cette suprématie n’est pas absolue et on trouve encore de vrais poèmes dont la protestation versifiée, même assouplie, n’en prend que plus de vigueur à côté de textes anémiés.

 

Un silence triste tombe sur la ville
de beaux assassins s’y glissent sans bruit
vers des dîners fins où tueurs subtils
on vient mettre à mort entre deux whiskies

ils décident quoi doit se dire le jour
ils décident qui tombe dans la nuit
ils sont les télés ils sont les circuits
ils sont les dévots du nouvel amour

comme avant la haire et la discipline
ils serrent leur Libé et leur Nouvel Obs
un doigt de Mao un rien de Lénine
sur Paris ils veillent en sphinx de Kéops

de ce siècle ils sont le louable effort
ou du moins partout le proclament-ils
lorsqu’ils sont partis flotte un goût de mort
devant eux fuyons au plus loin des îles ;

Au plus loin des îles.

 

Jean Pérol

*

 

- Le goût de la poésie française. Textes choisis et présentés par Franck Médioni.
Mercure de France. 26, rue de Condé, 75006 Paris. 192 p. 9,60 €.

     Ce recueil, dans la collection « Le Petit Mercure », suit opportunément l’ordre chronologique, accordant une brève présentation et un poème à chacun des vingt-quatre poètes de la première section, Les anciens, et à chacun des vingt-trois de la section Les modernes. De Charles d’Orléans et François Villon à Sully Prudhomme et Tristan Corbière, le choix est parfait et constitue une excellente initiation, pour un jeune lecteur, à notre tradition ; de même pour Les modernes, de Rimbaud et Laforgue à Glissant et Pélieu, malgré quelques complaisances. Mais la troisième section, Les contemporains, est consternante ; si l’on salue au passage Jacques Réda, on ne peut que déplorer les pires représentants de l’informe, Jude Stéfan, Bernard Noël, Christian Prigent, etc., jusqu’à Mathieu Bénézet, malheureux survivants sénescents d’une époque révolue ! Ce n’est pas ça, la poésie aujourd’hui ! À croire que le rassembleur n’a jamais lu Le Coin de table. Cette grotesque accumulation de pseudo ne peut que donner le dégoût de la (fausse) poésie. Soixante pages à retirer. Dommage.

*

 

Étude

 

- Henri Béhar et Michel Carassou, Le Surréalisme par les textes.
Classiques Garnier. 6, rue de la Sorbonne. 75005 Paris. 314 p.

     Primitivement paru en 1984, revu en 1992, cet ouvrage vient d’être encore réédité, avec compléments et corrections. Livre précieux, puisqu’il présente les principaux textes fondamentaux du Surréalisme, enserrés dans des commentaires regroupés en chapitres qui font le tour de ce mouvement bientôt centenaire : Vers une morale nouvelle, Accroître la connaissance, L’expression humaine sous toutes ses formes. Un détail : « La poésie doit être faite par tous, non par un », phrase célèbre, souvent reprise par les surréalistes – et ici même, résulte d’une mauvaise lecture (« surréaliste »…) de Lautréamont.

 

Parmi les revues

 

- L’Agora
16, rue Monsieur-le-Prince. 75006 Paris. Trimestriel. 40 €.

     . Janvier-Février-Mrs 2014. n° 66. 24 p. 10 €.
        Après l’éditorial de Jean-Pierre Paulhac, futur Président de la SPF (Le poète et l’association), Chaunes défend la rime et la raison contre un « plumitif de service » au Figaro et Vital Heurtebize ridiculise le Monsieur Jourdain d’aujourd’hui. Il est heureux que les poètes se défendent contre la sottise qui clapote autour de nous. Ils le font aussi avec leurs poèmes.

 L’arc-en-ciel n’a pas dit son dernier mot

 

Il sait le merle décapité
et que les bruyères réclament au printemps
le sang des hivers meurtriers

il connaît les velours de l’oiseau
dans les replis du firmament
l’usage qu’il fait de l’azur
et de la giboulée

il sait les exigences de la rose et des névés
la fièvre des bruyères sur la lande
la lente patience des fougères
et l’espérance aux étendards des colombiers ;

le poète reçoit la flamme
des hautes solitudes
il voit s’émouvoir les sèves émeraude
à la pierre des lacs
et refleurir à la falaise
la braise du buisson

L’arc-en-ciel n’a pas dit son dernier mot.


Marcel Mallet

*

 

 - Décharge
4, rue de la Bouchery. 89240 Égleny. Trimestriel. 28 €.

     . N°161. 148 p. 8 €.

        La suite de l’enquête de Claude Vercey sur la disposition des poèmes (Pourquoi aller à la ligne ?) ne manque pas d’intérêt, mais les réponses d’une dizaine d’écrivains sont décevantes. Voilà cent trente ans, celles des premiers vers-libristes étaient plus riches, moins verbeuses, et leurs œuvres infiniment plus évidentes que toutes celles de la revue. Le vrai problème c’est : qu’est-ce qui transforme une ligne de mots en un vers ? Ce numéro s’ouvre sur des textes émouvants de François de Cornière évoquant la mort d’un être aimé, mais ils seraient disposés en prose qu’ils n’en seraient pas moins émouvants. Le côté vieillot de ces faux vers-libres est devenu d’un académisme sénatorial rabâcheur et fatigant.

 

*

 

- L’Étrave
21, rue des Veyrières. 84100 Orange. Trimestriel. 23 €.

     . N° 229. Janvier-Février-Mars 2014. 24 p. 5 €.

        Ce numéro de la revue des « Poètes sans frontières » publie, comme d’habitude, des poèmes et articles divers parmi lesquels on remarque particulièrement celui de Jean Fabrezan, Souvenir de Charles Vildrac, qui participa à l’aventure des Poètes de l’Abbaye, excellent poète, généreux et courageux (Résistant, arrêté par les Allemands), dont l’œuvre mérite d’être relue (ou lue).

 

*

 

- Florilège
19, allée du Mâconnais. 21000 Dijon. Trimestriel. 30 €.

     . N° 254. Mars 2014. 46 p. 10 €..

        Nombreux poèmes et nombreuses illustrations. Parmi les chroniques habituelles, celle de Louis Lefebvre évoque la guerre de 1914-1918, pour plaindre les victimes, comme il se doit, et pour dénoncer ses atrocités, carnages et exaltations de ceux qui envoyèrent tant de jeunes hommes se faire tuer. On aimera aussi un bel hommage de Jean-Yves Debreuille à Max Jacob. Et des poèmes de Louis Delorme, Claude Vella, Henri Cachau, et de beaucoup d’autres.

 

Éphémères

 

Le ciel se déchire
À la fermeture éclair
Les nuages fuient.
L’ombre se faufile
Le soleil s’éclipse enfin
Le temps s’est éteint.
Des pas sur le sol
Traces de notre passage
Tout est éphémère.

 

 Sandrine Davin

*

 

- Inédit nouveau
Avenue du Chant d’oiseau, 11. B-1310 La Hulpe Belgique. Bimestriel. 35 € pour 10 numéros.

     . N° 265. Novembre-Décembre 2013. 32 p.

        Avec une vingtaine de pages de poèmes inédits de genres très divers accueillis très généreusement (un peu trop, peut-être), des comptes-rendus nombreux, argumentés, d’ouvrages réellement lus par Paul Van Melle qui accomplit ainsi un remarquable travail de critique vraiment littéraire sans autres exigences que celles de ses choix et goûts personnels – et c’est très bien ainsi : une subjectivité libre. Le titre de cette livraison, « Du marché boursier des revues littéraires » attire fort justement l’attention sur leurs difficultés. 

 

Parias

 

Quelle cloche fera tinter
jusqu’au faîte des palaces
les pleurs des parias ?

Personne n’écoute
leurs jappements de chiens perdus
lorsque leur bouche lape le purin
rongé des restes crottés

Un jour la lave de leur révolte
saillant lionne rubescente
dévorera l’idole au masque d’or

La terre dans les rousseurs du soir
libérera ses prisonniers
et au milieu des flammes purificatrices
installera leurs clameurs sur le trône

 

Raymond Schaack

 

      . N° 267. Mars-Avril 2014. id.

        Sous le titre général « Les deux guerres mondiales et les centaines d’oubliées », ce numéro commence en se demandant « comment réveiller les consciences si bien endormies ? ». La poésie est une réponse, hélas bien fragile ! Pour ne rien oublier, un extrait d’un poème à la mémoire d’Armand Olivennes.

 

Le Germain Nouveau est arrivé
Proclame le doux Armand
Mais ce n’était que l’Allemand
Fonçant vers l’Aisne.
Tout poète au front
Portera l’étoile
Et perdra son nom
Tout poème sujet au vertige
Devra tenir à deux mains
La rampe en feu du passé
Toute folie, tout amour
Portera l’étoile

 Jacques Ferlay

*

 - Septentrion
Murissonstraat 260, B-8930 Rekkem. Belgique. Trimestriel. 45 €.

       . N° 1/2014. 96 p. 12 €.

     Cette remarquable revue présente en français les « arts, lettres et culture de Flandre et des Pays-Bas ». Ce numéro, particulièrement riche, commence par un article sur l’exode des Belges au début de la guerre de 1914 (avec un passage très suggestif de Blaise Cendrars, « On part à l’attaque avec la cigarette aux lèvres »), un article qui fait le point sur l’abandon de l’action culturelle néerlandaise en France (comme partout, la culture coûte trop chère), des articles sur des artistes (Dick Bruna, Claudy Jongstra, etc.), et des poèmes de Miriam Van hee.

 

Chevreuils

 

J’ai demandé si tu m’aimais encore
et tu as gardé un long silence
puis « regarde », as-tu dit, « en bas »

là-bas dans une lumière
lente et à fleur de sol
deux chevreuils un instant immobiles
puis ils s’enfuirent, vifs et aériens
dans les fourrés

çà et là des feuilles jaunissaient
c’était ce que tu allais dire ensuite
« septembre, l’arrivée de l’automne ».

 

Miriam Van hee. Traduit du néerlandais par Philippe Noble. La Cueillette des mûres, 2006.

                                                                    

 

LE COIN DE TABLE N° 59

 

TABLE DES MATIÈRES

 

 

Le Coin de table : PASSAGE DES PANORAMAS                           1                                                            

       Passantes                                                                                         9

 

*

 

POÈMES

 

Marie-Anne Bruch, Réponse, Exilée, Matin, Instants                                    10

Frédéric Andreu, Le village de ton rire, Dans la chambre de Boskanter,              

     Pour tous ceux qui ont froid                                                                           14

Cédric Vert, Dans l’instantané, Saint-Cyr au jardin                                     18

Philippe Bouchet, Et que je saisisse ton cœur…, Soulevés par le vent…    20

Henri Bartoli, Les amants                                                                                    22

Robert Parron, L’oiseau                                                                                       23

 

*

Jean Hautepierre : Le théâtre contemporain en vers                                  24

 

*

 

POÈMES

 

Pierre Lexert, Primidil, Gaspill âge, Révisions                                            48

Jeanne Maillet, Et toi qui fus si jolie…                                                           52

Raymond Michel, Bleue                                                                                     53

Suzy Maltret, Métro Anvers, Mon père                                                          54

Arthur Ceyrac, La fin de l’hiver, La souffrance du jour                              56

Patrice Auboin, Villanelle du solitaire, Rondeau de l’automne                 58

Jean-Jacques Chollet, Les rats du grenier…, À la belle étoile                    60

Loïc Manceau, Départ brisé                                                                              62

Daniel Ancelet, Mes dictionnaires                                                                   63

Khaled Youssef, Il y a…                                                                                      64

*

 

Mathilde Martineau : Première station des Fleurs du mal.

     Léo Lespès publie Charles Baudelaire                                                       66

     Charles Baudelaire, Châtiment de l’orgueil, Le vin des honnêtes gens     72

Les premiers poèmes de Jules Romains                                                       74

     Jules Romains, L’Âme du poète, La ville                                                  77

Jacques Charpentreau : Philippe Jaccottet, le poète venu d’ailleurs       80

     Philippe Jaccottet, Jour à peine plus jaune…                                          87

Commémoration. Poètes assassinés :                                                            88

     Jean-Marc Bernard, Émile Despax, Charles Péguy, Jean de La Ville

       de Mirmont, René Dalize, Guillaume Apollinaire

 

CHRONIQUES DU COIN DE L’ŒIL

 

Vingt ans de poésie française : 1895-1914                                                   96

Noël Prévost : La poésie mise à nue par ses poètaires, même              100

Madeleine Bouvet : Par-delà le temps et l’espace :

         René Char et Raúl Gustavo Aguirre                                                  108

Silvius, Gazette rimée. Triolets de l’été                                                    110

Poésie et société                                                                                             112

 

PAGES DE GARDE                                                                                        113

Calendrier juridique                                                                                       125

 

 

*

 

ILLUSTRATIONS

 

Couverture : 1ere : Passage des Panoramas

4:  Maurice Fombeure, Toute une ville…

Passage des Panoramas. Collage.                                                                               7

     De haut en bas, colonne de gauche : Aragon, Cadou. Médaillon : Prévert.

     Colonne de droite : Desnos, Réda, Roy, Goffette. Au centre : Pirotte.           

Les Panoramas. Gravure ancienne                                                                          8

Jean Cocteau, Renaud et Armide                                                                         28

René de Obaldia. Médaille                                                                                     29

Alain Didier, Ponce Pilate. Jean Hautepierre, Tristan et Yseult                   42

Les Contes de Perrault continués par Timothée Trimm                                 71

La rue d’Amsterdam. Carte postale. Début du XXe siècle                              75

Jules Romains, La Vie unanime.                                                                         76

Philippe Jaccottet, Œuvres. Gallimard, « La Pléiade »                                   85

Revue L’Ermitage. « Quel est votre poète ? ». Février 1902                          99

E. E. Cummings, Notre-Dame de Paris. Extrait de Paris                              117

Louis Hubert, Bernard Grasset. Dessin. Extrait des Cahiers de la rue Ventura    121         

                                                                                                  

 N° 59. Juillet 2014. ISBN : 978-2-35860-027-9. 3e trimestre 2014.


alt

                                                                               

 

 

La poésie,

 

mystérieux objet du désir

 

 

     Nous sommes quelques-uns à nous réclamer de la poésie, mais peut-être pas de la même chose.

     Si la poésie s’est longtemps coulée dans un moule formel, ce n’est plus le cas aujourd’hui. La première ligne du Traité de versification française de Louis Quicherat pouvait affirmer en 1850 : « La poésie est l’art d’écrire en vers ». La poésie est certainement encore un art, mais on ne sait même plus ce qu’est un vers. Un certain nombre de syllabes ? Un tronçon grammatical d’une proposition ? Une ligne d’un texte quelconque ? Des mots scandés par une rime ? Une occasion de reprendre son souffle ? Une belle image mise en valeur ?...

     Il est paradoxal que cet art qui n’a plus de règles communément reconnues, qui n’a presque plus de lecteurs, qui ne bénéficie plus que d’un petit nombre de lieux d’accueil – soit pratiqué par tant de gens, qu’il soit revendiqué par tellement de plaquettes imprimées à compte d’auteur que la Bibliothèque Nationale en arrive à les refuser, et que le mot poésie permette d’ouvrir 30 millions de fenêtres avec Google, 38 millions avec Yahoo, plus de 56 millions avec Bing à ceux qui le traquent sur Internet, y compris les milliers de visiteurs de la Maison de Poésie devenue uniquement virtuelle, puisque notre Fondation a été chassée en octobre 2011 de ses locaux historiques par la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques (SACD). Les intérêts financiers ont alors triomphé de la poésie.

     Ces millions d’informations ne nous renseignent pas vraiment. Mais ce sont autant de preuves d’une présence constante de quelque chose qui porte ce nom magique : poésie, qui ne se trouve plus seulement dans les livres.

     À sa façon, l’écran est le nouvel avatar du vieux mythe de l’inspiration d’origine divine, mais la poésie garde son mystère – et son prestige.

     Par-delà toutes les techniques d’interrogation et de diffusion, elle reste ce désir du dévoilement des secrets du monde par l’image, le symbole, les vertus du chant, par un subtil agencement des mots les plus usés du langage commun le plus banal, pour qu’ils disent autre chose qu’eux mêmes. Qu’ils dévoilent. Paradoxe du vocabulaire : qu’ils suppriment les écrans entre le réel apparent et une autre réalité cachée. Jadis apparentée au sacré, la poésie est restée célébration du mystère. Et pour l’utilisateur un peu gauche d’Internet, nous par exemple, l’écran participe à ce mystère, comme une Pythie dont il faut déchiffrer les messages.

     On connaît la rengaine : tant de gens se veulent poètes – pour si peu de lecteurs ! C’est qu’ils veulent maîtriser les mots pour arriver à dire tout ce qui est en eux, briser le silence, approcher du mystère, même si la complexité du langage poétique n’est pas à la portée de tout le monde. De là, souvent, notre déception à leur lecture. Il n’y a pas que des chefs-d’œuvre.

     Chacun garde en soi la nostalgie de son premier émerveillement, quand l’enfant qu’il fut découvrait par les comptines et par les poèmes de l’école, la puissance du langage poétique. La poésie est aussi objet de retrouvailles avec ce que je fus, toujours là, dans ce que je suis.

     Moi aussi, jadis, en Arcadie…

     Nous ne savons pas ce que c’est que cette poésie que nous cherchons, et cependant nous la reconnaissons quand nous la rencontrons, à certains signes qui sont peut-être propres à chacun de nous, une certaine connivence, une certaine émotion très intime. André Breton disait qu’il se sentait alors des aigrettes aux tempes. Chateaubriand voulait entendre son « oreille heureuse », comme le rappelle le numéro de novembre de notre revue Le Coin de table, un des lieux où se rencontre encore la poésie vivante.

     Mais ce qui nous importe avant tout, ce sont les poèmes, par-delà toutes les considérations du moment. Les numéros de notre revue Le Coin de table réunissent toujours de nombreuses œuvres de poètes majeurs qui font vivre la poésie d’aujourd’hui : Jacques Bertin, Marie-Anne Bruch, Michel Calonne, Chaunes, Bertrand Degott, Louis Delorme, Guy Goffette, Pascal Kaeser, Pierre Lexert, Jacques Réda, Robert Vigneau, Youri, par exemple, pour les récents numéros. Des thèmes, des formes, des tons très différents – la poésie.

La Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont.

 

***

 

  La poésie ?

 

Petit florilège

 

On peut faire le sot partout ailleurs, mais non en poésie.

Michel de Montaigne. Essais, II, 17. 1580.

*

Il y a de certaines choses dont la médiocrité est insupportable : la poésie, la musique, la peinture, le discours public.

Jean de La Bruyère. Les Caractères. 1688.

*

On ne peut trouver de poésie nulle part quand on n’en porte pas en soi.

Joseph Joubert. Carnets. Fin du XVIIIe siècle. Publication posthume, 1938.

*

La poésie, c’est tout ce qu’il y a d’intime dans tout.

Victor Hugo. Odes et Poésies diverses. Préface. Pélicier, 1822.

*

Je n’aime pas les vers, j’aime la poésie.

Victor Hugo. Le Tas de pierre. s. d. Publication posthume. Imprimerie nationale, 1942.

*

Tout homme bien portant peut se passer de manger pendant deux jours – de poésie jamais.

Charles Baudelaire. Conseils aux jeunes littérateurs. Dans L’Esprit public, 15 avril 1846.

*

Oui, le but de la poésie, c’est le Beau, le Beau seul, le Beau pur, sans alliage d’Utile, de Vrai et de Juste.

Paul Verlaine. Sur Baudelaire. Revue L’Art, 1865.

*

La Poésie est l’expression par le langage humain ramené à son rythme essentiel, du sens mystérieux des aspects de l’existence ; elle doue ainsi d’authenticité notre séjour et constitue la seule tâche spirituelle.

Stéphane Mallarmé. Réponse à une enquête de Léo d’Orfer. 27 juin 1884.

*

 La plupart des hommes ont de la poésie une idée si vague que ce vague même de leur idée est pour eux la définition de la poésie.

Paul Valéry. Tel quel. 1910.

*

La poésie est le miroir brouillé de notre société. Et chaque poète souffle sur le miroir : son haleine différemment l’embue.

Louis Aragon. Chronique du bel canto. Dans Europe. 1946-1947.

*

[L’esprit de la poésie] est le plaisir, la jouissance, la délectation, non la connaissance, pas même cette connaissance que l’on prétend donner par l’incantation de l’extase. C’est un plaisir affectif et physiologique, un plaisir donné par le jeu d’organes accordé avec celui des sentiments. De certains points de vue, c’est un plaisir analogue au plaisir des sports.

André Spire. Plaisir poétique et plaisir musculaire. Essai sur l’évolution des techniques poétiques. 1949. Réédition José Corti, 1986.

*

La poésie est une religion sans espoir.

Jean Cocteau. Journal d’un inconnu. Grasset, 1953.

*

Je sais que la poésie est indispensable, mais je ne sais pas à quoi.

Jean Cocteau. Discours de réception à l’Académie française. 1955.

*

C’est que la poésie, comme la religion, bouscule les apparences et va droit à ce qui est.

François Mauriac. Mémoires intérieurs.  Flammarion, 1959.

*

La Poésie, c’est ce qu’on rêve, ce qu’on imagine, ce qu’on désire et ce qui arrive, souvent. La poésie est partout comme Dieu n’est nulle part. La poésie, c’est un des plus vrais, un des plus utiles surnoms de la vie.

Jacques Prévert, dans Hebdromadaire, avec André Pozner. Guy Anthier, 1972.

*

La poésie n’est rien d’autre que ce grand élan qui nous transporte vers les choses usuelles – usuelles comme le ciel qui nous déborde.

René Guy Cadou. Usage interne. Œuvres poétiques complètes. Seghers, 1973.

*

Ne recherchez pas la connaissance pour elle-même. Tout ce qui ne procède pas de l’émotion est, en poésie, de valeur nulle (…) L’émotion abolit la chaîne causale ; elle est seule capable de faire percevoir les choses en soi ; la transmission de cette perception est l’objet de la poésie.

Michel Houellebecq. Rester vivant. Flammarion, 1997.

*

La poésie n’est pas autre chose peut-être que la vie même chantant sa plainte, son bonheur parfois, se fragilité toujours.

André Comte-Sponville. Lucrèce, poète et philosophe. La Renaissance du livre, 2001.

 

 

     Bibliothèque vide     Bibliothèque pleine     Bibliothèque vide

 

 


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RÉCENTES PUBLICATIONS DE LA MAISON DE POÉSIE : 

 

 

JACQUES CHARPENTREAU, LES SECRETS DU ROYAUME

 Poèmes pour de jeunes lecteurs

      Soixante-dix nouveaux poèmes pour réjouir tous ceux qui aiment la poésie – et d’abord ces « jeunes lecteurs » qui découvrent les merveilles de l’imagination et des mots, ces mots qui les amènent au royaume de la poésie et de la vie.
     On sait bien que l’accord des enfants et de la poésie est une rencontre à la fois merveilleuse et naturelle, mais on sait aussi combien il est délicat de choisir les poèmes de cette première rencontre. En voilà quelques-uns qui ne décevront pas leurs jeunes lecteurs (ni les parents qui retrouveront eux aussi leur premier émerveillement poétique).
     Le charme de ces vers, au sens de « l’enchantement », vient de leurs images d’une simplicité éblouissante, et de leur chant qui est celui d’une versification si souple, si harmonieuse, qu’elle semble naturelle, alors que la poésie utilise ici toutes les ressources du vers français.
     Ce n’est pas par hasard que beaucoup de poèmes de Jacques Charpentreau sont lus, aimés, partagés dans les écoles en France et dans tous les pays où notre langue est parlée avec des accents plus ou moins divers, qu’on les retrouve dans des écoles françaises en Indonésie ou en Afrique, et en traductions jusqu’en Russie ou en Chine. On peut dire que cette poésie qui chante dans ces classes est ainsi devenue une poésie classique – mais vivante.
     Jacques Charpentreau a reçu de nombreux Prix (y compris de l’Académie française) et un groupe scolaire a choisi de porter son nom. Mais sa plus grande récompense, c’est que ses poèmes soient appris et chantonnés par des enfants pour leur propre plaisir – et peu importe qu’ils aient oublié le nom du poète, s’ils entendent longtemps, toute leur vie peut-être, ses vers chanter en eux.

 Un livre de 104 pages, 11,7 cm x 18,5 cm. 18 euros. Avec des collages de l’auteur.  ISBN : 978-2-35860-025-5

 LA TOURELLE. LA MAISON DE POÉSIE SOCIÉTÉ DES POÈTES FRANÇAIS. 16, RUE MONSIEUR-LE-PRINCE. 75006 PARIS

 En vente en librairie ou à la Maison de Poésie (ajouter 2 € pour participation aux frais d’expédition).

 

Secrets du Royaume

 

 

Les papillons

 

 L’été, sous l’arbre à papillons,
Sur l’herbe verte je m’allonge
Et dans les rêveries du songe
Je contemple leur tourbillon.

Par cent, par mille, par millions,
Frémissent les petites ailes
Dont toutes les couleurs se mêlent,
Jaune, blanc, doré, vermillon.

Maillons, médailles, médaillons,
Un doux nuage de bijoux
Caressant vient frôler ma joue
En pacifique bataillon.

Je rêve comme Cendrillon
Et dans l’odeur sucrée des fleurs
Au milieu de mille couleurs,
Je vole avec les papillons.

 

 *

 La nuit. Le jour.

 

 

Je rêvais que j’étais
L’oiseau qui s’envolait
Le poisson qui nageait
Le cheval qui trottait
Le chat qui ronronnait.
J’étais bien. Je rêvais.

Je rêvais que j’étais
Le fleuve qui coulait
L’océan qui grondait
L’arbre qui bourgeonnait
Le vent qui s’enfuyait.
J’étais bien. Je rêvais.

Je me réveille et c’est
La nuit qui se défait
Le soleil qui paraît
Le jour que je connais
Le monde qui renaît.
Je vis. Je viens. Je vais.

 

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Ballade du Royaume

 

à jacques Charpentreau

 

Villon Guillevic ou Guillaume
(dit Kostro) avaient-ils vraiment
percé les secrets du royaume ?
ça reste un mystère et pourtant
la formule n’a rien d’occulte…
à vous lire c’est évident
il ne faut jamais être adulte

comme vous l’apprenez aux mômes
dans votre livre il est prudent
d’offrir une fleur qui embaume
on fait bien de parler au vent
d’autant plus qu’il nous catapulte
pas toujours se brosser les dents
surtout ne jamais être adulte

j’ai noté sur moi des symptômes
qui pourraient se faire inquiétants
les genoux sans mercurochrome
je caracole après le temps
et parfois me plais au tumulte
– le ciel m’épargne l’accident
qui de moi ferait un adulte

ami Charpentreau, à moins d’en
rire la vie nous laisse inculte
merci de m’enseigner comment
ne jamais jamais être un adulte.

                                                                               
Bertrand Degott

 

****

 

GILLES DE OBALDIA, LA LANGUE DES OISEAUX

      La Maison de Poésie vient de publier le deuxième recueil de Gilles de Obaldia, dans la lignée de son recueil précédent, L'Herbe haute, celle d'une poésie légère, imaginative, d'une fantaisie optimiste et chantante.

 

Un livre de 96 pages, 11,7 cm x 18,5 cm. 16 euros. ISBN : 978-2-35860-017-0.

 LA TOURELLE. LA MAISON DE POÉSIE SOCIÉTÉ DES POÈTES FRANÇAIS. 16, RUE MONSIEUR-LE-PRINCE. 75006 PARIS

 En vente en librairie ou à la Maison de Poésie (ajouter 2 € pour participation aux frais d’expédition).

 

 Été

 

 Le grand toboggan de l’été s’est déployé
pour de longues glissades sous les vaches en fleur

Les pommiers broutent les nuages
en faisant sonner le grelot des pissenlits

Les ablettes fluettes font du vélo
sur les routes argentées de France

Les enfants volent par nuées au-dessus du rire

L’espace circule nu au bras de l’éternité
et une très douce folie jaillit de toute part.

 

 **

 

 Ce qu’on en pense :

Gilles de Obaldia

 La Langue des oiseaux

 

     (…) L’important est la musicalité, bien présente, en particulier parce que le poète évoque La langue des oiseaux, ce qui se prête peu à des cris ou des expressions brutales. Et je dois dire que l’auteur, qui porte le nom d’un de mes dramaturges favoris, est peut-être fils ou parent de ce cher René, se nommant Gilles de Obaldia. Ce qui se confirme également, c’est, comme le seul recueil que je pardonne à un certain Verheggen, une œuvre dédiée à la mère disparue de l’auteur, et cela accentue l’émotion et le sens de la simple beauté des choses qui se dégagent de ces poèmes que je pourrais citer sans choisir et prendre au hasard dans ce volume. Par exemple : « Il y a en chaque mouette un poète / qui marche en équilibre dans le vide » ou « Il est temps de remonter par l’étroit goulet du rêve /et de chavirer avec la Lune / pour être dans l’écume blanche des rives… » Il faut toujours remonter des fonds qui nous menacent, d’un simple appel du pied. C’est presque une leçon.

 Paul Van Melle. Inédit nouveau. N° 259. Novembre-Décembre 2012. 11, avenue du Chant d’oiseaux. B-1310 La Hulpe. Belgique.

 

*

 

  Un recueil de poèmes bien mis en valeur par une édition soignée. Sur le thème récurrent des oiseaux, avec ce que cela comporte de léger, de soyeux, d’envol et de chant en liberté. La « langue des oiseaux », ou langue des anges, est également une expression alchimique qui évoque une langue mystérieuse, secrète, une langue cachée sous la langue. Mais la langue des oiseaux par excellence, ce jeu infini sur les sons et sur les sens, n’est-ce pas au fond la poésie elle-même ? L’art qui par la transmutation du langage aboutit à l’écriture la plus haute. Et pourtant, qui se risquerait aujourd’hui à acheter un recueil de poèmes nouvellement paru ? On n’hésite pas, à grands frais s’il le faut, à acheter le dernier polar, le dernier essai, le dernier roman, sans savoir s’il tiendra la route. Mais pour la poésie, il en va autrement : il faut qu’elle soit homologuée, certifiée, qu’elle soit déjà dans les manuels scolaires, en un mot que l’auteur soit au moins enterré. Il semble bien y avoir quelque chose d’indécent à caresser l’idée même d’acheter un recueil de poèmes inconnu. La parole y paraît toute nue, en effet, sans les oripeaux de la fiction, sans le costume que met la marquise quand elle sort à cinq heures, sans l’équipement du détective privé, sans armes, et sans rien des tenues à la mode ni même de la lingerie sexy du roman contemporain. Comme en écho au « ça ? » que lançait Tristan Corbière, Gilles de Obaldia nous dit que « ça / ça n’est pas une autre évasion / une autre échappatoire, une autre fuite en avant, / une autre distraction / ça / ça n’est pas un accommodement futile / pour un plus grand confort dans ta réalité ». Non, « ça c’est le repos sous la pierre lourde de ton cœur / dans le jardin frémissant de l’être. »

Frédéric Farat, Le Bulletin des Lettres. N° 713. Novembre-décembre 2012.

 

 

Gilles de Obaldia

 

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PETITE CHRONIQUE JURIDIQUE

 

 

 

 La Cour de cassation a condamné

 

la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques

 

 

     On nous demande fréquemment des informations concernant le litige entre la Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont et la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques (SACD). Après sept ans d’acharnement contre les poètes de la Maison de Poésie, nous sommes arrivés à une étape importante et nous pouvons faire le point sur cette malheureuse affaire qui a commencé à l’initiative de Monsieur Pascal Rogard, Directeur général de la SACD.

 

 

Rappel de la procédure

 

- Le 7 mai 2007, la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques représentée par son Directeur Général, Monsieur Pascal Rogard, assignait la Maison de Poésie afin d’obtenir son expulsion de ses locaux, et sa condamnation à divers paiements. Monsieur Pascal Rogard agissait ainsi au nom de « 43 000 associés » de la SACD. À notre connaissance, c’était la première fois qu’une société d’écrivains en poursuivait une autre (et de surplus, « reconnue d’utilité publique »).

- 4 mars 2010. Le Tribunal de Grande Instance de Paris ordonnait l’expulsion de la Maison de Poésie. 

- 10 février 2011. La Cour d’appel, saisie par la Maison de Poésie, confirmait le jugement précédent.

- 11 octobre 2011. La Maison de Poésie, respectueuse de la décision de la Cour d’appel, l’exécutait, et elle évacuait ses locaux historiques qu’elle occupait depuis 1928.

- Le 11 janvier 2012, la SACD réclamait, par huissiers, 62 522,32 euros à la Maison de Poésie.

 

            MAIS

 

- le 31 octobre 2012, la Cour de cassation saisie par la maison de Poésie, « casse et annule dans toutes ses dispositions, l’arrêt rendu entre les parties, par la cour d’appel de Paris ; remet, en conséquence, la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel de Paris autrement composée ». Elle condamne la SACD aux dépens. Elle dit que « la cour d’appel (…) a méconnu [la] volonté [des parties] de constituer un droit réel au profit de la fondation ». [L'arrêt complet est publié plus loin, ci-dessous].

 

     Ce « grand arrêt de droit des biens de 2012 (…) qui fera date » (Hugues Périnet-Marquet, Panthéon-Assas) est si important que la Cour de cassation décide qu’il fera partie de son rapport annuel et qu’il fait immédiatement l’objet de très nombreux commentaires d’éminents juristes. Ce « bel arrêt Maison de Poésie » (L. Tranchant), « fondamental, sobre en sa forme, opportun sur le fond » (Louis d’Avout et Blandine Mallet-Bricout, Recueil Dalloz), « cette décision de principe […] aussi remarquable pour la théorie générale que pour les possibilités pratiques qu’elle offre » (François-Xavier Testu, Université de Tours) entraîne un nouveau procès dans de nouvelles perspectives, à une date qui n’est pas encore fixée.

     L’initiative de Monsieur Pascal Rogard du 7 mai 2007, qui s’appuyait sur une clause de  l’acte de vente du 7 avril 1932 dont il remettait en cause la signification, a eu l’effet inverse de ce qu’il souhaitait : il a conduit la Cour de cassation a clairement reconnaître « un droit réel »  à la Maison de Poésie.

 

Notre situation actuelle

 

     La Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont, reconnue d’utilité publique, est à nouveau confrontée à Monsieur Pascal Rogard, Directeur général de la SACD, à son Président, aux 30 membres de son Conseil d’administration, aux quelque 53 000 associés de la Société ainsi entraînés dans un quatrième procès, que nous sommes bien obligés d’assumer avec détermination, quels que soient nos regrets devant cet acharnement.

     Après huit années de procédure, que demande la Maison de Poésie ?

     Comme l’exposent les conclusions déposées par nos avocats, la simple application de notre « droit réel » reconnu par la Cour de cassation : le retour en nos locaux historiques remis en état, le paiement des frais entraînés par tous ces procès et par notre déménagement, avec une astreinte pour tout retard.

     En dehors de cette procédure formelle, nous aimerions aussi que nous puissions retrouver l’amicale co-existence qui a eu lieu pendant trois quarts de siècle entre les poètes et les auteurs dramatiques – rompue par des ambitions qui n’ont jamais été les nôtres. 

     On trouvera ci-dessous, plus loin, les détails de ces procédures et les commentaires de quelques juristes.

 

*

LE PROCÈS D’ALCESTE

 

      Dans le procès que la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques a imposé à la Maison de Poésie, nous sommes toujours restés pendant plus de sept ans d’une parfaite correction vis-à-vis d’un adversaire impitoyable et intransigeant.

     Un personnage créé par l’un de nos plus grands auteurs dramatiques, l’Alceste de Molière, victime lui aussi d’un procès, n’avait pas notre retenue. Il nous a semblé intéressant de rappeler le portrait qu’il traçait de son adversaire grâce à la verve d’un auteur dramatique de talent, excellent versificateur et ami des poètes – mais qui n’appartenait pas à la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques.

  …
De cette complaisance on voit l’injuste excès
Pour le franc scélérat avec qui j’ai procès ;
Au travers de son masque on voit à plein le traître,
Partout il est connu pour tout ce qu’il peut être,
Et ses roulements d’yeux et son ton radouci
N’imposent qu’à des gens qui ne sont pas d’ici.
On sait que ce pied plat, digne qu’on le confonde,
Par de sales emplois s’est poussé dans le monde,
Et que par eux son sort, de splendeur revêtu,
Fait gronder le mérite et rougir la vertu.
Quelques titres honteux qu’en tous lieux on lui donne,
Son misérable honneur ne voit pour lui personne ;
Nommez-le fourbe, infâme et scélérat maudit,
Tout le monde en convient et nul n’y contredit.
Cependant sa grimace est partout bien venue ;
On l’accueille, on lui rit, partout il s’insinue,
Et, s’il est, par la brigue, un rang à disputer,
Sur le plus honnête homme on le voit l’emporter.


Molière, Le Misanthrope. I, 1. 1666.


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*

 

L’ARRÊT MAISON DE POÉSIE

 

      Nous n’avons évidemment pas de compétences juridiques – que celles du justiciable, que nous a imposées depuis 2007 le procès intenté par la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques (SACD) en nous poursuivant pour récupérer nos locaux. Avec l’aide de nos avocats, Maîtres Arnaud de Barthès de Montfort et Catherine Castro (Société de Gaulle et Fleurance), et Maître Jérôme Ortscheidt (cassation), il nous a bien fallu tâcher de suivre les diverses étapes de la procédure. La plus récente nous a été heureusement favorable et notre affaire, tout « insignifiante » au départ, est devenue un important épisode de l’histoire du droit français de propriété.

     En effet, l’arrêt du 31 octobre 2012 de la Cour de cassation, reconnaissant le droit réel de la Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont et condamnant la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques, a suscité de très nombreux commentaires d’éminents juristes. Cet arrêt qui a été intégralement publié par notre revue dans notre numéro 53 (Janvier 2013) a établi une importante jurisprudence que notre incompétence juridique ne nous permet pas de commenter à notre tour, et dont nous nous contenterons de signaler les articles les plus significatifs.

 - Le Recueil Dalloz 2012 constate immédiatement que l’arrêt de la Cour de cassation constitue la « consécration de l’autonomie de la volonté ». Le commentaire d’Antoine Tadros (Maître de conférences à la Faculté de Rennes I) estime que « cette décision » « condamne le dogme du numerus clausus des droits réels », et que « l’arrêt suscite l’intérêt quant à la possibilité de concéder un droit réel perpétuel sur la chose d’autrui ».

 - Le 14 novembre 2012, Le Quotidien, dans ses Brèves, évoque l’arrêt de la Cour de cassation, il rappelle les clauses en faveur de la Maison de Poésie dans l’acte de vente de 1932, et constate que « selon la Haute juridiction, la cour d’appel [qui avait condamné la Maison de poésie] avait méconnu [la] volonté [des parties] de constituer un droit réel au profit de la fondation ».

 - Une étude signée de Mehdi Kebir le 21 novembre 2012, Démembrement de la propriété : droit réel de jouissance spéciale, constate que « cet arrêt (…) est promis à un retentissement particulier du fait de sa future publication dans le rapport annuel de la Cour de cassation, d’autant qu’il éclaire de façon significative l’importante question de l’exhaustivité de la liste des droits réels énumérés par la loi. » L’auteur rappelle « le groupe de travail institué au sein de l’Association Henri-Capitant dont la mission était de réfléchir à une réforme du droit des biens » en 2008. « Il faut noter que, dans cet arrêt, la Cour de cassation va plus loin que l’avant-projet de réforme en admettant que le droit réel de jouissance spécial reconnu puisse perdurer pendant toute la durée de l’existence de la fondation. »

 - Les Éditions Francis Lefebvre dans leurs Actualités du 28 novembre 2012 signalent l’arrêt de la Cour de cassation : « Il est possible de donner à une personne morale le droit d’user un local pour plus de trente ans » et remarquent : « Les conventions légalement formées tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites et elles ne peuvent être révoquées que par leur consentement mutuel ou pour les causes que la loi autorise ».

 - Dans l’édition privée de Lexbase, L’information juridique du 29 novembre 2012, Séverin Jean (Docteur en droit, Université Toulouse 1-Capitol) et Guillaume Beaussonie (Maître de conférence à l’Université François Rabelais de Tours) étudient La création prétorienne d’un droit de jouissance spéciale à durée indéterminée, en partant de « L’arrêt Caquelard » du 13 février 1834 de la Cour de cassation. Pour ces auteurs, après l’arrêt du 31 octobre 2012 de la Cour de cassation, « il faut convenir de la consécration d’un objet nouvellement identifié : un droit réel de jouissance à durée indéterminée ».

 - Dans l’édition générale de La Semaine juridique du 24 décembre 2012 (n° 52), François-Xavier Testu (Professeur à l’Université de Tours), après avoir remercié Me Jérôme Ortscheidt, notre avocat à la Cour de cassation, constate que la Cour « rappelle (…) l’autonomie de la volonté dans les décompositions dont la propriété est susceptible ». Il ajoute que « l’arrêt Maison de Poésie » « reformule une solution que la Haute juridiction avait énoncée il y a presque deux cents ans », il étudie « le régime de la propriété partiaire », puis il montre un certain nombre « des perspectives qu’ouvre le bel arrêt Maison de Poésie ».  

 - Dans le Recueil Dalloz (Études et commentaires) du 10 janvier 2013, une étude particulièrement riche de neuf pages sur deux colonnes de Louis d’Avout (Professeur à l’Université Panthéon-Assas, Paris 2) et Blandine Mallet-Bricout (Professeur à l’Université Jean Moulin, Lyon 3), sous le titre La liberté de création des droits réels aujourd’hui, commence par publier l’intégralité de cet « arrêt fondamental, sobre en la forme, opportun sur le fond, qui manquait à la doctrine française du droit des biens pour affirmer la pérennité du principe de libre création des droits réels, héritée de la jurisprudence post-révolutionnaire. Ce qu’il convient sans doute d’appeler désormais l’arrêt Maison de Poésie doit être rapproché de celui du 23 mai 2012, relatif au droit de crû et à croître ayant affirmé le caractère perpétuel des droits réels sui generis. »

      Nous ne reprendrons pas l’ensemble de la présentation très complète et très intéressante de cette question, même pour un profane, depuis les origines et « l’orientation libérale du droit français des biens » qui est « construit à partir de l’idée de liberté » (au contraire du droit allemand), nous contentant de signaler que les auteurs étudient « les potentialités » de cet arrêt qui « restent largement à découvrir », y compris avec ses « incertitudes », mais quelques lignes extraites de la conclusion de cette intéressante étude sont particulièrement réconfortantes :

            « La poésie mène à tout… Elle conduit ici à une clarification considérable de la théorie des droits réels et à l’affirmation, libérale, de la possible création de droits réels innomés. À n’en pas douter, les potentialités de l’arrêt Maison de Poésie se révéleront peu à peu par l’effet de la pratique, opportunément encouragée à innover ». (…)

 - Le 16 janvier 2013, dans Les Petites affiches, François-Xavier Agostini (Chargé d’enseignement à l’Université d’Aix-Marseille-3) dans un article de six pages sur trois colonnes, commentait cette « Reconnaissance prétorienne du droit réel de jouissance spéciale », après avoir cité l’arrêt de la Cour de cassation et constatait que « jamais depuis l’arrêt Caquelard, la Cour de cassation n’a aussi clairement admis la faculté de libre création des droits réels, le présent arrêt s’identifie en effet comme un véritable arrêt de principe ». Entre autres remarques sur l’arrêt, l’article s’intéresse à la durée du droit réel qui nous est ainsi reconnu : « Il est désormais acquis que la perpétuité peut résulter de la volonté des vendeurs ». En effet, les dispositions de l’acte de vente ont été prévues pour toute la durée de notre Fondation.

- Hugues Périnet-Marquet, Professeur à l'Université Panthéon-Assas (Paris II) estime que "Le grand arrêt de droit des biens 2012 est manifestement celui qui est venu déclarer que « le propriétaire peut consentir sous réserve des règles d’ordre public un droit réel conférant le bénéfice d’une jouissance spéciale de son bien ». (…)

Un arrêt qui fera date puisqu’il aura les honneurs du rapport de la Cour de cassation. (…)

La Cour de cassation casse l’arrêt [de la Cour d’appel] au visa des articles 544 et 1434 du Code civil et avec l’attendu de principe suivant : « Attendu qu’il résulte de ces textes que le propriétaire peut consentir sous réserve des règles d’ordre public un droit réel conférant le bénéfice d’une jouissance spéciale de son bien ». Elle considère, de surcroît, que ce droit avait pu être consenti pendant toute la durée de l’existence de la Maison de Poésie.

Elle admet donc, de manière éclatante, que le pouvoir de la volonté puisse créer des droits réels de jouissance spéciale. Par voie de conséquence, elle reconnaît que les droits réels ne sont pas en nombre limité et que leur création n’est pas du ressort exclusif du législateur. (…)

L’arrêt de la Cour de cassation semble salué très favorablement par la doctrine même si certaines réserves sont émises. Saluons donc ce grand arrêt qui renouvelle le droit des biens et qui va nourrir la réflexion et la pratique pendant les années qui viennent".
La semaine de la doctrine. La Chronique.

- D'autre part, il faut fermement saluer cette confirmation de la force créatrice de la volonté dans le domaine des droits réels, qui va de pair avec la liberté contractuelle; cette confirmation de la ductilité du droit est un hommage à l'inventivité de l'être humain qu'étoufferait un système juridique exagérément rigide. (...)

Jean-François Berbiéri, Professeur des Universités. CDA, Toulouse I et CREOP, Limoges, Avocat à la cour de Toulouse.

Petites Affiches, 12 juin 2013. N° 117.

 

*

Pour les non-juristes que nous sommes et les poètes que nous avons toujours essayé d’être, tout cela ne revient-il pas à notre lecture profane et innocente d’un texte signé en 1932 par deux parties de bonne foi, qui s’étaient entendu avec simplicité sur quelque chose qu’on a tenté de compliquer ensuite ? En ce qui nous concerne, nous sommes prêts à revenir à une co-existence qui a duré près de trois-quarts de siècle sans problèmes.

Mais ce n’est pas si simple. La loi nous fait obligation de re-traduire à notre tour la Société des Auteurs et Compositeurs en Cour d’appel. Ce procès se tiendra prochainement, l’arrêt de la Cour de cassation nous permettant un optimisme raisonnable.

                                        La Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont

 

*

      Afin de permettre aux lecteurs intéressés par les questions juridiques de mieux comprendre le litige suscité par la SACD à l’encontre de notre Fondation, nous publions un extrait de l’acte de vente notarié du 7 avril (accepté et confirmé par un décret du Président de la République en date du 15 juin 1932) :

 « N’est toutefois pas comprise dans la présente vente et en est au contraire formellement exclue la jouissance ou l’occupation par la Maison de Poésie et par elle seule des locaux où elle est installée actuellement et qui dépendent dudit immeuble. »

« Au cas où la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques le jugerait nécessaire, elle aura le droit de demander que ledit deuxième étage et autres locaux occupés par la Maison de Poésie soient mis à sa disposition, à charge par elle d’édifier dans la propriété présentement vendue et de mettre gratuitement à la disposition de la Maison de Poésie et pour toute la durée de la fondation une construction de même importance, qualité, cube et surface pour surface. […] En conséquence de tout ce qui précède, la Maison de Poésie ne sera appelée à quitter les locaux qu’elle occupe actuellement que lorsque les locaux de remplacement seront complètement aménagés et prêts à recevoir les meubles, livres et objets d’art et tous accessoires utiles à son fonctionnement, nouveaux locaux qu’elle occupera gratuitement et pendant toute son existence. »

 

 ***

NOUVEAU PROCÈS EN APPEL

 

- La Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont et la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques sont donc renvoyés par la Cour de cassation devant la Cour d’appel de Paris autrement constituée. Ce quatrième procès s'est tenu le 12 juin 2014. L'arrêt doit être rendu le 18 septembre 2014.

                                              

 COMMENT AIDER LES POÈTES ET LA POÉSIE


 À RÉSISTER À CETTE DANGEREUSE OFFENSIVE

 

     Depuis plus de sept ans, la Maison de Poésie est soumise à une offensive permanente qui avait commencé avant même l’assignation en justice, pour que la Fondation Émile Blémont abandonne des locaux pour lesquels la Cour de cassation vient de reconnaître qu’elle jouissait d’un droit réel.

     À plusieurs reprises, la Maison de Poésie a semblé perdre la partie. Elle a été contrainte de trouver un abri pour ses biens les plus précieux, les livres de sa bibliothèque, elle en a perdu d’autres, ses meubles et machines ont été dispersés, elles s’est retrouvée à la rue, elle n’a pu remplir ses missions en faveur des poètes et de la poésie, elle a perdu des sources de revenus, elle a dû licencier son personnel, ses administrateurs ont été soumis à des pressions sans précédents, ils ont eu l’angoisse de devoir interrompre une mission qui leur avait été confiée par le protecteur de Rimbaud et de Verlaine, etc.

     La Maison de Poésie a été attaquée par un adversaire puissant, bénéficiant d’une administration bien équipée, comprenant un service juridique à demeure, des spécialistes, de vastes locaux, jouissant de ressources financières importantes.

     Pour lui faire face, la Fondation Émile Blémont était bien fragile et modeste, ayant peu de personnel, s’appuyant sur des bénévoles, rassemblant des poètes aux droits d’auteur ridicules, s’occupant d’un secteur littéraire, la poésie, en complète déshérence, organisant des rencontres et autres matinées littéraires gratuites, aux ressources financières minuscules, en dehors des modes, des chaudsbizness et autres pipolisations, bref, des gens sans appuis, des David un peu attardés dans un monde qui n’existe plus. Des gens qui ne passent jamais à la télévision…

*

 

     Que demande la Maison de Poésie dans ce quatrième procès ?

     Elle réclame simplement aujourd’hui la stricte application d’un acte notarié de 1932, la restitution de ses locaux remis en état, la recomposition de ses biens, quelques légitimes remboursements de ses frais.

     

 *

 L’AIDE DES AMIS DE LA POÉSIE RESTE NÉCESSAIRE

 

     La Maison de Poésie a pu tenir bon sous l’orage grâce à de très nombreux soutiens qui ont sans cesse réconforté ses responsables.

Il n’empêche qu’elle a besoin d’aide financière.

      - La Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont est reconnue d’utilité publique. Elle est habilitée à recevoir dons et legs. Chaque don, même modeste, est une aide bienvenue qui fait l’objet d’un reçu (pour déductions d’impôts prévues par la loi).

      - Les abonnements à sa revue Le Coin de table constituent une aide très largement efficace, car elle contribue en outre à la diffusion de la poésie et des œuvres de poètes contemporains connus ou à découvrir. (70 €/an, chèque à l’ordre de « la Maison de Poésie »).

       Nous invitons les amis de la poésie à participer à la Renaissance de la Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont, par leurs dons et par la souscription de nouveaux abonnements au Coin de table.


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 MALHEUR AUX JEUNES POÈTES !

 

     En 1872, Émile Blémont, grand bourgeois fortuné, distingué et bien élevé, alors âgé de trente-trois ans, alla chercher deux jeunes poètes inconnus et mal considérés, mais dont il avait su discerner le talent, pour les faire asseoir au Coin de table du peintre Fantin-Latour : Paul Verlaine et Arthur Rimbaud. Le plus vieux avait vingt-huit ans ; l’autre à peine dix-huit.

     À l’exemple de son Fondateur, la Maison de Poésie a toujours voulu aider les jeunes poètes encore inconnus (et pas forcément mal considérés). C’est pourquoi elle accueille toujours dans la revue Le Coin de table ou sur son site de jeunes poètes dont nous ne savons rien, sinon que nous aimons les poèmes qu’ils nous ont envoyés. C’est pourquoi elle a publié et continue de le faire des recueils de jeunes poètes, comme celui qui vient de paraître : Gilles de Obaldia, La langue des oiseaux.

     L’aide de la Maison de Poésie aux jeunes poètes s’est particulièrement manifestée avec le Prix Arthur Rimbaud, réservé à un jeune poète de dix-huit à vingt-cinq ans. Ce Prix, organisé en participation avec le Ministère de la Jeunesse, doté de 5 000 euros, a été décerné pendant vingt ans. Il a suscité des milliers d’envois. Chaque année, la Maison de Poésie a publié une sélection des meilleurs poèmes des candidats.

 

Manuscrits du Prix Rimbaud

 

 

     Ce Prix a été supprimé par Martin Hirsch, appelé par Nicolas Sarkozy à transformer le Ministère en Haut-Commissariat indifférent à la poésie des jeunes auteurs. Alors, la poésie… Les jeunes gens qui en écrivent… Le Haut-Commissariat et son commissaire ont disparu; la poésie demeure.

     Illustration d'Aureélie Monfait

 

 

Illustration d’Aurélie Monfait. 19 ans. (École Supérieure Estienne des Arts et Industries graphiques)

Le nouveau Printemps des jeunes poètes.

     Nous nous emploierons à retrouver les conditions nécessaires au renouvellement de ce Prix.

 

*

Ouvre ma main…

 

Ouvre ma main
je refuse de te voir
Quelle sera ma chanson demain

 
Tu es trop beau mon amour
trop simple de moi
j’exige de toi la vie

 
Je ne suis pas compréhensible
je suis inattachée
tu es trop près mon amour

 
As-tu le bonheur
je suis inconstance
tes yeux trop doux trop droits

 
Ne me cherche pas
je suis introuvable
je n’existe pas.

 

Cécile Bétouret. 20 ans. Prix Arthur Rimbaud 1997.
Le Point du jour.
100 poèmes et dessins de 23 jeunes artistes d’aujourd’hui. © La Maison de Poésie.

 

*

 Joie du mauve

 

Le mauve – peu importe –
La mort qui te ravage
La douleur qui t’escorte
Vers de taiseux barrages

 
Si les sentiers s’éboulent
– Ton cœur dessus de sorte
Que c’est ta vie qui croule
Avec eux – peu importe

 
Et si tes mots pourrissent
Que le silence crisse
Où tu vois apparaître

 
Le pire peu impor-
Te tu auras encor
De la joie pour y être

 

Camille Bonneaux. 22 ans. Mention spéciale. Prix Arthur Rimbaud 2009.
Rimbaud 007.
© La Maison de Poésie.

 

     Rimbaud 006         Rimbaud 008         Rimbaud 007

 

 

RENCONTRES

 

     La Maison de Poésie a été chassée par la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques de ses locaux historiques où elle recevait régulièrement les poètes et amis de la poésie, au cours de conférences, lectures, matinées littéraires ou de rencontres informelles.

     Pour le moment, ces manifestations littéraires se tiennent dans les locaux de la Société des Poètes Français qui les met généreusement à la disposition de la Maison de Poésie, en témoignage de solidarité. La Maison de Poésie réunit également ses amis en d’autres lieux.

 

   Coin de table Fantin     Klingsor     Martineau

 

 

 

          Bibliothèque vide               Déménageurs

 

 

     La Cour de cassation, par un arrêt rendu le 31 octobre 2012, a reconnu le droit réel de la Maison de Poésie et condamné la SACD. Cet arrêt fera date et il permet à la Maison de Poésie d'envisager favorablement un nouveau procès en Cour d'appel. Nous reproduisons ici cet arrêt historique :

 

CIV.3

CH.B

 

COUR DE CASSATION

 

 Audience publique du 31 octobre 2012

Cassation

M. TERRIER, président

Arrêt n° 1285 FS-P+B+R

Pourvoi n° Z 11-16.304

 

 

R E P U B L I Q U E     F R A N C A I S E

        

 

AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS

        

 

LA COUR DE CASSATION, TROISIÈME CHAMBRE CIVILE,

a rendu l’arrêt suivant :

 

Statuant sur le pourvoi formé par la société La Maison de Poésie, dont le siège est 11 bis rue Ballu, 75009 Paris,

 contre l’arrêt rendu le 10 février 2011 par la cour d’appel de Paris (pôle 4, chambre 1), dans le litige l’opposant à la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD), dont le siège est 11 bis rue Ballu, 75009 Paris,

 défenderesse à la cassation ;

 La demanderesse invoque, à l’appui de son pourvoi, les trois moyens de cassation annexés au présent arrêt ;

 LA COUR, composée conformément à l’article R. 431-5 du code de l’organisation judiciaire, en l’audience publique du 25 septembre 2012, où étaient présents : M. Terrier, président, Mme Feydeau, conseiller rapporteur, Mme Fossaert, MM. Fournier, Échappé, Pameix, Mme Salvat, conseillers, Mmes Proust, Pic, M. Crevel, Mmes Meano, Renard, conseillers référendaires, M. Bailly, avocat général référendaire, M. Dupont, greffier de chambre ;

 Sur le rapport de Mme Feydeau, conseiller, les observations de la SCP Ortscheidt, avocat de la société La Maison de Poésie, de la SCP Hémery et Thomas-Raquin, avocat de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques, l’avis de M. Bailly, avocat général référendaire, et après en avoir délibéré conformément à la loi ;

 Sur le deuxième moyen :

 Vu les articles 544 et 1134 du code civil ;

 Attendu qu’il résulte de ces textes que le propriétaire peut consentir, sous réserve des règles d’ordre public, un droit réel conférant le bénéfice d’une jouissance spéciale de son bien ;

 Attendu, selon l’arrêt attaqué (Paris, 10 février 2011) que par acte notarié des 7 avril et 30 juin 1932, la fondation La Maison de Poésie a vendu à la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (la SACD), un hôtel particulier, l’acte mentionnant que « n’est toutefois pas comprise dans la présente vente et en est au contraire formellement exclue, la jouissance ou l’occupation par la Maison de Poésie et par elle seule des locaux où elle est installée actuellement et qui dépendent dudit immeuble » et « au cas où la SACD le jugerait nécessaire, elle aurait le droit de demander que le deuxième étage et autres locaux occupés par La Maison de Poésie soient mis à sa disposition, à charge pour elle d’édifier dans la propriété présentement vendue et de mettre gratuitement à la disposition de La Maison de Poésie et pour toute la durée de la fondation, une construction de même importance, qualité, cube et surface pour surface » (…) « en conséquence de tout ce qui précède, La Maison de Poésie ne sera appelée à quitter les locaux qu’elle occupe actuellement que lorsque les locaux de remplacement seront complètement aménagés et prêts à recevoir les meubles, livres et objets d’art et tous accessoires utiles à son fonctionnement, nouveaux locaux qu’elle occupera gratuitement et pendant toute son existence », que le 7 mai 2007, la SACD a assigné La Maison de Poésie en expulsion et en paiement d’une indemnité pour l’occupation sans droit ni titre des locaux ;

 Attendu que pour accueillir la demande l’arrêt retient que le droit concédé dans l’acte de vente à La Maison de Poésie est un droit d’usage et d’habitation et que ce droit qui s’établit et se perd de la même manière que l’usufruit et ne peut excéder une durée de trente ans lorsqu’il est accordé à une personne morale est désormais expiré ;

 Qu’en statuant ainsi, alors que les parties étaient convenues de conférer à La Maison de Poésie, pendant toute la durée de son existence, la jouissance ou l’occupation des locaux où elle était installée ou de locaux de remplacement, la cour d’appel, qui a méconnu leur volonté de constituer un droit réel au profit de la fondation, a violé les textes susvisés ;

 

PAR CES MOTIFS, et sans qu’il y ait lieu de statuer sur les autres moyens :

 

CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l’arrêt rendu le 10 février 2011, entre les parties, par la cour d’appel de Paris ; remet, en conséquence, la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel de Paris, autrement composée ;

 

Condamne la Société des auteurs et compositeurs dramatiques aux dépens ;

 

Vu l’article 700 du code de procédure civile, condamne la Société des auteurs et compositeurs dramatiques à payer à La Maison de Poésie la somme de 2 500 euros ;

 

Dit que sur les diligences du procureur général près la Cour de cassation, le présent arrêt sera transmis pour être transcrit en marge ou à la suite de l’arrêt cassé ;

 

Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, troisième chambre civile, et prononcé par le président en son audience publique du trente et un octobre deux mille douze.

 

            


 Manifestations poétiques et rencontres.

      Au milieu de ces tribulations, soumise à une pression permanente de la part d’une SACD particulièrement offensive, la Maison de Poésie n’a pas pu organiser comme les années précédentes toutes les activités littéraires habituelles. 

  

Gilles de Obaldia

 

 

     Dernière réunion

 

    

Publications

 

     La Maison de Poésie a décidé de continuer la publication de sa revue malgré des conditions difficiles.

       Les quatre numéros annuels de la revue Le Coin de table ont été publiés régulièrement en 2011 et en 2012. Pour la septième année consécutive, la revue a atteint l’équilibre financier. La Maison de Poésie poursuit en 2013 l’édition du Coin de table, une revue originale et essentielle dans le paysage poétique actuel. Depuis plusieurs années le Centre National du Livre ne consent aucun soutien financier à la revue. Il n’a apporté aucune aide à la Fondation dans ses difficultés considérables de 2011. Le CNL ne nous a été d’aucune utilité dans la tempête. Même pas une petite bouée pour le mousse.

     L’abonnement au Coin de table (70 €, pour la France, en 2013) est un moyen d’aider la Maison de Poésie à continuer.

     Affirmant la continuité de son soutien aux jeunes poètes malgré toutes ses difficultés financières et techniques, la Maison de Poésie a publié en 2012 le deuxième recueil de Gilles de Obaldia, La Langue des oiseaux.

 

Aides à la création. Prix littéraires.

      Les circonstances ont empêché la Fondation de donner ses habituels Prix littéraires et d’aider des jeunes poètes à publier leurs œuvres en recueil. Toutefois, plusieurs ont été accueillis dans la revue et sur le site de la Fondation.

 

Bibliothèque.

      Elle n’est plus disponible.

 Site

        Plus de 20 000 visiteurs l’ont consulté en 2011; autant en 2012. Il donne diverses informations sur la Maison de Poésie, la revue Le Coin de table, l’histoire de la Fondation, etc. Il publie de nombreux poèmes, de poètes déjà célèbres et de jeunes poètes encore peu connus.

     En août et septembre 2011, il a été la cible d’une attaque malveillante provenant de sources inconnues (en apparence géographiquement lointaines, Afrique, Amérique du sud, en réalité non localisables) qui renvoyaient les visiteurs vers un site pornographique, ce qui avait amené l’hébergeur à déclarer notre site « dangereux » pendant plusieurs semaines. Notre informaticien a réussi à libérer notre site, après divers travaux, dont le coût a été à notre charge, sans que nous puissions savoir si cette attaque était due au hasard ou était volontairement ciblée sur nous. Le service de police spécialisé a été informé.

 

*

 

     La Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont a continué à vivre en 2012 malgré toutes ces difficultés – ce qui n’est pas une mince réussite. 

     Elle a pu constater que ses nombreux amis lui apportaient un soutien psychologiquement très réconfortant et financièrement efficace, puisque jamais les dons n’avaient été aussi importants. Elle a particulièrement remercié la Société des Poètes Français, une centenaire très active.

     Après la décision très favorable de la Cour de cassation, l’avenir de la Fondation va dépendre d’un mécénat qui reste à trouver – et du deuxième jugement en Cour d'appel, qui aura lieu en 2013 à une date non encore fixée.

 

Bailly

 

 

                                                

 

Comment nous aider ?

 

- En s’abonnant à la revue trimestrielle Le Coin de table. Un an, France : 70 €. Étranger : 80 €. Chèque à l’ordre de « La Maison de Poésie ».

- En adhérant à l’Association des Amis d’Émile Blémont : La Maison de Poésie. La Société des Poètes Français. 16, rue Monsieur-le-Prince. 75006 Paris (adhésion pour 2012 : à partir de 5 €).

- En faisant un don à la Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont, reconnue d’utilité publique, actuellement en difficulté financière (un reçu sera envoyé pour bénéficier des remises d’impôt prévues par la loi).

 

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Association des Amis d'Émile Blémont

 

     Pour aider la Maison de Poésie, actuellement en difficulté, à poursuivre l’œuvre de son Fondateur Émile Blémont, une association a été créée en 2011.

     Émile Blémont fut un poète et un généreux mécène que l’AAÉB aidera à ne pas oublier.

     L’action Emile Blémont a été remarquable en faveur de la Poésie, et d’une façon générale il défendit toujours la culture et les grandes valeurs humaines. Sa correspondance montre son soutien envers les poètes, concrétisé aussi bien par des aides financières que par des aides morales. Certains d’entre eux sont célèbres aujourd’hui, notamment Verlaine, avec lequel il a toujours été en contact. Le pauvre Lélian lui a d’ailleurs rendu hommage dans un poème. On peut citer également Léon Valade que Blémont a toujours aidé. Émile Blémont fit don à l’État de sa correspondance avec ces deux poètes. Les lettres de Verlaine sont conservées à la Bibliothèque Nationale de France et celles de Léon Valade à la Bibliothèque de Bordeaux, sa ville natale. Le tableau de Fantin-Latour, Coin de table, qu’il offrit également à l’État, se trouve aujourd’hui conservé au Musée d’Orsay. Membre du Conseil de famille des petits-enfants de Victor Hugo, il participa à la création de son Musée de la Place des Vosges.

     Sa position sociale lui permettait d’avoir des relations au plus haut niveau. Ses démarches et ses interventions suscitèrent la création d’une Bourse de voyage littéraire, il fut nommé Président de sa commission. Ne pouvant décider l’Etat à ouvrir, avec son aide, un Musée des poètes, Emile Blémont créa, par testament, La Maison de Poésie, fondation reconnue d’utilité publique en 1928 par le Président de la République Gaston Doumergue.

     La dernière pensée d’Émile Blémont fut donc pour les poètes et la Poésie. L’AAÉB veillera à maintenir son nom et à poursuivre son œuvre dans le même esprit de générosité et d’ouverture.

    L'assemblée générale de l'Association a eu lieu mercredi 22 février 2012. L'assemblée générale du 22 mai 2014 a approuvé les rapports et les comptes concernant 2013.

 Association des Amis d’Émile Blémont. La Maison de Poésie. Société des Poètes Français. 16, rue Monsieur-le-Prince. 75006 Paris.  Adhésion à partir de 5 Euros.

 Présidente Mathilde Martineau.

 

 *

À Émile Blémont

 

La vindicte bourgeoise assassinait mon nom

Chinoisement, à coups d'épingle, quelle affaire !

Et la tempête allait plus âpre dans mon verre.

D'ailleurs du seul grief, Dieu bravé, pas un non,

 

 Pas un oui, pas un mot ! L'Opinion sévère

Mais juste s'en moquait autant qu'une guenon 

De noix vides. Ce bœuf bavant sur son fanon,

Le Public, mâchonnait ma gloire... encore à faire.

 

 L'heure était tentatrice et plusieurs d'entre ceux

Qui m'aimaient en dépit de Prud'homme complice,

Tournèrent carrément, furent de mon supplice,

 

 Ou se turent, la peur les trouvant paresseux,

Mais vous, du premier jour vous fûtes simple, brave,

Fidèle, et dans un cœur bien fait cela se grave.

 

 Paul Verlaine, Amour.
Léon Vanier, 1888.

 

Blémont par Cazals

 

Cazals, Émile Blémont.

*

 LIVRES ACTUELLEMENT DISPONIBLES

  GRANDE COLLECTION

 

- Les invités du Coin de table. Florilège (1955-)1995. 300 poèmes. 400 p. 30 €.

- « Je ne veux qu’une chose, être aimée ».  50 lettres inédites de Juliette Drouet à Victor Hugo reproduites en fac-similé. Présentation et commentaires de S. et J. Charpentreau. 232 p. 30 €.

- « Pour vous seule ». 53 lettres inédites d’Alfred de Vigny à Céline Cholet, reproduites en fac-similés. Présentation et commentaires de J. Charpentreau. 160 p. 30 €.

- « Bonjour, Monsieur Blémont ! ». La Bohème des années 1870, par Mathilde Martineau. Avec 70 reproductions en fac-similés et de nombreux originaux. 200 p. 30 €.

- Philippe Chabaneix, Œuvres poétiques. I. Rassemblées et présentées par Jean-Luc Moreau. 440 p. 45 €.

- Anthologie de la Poésie française de Paul Verlaine à Tristan Klingsor (1866-1955). 400 p. 8 €.

*

 

POÈMES

 

- Émile Blémont, L’Âme étoilée, 12 €.

- Jacques Charpentreau, Musée secret. Le Chant de la lumière. Le Visage de l’ange. Le Papillon sur l’épaule. La Part des anges. 12 €. La Rose des fables, 18 €. La Petite Rose des fables, 10 €. Ombres légères, 16 €.

- Luc Decaunes, Poésie, 12 €. Inconvenances, 8 €.

- Robert Houdelot, Le Laurier noir, 12 €.

- Bernard Jourdan, L’hiver qui vient, 12 €.

- Daniel Lander, Peines perdues, 12 €.

- Jean Lestavel, Départs. Les Arbres chantent, 12 €.

- Bernard Lorraine, Stances, suivi du Livre de l’identité, 16 €.

- Michel Manoll, Louisfert-en-Poésie, 12 €.

- Maximine, Les visiteuses, suivi de Quelques lilas, 12 €.

- Jean-Luc Moreau, La Bride sur le cœur, 12 €.

- Gilles de Obaldia, L’herbe haute, 16 €.

- Camille Pelletan, Poèmes secrets, 12 €.

- Georges Sédir, Grand jeu. Il se fait tard, 12 €.

- Léon Vérane, Les étoiles et les roses, 12 €.

- Robert Vigneau, Une vendange d’innocents, 16 €.

- Youri, Poèmes de jour, Poèmes de nuit, 16 €.

 

     Commande à envoyer à : La Maison de Poésie. Société des Poètes Français. 16, rue Monsieur-le-Prince. 75006 Paris, avec le chèque correspondant (+ 2 € pour participation aux frais d'expédition).

 

Patrimoine

 

      Pour le moment, la Maison de Poésie n'est plus en mesure de mettre à la disposition des lecteurs et des chercheurs le patrimoine poétique dont elle a la garde depuis plus de quatre-vingts ans. Il est indisponible, mais en sécurité dans les réserves de la Bibliothèque Nationale de France, à la suite de l’expulsion par la SACD.

 

 Pérennité d'une œuvre poétique

 

     Pour le moment, la Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont ne peut plus apporter son aide à la pérennité de l'œuvre d'un poète, à la suite de son expulsion au bénéfice de la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques.

           

 

 DONS, LEGS ET MÉCÉNAT

 

 

 La Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont

 

est reconnue d'utilité publique

 

     À ce titre, elle peut recevoir des dons et legs donnant droit à des réductions d’impôt prévues par la loi.

     Tous ces dons, même les plus modestes, aident financièrement la Maison de Poésie à répondre à sa vocation, et ils constituent un précieux encouragement.

     Chaque don, par chèque établi à l’ordre de la Maison de Poésie, fait l’objet d’un reçu à remettre aux services fiscaux.

     Les contribuables peuvent ainsi décider de l'affectation d'une partie de leur impôt. Nous remercions tous ceux qui choisissent de maintenir, d'aider, et de faire vivre la poésie.

 

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Contribuables assujettis à l’impôt sur le revenu (2012) :

Diminution de l’impôt sur le revenu suivant les modalités prévues par la loi.

 

Contribuables assujettis à l’Impôt de Solidarité sur la Fortune (ISF. 2012) :

Réduction de l’ISF du montant des sommes versées à la Maison de Poésie suivant les modalités prévues par la loi.

 

  La Fondation est habilitée à recevoir les legs et successions.

 

            

 

 

Nous avons tous besoin de la poésie.

 

 

La poésie a besoin de vous !

 

 

 

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Mise à jour le Lundi, 07 Juillet 2014 16:00