Logo Maison de la poesie

LA MAISON DE POÉSIE


Fondation Émile Blémont

Reconnue d´utilité publique


16, rue Monsieur-le-Prince. 75006 Paris

06 37 51 17 09


La Maison De Poésie Actualités
PDF Imprimer Envoyer

 

 Pour nous joindre :

- Par courrier postal : La Maison de Poésie. Société des Poètes Français.

     16, rue Monsieur-le-Prince. 75006 Paris.

- Par téléphone : 06 37 51 17 09.

- Par courriel : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

 

 

Actualités

 

 

Décembre 2014

 

 

 APRÈS LA VICTOIRE

 

DE LA MAISON DE POÉSIE

 

 

 FAIRE APPLIQUER L'ARRÊT DE LA COUR D'APPEL

 

 

      La Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques n’ayant pas obéi à l’arrêt de la Cour d’appel, la Maison de Poésie a entrepris les démarches nécessaires à son application.
     La Maison de Poésie est obligée de donner assignation à la SACD « d’avoir à comparaître à l’audience [du Président] du Tribunal de grande instance de Paris, statuant en référé, siégeant au Palais de justice (…) le mardi 13 janvier 2015 à 13 h 30, Salle des référés droit commun. »
     Nous espérons faire appliquer l’arrêt de la Cour d’appel dans le respect des lois et de la justice, alors que la SACD essaie de s’affranchir de ses obligations en ayant tenté dès le 21 novembre 2014 de se pourvoir en cassation contre l’arrêt qui l’a condamnée.

 

 

 

 

 Cadran solaire

 

 

                                                                                                     


 

 

 Richesse de la poésie

 

 

 

      La pauvreté financière de la poésie est évidente. Mais ne l’est pas moins sa richesse culturelle et littéraire, comme le montre une fois de plus notre revue Le Coin de table, aussi bien par les poèmes que par les articles et études de son récent numéro.
    On y trouve des poèmes d’une quinzaine de poètes contemporains, les uns célèbres, d’autres encore peu connus, mais qui vont tous rencontrer des lecteurs grâce à la revue, avec des poèmes très divers, poèmes en prose de Sylvestre Clancier, en vers libres fortement structurés de Youri, avec la forme « fixe » du Chant royal de Jean Mineur, les traductions des poèmes suédois du Prix Nobel Tomas Tranströmer, etc. Sans jamais s’enfermer dans un seul genre, ou plutôt, puisqu’il n’y en a que deux, choisissant « le bon » (c’est-à-dire ce que nous aimons ; y a-t-il d’autres critères ?). Parmi tous ces poèmes, une surprise : 42 quatrains de Jacques Réda, « Le Songe de La Fontaine », qui prouve qu’on peut écrire 168 alexandrins sans encombre et les lire sans ennui ! Et on n’oublie pas de saluer les cent ans de Georges-Emmanuel Clancier !

      À côté de ces poèmes d’aujourd’hui, on découvre ceux du philosophe Alain (révélation inattendue !), on retrouve Mallarmé, on ouvre le dernier recueil de Jean-Claude Pirotte, on reste perplexe devant « la poésie octogonale » de Jacques Roubaud, etc.
      Tandis que Chaunes étudie les rapports historiques et actuels (parfois difficiles) de l’auteur et de son éditeur, ceux de Mallarmé et Manet rappellent une belle amitié d’artiste, et diverses chroniques présentent recueils et ouvrages récents. 



60 CdT


 

 

 

Parmi les poèmes :

 

 

 Occupations

 

 

De soif je tombe à la mer
de peur je m’efface dans le noir
de solitude hébété je disparais dans la foule
de tristesse je me noie dans les pleurs
d’ennui je meurs le dimanche
d’elle je tremble d’effroi
de dépit je me laisse tomber
d’impatience le temps me dévore
d’attente j’ai tout perdu
de mémoire il me faut oublier
la joie de t’avoir tant aimée.

                                                                     

Oscar Ruiz-Huidobro

 

*

 

 

Je me balance

 

 

 

Dans le hamac des jours et des nuits
je me balance
au-dessus de la vie
au-dessus de mes souvenirs

Une pincée de temps une pincée de sommeil
je me balance
si j’ai rêvé ma vie que se passera-t-il au réveil

En ce pays les morts sont plus nombreux que les vivants
au loin siffle le TGV du Temps
rien ne presse aucune importance
je me balance
je n’ai pas repris de billet

Madame la Mort s’il vous plaît
apportez-moi l’addition

                                                                                                                    

Youri

 

*

 

 

Bonjour !

 

 

 

Bonjour ! Madame ma solitude…
Et veuillez m’excuser, je dormais.
Mais je reviens à vous désormais ;
vous pouvez reprendre vos habitudes
et me suivre partout où je vais.

Un jour s’ajoute à ceux qui me hantent ;
il fait beau ; ce n’est que pour les yeux ;
car peu me chaut qu’il neige, vente,
ou pleuve alors que mes seuls cheveux
disent bien que trop d’ans me tourmentent.

J’ai beau garder cœur tendre, esprit clair,
– devant moi passent, indifférentes,
des belles dont j’eusse ému la chair
naguère, lorsque de ces amantes
je croyais l’amour fidèle offert.

D’aucuns célèbrent la bonne chère,
ses crus, ses mets, fumets et saveurs,
mais qu’en est-il pour le solitaire
qui n’a plus, sans vrai convive, l’heur
de toquer contre un autre son verre ?

Près de moi veillent des âmes sœurs
(mes collections, mes disques, mes livres)
par leur facture et par leurs auteurs,
mais comment ce commerce le vivre
dès que vous faut l’interlocuteur ?

Quand morts sont les amis (ou tout comme,
si peu présents sont les survivants)
s’accommoder du reste des hommes
va moins de soi que du pâtiment
tant on n’y voit que sots ou brigands.                                                                                                        

 

Pierre Lexert

 

*

 

 

Ne parle pas…

 

 

Ne parle pas
mes lèvres tremblent
l’été s’éveille
les roses perlent
sur la margelle du silence.

Tu sais bien
que les mots
sont pauvres
pour dire tout l’amour.

C’est l’été du désir
après la précieuse attente,
explose-moi
épouse mes reins
je t’avale sans répit
caracole encore
caracole
caracole
 

Marie Botturi

 

*

 

 

Présents

 

 

Jeunes filles de ma jeunesse
Recevez ces coquelicots,
Un clin d’œil du Pays de Caux,
Le rêve angoissé de l’ânesse

Que l’aube a fixé dans ses yeux.
Voici la promesse des mûres,
La mer aux galets qui murmure
Et l’élégance du lin bleu.

Pour vous l’école du village,
L’enfant habile à chat perché,
Et l’heure qui chante au clocher
Pour mieux me rappeler mon âge.

Prenez aussi l’étang fangeux
Où la vie s’agite et s’entête
En milliers de petites bêtes
Dont survivre est l’unique enjeu.

Pour vous le V de la valleuse,
Le fou-rire du goéland,
Les bœufs qui paissent indolents,
L’alouette mélodieuse.

Jeunes filles de ma jeunesse,
Couronne de fleurs à mon front,
Je suis l’obstiné liseron
À jamais noué dans vos tresses.

Mais de l’arum à l’asphodèle
De la pervenche à l’ancolie
Ma main, sans trembler, a cueilli
D’entre les roses la plus belle.

 

Daniel Cuvilliez

 

                                                      

 

 

 Parmi les articles (extraits)

 

 

 CHAUNES

 

L’AUTEUR ET SON ÉDITEUR

 

     La relation entre l’auteur et l’éditeur est loin d’avoir été stable dans l’histoire. Si les auteurs existent depuis les origines des langues, l’éditeur est une invention bien plus récente. On peut considérer que sa profession doit son pouvoir à l’imprimerie et, plus largement, que toute nouvelle forme de technologie bousculera forcément ce qu’on entend par édition.
      En réalité, l’histoire de cette relation est celle d’une question beaucoup plus large : de quoi peut vivre l’artiste créateur ? A-t-il une place attitrée dans la société ? Cette question est devenue un non-dit de la littérature : il est de mauvais goût, dans une œuvre littéraire, d’aborder les soucis matériels de l’auteur.
      Pour simplifier le débat, on peut imaginer quatre modèles qui sont en quelque sorte les cas extrêmes : je les nommerai le modèle classique, le modèle romantique, le modèle mercantile et le modèle moderne. Aucun des quatre ne prévaut complétement : toutes les situations qu’on rencontre en pratique les mélangent à des degrés différents.
      Dans le modèle classique, l’écrivain (Virgile) jouit des faveurs d’un amateur puissant et riche (Mécène) ou d’un monarque (Auguste) qui le récompensent matériellement. Il leur apporte en échange une partie de la gloire que lui vaut sa création. Le public est là uniquement pour applaudir, et n’a comme fonction que l’appréciation éclairée d’une œuvre. Il est implicite que le vrai public est composé d’un très petit nombre de gens de goût, capable de la comprendre. Le poète de cour relève de ce système.
      Dans le modèle romantique, l’écrivain s’élève contre un pouvoir qui le redoute et craint son jugement. Il jette son œuvre au public qui reconnaîtra un jour son génie, la voix du peuple étant la voix de Dieu, et la célébrité, la récompense du grand artiste. Dans ce modèle, il faut quand même l’intervention d’un éditeur qui s’occupe des choses bassement matérielles et entretient l’écrivain comme une « danseuse », c’est-à-dire parfois à perte. Il ressemble au mécène, mais sa motivation sera, elle est même de se payer sur l’œuvre, par le miracle de l’imprimerie.
      Dans le modèle mercantile, l’auteur n’a d’importance que pour sa capacité à créer une œuvre-marchandise immédiatement exploitable, dont  l’éditeur tire profit, car le public est prêt à payer pour l’acquérir. L’auteur peut même écrire uniquement dans ce but (Ian Fleming). Il est sous-entendu qu’une œuvre sans valeur commerciale est de qualité inférieure, et que le « bon goût » de l’éditeur consiste à repérer ce qui est vendable. Le public est l’arbitre, mais à l’éditeur revient le mérite de la découverte.
      À ces trois modèles de base, on pourra bientôt en ajouter un nouveau, qui n’existe pas encore : le modèle moderne, qui s’appuiera sur les particularités de la diffusion par internet. Il sera assez différent : l’auteur pourrait même devenir son propre éditeur, par une sorte de retournement de l’histoire qui verrait la disparition de l’éditeur et un retour à l’auteur assez solitaire du modèle classique.

...............................................................................................

 

      Après avoir montré comment les progrès technologiques ont entraîné les modifications des rapports entre l’auteur et son éditeur (Les raisons d’une évolution), Chaunes s’interroge sur chacun des grands modèles qu’il a définis et qui ont mené « vers la commercialisation » et Le rapport mercantile entre les deux parties.


................................................................................................


     En définitive, si l’on suit la logique de cette notion de « droits d’auteur » depuis sa naissance jusqu’aux temps présents, tout semblait destiner les écrivains et les éditeurs du XXIe siècle à adopter exclusivement le modèle mercantile comme base de leur activité. Mais la situation est plus complexe qu’il n’y paraît de prime abord.
      La principale difficulté de ce modèle mercantile est un rapport forcément conflictuel entre les intérêts de l’auteur, qui s’estime entièrement « propriétaire » de son œuvre, et ceux de l’éditeur qui prend un risque financier considérable en la publiant et veut par conséquent en être rémunéré en proportion. Le contrat entre ces deux parties est généralement asymétrique, du moins pour les auteurs qui se font publier pour la première fois. C’est l’histoire du pot de terre et du pot de fer. Il faut comprendre qu’un contrat, normalement, se négocie entre deux parties, mais que la puissance économique de l’éditeur dépasse infiniment celle de l’auteur. Voilà pourquoi la plupart des auteurs n’ont guère le choix : ils touchent environ dix pour cent du prix de vente dans le meilleur des cas. En plus, les contrats proposés aux auteurs ont subi une érosion progressive au fil du temps, malgré une forme de propagande qui consiste toujours à affirmer comme une vérité que les « droits d’auteur » sont bien défendus. Il est peut-être utile de faire une petite liste de ces érosions progressives.

 

................................................................................................

 

 

VERS DE NOUVEAUX MODÈLES

 

 

     Ce qui va totalement transformer la situation pour les auteurs du XXIe siècle et qui fait terriblement peur aux éditeurs actuels, c’est l’arrivée sur le marché d’un nouveau modèle d’édition, beaucoup plus favorable en principe aux auteurs. Ce modèle moderne consiste en quelques réformes majeures, rendues possibles par les nouvelles technologies de numérisation, à savoir que
           - le livre est produit en « flux tendu » c’est à dire sans le moindre stockage : il est imprimé à chaque commande (couverture plus texte, sur des papiers de qualité supérieure, avec beaucoup d’options de format, de couleurs de papier, de couleurs d’impression de la couverture, etc.), suivant des normes souvent plus exigeantes que celles des imprimeurs ;
           - l’auteur peut, s’il le souhaite, maîtriser entièrement la chaîne de conception du livre, depuis la mise en forme du texte jusqu’à la réalisation de la couverture. Sinon, il peut aussi s’adresser à des services payants qui sont en moyenne peu onéreux ;
           - le livre est mis en vente en ligne sur un réseau d’échelle mondiale (par exemple, sur le site de la librairie Amazon – la plus vaste au monde) ;
           - l’auteur, devenant son propre éditeur, demeure propriétaire de son œuvre, un peu comme Restif de la Bretonne que j’ai cité, avec ceci de mieux que les lois modernes contre le plagiat et la contrefaçon n’existaient pas au XVIIIe siècle ;
           - l’auteur, étant maître d’œuvre, fixe lui-même le prix de vente et touche des droits d’auteur plus importants. Libre à l’auteur, en plus, de faire sa propre publicité, sur « la Toile » ou ailleurs. Il gère la vente en temps réel, et les données actualisées sur les ventes lui sont accessibles à tout moment.
      Ce modèle est en train de transformer totalement le paysage de l’édition. Il suscite, de la part des éditeurs et des libraires, effrayés par ses conséquences, une campagne de désinformation. On parle de la mort du livre à cause de la fermeture de librairies et de la menace que représente ce modèle moderne pour des éditeurs qui, jusqu’à présent, ont tenu leurs auteurs sous tutelle. Mais la réalité est bien différente.

 

…………………………….................................................................


      Aujourd’hui, un auteur avisé doit faire sa propre étude de marché et envisager très sérieusement les différents moyens d’atteindre son public. Il identifiera ainsi le modèle qu’il veut suivre pour y parvenir le mieux possible. Il doit tenir compte de la nature de son œuvre et du genre d’audience qu’elle peut avoir. Dans le domaine des sciences exactes, par exemple, en physique des hautes énergies, la publication d’articles scientifiques ne passe déjà plus par les éditeurs professionnels. Ils ont essentiellement disparu. Pour des raisons techniques, et surtout grâce à leur compétence numérique, les scientifiques sont évidemment les premiers à suivre cette voie.       Mais, pour tous les auteurs, l’internet va bouleverser nos habitudes.

 

……………………….....................................................................

 

     Le seul inconvénient de la liberté absolue de communiquer directement avec son public, c'est la possibilité pour l'auteur de se laisser aller au n'importe quoi pour se faire connaître brandi comme un épouvantail par le lobby des éditeurs. Pour que cet argument soit percutant, il faudrait, par exemple, que la pornographie ne trouve pas d'éditeurs et que les grands poètes n'aient jamais eu aucun problème pour se faire publier. Et pas seulement les poètes : qu'aurait fait Marcel Proust s'il n'avait pas eu les moyens de financer une auto-édition à son époque ?
      En fait, le vrai danger de l'auto-édition pour les auteurs, c'est d'être noyés sous un flot encore plus grand qu'aujourd'hui d'ouvrages sans valeur. Cette crainte incitera sans doute les auteurs qui le pourront à réinventer, en se regroupant, des mouvements littéraires comme autrefois et à se rassembler  sur la Toile autour de sensibilités partagées. Ils donneront ainsi naissance à un nouveau modèle d'édition, l'auto-édition collective, une « maison virtuelle » gérée par les écrivains eux-mêmes, qui augmenteront ainsi leur visibilité. Ce modèle d'édition conviendra particulièrement aux poètes, qui ont toujours aimé se retrouver à plusieurs dans l'exercice de leur art.

 

Chaunes

 

On trouvera l’article complet pages 26 à 37 du numéro 60 de la revue Le Coin de table.

 

Daumier          Pauvre poète

 

                        HONORÉ DAUMIER                                             CARL SPITZWEG

            Le poète dans sa mansarde. 1842.                               Le pauvre poète. 1839.

 

 

                                

 

MATHILDE MARTINEAU

 

MALLARMÉ ET MANET

 UNE AMITIÉ D'ARTISTE

 

 

……………………….....................................................

 

     Vers 1873, Édouard Manet rencontre Stéphane Mallarmé qui avait dix ans de plus que lui. Leur relation s’affirme en 1874, lorsque Mallarmé prend sa défense, pour la première fois, dans un article resté célèbre : « Le jury de peinture pour 1874 et M. Manet », publié dans La Renaissance Littéraire et Artistique d’Émile Blémont. Cette revue vit ses derniers numéros. En effet, une mésentente entre les hommes d’argent et les hommes de l’art, c’est-à-dire entre les nouveaux administrateurs de la revue et les poètes, précipita sa fin. Il y a cent-quarante ans, après deux ans et quelques mois d’existence, et après la livraison de 99 numéros s’échelonnant du 27 avril 1872 au 3 mai 1874, La Renaissance Littéraire et Artistique disparaissait.   
      Parmi les seize derniers numéros de l’année 1874, le numéro du 12 avril donne aujourd’hui, grâce à cet article, un peu de gloire à La Renaissance Littéraire et Artistique et la sort de l’oubli. Mallarmé ne fut pas le seul à défendre Manet, mais par ses arguments esthétiques, son article est le plus remarquable. La situation est ambiguë. En effet, Manet est à moitié admis au Salon avec une toile Le Chemin de fer et l’aquarelle Polichinelle et refusé avec deux autres toiles les Hirondelles et Le Bal masqué à l’Opéra. Mallarmé fustige le jury de ces mots : « Gagner quelques années sur M. Manet ! Triste politique », et termine, ironique et péremptoire :

 

     « Le jury a préféré se donner ce ridicule de faire croire pendant quelques jours encore, qu’il avait charge d’âmes. »

 

Le peintre remercia le poète :

 

     « Mon cher Ami,

      Merci. Si j’avais quelques défenseurs comme vous, je me f… absolument du jury.– Tout à vous.– Ed. Manet. »

 

     Mallarmé défendit Manet une seconde fois mais dans un journal anglais The Art Monthly Review. L’article écrit en français, traduit par un ami, fut malheureusement peu connu en France. Son analyse dans « Les impressionnistes et Edouard Manet » montre l’apport de ces peintres en prenant pour exemple Le Linge refusé au Salon.
     Leur relation se développait et Mallarmé se rendait chez le peintre qui connaissait sa publication La Dernière mode signée Miss Satin. Ils réalisèrent ensemble deux livres d’art. Manet illustra d’eaux-fortes les textes du poète, sa traduction du Corbeau d’Edgar Poe, en 1875, publiée chez Richard Lesclide, collaborateur d’Émile Blémont et L’Après-midi d’un faune publié en 1876 chez Derenne qui soigna particulièrement l’édition. Au départ, Mallarmé pensait publier L’Après-midi d’un faune dans le Parnasse contemporain et l’avait proposé à Lemerre. Mais, l’éditeur avait nommé un jury de trois poètes, Théodore de Banville, François Coppée et Anatole France pour sélectionner textes et participants. Charles Cros, Verlaine et Mallarmé furent refusés. Il y eut des représailles, et leur éviction du groupe parnassien en marqua la fin. Ces trois véritables poètes s’en furent vers d’autres avant-gardes. La position similaire de victime rapprocha les deux hommes. En 1876, Mallarmé en informa son ami Arthur O’Shaughnessy : « Manet fait un petit portrait de moi en ce moment. »
      La quête du poète est en quelque sorte comblée dans son identification à l’artiste. Mallarmé rejoint la galerie de portraits littéraires réalisés par Manet, ceux de Baudelaire, Banville, Zola. Il garda cette huile sur toile toute sa vie, les fidèles de la rue de Rome en ont témoigné.

 

 

 LE PORTRAIT D’UN AMI

 

     D’autres peintres réalisèrent le portrait de Mallarmé, Whistler, Gauguin, Rochegrosse, Renoir, chacun à leur manière et Manet réalisa d’autres portraits d’écrivains avec lesquels il avait une relation différente. Celui de Mallarmé est un portrait intime, déjà par ses dimensions (27,5 x 36 cm). Le peintre fait apparaître Mallarmé sur un fond japonisant ocre, doré parsemé de quelques légers signes dont un papillon. La pose, s’il y a pose, est nonchalante. Le modèle, au visage moustachu, est assis souplement, légèrement incliné, appuyé sur son coude droit, et enveloppé dans un caban bleu, sa main gauche est dans sa poche.  Il y a le livre et le cigare attributs des poètes. Il ne regarde pas le spectateur mais, vaguement, la fumée du cigare. 

 


Mallarmé par Monet   

 

  Les volutes de cet incandescent cigare ont leur importance métaphorique comme il l’exprime dans son poème extrait de Poésies. Pour le peintre, ces volutes mettent plastiquement en place l’espace au même titre que l’ombre derrière la tête du poète. Ces éléments accentuent subtilement le vide autour du modèle qui est ainsi tout à sa rêverie. À la fois réaliste et expressif, Manet nous dit l’homme et la poésie.
Verlaine, dans Les Poètes maudits, publiés en 1884, après la mort de Manet, rendit hommage au peintre et au poète, il fit reproduire par Thomas Blanchet une eau-forte de ce portrait qu’il commenta. 

      « Manet a peint Mallarmé dans une attitude et un âge immémoriaux en dépit des cigare et veston qu’affectionnait pour ses portraits d’hommes le grand artiste moderniste, si intuitif et si fin sous le dandysme de sa bonhomie. Ici le poète est en quelque sorte apothéosé, immortalisé. Serait-ce aller trop loin que de se souvenir du Cherubini d’Ingres ? La Muse n’est pas visible bénissant le génie, mais elle est là tout de même et c’est une bien autre muse pour un bien autre génie ! Et si Mallarmé avait posé pour Ingres, Ingres eût il mieux fait que Manet ? Non ! »

 

………………………………………................................

 

Mathilde Martineau

 

***

 

 

Toute l’âme résumée
Quand lente nous l’expirons
Dans plusieurs ronds de fumée
Abolis en autres ronds

Atteste quelque cigare
Brûlant savamment pour peu
Que la cendre se sépare
De son clair baiser de feu

Ainsi le chœur des romances
À la lèvre vole-t-il
Exclus-en si tu commences
Le réel parce que vil
Le sens trop précis rature
Ta vague littérature

 

 Stéphane Mallarmé, dans le supplément littéraire du Figaro, 1er août 1895.

 

 On trouvera l’article complet page 44 à 48 du numéro 60 de la revue Le Coin de table.

 

 

 

 

 

                                                    

 

COMMÉMORATION

 

 POÈTES ASSASSINÉS

 

 

     Guillaume Apollinaire publia en 1916 un recueil de contes et nouvelles sous le titre Le Poète assassiné, un titre prémonitoire.
      Il y eut plus de neuf millions de morts assassinés durant « la grande guerre » de 1914-1918 – et huit millions d’invalides. Parmi eux, un million quatre cent mille Français (10 % de la population masculine active). Les assassins, ce n’étaient pas les malheureux soldats d’en face, c’étaient les responsables politiques des divers pays européens, dirigeants, monarques, politiciens, qui survécurent, eux.
      Le premier assassiné fut Jean Jaurès, le 31 juillet 1914, deux jours avant la déclaration de guerre. Philosophe, socialiste, il essayait d’empêcher le conflit. Son assassin, Raoul Villain, fut logé et nourri en prison, à l’abri de la guerre, puis acquitté en 1919.
      Les innombrables commémorations, souvenirs et déplorations du centenaire ne rachèteront pas la mort de ces jeunes hommes livrés à l’horreur de combats et de batailles sur le sol français dont les noms résonnent encore comme des glas. Il fallut une deuxième guerre mondiale, 1939-1945, pour que l’Europe, enfin, essayât de s’unir, une Europe uniquement économique et financière, mal faite, contestée, repoussée par tous les peuples – mais enfin, permettant d’espérer une paix commune malgré nos charniers.
      Un siècle plus tard, à notre mesure, nous voulons inscrire ces souvenirs dans notre actuelle paix si fragile, alors que tant de peuples, de par le monde, connaissent encore les misères de guerres qu’on leur impose, nous voulons faire un signe de compassion et de reconnaissance à tous ces morts également victimes, également dignes de n’être pas oubliés.
      Avec quelques poètes, ce sont tous les assassinés dont le souvenir est ici perpétué, afin que ne soit pas oubliée l’horreur des guerres.

 La Maison de Poésie

           

*

 JEAN-MARC BERNARD

 

 De Profundis

 

Du plus profond de la tranchée,
Nous élevons les mains vers vous,
Seigneur ! Ayez pitié de nous
Et de notre âme desséchée.

Car, plus encor que notre chair,
Notre âme est lasse et sans courage,
Sur nous s’est abattu l’orage
Des eaux, de la flamme et du fer.

Vous nous voyez couverts de boue,
Déchirés, hâves et rendus,
Mais nos cœurs, les avez-vous vus ?
Et faut-il, mon Dieu, qu’on l’avoue ?

Nous sommes si privés d’espoir,
La paix est toujours si lointaine,
Que parfois nous savons à peine
Où se trouve notre devoir.

Éclairez-nous dans ce marasme,
Réconfortez-nous, et chassez
L’angoisse des cœurs harassés ;
Ah ! rendez-nous l’enthousiasme !

Mais aux morts, qui tous ont été
Couchés dans la glaise ou le sable,
Donnez le repos ineffable,
Seigneur, ils l’ont bien mérité !


Jean-Marc Bernard

Né à Valence le 4 décembre 1881, Jean-Marc Bernard a été tué le 5 juillet 1915 à Souchez en Artois.

 

*

ÉMILE DESPAX

 

 Praesagium noctis

La tombe

 

 Tu n'emporteras rien dans la tombe après toi.
Ni les phrases du livre où tu posais le doigt
Et que tu dénombrais avarement dans l'ombre;
Ni ce corps éclatant dans cette alcôve sombre;
Ni ce troupeau tintant que suit un bouvier noir;
Ni le chant de la mer entre les pins, le soir;
Ni le grand vent qui tord au balcon les glycines;
Ni le sifflet des trains; ni l'odeur des résines,
Ni tout ce qui t'a fait un éloquent décor.
Mais moi, moi qui vivrai longtemps, peut-être, encor,
Moi qui, fidèle, vins durant bien des années
M'accouder, chaque automne, à cette cheminée,
Moi dont le poing sonnait sur le portail de fer,
Moi qui connus tout ce dont ton cœur a souffert,
J'attacherai, pur souvenir de ton visage,
La même émotion au même paysage.
Cet héritage, ami, tes yeux me l'ont laissé.


Émile Despax

 Né à Dax en 1881, Émile Despax, engagé volontaire, a été tué à la Ferme de Metz, Moussy-sur-Aisne, le  17 janvier 1915.

 

*

 CHARLES PÉGUY

 

 Prière pour nous autres charnels

 

 Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle,
Mais pourvu que ce fût dans une juste guerre,
Heureux ceux qui sont morts pour quatre coins de terre,
Heureux ceux qui sont morts d’une mort solennelle.

Heureux ceux qui sont morts dans les grandes batailles,
Couchés dessus le sol à la face de Dieu.
Heureux ceux qui sont morts sur un dernier haut lieu
Parmi tout l’appareil des grandes funérailles.

Heureux ceux qui sont morts pour des cités charnelles,
Car elles sont le corps de la cité de Dieu.
Heureux ceux qui sont morts pour leur âtre et leur feu,
Et les pauvres honneurs des maisons paternelles.

Car elles sont l’image et le commencement
Et le corps et l’essai de la maison de Dieu.
Heureux ceux qui sont morts dans cet embrassement,
Dans l’étreinte d’honneur et le terrestre aveu.


Heureux ceux qui sont morts, car ils sont retournés
Dans la première argile et la première terre.
Heureux ceux qui sont morts dans une juste guerre,
Heureux les épis mûrs et les blés moissonnés.


Charles Péguy

Né le 7 janvier 1873 à Orléans, Charles Péguy a été tué le 5 septembre 1914 à Villeroy.

 

*

 

JEAN DE LA VILLE DE MIRMONT

 

Cette fois, mon cœur, c'est le grand voyage ;
Nous ne savons pas quand nous reviendrons.
Serons-nous plus fiers, plus fous ou plus sage ?
Qu'importe mon cœur, puisque nous partons !

Avant de partir, mets dans ton bagage
Les plus beaux désirs que nous offrirons.
Ne regrette rien, car d'autres visages
Et d'autres amours nous consoleront.

Cette fois, mon cœur, c'est le grand voyage.

                                              

Jean de La Ville de Mirmont
Derniers vers laissés sur son bureau en partant à la guerre.

 Né à Bordeaux le 2 décembre 1886, Jean de La Ville de Mirmont fut tué le 28 novembre 1914 à Verneuil sur le Chemin des Dames.

 

*

 

RENÉ DALIZE

 

 Ballade à tibias rompus

 

Je suis le pauvre MACCHABÉ mal enterré
Mon crâne lézardé s'effrite en pourriture
Mon corps éparpillé divague à l'aventure
Et mon pied nu se dresse vers l'azur éthéré.

                                Plaignez mon triste sort.
Nul ne dira sur moi: « Paix à ses cendres ! »
                                Je suis mort
Dans l'oubli désolé d'un combat de décembre.

                                J'ai passé un hiver au chaud,
                               Malgré les frimas et la neige :
Un brancardier m'avait peint à la chaux.
Il n'est point d'édredon qui mieux protège.

Un gai matin d'avril, Monsieur Jean-Louis Forain,
Escorté d'un cubiste, m'a camouflé en vert.
                                Le vert a tourné à l'airain
                                Puis au gris et, dessert,
J'ai moi-même tourné comme une crème à la pistache.
Où donc es-tu, grand Caran d' Ache ?

                                Depuis, je gis à l'abandon.
                                Le régiment de la relève
M'a ceint de fils de fer, créneaux et bastidons.
Un majestueux rempart autour de moi s'élève.
…                                                                 

René Dalize

Né  à Paris le 30 novembre 1879, engagé volontaire, René Dalize a été tué à Cogne-le-vent le 7 mai 1917.

*

 

GUILLAUME APOLLINAIRE

 

 Tristesse d’une étoile

 

Une belle Minerve est l'enfant de ma tête
Une étoile de sang me couronne à jamais
La raison est au fond et le ciel est au faîte
Du chef où dès longtemps Déesse tu t'armais

C'est pourquoi de mes maux ce n'était pas le pire
Ce trou presque mortel et qui s'est étoilé
Mais le secret malheur qui nourrit mon délire
Est bien plus grand qu'aucune âme ait jamais celé

Et je porte avec moi cette ardente souffrance
Comme le ver luisant tient son corps enflammé
Comme au cœur du soldat il palpite la France
Et comme au cœur du lys le pollen parfumé

Guillaume Apollinaire

 

jet d'eau. Apollinaire

 

 Guillaume Apollinaire

 Né le 25 août 1880 à Rome, Guillaume Apollinaire avait été grièvement blessé d’un éclat d’obus à la tempe le 17 mars 1916 et trépané le 10 mai. Il mourut à Paris le 9 novembre 1918.

 

                                                                       

 

 Gazette rimée

 

Triolets de l’été

 

 Élections municipales

 Nostalgie des candidats

 

Aux élections municipales
Nous recherchions des électeurs.
On aurait dit une cabale,
Aux élections municipales.
Car, pour décrocher la timbale,
Il nous fallait des amateurs.
Aux élections municipales,
Nous recherchions des électeurs.

 *

 Demandez l’programme !

 

Demain, c’est jour à confiture,
Demain, c’est rasage gratis,
Pour tous, c’est la bonne aventure,
Demain, c’est jour à confiture !
Plus de soucis, plus de factures,
Finis les ennuis de jadis !
Demain, c’est jour à confiture,
Demain, c’est rasage gratis !

 *

 L’aujourd’hui de l’électeur

 

Demain, devenu l’aujourd’hui,
Le pot de confiture est vide,
C’est le pain sec que l’on recuit
Quand demain devient l’aujourd’hui.
Plus de raisin, plus de biscuit,
Le chiendent pousse sur mes rides.
Demain, devenu l’aujourd’hui,
Le pot de confiture est vide.

 *

 Mites au logis

 

Sur l’échine du taureau blanc,
Elle nous est ravie, l’Europe.
On est comme deux ronds de flan,
Quand on voit fuir le taureau blanc.
L’avenir est mirobolant
Pour la finance qui galope.
Sur l’échine du taureau blanc,
Elle nous est ravie, l’Europe.

 *

 Écologisons !

 

La mode est à l’écologie,
Char à bœufs et chauffage au bois,
Éclairons-nous à la bougie :
La mode est à l’écologie.
Tous à vélo, pleins d’énergie !
Cultivons le chaume des toits !
La mode est à l’écologie,
Char à bluff et chauffage au bois.

 

Silvius

  *

Parmi les livres et revues recommandés

 


Pages de garde

 

« Ah ! faire des choses que les petits enfants copieraient sur leurs cahiers !  C’est ça, être classique. »

Jules Renard, Journal. 18 avril 1899.

 

 Recueils

 Nouveautés

 

- Jean-Pierre Boulic, Sous le regard des nuages.
Minihi-Levenez. N° 137-138. 29800 Treflevenez. 92 p. 15 €. Avant-dire de Jean-Yves Quellec. Avec les traductions en breton.

     Les titres des chapitres du recueil indiquent les thèmes essentiels de l’auteur : « La terre le ciel ; Ce que mon cœur cherche » (inspiré par le Cantique des cantiques). C’est dire d’une part l’enracinement dans « la terre charnelle » et d’autre part la quête incessante d’une spiritualité qui transcende les choses, et qui enrichit les poèmes d’images et de symboles. La terre bretonne ne se sépare d’ailleurs pas de la mer, présence permanente ici, chaque page de poèmes correspondant à une photo, l’une l’autre se répondant. L’auteur est un poète, c’est évident. Sa poésie nous semble désormais plus subtilement équilibrée qu’elle ne le fut. Son vers, pour être le plus souvent « libre », n’ignore pas les rythmes et les sonorités qui se répondent. Retrouvera-t-il complétement, quelque jour, le chant séculaire de notre poésie ? Espérons-le. Rien n’est perdu, puisqu’il n’hésite pas à revendiquer sa quête de la beauté en citant François d’Assise dans une épigraphe révélatrice : « Revêts-moi de ta beauté, Seigneur / Et qu’au long de ce jour, je te révèle ». 

 

Maintenant le jour s’éparpille
D’un revers de la main du ciel
Au cœur des gris fragile de l’instant
Répandus sur les rocs et l’océan

Comme les lambris de nuages
Reprennent leurs couleurs
Les nuances du temps
Les oiseaux de mer vont s’éterniser

Un fanal se tient au milieu des eaux
Veille de la tendresse de ses yeux
Le passage du vent l’espace immense

Quelle beauté en ces lieux infinis
La mer se revêt d’un souffle léger
Psalmodie et s’imprime à l’âme.

Jean-Pierre Boulic

 *

- Jacques Canut, Silhouettes.
Carnets confidentiels, n° 42. 24 p. 19, allées Lagarrasic. 32000 Auch.

 - Jacques Canut, Palabras recobradas. Paroles retrouvées.
Ediciones Calamo. Espagne. 40 p. Bilingue.

     Nous l’avons souvent signalé à nos lecteurs : Jacques Canut ne se fait pas d’illusion sur la diffusion de la poésie, comme l’indique le titre de sa collection personnelle. Mais la liberté de ses vers, c’est aussi sa liberté de poète – et comment ne pas la reconnaître ?

 

Ce chien indépendant et curieux
qui trottine infatigablement
doit-on l’envier
ou sévir contre lui ?

Il me rappelle quelqu’un
rencontré dans une vie antérieure ;
puis oublié…
Un passant :
qui n’était autre que moi-même.

Jacques Canut

*

 

- Daniel Cuvilliez, Embellie.
+P.Art. 11, rue Eugène Morris. 76790 Le Tilleul. 60 p. 8 €.

     Un recueil séduisant qui montre bien que le charme de la poésie ne se laisse définir ni par ses thèmes (que dire, sinon l’amour, le temps qui passe, les aspirations à un monde plus juste, plus libre, plus heureux ?), ni par ses formes (qui suivent ici la versification traditionnelle) – mais par la grâce du moment, des images, de la respiration.
     Ce poète montre qu’il peut avoir du souffle (c’est assez rare aujourd’hui pour être signalé), lorsqu’il rend hommage, par exemple, à deux femmes, « ouvrières, syndicalistes, résistantes fécampoises » déportées et assassinées par les Allemands, et de l’humour, dans sa « Chasse au e » (muet) où apparaît l’ombre (bienveillante) de notre Directeur. Nos lecteurs retrouveront ici quelques poèmes que notre revue avait eu le plaisir de publier.

 

Venez beaux oiseaux de mes songes
Le jour se hâte et la nuit tombe
Je vous lègue tous mes mensonges
J’emporte le vrai dans ma tombe.

Daniel Cuvilliez

 *

 

- Louis Delorme, La Vraie vie.
Le Brontosaure. 133, rue d’Angerville. 91410 Les Granges-le-Roi. 128 p. 20 €.

     Cette « vraie vie », toujours absente s’il faut en croire Rimbaud (mais le faut-il vraiment ?), la poésie nous permet de la deviner toujours et de la vivre parfois, par moments, et c’est aussi la vie que certains ont choisi de mener, celle des vraies valeurs, de la générosité, de la liberté, bien loin de celle des obsédés du profit et de la puissance. Un poète comme Louis Delorme l’a toujours cherchée, trouvée, exprimée dans ses vers (d’une facture régulière et souvent par des sonnets). La voici à nouveau évoquée dans ce recueil, avec un soupçon de nostalgie.

 

*

 Années soixante

 

On a laissé périr l’âme de mon village
Que des siècles d’amour avait entretenue ;
Bien des gens sont partis, ne sont pas revenus :
Ne restent que des vieux dont on ne sait plus l’âge.

Dans la pierre pourtant sont marquées bien des pages
Mais tous les bâtisseurs demeurés inconnus ;
Les souvenirs se font de plus en plus ténus
Que le temps effiloche en creusant son sillage.

La guerre a pris ses fils parmi les plus vaillants,
Quand la ville attirait, d’entre eux, les plus brillants.
Bientôt vont s’effacer les dernières mémoires.

Ainsi, l’activité s’en va vers d’autres lieux,
Se meurent les passions, se détournent les yeux :
Seule, coule sans fin l’imperturbable Loire.

Louis Delorme

*

 

- Mireille Tenenbaum, Poèmes d’un peintre et quelques proses. 5.
Chez l’auteur. 129, boulevard Masséna. 75013 Paris. 150 p. 20 €.

     Notre revue a publié à plusieurs reprises des poèmes de Mireille Tenenbaum, qui est aussi un peintre de talent, ce qui apparaît souvent dans la précision colorée de ses poèmes, dans leur force, voire dans leur violence. Édité par l’auteur en dehors des circuits traditionnels de la vente de la poésie (mais y en a-t-il vraiment ?), ce recueil séduit par sa vérité, sa puissance d’évocation, son évidente sincérité qui ne sépare pas la poésie et la vie. Elle refuse les « modes » de la fausse poésie, utilise la versification traditionnelle, mètres et rimes, certains poèmes sont assez longs, l’auteur s’insurge contre la pseudo- modernité, la pornographie humiliante, elle défend la morale, elle voit la mort de la poésie, etc. Autrement dit, elle refuse la société qu’on nous impose – et elle a bien raison.

 

La couleur

 

Écoute !... écoute bien le son dans la couleur !
Quand tout est refermé sur la musique close,
Et qu’à l’extrémité tes pinceaux se déposent ;
Tu deviendras soudain l’archet des profondeurs.

Tu rêveras alors de conduire un orchestre
Où le chant montera de ces signes muets,
Puis les tons familiers que ton cerveau connaît,
Se recomposeront comme la voix d’un être.

Cependant ton tableau ne sera pas fini !
La teinte surgira heurtée d’une autre teinte ;
– Mais tu seras saisie par la beauté atteinte
D’un hymne consacrant ton œuvre à l’infini !

Mireille Tenenbaum

*

 

Rééditions

 

- Guy Goffette, Un Manteau de fortune, suivi de L’adieu aux lisières  et de Tombeau du Capricorne. Préface de Jacques Réda.
Gallimard, « Poésie ». 5, rue Gaston Gallimard. 75007 Paris. 300 p.

      En réunissant trois recueils publiés en 2001, 2007 et 2009, et que nous avions tous recommandés en leur temps, ce livre permet de suivre l’itinéraire de l’un de nos poètes contemporains parmi les plus importants – et ce n’est pas par hasard qu’un maître de la poésie contemporaine, Jacques Réda, lui consacre une plaisante (mais sérieuse) préface en vers de mètres divers : « Lançons plutôt des ponts sur ce vide, des ponts / Oscillant sur l’axe du mètre ainsi que des jupons… ». En effet, la poésie de Guy Goffette, toujours très personnelle, sensible, émue, ne néglige jamais la forme, l’indispensable structure, tout en sachant rester d’une liberté souveraine. Et peut-être notre plaisir de lecteur vient-il aussi de ce souvenir de formes chantantes si proches d’être retrouvées dans cette nostalgie de ces poèmes, la sienne, la nôtre.

 

                                                           à Paul de Roux

 

Vieux et perdu comme un cheval
au bord du clos d’équarrissage,
et mort d’avance à toute idée de retour
dans l’herbe tendrement verte


du passé, je lécherai peut-être aussi
le salpêtre des murs. Le ciel fasse
que ce soit comme ce frère de Turin
qui lécha le visage de Nietzche

où tout – grandeur, effroi, savoir,
avait sombré, ne laissant
au milieu des larmes et parmi les rieurs
qu’un homme comme une route

quand elle ouvre la mer.

 

Guy Goffette

*

 

Anthologies

 

- Pen Club français, Liberté de créer, liberté de crier. Anthologie poétique réunie par Françoise Coulmin.
Éditions Henry, « Les Écrits du Nord ». Parc d’Activités de Campigneulles. 62170 Montreuil-sur-mer. 128 p. 12 €.

     Sous-titrée « contre les censures visibles et invisibles », et publiée avec l’aide de la Sofia, cette anthologie réunit 99 poètes contemporains et elle ne peut que susciter notre sympathie. Elle se place dans le grand courant de protestation humanitaire contre les entraves aux libertés que la poésie française a toujours suivi, d’Agrippa d’Aubigné à Prévert, en passant par Hugo et beaucoup d’autres. Ce livre permet également de constater ce qu’est devenue une partie de la poésie contemporaine où triomphe le vers libre, si ce n’est la prose. Heureusement cette suprématie n’est pas absolue et on trouve encore de vrais poèmes dont la protestation versifiée, même assouplie, n’en prend que plus de vigueur à côté de textes anémiés.

 

Un silence triste tombe sur la ville
de beaux assassins s’y glissent sans bruit
vers des dîners fins où tueurs subtils
on vient mettre à mort entre deux whiskies

ils décident quoi doit se dire le jour
ils décident qui tombe dans la nuit
ils sont les télés ils sont les circuits
ils sont les dévots du nouvel amour

comme avant la haire et la discipline
ils serrent leur Libé et leur Nouvel Obs
un doigt de Mao un rien de Lénine
sur Paris ils veillent en sphinx de Kéops

de ce siècle ils sont le louable effort
ou du moins partout le proclament-ils
lorsqu’ils sont partis flotte un goût de mort
devant eux fuyons au plus loin des îles ;

Au plus loin des îles.

 

Jean Pérol

*

 

- Le goût de la poésie française. Textes choisis et présentés par Franck Médioni.
Mercure de France. 26, rue de Condé, 75006 Paris. 192 p. 9,60 €.

     Ce recueil, dans la collection « Le Petit Mercure », suit opportunément l’ordre chronologique, accordant une brève présentation et un poème à chacun des vingt-quatre poètes de la première section, Les anciens, et à chacun des vingt-trois de la section Les modernes. De Charles d’Orléans et François Villon à Sully Prudhomme et Tristan Corbière, le choix est parfait et constitue une excellente initiation, pour un jeune lecteur, à notre tradition ; de même pour Les modernes, de Rimbaud et Laforgue à Glissant et Pélieu, malgré quelques complaisances. Mais la troisième section, Les contemporains, est consternante ; si l’on salue au passage Jacques Réda, on ne peut que déplorer les pires représentants de l’informe, Jude Stéfan, Bernard Noël, Christian Prigent, etc., jusqu’à Mathieu Bénézet, malheureux survivants sénescents d’une époque révolue ! Ce n’est pas ça, la poésie aujourd’hui ! À croire que le rassembleur n’a jamais lu Le Coin de table. Cette grotesque accumulation de pseudo ne peut que donner le dégoût de la (fausse) poésie. Soixante pages à retirer. Dommage.

*

 

Étude

 

- Henri Béhar et Michel Carassou, Le Surréalisme par les textes.
Classiques Garnier. 6, rue de la Sorbonne. 75005 Paris. 314 p.

     Primitivement paru en 1984, revu en 1992, cet ouvrage vient d’être encore réédité, avec compléments et corrections. Livre précieux, puisqu’il présente les principaux textes fondamentaux du Surréalisme, enserrés dans des commentaires regroupés en chapitres qui font le tour de ce mouvement bientôt centenaire : Vers une morale nouvelle, Accroître la connaissance, L’expression humaine sous toutes ses formes. Un détail : « La poésie doit être faite par tous, non par un », phrase célèbre, souvent reprise par les surréalistes – et ici même, résulte d’une mauvaise lecture (« surréaliste »…) de Lautréamont.

 

Parmi les revues

 

- L’Agora
16, rue Monsieur-le-Prince. 75006 Paris. Trimestriel. 40 €.

     . Janvier-Février-Mrs 2014. n° 66. 24 p. 10 €.
        Après l’éditorial de Jean-Pierre Paulhac, futur Président de la SPF (Le poète et l’association), Chaunes défend la rime et la raison contre un « plumitif de service » au Figaro et Vital Heurtebize ridiculise le Monsieur Jourdain d’aujourd’hui. Il est heureux que les poètes se défendent contre la sottise qui clapote autour de nous. Ils le font aussi avec leurs poèmes.

 L’arc-en-ciel n’a pas dit son dernier mot

 

Il sait le merle décapité
et que les bruyères réclament au printemps
le sang des hivers meurtriers

il connaît les velours de l’oiseau
dans les replis du firmament
l’usage qu’il fait de l’azur
et de la giboulée

il sait les exigences de la rose et des névés
la fièvre des bruyères sur la lande
la lente patience des fougères
et l’espérance aux étendards des colombiers ;

le poète reçoit la flamme
des hautes solitudes
il voit s’émouvoir les sèves émeraude
à la pierre des lacs
et refleurir à la falaise
la braise du buisson

L’arc-en-ciel n’a pas dit son dernier mot.


Marcel Mallet

*

 

 - Décharge
4, rue de la Bouchery. 89240 Égleny. Trimestriel. 28 €.

     . N°161. 148 p. 8 €.

        La suite de l’enquête de Claude Vercey sur la disposition des poèmes (Pourquoi aller à la ligne ?) ne manque pas d’intérêt, mais les réponses d’une dizaine d’écrivains sont décevantes. Voilà cent trente ans, celles des premiers vers-libristes étaient plus riches, moins verbeuses, et leurs œuvres infiniment plus évidentes que toutes celles de la revue. Le vrai problème c’est : qu’est-ce qui transforme une ligne de mots en un vers ? Ce numéro s’ouvre sur des textes émouvants de François de Cornière évoquant la mort d’un être aimé, mais ils seraient disposés en prose qu’ils n’en seraient pas moins émouvants. Le côté vieillot de ces faux vers-libres est devenu d’un académisme sénatorial rabâcheur et fatigant.

 

*

 

- L’Étrave
21, rue des Veyrières. 84100 Orange. Trimestriel. 23 €.

     . N° 229. Janvier-Février-Mars 2014. 24 p. 5 €.

        Ce numéro de la revue des « Poètes sans frontières » publie, comme d’habitude, des poèmes et articles divers parmi lesquels on remarque particulièrement celui de Jean Fabrezan, Souvenir de Charles Vildrac, qui participa à l’aventure des Poètes de l’Abbaye, excellent poète, généreux et courageux (Résistant, arrêté par les Allemands), dont l’œuvre mérite d’être relue (ou lue).

 

*

 

- Florilège
19, allée du Mâconnais. 21000 Dijon. Trimestriel. 30 €.

     . N° 254. Mars 2014. 46 p. 10 €..

        Nombreux poèmes et nombreuses illustrations. Parmi les chroniques habituelles, celle de Louis Lefebvre évoque la guerre de 1914-1918, pour plaindre les victimes, comme il se doit, et pour dénoncer ses atrocités, carnages et exaltations de ceux qui envoyèrent tant de jeunes hommes se faire tuer. On aimera aussi un bel hommage de Jean-Yves Debreuille à Max Jacob. Et des poèmes de Louis Delorme, Claude Vella, Henri Cachau, et de beaucoup d’autres.

 

Éphémères

 

Le ciel se déchire
À la fermeture éclair
Les nuages fuient.
L’ombre se faufile
Le soleil s’éclipse enfin
Le temps s’est éteint.
Des pas sur le sol
Traces de notre passage
Tout est éphémère.

 

 Sandrine Davin

*

 

- Inédit nouveau
Avenue du Chant d’oiseau, 11. B-1310 La Hulpe Belgique. Bimestriel. 35 € pour 10 numéros.

     . N° 265. Novembre-Décembre 2013. 32 p.

        Avec une vingtaine de pages de poèmes inédits de genres très divers accueillis très généreusement (un peu trop, peut-être), des comptes-rendus nombreux, argumentés, d’ouvrages réellement lus par Paul Van Melle qui accomplit ainsi un remarquable travail de critique vraiment littéraire sans autres exigences que celles de ses choix et goûts personnels – et c’est très bien ainsi : une subjectivité libre. Le titre de cette livraison, « Du marché boursier des revues littéraires » attire fort justement l’attention sur leurs difficultés. 

 

Parias

 

Quelle cloche fera tinter
jusqu’au faîte des palaces
les pleurs des parias ?

Personne n’écoute
leurs jappements de chiens perdus
lorsque leur bouche lape le purin
rongé des restes crottés

Un jour la lave de leur révolte
saillant lionne rubescente
dévorera l’idole au masque d’or

La terre dans les rousseurs du soir
libérera ses prisonniers
et au milieu des flammes purificatrices
installera leurs clameurs sur le trône

 

Raymond Schaack

 

      . N° 267. Mars-Avril 2014. id.

        Sous le titre général « Les deux guerres mondiales et les centaines d’oubliées », ce numéro commence en se demandant « comment réveiller les consciences si bien endormies ? ». La poésie est une réponse, hélas bien fragile ! Pour ne rien oublier, un extrait d’un poème à la mémoire d’Armand Olivennes.

 

Le Germain Nouveau est arrivé
Proclame le doux Armand
Mais ce n’était que l’Allemand
Fonçant vers l’Aisne.
Tout poète au front
Portera l’étoile
Et perdra son nom
Tout poème sujet au vertige
Devra tenir à deux mains
La rampe en feu du passé
Toute folie, tout amour
Portera l’étoile

 Jacques Ferlay

*

 - Septentrion
Murissonstraat 260, B-8930 Rekkem. Belgique. Trimestriel. 45 €.

       . N° 1/2014. 96 p. 12 €.

     Cette remarquable revue présente en français les « arts, lettres et culture de Flandre et des Pays-Bas ». Ce numéro, particulièrement riche, commence par un article sur l’exode des Belges au début de la guerre de 1914 (avec un passage très suggestif de Blaise Cendrars, « On part à l’attaque avec la cigarette aux lèvres »), un article qui fait le point sur l’abandon de l’action culturelle néerlandaise en France (comme partout, la culture coûte trop chère), des articles sur des artistes (Dick Bruna, Claudy Jongstra, etc.), et des poèmes de Miriam Van hee.

 

Chevreuils

 

J’ai demandé si tu m’aimais encore
et tu as gardé un long silence
puis « regarde », as-tu dit, « en bas »

là-bas dans une lumière
lente et à fleur de sol
deux chevreuils un instant immobiles
puis ils s’enfuirent, vifs et aériens
dans les fourrés

çà et là des feuilles jaunissaient
c’était ce que tu allais dire ensuite
« septembre, l’arrivée de l’automne ».

 

Miriam Van hee. Traduit du néerlandais par Philippe Noble. La Cueillette des mûres, 2006.

                                                                    

 

LE COIN DE TABLE N° 59

 

TABLE DES MATIÈRES

 

 

Le Coin de table : PASSAGE DES PANORAMAS                           1                                                            

       Passantes                                                                                         9

 

*

 

POÈMES

 

Marie-Anne Bruch, Réponse, Exilée, Matin, Instants                                    10

Frédéric Andreu, Le village de ton rire, Dans la chambre de Boskanter,              

     Pour tous ceux qui ont froid                                                                           14

Cédric Vert, Dans l’instantané, Saint-Cyr au jardin                                     18

Philippe Bouchet, Et que je saisisse ton cœur…, Soulevés par le vent…    20

Henri Bartoli, Les amants                                                                                    22

Robert Parron, L’oiseau                                                                                       23

 

*

Jean Hautepierre : Le théâtre contemporain en vers                                  24

 

*

 

POÈMES

 

Pierre Lexert, Primidil, Gaspill âge, Révisions                                            48

Jeanne Maillet, Et toi qui fus si jolie…                                                           52

Raymond Michel, Bleue                                                                                     53

Suzy Maltret, Métro Anvers, Mon père                                                          54

Arthur Ceyrac, La fin de l’hiver, La souffrance du jour                              56

Patrice Auboin, Villanelle du solitaire, Rondeau de l’automne                 58

Jean-Jacques Chollet, Les rats du grenier…, À la belle étoile                    60

Loïc Manceau, Départ brisé                                                                              62

Daniel Ancelet, Mes dictionnaires                                                                   63

Khaled Youssef, Il y a…                                                                                      64

*

 

Mathilde Martineau : Première station des Fleurs du mal.

     Léo Lespès publie Charles Baudelaire                                                       66

     Charles Baudelaire, Châtiment de l’orgueil, Le vin des honnêtes gens     72

Les premiers poèmes de Jules Romains                                                       74

     Jules Romains, L’Âme du poète, La ville                                                  77

Jacques Charpentreau : Philippe Jaccottet, le poète venu d’ailleurs       80

     Philippe Jaccottet, Jour à peine plus jaune…                                          87

Commémoration. Poètes assassinés :                                                            88

     Jean-Marc Bernard, Émile Despax, Charles Péguy, Jean de La Ville

       de Mirmont, René Dalize, Guillaume Apollinaire

 

CHRONIQUES DU COIN DE L’ŒIL

 

Vingt ans de poésie française : 1895-1914                                                   96

Noël Prévost : La poésie mise à nue par ses poètaires, même              100

Madeleine Bouvet : Par-delà le temps et l’espace :

         René Char et Raúl Gustavo Aguirre                                                  108

Silvius, Gazette rimée. Triolets de l’été                                                    110

Poésie et société                                                                                             112

 

PAGES DE GARDE                                                                                        113

Calendrier juridique                                                                                       125

 

 

*

 

ILLUSTRATIONS

 

Couverture : 1ere : Passage des Panoramas

4:  Maurice Fombeure, Toute une ville…

Passage des Panoramas. Collage.                                                                               7

     De haut en bas, colonne de gauche : Aragon, Cadou. Médaillon : Prévert.

     Colonne de droite : Desnos, Réda, Roy, Goffette. Au centre : Pirotte.           

Les Panoramas. Gravure ancienne                                                                          8

Jean Cocteau, Renaud et Armide                                                                         28

René de Obaldia. Médaille                                                                                     29

Alain Didier, Ponce Pilate. Jean Hautepierre, Tristan et Yseult                   42

Les Contes de Perrault continués par Timothée Trimm                                 71

La rue d’Amsterdam. Carte postale. Début du XXe siècle                              75

Jules Romains, La Vie unanime.                                                                         76

Philippe Jaccottet, Œuvres. Gallimard, « La Pléiade »                                   85

Revue L’Ermitage. « Quel est votre poète ? ». Février 1902                          99

E. E. Cummings, Notre-Dame de Paris. Extrait de Paris                              117

Louis Hubert, Bernard Grasset. Dessin. Extrait des Cahiers de la rue Ventura    121         

                                                                                                  

 N° 59. Juillet 2014. ISBN : 978-2-35860-027-9. 3e trimestre 2014.


alt

                                                                               

 

 

La poésie,

 

mystérieux objet du désir

 

 

     Nous sommes quelques-uns à nous réclamer de la poésie, mais peut-être pas de la même chose.

     Si la poésie s’est longtemps coulée dans un moule formel, ce n’est plus le cas aujourd’hui. La première ligne du Traité de versification française de Louis Quicherat pouvait affirmer en 1850 : « La poésie est l’art d’écrire en vers ». La poésie est certainement encore un art, mais on ne sait même plus ce qu’est un vers. Un certain nombre de syllabes ? Un tronçon grammatical d’une proposition ? Une ligne d’un texte quelconque ? Des mots scandés par une rime ? Une occasion de reprendre son souffle ? Une belle image mise en valeur ?...

     Il est paradoxal que cet art qui n’a plus de règles communément reconnues, qui n’a presque plus de lecteurs, qui ne bénéficie plus que d’un petit nombre de lieux d’accueil – soit pratiqué par tant de gens, qu’il soit revendiqué par tellement de plaquettes imprimées à compte d’auteur que la Bibliothèque Nationale en arrive à les refuser, et que le mot poésie permette d’ouvrir 30 millions de fenêtres avec Google, 38 millions avec Yahoo, plus de 56 millions avec Bing à ceux qui le traquent sur Internet, y compris les milliers de visiteurs de la Maison de Poésie devenue uniquement virtuelle, puisque notre Fondation a été chassée en octobre 2011 de ses locaux historiques par la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques (SACD). Les intérêts financiers ont alors triomphé de la poésie.

     Ces millions d’informations ne nous renseignent pas vraiment. Mais ce sont autant de preuves d’une présence constante de quelque chose qui porte ce nom magique : poésie, qui ne se trouve plus seulement dans les livres.

     À sa façon, l’écran est le nouvel avatar du vieux mythe de l’inspiration d’origine divine, mais la poésie garde son mystère – et son prestige.

     Par-delà toutes les techniques d’interrogation et de diffusion, elle reste ce désir du dévoilement des secrets du monde par l’image, le symbole, les vertus du chant, par un subtil agencement des mots les plus usés du langage commun le plus banal, pour qu’ils disent autre chose qu’eux mêmes. Qu’ils dévoilent. Paradoxe du vocabulaire : qu’ils suppriment les écrans entre le réel apparent et une autre réalité cachée. Jadis apparentée au sacré, la poésie est restée célébration du mystère. Et pour l’utilisateur un peu gauche d’Internet, nous par exemple, l’écran participe à ce mystère, comme une Pythie dont il faut déchiffrer les messages.

     On connaît la rengaine : tant de gens se veulent poètes – pour si peu de lecteurs ! C’est qu’ils veulent maîtriser les mots pour arriver à dire tout ce qui est en eux, briser le silence, approcher du mystère, même si la complexité du langage poétique n’est pas à la portée de tout le monde. De là, souvent, notre déception à leur lecture. Il n’y a pas que des chefs-d’œuvre.

     Chacun garde en soi la nostalgie de son premier émerveillement, quand l’enfant qu’il fut découvrait par les comptines et par les poèmes de l’école, la puissance du langage poétique. La poésie est aussi objet de retrouvailles avec ce que je fus, toujours là, dans ce que je suis.

     Moi aussi, jadis, en Arcadie…

     Nous ne savons pas ce que c’est que cette poésie que nous cherchons, et cependant nous la reconnaissons quand nous la rencontrons, à certains signes qui sont peut-être propres à chacun de nous, une certaine connivence, une certaine émotion très intime. André Breton disait qu’il se sentait alors des aigrettes aux tempes. Chateaubriand voulait entendre son « oreille heureuse », comme le rappelle le numéro de novembre de notre revue Le Coin de table, un des lieux où se rencontre encore la poésie vivante.

     Mais ce qui nous importe avant tout, ce sont les poèmes, par-delà toutes les considérations du moment. Les numéros de notre revue Le Coin de table réunissent toujours de nombreuses œuvres de poètes majeurs qui font vivre la poésie d’aujourd’hui : Jacques Bertin, Marie-Anne Bruch, Michel Calonne, Chaunes, Bertrand Degott, Louis Delorme, Guy Goffette, Pascal Kaeser, Pierre Lexert, Jacques Réda, Robert Vigneau, Youri, par exemple, pour les récents numéros. Des thèmes, des formes, des tons très différents – la poésie.

La Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont.

 

***

 

  La poésie ?

 

Petit florilège

 

On peut faire le sot partout ailleurs, mais non en poésie.

Michel de Montaigne. Essais, II, 17. 1580.

*

Il y a de certaines choses dont la médiocrité est insupportable : la poésie, la musique, la peinture, le discours public.

Jean de La Bruyère. Les Caractères. 1688.

*

On ne peut trouver de poésie nulle part quand on n’en porte pas en soi.

Joseph Joubert. Carnets. Fin du XVIIIe siècle. Publication posthume, 1938.

*

La poésie, c’est tout ce qu’il y a d’intime dans tout.

Victor Hugo. Odes et Poésies diverses. Préface. Pélicier, 1822.

*

Je n’aime pas les vers, j’aime la poésie.

Victor Hugo. Le Tas de pierre. s. d. Publication posthume. Imprimerie nationale, 1942.

*

Tout homme bien portant peut se passer de manger pendant deux jours – de poésie jamais.

Charles Baudelaire. Conseils aux jeunes littérateurs. Dans L’Esprit public, 15 avril 1846.

*

Oui, le but de la poésie, c’est le Beau, le Beau seul, le Beau pur, sans alliage d’Utile, de Vrai et de Juste.

Paul Verlaine. Sur Baudelaire. Revue L’Art, 1865.

*

La Poésie est l’expression par le langage humain ramené à son rythme essentiel, du sens mystérieux des aspects de l’existence ; elle doue ainsi d’authenticité notre séjour et constitue la seule tâche spirituelle.

Stéphane Mallarmé. Réponse à une enquête de Léo d’Orfer. 27 juin 1884.

*

 La plupart des hommes ont de la poésie une idée si vague que ce vague même de leur idée est pour eux la définition de la poésie.

Paul Valéry. Tel quel. 1910.

*

La poésie est le miroir brouillé de notre société. Et chaque poète souffle sur le miroir : son haleine différemment l’embue.

Louis Aragon. Chronique du bel canto. Dans Europe. 1946-1947.

*

[L’esprit de la poésie] est le plaisir, la jouissance, la délectation, non la connaissance, pas même cette connaissance que l’on prétend donner par l’incantation de l’extase. C’est un plaisir affectif et physiologique, un plaisir donné par le jeu d’organes accordé avec celui des sentiments. De certains points de vue, c’est un plaisir analogue au plaisir des sports.

André Spire. Plaisir poétique et plaisir musculaire. Essai sur l’évolution des techniques poétiques. 1949. Réédition José Corti, 1986.

*

La poésie est une religion sans espoir.

Jean Cocteau. Journal d’un inconnu. Grasset, 1953.

*

Je sais que la poésie est indispensable, mais je ne sais pas à quoi.

Jean Cocteau. Discours de réception à l’Académie française. 1955.

*

C’est que la poésie, comme la religion, bouscule les apparences et va droit à ce qui est.

François Mauriac. Mémoires intérieurs.  Flammarion, 1959.

*

La Poésie, c’est ce qu’on rêve, ce qu’on imagine, ce qu’on désire et ce qui arrive, souvent. La poésie est partout comme Dieu n’est nulle part. La poésie, c’est un des plus vrais, un des plus utiles surnoms de la vie.

Jacques Prévert, dans Hebdromadaire, avec André Pozner. Guy Anthier, 1972.

*

La poésie n’est rien d’autre que ce grand élan qui nous transporte vers les choses usuelles – usuelles comme le ciel qui nous déborde.

René Guy Cadou. Usage interne. Œuvres poétiques complètes. Seghers, 1973.

*

Ne recherchez pas la connaissance pour elle-même. Tout ce qui ne procède pas de l’émotion est, en poésie, de valeur nulle (…) L’émotion abolit la chaîne causale ; elle est seule capable de faire percevoir les choses en soi ; la transmission de cette perception est l’objet de la poésie.

Michel Houellebecq. Rester vivant. Flammarion, 1997.

*

La poésie n’est pas autre chose peut-être que la vie même chantant sa plainte, son bonheur parfois, se fragilité toujours.

André Comte-Sponville. Lucrèce, poète et philosophe. La Renaissance du livre, 2001.

 

 

     Bibliothèque vide     Bibliothèque pleine     Bibliothèque vide

 

 


 *********

 

 

 

RÉCENTES PUBLICATIONS DE LA MAISON DE POÉSIE : 

 

 

JACQUES CHARPENTREAU, LES SECRETS DU ROYAUME

 Poèmes pour de jeunes lecteurs

      Soixante-dix nouveaux poèmes pour réjouir tous ceux qui aiment la poésie – et d’abord ces « jeunes lecteurs » qui découvrent les merveilles de l’imagination et des mots, ces mots qui les amènent au royaume de la poésie et de la vie.
     On sait bien que l’accord des enfants et de la poésie est une rencontre à la fois merveilleuse et naturelle, mais on sait aussi combien il est délicat de choisir les poèmes de cette première rencontre. En voilà quelques-uns qui ne décevront pas leurs jeunes lecteurs (ni les parents qui retrouveront eux aussi leur premier émerveillement poétique).
     Le charme de ces vers, au sens de « l’enchantement », vient de leurs images d’une simplicité éblouissante, et de leur chant qui est celui d’une versification si souple, si harmonieuse, qu’elle semble naturelle, alors que la poésie utilise ici toutes les ressources du vers français.
     Ce n’est pas par hasard que beaucoup de poèmes de Jacques Charpentreau sont lus, aimés, partagés dans les écoles en France et dans tous les pays où notre langue est parlée avec des accents plus ou moins divers, qu’on les retrouve dans des écoles françaises en Indonésie ou en Afrique, et en traductions jusqu’en Russie ou en Chine. On peut dire que cette poésie qui chante dans ces classes est ainsi devenue une poésie classique – mais vivante.
     Jacques Charpentreau a reçu de nombreux Prix (y compris de l’Académie française) et un groupe scolaire a choisi de porter son nom. Mais sa plus grande récompense, c’est que ses poèmes soient appris et chantonnés par des enfants pour leur propre plaisir – et peu importe qu’ils aient oublié le nom du poète, s’ils entendent longtemps, toute leur vie peut-être, ses vers chanter en eux.

 Un livre de 104 pages, 11,7 cm x 18,5 cm. 18 euros. Avec des collages de l’auteur.  ISBN : 978-2-35860-025-5

 LA TOURELLE. LA MAISON DE POÉSIE SOCIÉTÉ DES POÈTES FRANÇAIS. 16, RUE MONSIEUR-LE-PRINCE. 75006 PARIS

 En vente en librairie ou à la Maison de Poésie (ajouter 2 € pour participation aux frais d’expédition).

 

Secrets du Royaume

 

 

Les papillons

 

 L’été, sous l’arbre à papillons,
Sur l’herbe verte je m’allonge
Et dans les rêveries du songe
Je contemple leur tourbillon.

Par cent, par mille, par millions,
Frémissent les petites ailes
Dont toutes les couleurs se mêlent,
Jaune, blanc, doré, vermillon.

Maillons, médailles, médaillons,
Un doux nuage de bijoux
Caressant vient frôler ma joue
En pacifique bataillon.

Je rêve comme Cendrillon
Et dans l’odeur sucrée des fleurs
Au milieu de mille couleurs,
Je vole avec les papillons.

 

 *

 La nuit. Le jour.

 

 

Je rêvais que j’étais
L’oiseau qui s’envolait
Le poisson qui nageait
Le cheval qui trottait
Le chat qui ronronnait.
J’étais bien. Je rêvais.

Je rêvais que j’étais
Le fleuve qui coulait
L’océan qui grondait
L’arbre qui bourgeonnait
Le vent qui s’enfuyait.
J’étais bien. Je rêvais.

Je me réveille et c’est
La nuit qui se défait
Le soleil qui paraît
Le jour que je connais
Le monde qui renaît.
Je vis. Je viens. Je vais.

 

 alt                                  alt

 

 

Ballade du Royaume

 

à jacques Charpentreau

 

Villon Guillevic ou Guillaume
(dit Kostro) avaient-ils vraiment
percé les secrets du royaume ?
ça reste un mystère et pourtant
la formule n’a rien d’occulte…
à vous lire c’est évident
il ne faut jamais être adulte

comme vous l’apprenez aux mômes
dans votre livre il est prudent
d’offrir une fleur qui embaume
on fait bien de parler au vent
d’autant plus qu’il nous catapulte
pas toujours se brosser les dents
surtout ne jamais être adulte

j’ai noté sur moi des symptômes
qui pourraient se faire inquiétants
les genoux sans mercurochrome
je caracole après le temps
et parfois me plais au tumulte
– le ciel m’épargne l’accident
qui de moi ferait un adulte

ami Charpentreau, à moins d’en
rire la vie nous laisse inculte
merci de m’enseigner comment
ne jamais jamais être un adulte.

                                                                               
Bertrand Degott

 

****

 

GILLES DE OBALDIA, LA LANGUE DES OISEAUX

      La Maison de Poésie vient de publier le deuxième recueil de Gilles de Obaldia, dans la lignée de son recueil précédent, L'Herbe haute, celle d'une poésie légère, imaginative, d'une fantaisie optimiste et chantante.

 

Un livre de 96 pages, 11,7 cm x 18,5 cm. 16 euros. ISBN : 978-2-35860-017-0.

 LA TOURELLE. LA MAISON DE POÉSIE SOCIÉTÉ DES POÈTES FRANÇAIS. 16, RUE MONSIEUR-LE-PRINCE. 75006 PARIS

 En vente en librairie ou à la Maison de Poésie (ajouter 2 € pour participation aux frais d’expédition).

 

 Été

 

 Le grand toboggan de l’été s’est déployé
pour de longues glissades sous les vaches en fleur

Les pommiers broutent les nuages
en faisant sonner le grelot des pissenlits

Les ablettes fluettes font du vélo
sur les routes argentées de France

Les enfants volent par nuées au-dessus du rire

L’espace circule nu au bras de l’éternité
et une très douce folie jaillit de toute part.

 

 **

 

 Ce qu’on en pense :

Gilles de Obaldia

 La Langue des oiseaux

 

     (…) L’important est la musicalité, bien présente, en particulier parce que le poète évoque La langue des oiseaux, ce qui se prête peu à des cris ou des expressions brutales. Et je dois dire que l’auteur, qui porte le nom d’un de mes dramaturges favoris, est peut-être fils ou parent de ce cher René, se nommant Gilles de Obaldia. Ce qui se confirme également, c’est, comme le seul recueil que je pardonne à un certain Verheggen, une œuvre dédiée à la mère disparue de l’auteur, et cela accentue l’émotion et le sens de la simple beauté des choses qui se dégagent de ces poèmes que je pourrais citer sans choisir et prendre au hasard dans ce volume. Par exemple : « Il y a en chaque mouette un poète / qui marche en équilibre dans le vide » ou « Il est temps de remonter par l’étroit goulet du rêve /et de chavirer avec la Lune / pour être dans l’écume blanche des rives… » Il faut toujours remonter des fonds qui nous menacent, d’un simple appel du pied. C’est presque une leçon.

 Paul Van Melle. Inédit nouveau. N° 259. Novembre-Décembre 2012. 11, avenue du Chant d’oiseaux. B-1310 La Hulpe. Belgique.

 

*

 

  Un recueil de poèmes bien mis en valeur par une édition soignée. Sur le thème récurrent des oiseaux, avec ce que cela comporte de léger, de soyeux, d’envol et de chant en liberté. La « langue des oiseaux », ou langue des anges, est également une expression alchimique qui évoque une langue mystérieuse, secrète, une langue cachée sous la langue. Mais la langue des oiseaux par excellence, ce jeu infini sur les sons et sur les sens, n’est-ce pas au fond la poésie elle-même ? L’art qui par la transmutation du langage aboutit à l’écriture la plus haute. Et pourtant, qui se risquerait aujourd’hui à acheter un recueil de poèmes nouvellement paru ? On n’hésite pas, à grands frais s’il le faut, à acheter le dernier polar, le dernier essai, le dernier roman, sans savoir s’il tiendra la route. Mais pour la poésie, il en va autrement : il faut qu’elle soit homologuée, certifiée, qu’elle soit déjà dans les manuels scolaires, en un mot que l’auteur soit au moins enterré. Il semble bien y avoir quelque chose d’indécent à caresser l’idée même d’acheter un recueil de poèmes inconnu. La parole y paraît toute nue, en effet, sans les oripeaux de la fiction, sans le costume que met la marquise quand elle sort à cinq heures, sans l’équipement du détective privé, sans armes, et sans rien des tenues à la mode ni même de la lingerie sexy du roman contemporain. Comme en écho au « ça ? » que lançait Tristan Corbière, Gilles de Obaldia nous dit que « ça / ça n’est pas une autre évasion / une autre échappatoire, une autre fuite en avant, / une autre distraction / ça / ça n’est pas un accommodement futile / pour un plus grand confort dans ta réalité ». Non, « ça c’est le repos sous la pierre lourde de ton cœur / dans le jardin frémissant de l’être. »

Frédéric Farat, Le Bulletin des Lettres. N° 713. Novembre-décembre 2012.

 

 

Gilles de Obaldia

 

**********


 

PETITE CHRONIQUE JURIDIQUE

 

 

 

 La Cour de cassation a condamné

 

la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques

 

 

     On nous demande fréquemment des informations concernant le litige entre la Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont et la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques (SACD). Après sept ans d’acharnement contre les poètes de la Maison de Poésie, nous sommes arrivés à une étape importante et nous pouvons faire le point sur cette malheureuse affaire qui a commencé à l’initiative de Monsieur Pascal Rogard, Directeur général de la SACD.

 

 

Rappel de la procédure

 

- Le 7 mai 2007, la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques représentée par son Directeur Général, Monsieur Pascal Rogard, assignait la Maison de Poésie afin d’obtenir son expulsion de ses locaux, et sa condamnation à divers paiements. Monsieur Pascal Rogard agissait ainsi au nom de « 43 000 associés » de la SACD. À notre connaissance, c’était la première fois qu’une société d’écrivains en poursuivait une autre (et de surplus, « reconnue d’utilité publique »).

- 4 mars 2010. Le Tribunal de Grande Instance de Paris ordonnait l’expulsion de la Maison de Poésie. 

- 10 février 2011. La Cour d’appel, saisie par la Maison de Poésie, confirmait le jugement précédent.

- 11 octobre 2011. La Maison de Poésie, respectueuse de la décision de la Cour d’appel, l’exécutait, et elle évacuait ses locaux historiques qu’elle occupait depuis 1928.

- Le 11 janvier 2012, la SACD réclamait, par huissiers, 62 522,32 euros à la Maison de Poésie.

 

            MAIS

 

- le 31 octobre 2012, la Cour de cassation saisie par la maison de Poésie, « casse et annule dans toutes ses dispositions, l’arrêt rendu entre les parties, par la cour d’appel de Paris ; remet, en conséquence, la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel de Paris autrement composée ». Elle condamne la SACD aux dépens. Elle dit que « la cour d’appel (…) a méconnu [la] volonté [des parties] de constituer un droit réel au profit de la fondation ». [L'arrêt complet est publié plus loin, ci-dessous].

 

     Ce « grand arrêt de droit des biens de 2012 (…) qui fera date » (Hugues Périnet-Marquet, Panthéon-Assas) est si important que la Cour de cassation décide qu’il fera partie de son rapport annuel et qu’il fait immédiatement l’objet de très nombreux commentaires d’éminents juristes. Ce « bel arrêt Maison de Poésie » (L. Tranchant), « fondamental, sobre en sa forme, opportun sur le fond » (Louis d’Avout et Blandine Mallet-Bricout, Recueil Dalloz), « cette décision de principe […] aussi remarquable pour la théorie générale que pour les possibilités pratiques qu’elle offre » (François-Xavier Testu, Université de Tours) entraîne un nouveau procès dans de nouvelles perspectives, à une date qui n’est pas encore fixée.

     L’initiative de Monsieur Pascal Rogard du 7 mai 2007, qui s’appuyait sur une clause de  l’acte de vente du 7 avril 1932 dont il remettait en cause la signification, a eu l’effet inverse de ce qu’il souhaitait : il a conduit la Cour de cassation a clairement reconnaître « un droit réel »  à la Maison de Poésie.

 

Notre situation actuelle

 

     La Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont, reconnue d’utilité publique, est à nouveau confrontée à Monsieur Pascal Rogard, Directeur général de la SACD, à son Président, aux 30 membres de son Conseil d’administration, aux quelque 53 000 associés de la Société ainsi entraînés dans un quatrième procès, que nous sommes bien obligés d’assumer avec détermination, quels que soient nos regrets devant cet acharnement.

     Après huit années de procédure, que demande la Maison de Poésie ?

     Comme l’exposent les conclusions déposées par nos avocats, la simple application de notre « droit réel » reconnu par la Cour de cassation : le retour en nos locaux historiques remis en état, le paiement des frais entraînés par tous ces procès et par notre déménagement, avec une astreinte pour tout retard.

     En dehors de cette procédure formelle, nous aimerions aussi que nous puissions retrouver l’amicale co-existence qui a eu lieu pendant trois quarts de siècle entre les poètes et les auteurs dramatiques – rompue par des ambitions qui n’ont jamais été les nôtres. 

     On trouvera ci-dessous, plus loin, les détails de ces procédures et les commentaires de quelques juristes.

 

*

LE PROCÈS D’ALCESTE

 

      Dans le procès que la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques a imposé à la Maison de Poésie, nous sommes toujours restés pendant plus de sept ans d’une parfaite correction vis-à-vis d’un adversaire impitoyable et intransigeant.

     Un personnage créé par l’un de nos plus grands auteurs dramatiques, l’Alceste de Molière, victime lui aussi d’un procès, n’avait pas notre retenue. Il nous a semblé intéressant de rappeler le portrait qu’il traçait de son adversaire grâce à la verve d’un auteur dramatique de talent, excellent versificateur et ami des poètes – mais qui n’appartenait pas à la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques.

  …
De cette complaisance on voit l’injuste excès
Pour le franc scélérat avec qui j’ai procès ;
Au travers de son masque on voit à plein le traître,
Partout il est connu pour tout ce qu’il peut être,
Et ses roulements d’yeux et son ton radouci
N’imposent qu’à des gens qui ne sont pas d’ici.
On sait que ce pied plat, digne qu’on le confonde,
Par de sales emplois s’est poussé dans le monde,
Et que par eux son sort, de splendeur revêtu,
Fait gronder le mérite et rougir la vertu.
Quelques titres honteux qu’en tous lieux on lui donne,
Son misérable honneur ne voit pour lui personne ;
Nommez-le fourbe, infâme et scélérat maudit,
Tout le monde en convient et nul n’y contredit.
Cependant sa grimace est partout bien venue ;
On l’accueille, on lui rit, partout il s’insinue,
Et, s’il est, par la brigue, un rang à disputer,
Sur le plus honnête homme on le voit l’emporter.


Molière, Le Misanthrope. I, 1. 1666.


alt

 

*

 

L’ARRÊT MAISON DE POÉSIE

 

      Nous n’avons évidemment pas de compétences juridiques – que celles du justiciable, que nous a imposées depuis 2007 le procès intenté par la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques (SACD) en nous poursuivant pour récupérer nos locaux. Avec l’aide de nos avocats, Maîtres Arnaud de Barthès de Montfort et Catherine Castro (Société de Gaulle et Fleurance), et Maître Jérôme Ortscheidt (cassation), il nous a bien fallu tâcher de suivre les diverses étapes de la procédure. La plus récente nous a été heureusement favorable et notre affaire, tout « insignifiante » au départ, est devenue un important épisode de l’histoire du droit français de propriété.

     En effet, l’arrêt du 31 octobre 2012 de la Cour de cassation, reconnaissant le droit réel de la Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont et condamnant la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques, a suscité de très nombreux commentaires d’éminents juristes. Cet arrêt qui a été intégralement publié par notre revue dans notre numéro 53 (Janvier 2013) a établi une importante jurisprudence que notre incompétence juridique ne nous permet pas de commenter à notre tour, et dont nous nous contenterons de signaler les articles les plus significatifs.

 - Le Recueil Dalloz 2012 constate immédiatement que l’arrêt de la Cour de cassation constitue la « consécration de l’autonomie de la volonté ». Le commentaire d’Antoine Tadros (Maître de conférences à la Faculté de Rennes I) estime que « cette décision » « condamne le dogme du numerus clausus des droits réels », et que « l’arrêt suscite l’intérêt quant à la possibilité de concéder un droit réel perpétuel sur la chose d’autrui ».

 - Le 14 novembre 2012, Le Quotidien, dans ses Brèves, évoque l’arrêt de la Cour de cassation, il rappelle les clauses en faveur de la Maison de Poésie dans l’acte de vente de 1932, et constate que « selon la Haute juridiction, la cour d’appel [qui avait condamné la Maison de poésie] avait méconnu [la] volonté [des parties] de constituer un droit réel au profit de la fondation ».

 - Une étude signée de Mehdi Kebir le 21 novembre 2012, Démembrement de la propriété : droit réel de jouissance spéciale, constate que « cet arrêt (…) est promis à un retentissement particulier du fait de sa future publication dans le rapport annuel de la Cour de cassation, d’autant qu’il éclaire de façon significative l’importante question de l’exhaustivité de la liste des droits réels énumérés par la loi. » L’auteur rappelle « le groupe de travail institué au sein de l’Association Henri-Capitant dont la mission était de réfléchir à une réforme du droit des biens » en 2008. « Il faut noter que, dans cet arrêt, la Cour de cassation va plus loin que l’avant-projet de réforme en admettant que le droit réel de jouissance spécial reconnu puisse perdurer pendant toute la durée de l’existence de la fondation. »

 - Les Éditions Francis Lefebvre dans leurs Actualités du 28 novembre 2012 signalent l’arrêt de la Cour de cassation : « Il est possible de donner à une personne morale le droit d’user un local pour plus de trente ans » et remarquent : « Les conventions légalement formées tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites et elles ne peuvent être révoquées que par leur consentement mutuel ou pour les causes que la loi autorise ».

 - Dans l’édition privée de Lexbase, L’information juridique du 29 novembre 2012, Séverin Jean (Docteur en droit, Université Toulouse 1-Capitol) et Guillaume Beaussonie (Maître de conférence à l’Université François Rabelais de Tours) étudient La création prétorienne d’un droit de jouissance spéciale à durée indéterminée, en partant de « L’arrêt Caquelard » du 13 février 1834 de la Cour de cassation. Pour ces auteurs, après l’arrêt du 31 octobre 2012 de la Cour de cassation, « il faut convenir de la consécration d’un objet nouvellement identifié : un droit réel de jouissance à durée indéterminée ».

 - Dans l’édition générale de La Semaine juridique du 24 décembre 2012 (n° 52), François-Xavier Testu (Professeur à l’Université de Tours), après avoir remercié Me Jérôme Ortscheidt, notre avocat à la Cour de cassation, constate que la Cour « rappelle (…) l’autonomie de la volonté dans les décompositions dont la propriété est susceptible ». Il ajoute que « l’arrêt Maison de Poésie » « reformule une solution que la Haute juridiction avait énoncée il y a presque deux cents ans », il étudie « le régime de la propriété partiaire », puis il montre un certain nombre « des perspectives qu’ouvre le bel arrêt Maison de Poésie ».  

 - Dans le Recueil Dalloz (Études et commentaires) du 10 janvier 2013, une étude particulièrement riche de neuf pages sur deux colonnes de Louis d’Avout (Professeur à l’Université Panthéon-Assas, Paris 2) et Blandine Mallet-Bricout (Professeur à l’Université Jean Moulin, Lyon 3), sous le titre La liberté de création des droits réels aujourd’hui, commence par publier l’intégralité de cet « arrêt fondamental, sobre en la forme, opportun sur le fond, qui manquait à la doctrine française du droit des biens pour affirmer la pérennité du principe de libre création des droits réels, héritée de la jurisprudence post-révolutionnaire. Ce qu’il convient sans doute d’appeler désormais l’arrêt Maison de Poésie doit être rapproché de celui du 23 mai 2012, relatif au droit de crû et à croître ayant affirmé le caractère perpétuel des droits réels sui generis. »

      Nous ne reprendrons pas l’ensemble de la présentation très complète et très intéressante de cette question, même pour un profane, depuis les origines et « l’orientation libérale du droit français des biens » qui est « construit à partir de l’idée de liberté » (au contraire du droit allemand), nous contentant de signaler que les auteurs étudient « les potentialités » de cet arrêt qui « restent largement à découvrir », y compris avec ses « incertitudes », mais quelques lignes extraites de la conclusion de cette intéressante étude sont particulièrement réconfortantes :

            « La poésie mène à tout… Elle conduit ici à une clarification considérable de la théorie des droits réels et à l’affirmation, libérale, de la possible création de droits réels innomés. À n’en pas douter, les potentialités de l’arrêt Maison de Poésie se révéleront peu à peu par l’effet de la pratique, opportunément encouragée à innover ». (…)

 - Le 16 janvier 2013, dans Les Petites affiches, François-Xavier Agostini (Chargé d’enseignement à l’Université d’Aix-Marseille-3) dans un article de six pages sur trois colonnes, commentait cette « Reconnaissance prétorienne du droit réel de jouissance spéciale », après avoir cité l’arrêt de la Cour de cassation et constatait que « jamais depuis l’arrêt Caquelard, la Cour de cassation n’a aussi clairement admis la faculté de libre création des droits réels, le présent arrêt s’identifie en effet comme un véritable arrêt de principe ». Entre autres remarques sur l’arrêt, l’article s’intéresse à la durée du droit réel qui nous est ainsi reconnu : « Il est désormais acquis que la perpétuité peut résulter de la volonté des vendeurs ». En effet, les dispositions de l’acte de vente ont été prévues pour toute la durée de notre Fondation.

- Hugues Périnet-Marquet, Professeur à l'Université Panthéon-Assas (Paris II) estime que "Le grand arrêt de droit des biens 2012 est manifestement celui qui est venu déclarer que « le propriétaire peut consentir sous réserve des règles d’ordre public un droit réel conférant le bénéfice d’une jouissance spéciale de son bien ». (…)

Un arrêt qui fera date puisqu’il aura les honneurs du rapport de la Cour de cassation. (…)

La Cour de cassation casse l’arrêt [de la Cour d’appel] au visa des articles 544 et 1434 du Code civil et avec l’attendu de principe suivant : « Attendu qu’il résulte de ces textes que le propriétaire peut consentir sous réserve des règles d’ordre public un droit réel conférant le bénéfice d’une jouissance spéciale de son bien ». Elle considère, de surcroît, que ce droit avait pu être consenti pendant toute la durée de l’existence de la Maison de Poésie.

Elle admet donc, de manière éclatante, que le pouvoir de la volonté puisse créer des droits réels de jouissance spéciale. Par voie de conséquence, elle reconnaît que les droits réels ne sont pas en nombre limité et que leur création n’est pas du ressort exclusif du législateur. (…)

L’arrêt de la Cour de cassation semble salué très favorablement par la doctrine même si certaines réserves sont émises. Saluons donc ce grand arrêt qui renouvelle le droit des biens et qui va nourrir la réflexion et la pratique pendant les années qui viennent".
La semaine de la doctrine. La Chronique.

- D'autre part, il faut fermement saluer cette confirmation de la force créatrice de la volonté dans le domaine des droits réels, qui va de pair avec la liberté contractuelle; cette confirmation de la ductilité du droit est un hommage à l'inventivité de l'être humain qu'étoufferait un système juridique exagérément rigide. (...)

Jean-François Berbiéri, Professeur des Universités. CDA, Toulouse I et CREOP, Limoges, Avocat à la cour de Toulouse.

Petites Affiches, 12 juin 2013. N° 117.

 

*

Pour les non-juristes que nous sommes et les poètes que nous avons toujours essayé d’être, tout cela ne revient-il pas à notre lecture profane et innocente d’un texte signé en 1932 par deux parties de bonne foi, qui s’étaient entendu avec simplicité sur quelque chose qu’on a tenté de compliquer ensuite ? En ce qui nous concerne, nous sommes prêts à revenir à une co-existence qui a duré près de trois-quarts de siècle sans problèmes.

Mais ce n’est pas si simple. La loi nous fait obligation de re-traduire à notre tour la Société des Auteurs et Compositeurs en Cour d’appel. Ce procès se tiendra prochainement, l’arrêt de la Cour de cassation nous permettant un optimisme raisonnable.

                                        La Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont

 

*

      Afin de permettre aux lecteurs intéressés par les questions juridiques de mieux comprendre le litige suscité par la SACD à l’encontre de notre Fondation, nous publions un extrait de l’acte de vente notarié du 7 avril (accepté et confirmé par un décret du Président de la République en date du 15 juin 1932) :

 « N’est toutefois pas comprise dans la présente vente et en est au contraire formellement exclue la jouissance ou l’occupation par la Maison de Poésie et par elle seule des locaux où elle est installée actuellement et qui dépendent dudit immeuble. »

« Au cas où la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques le jugerait nécessaire, elle aura le droit de demander que ledit deuxième étage et autres locaux occupés par la Maison de Poésie soient mis à sa disposition, à charge par elle d’édifier dans la propriété présentement vendue et de mettre gratuitement à la disposition de la Maison de Poésie et pour toute la durée de la fondation une construction de même importance, qualité, cube et surface pour surface. […] En conséquence de tout ce qui précède, la Maison de Poésie ne sera appelée à quitter les locaux qu’elle occupe actuellement que lorsque les locaux de remplacement seront complètement aménagés et prêts à recevoir les meubles, livres et objets d’art et tous accessoires utiles à son fonctionnement, nouveaux locaux qu’elle occupera gratuitement et pendant toute son existence. »

 

 ***

NOUVEAU PROCÈS EN APPEL

 

- La Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont et la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques sont donc renvoyés par la Cour de cassation devant la Cour d’appel de Paris autrement constituée. Ce quatrième procès s'est tenu le 12 juin 2014. L'arrêt doit être rendu le 18 septembre 2014.

                                              

 COMMENT AIDER LES POÈTES ET LA POÉSIE


 À RÉSISTER À CETTE DANGEREUSE OFFENSIVE

 

     Depuis plus de sept ans, la Maison de Poésie est soumise à une offensive permanente qui avait commencé avant même l’assignation en justice, pour que la Fondation Émile Blémont abandonne des locaux pour lesquels la Cour de cassation vient de reconnaître qu’elle jouissait d’un droit réel.

     À plusieurs reprises, la Maison de Poésie a semblé perdre la partie. Elle a été contrainte de trouver un abri pour ses biens les plus précieux, les livres de sa bibliothèque, elle en a perdu d’autres, ses meubles et machines ont été dispersés, elles s’est retrouvée à la rue, elle n’a pu remplir ses missions en faveur des poètes et de la poésie, elle a perdu des sources de revenus, elle a dû licencier son personnel, ses administrateurs ont été soumis à des pressions sans précédents, ils ont eu l’angoisse de devoir interrompre une mission qui leur avait été confiée par le protecteur de Rimbaud et de Verlaine, etc.

     La Maison de Poésie a été attaquée par un adversaire puissant, bénéficiant d’une administration bien équipée, comprenant un service juridique à demeure, des spécialistes, de vastes locaux, jouissant de ressources financières importantes.

     Pour lui faire face, la Fondation Émile Blémont était bien fragile et modeste, ayant peu de personnel, s’appuyant sur des bénévoles, rassemblant des poètes aux droits d’auteur ridicules, s’occupant d’un secteur littéraire, la poésie, en complète déshérence, organisant des rencontres et autres matinées littéraires gratuites, aux ressources financières minuscules, en dehors des modes, des chaudsbizness et autres pipolisations, bref, des gens sans appuis, des David un peu attardés dans un monde qui n’existe plus. Des gens qui ne passent jamais à la télévision…

*

 

     Que demande la Maison de Poésie dans ce quatrième procès ?

     Elle réclame simplement aujourd’hui la stricte application d’un acte notarié de 1932, la restitution de ses locaux remis en état, la recomposition de ses biens, quelques légitimes remboursements de ses frais.

     

 *

 L’AIDE DES AMIS DE LA POÉSIE RESTE NÉCESSAIRE

 

     La Maison de Poésie a pu tenir bon sous l’orage grâce à de très nombreux soutiens qui ont sans cesse réconforté ses responsables.

Il n’empêche qu’elle a besoin d’aide financière.

      - La Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont est reconnue d’utilité publique. Elle est habilitée à recevoir dons et legs. Chaque don, même modeste, est une aide bienvenue qui fait l’objet d’un reçu (pour déductions d’impôts prévues par la loi).

      - Les abonnements à sa revue Le Coin de table constituent une aide très largement efficace, car elle contribue en outre à la diffusion de la poésie et des œuvres de poètes contemporains connus ou à découvrir. (70 €/an, chèque à l’ordre de « la Maison de Poésie »).

       Nous invitons les amis de la poésie à participer à la Renaissance de la Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont, par leurs dons et par la souscription de nouveaux abonnements au Coin de table.


 ***********

 

 MALHEUR AUX JEUNES POÈTES !

 

     En 1872, Émile Blémont, grand bourgeois fortuné, distingué et bien élevé, alors âgé de trente-trois ans, alla chercher deux jeunes poètes inconnus et mal considérés, mais dont il avait su discerner le talent, pour les faire asseoir au Coin de table du peintre Fantin-Latour : Paul Verlaine et Arthur Rimbaud. Le plus vieux avait vingt-huit ans ; l’autre à peine dix-huit.

     À l’exemple de son Fondateur, la Maison de Poésie a toujours voulu aider les jeunes poètes encore inconnus (et pas forcément mal considérés). C’est pourquoi elle accueille toujours dans la revue Le Coin de table ou sur son site de jeunes poètes dont nous ne savons rien, sinon que nous aimons les poèmes qu’ils nous ont envoyés. C’est pourquoi elle a publié et continue de le faire des recueils de jeunes poètes, comme celui qui vient de paraître : Gilles de Obaldia, La langue des oiseaux.

     L’aide de la Maison de Poésie aux jeunes poètes s’est particulièrement manifestée avec le Prix Arthur Rimbaud, réservé à un jeune poète de dix-huit à vingt-cinq ans. Ce Prix, organisé en participation avec le Ministère de la Jeunesse, doté de 5 000 euros, a été décerné pendant vingt ans. Il a suscité des milliers d’envois. Chaque année, la Maison de Poésie a publié une sélection des meilleurs poèmes des candidats.

 

Manuscrits du Prix Rimbaud

 

 

     Ce Prix a été supprimé par Martin Hirsch, appelé par Nicolas Sarkozy à transformer le Ministère en Haut-Commissariat indifférent à la poésie des jeunes auteurs. Alors, la poésie… Les jeunes gens qui en écrivent… Le Haut-Commissariat et son commissaire ont disparu; la poésie demeure.

     Illustration d'Aureélie Monfait

 

 

Illustration d’Aurélie Monfait. 19 ans. (École Supérieure Estienne des Arts et Industries graphiques)

Le nouveau Printemps des jeunes poètes.

     Nous nous emploierons à retrouver les conditions nécessaires au renouvellement de ce Prix.

 

*

Ouvre ma main…

 

Ouvre ma main
je refuse de te voir
Quelle sera ma chanson demain

 
Tu es trop beau mon amour
trop simple de moi
j’exige de toi la vie

 
Je ne suis pas compréhensible
je suis inattachée
tu es trop près mon amour

 
As-tu le bonheur
je suis inconstance
tes yeux trop doux trop droits

 
Ne me cherche pas
je suis introuvable
je n’existe pas.

 

Cécile Bétouret. 20 ans. Prix Arthur Rimbaud 1997.
Le Point du jour.
100 poèmes et dessins de 23 jeunes artistes d’aujourd’hui. © La Maison de Poésie.

 

*

 Joie du mauve

 

Le mauve – peu importe –
La mort qui te ravage
La douleur qui t’escorte
Vers de taiseux barrages

 
Si les sentiers s’éboulent
– Ton cœur dessus de sorte
Que c’est ta vie qui croule
Avec eux – peu importe

 
Et si tes mots pourrissent
Que le silence crisse
Où tu vois apparaître

 
Le pire peu impor-
Te tu auras encor
De la joie pour y être

 

Camille Bonneaux. 22 ans. Mention spéciale. Prix Arthur Rimbaud 2009.
Rimbaud 007.
© La Maison de Poésie.

 

     Rimbaud 006         Rimbaud 008         Rimbaud 007

 

 

RENCONTRES

 

     La Maison de Poésie a été chassée par la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques de ses locaux historiques où elle recevait régulièrement les poètes et amis de la poésie, au cours de conférences, lectures, matinées littéraires ou de rencontres informelles.

     Pour le moment, ces manifestations littéraires se tiennent dans les locaux de la Société des Poètes Français qui les met généreusement à la disposition de la Maison de Poésie, en témoignage de solidarité. La Maison de Poésie réunit également ses amis en d’autres lieux.

 

   Coin de table Fantin     Klingsor     Martineau

 

 

 

          Bibliothèque vide               Déménageurs

 

 

     La Cour de cassation, par un arrêt rendu le 31 octobre 2012, a reconnu le droit réel de la Maison de Poésie et condamné la SACD. Cet arrêt fera date et il permet à la Maison de Poésie d'envisager favorablement un nouveau procès en Cour d'appel. Nous reproduisons ici cet arrêt historique :

 

CIV.3

CH.B

 

COUR DE CASSATION

 

 Audience publique du 31 octobre 2012

Cassation

M. TERRIER, président

Arrêt n° 1285 FS-P+B+R

Pourvoi n° Z 11-16.304

 

 

R E P U B L I Q U E     F R A N C A I S E

        

 

AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS

        

 

LA COUR DE CASSATION, TROISIÈME CHAMBRE CIVILE,

a rendu l’arrêt suivant :

 

Statuant sur le pourvoi formé par la société La Maison de Poésie, dont le siège est 11 bis rue Ballu, 75009 Paris,

 contre l’arrêt rendu le 10 février 2011 par la cour d’appel de Paris (pôle 4, chambre 1), dans le litige l’opposant à la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD), dont le siège est 11 bis rue Ballu, 75009 Paris,

 défenderesse à la cassation ;

 La demanderesse invoque, à l’appui de son pourvoi, les trois moyens de cassation annexés au présent arrêt ;

 LA COUR, composée conformément à l’article R. 431-5 du code de l’organisation judiciaire, en l’audience publique du 25 septembre 2012, où étaient présents : M. Terrier, président, Mme Feydeau, conseiller rapporteur, Mme Fossaert, MM. Fournier, Échappé, Pameix, Mme Salvat, conseillers, Mmes Proust, Pic, M. Crevel, Mmes Meano, Renard, conseillers référendaires, M. Bailly, avocat général référendaire, M. Dupont, greffier de chambre ;

 Sur le rapport de Mme Feydeau, conseiller, les observations de la SCP Ortscheidt, avocat de la société La Maison de Poésie, de la SCP Hémery et Thomas-Raquin, avocat de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques, l’avis de M. Bailly, avocat général référendaire, et après en avoir délibéré conformément à la loi ;

 Sur le deuxième moyen :

 Vu les articles 544 et 1134 du code civil ;

 Attendu qu’il résulte de ces textes que le propriétaire peut consentir, sous réserve des règles d’ordre public, un droit réel conférant le bénéfice d’une jouissance spéciale de son bien ;

 Attendu, selon l’arrêt attaqué (Paris, 10 février 2011) que par acte notarié des 7 avril et 30 juin 1932, la fondation La Maison de Poésie a vendu à la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (la SACD), un hôtel particulier, l’acte mentionnant que « n’est toutefois pas comprise dans la présente vente et en est au contraire formellement exclue, la jouissance ou l’occupation par la Maison de Poésie et par elle seule des locaux où elle est installée actuellement et qui dépendent dudit immeuble » et « au cas où la SACD le jugerait nécessaire, elle aurait le droit de demander que le deuxième étage et autres locaux occupés par La Maison de Poésie soient mis à sa disposition, à charge pour elle d’édifier dans la propriété présentement vendue et de mettre gratuitement à la disposition de La Maison de Poésie et pour toute la durée de la fondation, une construction de même importance, qualité, cube et surface pour surface » (…) « en conséquence de tout ce qui précède, La Maison de Poésie ne sera appelée à quitter les locaux qu’elle occupe actuellement que lorsque les locaux de remplacement seront complètement aménagés et prêts à recevoir les meubles, livres et objets d’art et tous accessoires utiles à son fonctionnement, nouveaux locaux qu’elle occupera gratuitement et pendant toute son existence », que le 7 mai 2007, la SACD a assigné La Maison de Poésie en expulsion et en paiement d’une indemnité pour l’occupation sans droit ni titre des locaux ;

 Attendu que pour accueillir la demande l’arrêt retient que le droit concédé dans l’acte de vente à La Maison de Poésie est un droit d’usage et d’habitation et que ce droit qui s’établit et se perd de la même manière que l’usufruit et ne peut excéder une durée de trente ans lorsqu’il est accordé à une personne morale est désormais expiré ;

 Qu’en statuant ainsi, alors que les parties étaient convenues de conférer à La Maison de Poésie, pendant toute la durée de son existence, la jouissance ou l’occupation des locaux où elle était installée ou de locaux de remplacement, la cour d’appel, qui a méconnu leur volonté de constituer un droit réel au profit de la fondation, a violé les textes susvisés ;

 

PAR CES MOTIFS, et sans qu’il y ait lieu de statuer sur les autres moyens :

 

CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l’arrêt rendu le 10 février 2011, entre les parties, par la cour d’appel de Paris ; remet, en conséquence, la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel de Paris, autrement composée ;

 

Condamne la Société des auteurs et compositeurs dramatiques aux dépens ;

 

Vu l’article 700 du code de procédure civile, condamne la Société des auteurs et compositeurs dramatiques à payer à La Maison de Poésie la somme de 2 500 euros ;

 

Dit que sur les diligences du procureur général près la Cour de cassation, le présent arrêt sera transmis pour être transcrit en marge ou à la suite de l’arrêt cassé ;

 

Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, troisième chambre civile, et prononcé par le président en son audience publique du trente et un octobre deux mille douze.

 

            


 Manifestations poétiques et rencontres.

      Au milieu de ces tribulations, soumise à une pression permanente de la part d’une SACD particulièrement offensive, la Maison de Poésie n’a pas pu organiser comme les années précédentes toutes les activités littéraires habituelles. 

  

Gilles de Obaldia

 

 

     Dernière réunion

 

    

Publications

 

     La Maison de Poésie a décidé de continuer la publication de sa revue malgré des conditions difficiles.

       Les quatre numéros annuels de la revue Le Coin de table ont été publiés régulièrement en 2011 et en 2012. Pour la septième année consécutive, la revue a atteint l’équilibre financier. La Maison de Poésie poursuit en 2013 l’édition du Coin de table, une revue originale et essentielle dans le paysage poétique actuel. Depuis plusieurs années le Centre National du Livre ne consent aucun soutien financier à la revue. Il n’a apporté aucune aide à la Fondation dans ses difficultés considérables de 2011. Le CNL ne nous a été d’aucune utilité dans la tempête. Même pas une petite bouée pour le mousse.

     L’abonnement au Coin de table (70 €, pour la France, en 2013) est un moyen d’aider la Maison de Poésie à continuer.

     Affirmant la continuité de son soutien aux jeunes poètes malgré toutes ses difficultés financières et techniques, la Maison de Poésie a publié en 2012 le deuxième recueil de Gilles de Obaldia, La Langue des oiseaux.

 

Aides à la création. Prix littéraires.

      Les circonstances ont empêché la Fondation de donner ses habituels Prix littéraires et d’aider des jeunes poètes à publier leurs œuvres en recueil. Toutefois, plusieurs ont été accueillis dans la revue et sur le site de la Fondation.

 

Bibliothèque.

      Elle n’est plus disponible.

 Site

        Plus de 20 000 visiteurs l’ont consulté en 2011; autant en 2012. Il donne diverses informations sur la Maison de Poésie, la revue Le Coin de table, l’histoire de la Fondation, etc. Il publie de nombreux poèmes, de poètes déjà célèbres et de jeunes poètes encore peu connus.

     En août et septembre 2011, il a été la cible d’une attaque malveillante provenant de sources inconnues (en apparence géographiquement lointaines, Afrique, Amérique du sud, en réalité non localisables) qui renvoyaient les visiteurs vers un site pornographique, ce qui avait amené l’hébergeur à déclarer notre site « dangereux » pendant plusieurs semaines. Notre informaticien a réussi à libérer notre site, après divers travaux, dont le coût a été à notre charge, sans que nous puissions savoir si cette attaque était due au hasard ou était volontairement ciblée sur nous. Le service de police spécialisé a été informé.

 

*

 

     La Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont a continué à vivre en 2012 malgré toutes ces difficultés – ce qui n’est pas une mince réussite. 

     Elle a pu constater que ses nombreux amis lui apportaient un soutien psychologiquement très réconfortant et financièrement efficace, puisque jamais les dons n’avaient été aussi importants. Elle a particulièrement remercié la Société des Poètes Français, une centenaire très active.

     Après la décision très favorable de la Cour de cassation, l’avenir de la Fondation va dépendre d’un mécénat qui reste à trouver – et du deuxième jugement en Cour d'appel, qui aura lieu en 2013 à une date non encore fixée.

 

Bailly

 

 

                                                

 

Comment nous aider ?

 

- En s’abonnant à la revue trimestrielle Le Coin de table. Un an, France : 70 €. Étranger : 80 €. Chèque à l’ordre de « La Maison de Poésie ».

- En adhérant à l’Association des Amis d’Émile Blémont : La Maison de Poésie. La Société des Poètes Français. 16, rue Monsieur-le-Prince. 75006 Paris (adhésion pour 2012 : à partir de 5 €).

- En faisant un don à la Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont, reconnue d’utilité publique, actuellement en difficulté financière (un reçu sera envoyé pour bénéficier des remises d’impôt prévues par la loi).

 

*

Association des Amis d'Émile Blémont

 

     Pour aider la Maison de Poésie, actuellement en difficulté, à poursuivre l’œuvre de son Fondateur Émile Blémont, une association a été créée en 2011.

     Émile Blémont fut un poète et un généreux mécène que l’AAÉB aidera à ne pas oublier.

     L’action Emile Blémont a été remarquable en faveur de la Poésie, et d’une façon générale il défendit toujours la culture et les grandes valeurs humaines. Sa correspondance montre son soutien envers les poètes, concrétisé aussi bien par des aides financières que par des aides morales. Certains d’entre eux sont célèbres aujourd’hui, notamment Verlaine, avec lequel il a toujours été en contact. Le pauvre Lélian lui a d’ailleurs rendu hommage dans un poème. On peut citer également Léon Valade que Blémont a toujours aidé. Émile Blémont fit don à l’État de sa correspondance avec ces deux poètes. Les lettres de Verlaine sont conservées à la Bibliothèque Nationale de France et celles de Léon Valade à la Bibliothèque de Bordeaux, sa ville natale. Le tableau de Fantin-Latour, Coin de table, qu’il offrit également à l’État, se trouve aujourd’hui conservé au Musée d’Orsay. Membre du Conseil de famille des petits-enfants de Victor Hugo, il participa à la création de son Musée de la Place des Vosges.

     Sa position sociale lui permettait d’avoir des relations au plus haut niveau. Ses démarches et ses interventions suscitèrent la création d’une Bourse de voyage littéraire, il fut nommé Président de sa commission. Ne pouvant décider l’Etat à ouvrir, avec son aide, un Musée des poètes, Emile Blémont créa, par testament, La Maison de Poésie, fondation reconnue d’utilité publique en 1928 par le Président de la République Gaston Doumergue.

     La dernière pensée d’Émile Blémont fut donc pour les poètes et la Poésie. L’AAÉB veillera à maintenir son nom et à poursuivre son œuvre dans le même esprit de générosité et d’ouverture.

    L'assemblée générale de l'Association a eu lieu mercredi 22 février 2012. L'assemblée générale du 22 mai 2014 a approuvé les rapports et les comptes concernant 2013.

 Association des Amis d’Émile Blémont. La Maison de Poésie. Société des Poètes Français. 16, rue Monsieur-le-Prince. 75006 Paris.  Adhésion à partir de 5 Euros.

 Présidente Mathilde Martineau.

 

 *

À Émile Blémont

 

La vindicte bourgeoise assassinait mon nom

Chinoisement, à coups d'épingle, quelle affaire !

Et la tempête allait plus âpre dans mon verre.

D'ailleurs du seul grief, Dieu bravé, pas un non,

 

 Pas un oui, pas un mot ! L'Opinion sévère

Mais juste s'en moquait autant qu'une guenon 

De noix vides. Ce bœuf bavant sur son fanon,

Le Public, mâchonnait ma gloire... encore à faire.

 

 L'heure était tentatrice et plusieurs d'entre ceux

Qui m'aimaient en dépit de Prud'homme complice,

Tournèrent carrément, furent de mon supplice,

 

 Ou se turent, la peur les trouvant paresseux,

Mais vous, du premier jour vous fûtes simple, brave,

Fidèle, et dans un cœur bien fait cela se grave.

 

 Paul Verlaine, Amour.
Léon Vanier, 1888.

 

Blémont par Cazals

 

Cazals, Émile Blémont.

*

 LIVRES ACTUELLEMENT DISPONIBLES

  GRANDE COLLECTION

 

- Les invités du Coin de table. Florilège (1955-)1995. 300 poèmes. 400 p. 30 €.

- « Je ne veux qu’une chose, être aimée ».  50 lettres inédites de Juliette Drouet à Victor Hugo reproduites en fac-similé. Présentation et commentaires de S. et J. Charpentreau. 232 p. 30 €.

- « Pour vous seule ». 53 lettres inédites d’Alfred de Vigny à Céline Cholet, reproduites en fac-similés. Présentation et commentaires de J. Charpentreau. 160 p. 30 €.

- « Bonjour, Monsieur Blémont ! ». La Bohème des années 1870, par Mathilde Martineau. Avec 70 reproductions en fac-similés et de nombreux originaux. 200 p. 30 €.

- Philippe Chabaneix, Œuvres poétiques. I. Rassemblées et présentées par Jean-Luc Moreau. 440 p. 45 €.

- Anthologie de la Poésie française de Paul Verlaine à Tristan Klingsor (1866-1955). 400 p. 8 €.

*

 

POÈMES

 

- Émile Blémont, L’Âme étoilée, 12 €.

- Jacques Charpentreau, Musée secret. Le Chant de la lumière. Le Visage de l’ange. Le Papillon sur l’épaule. La Part des anges. 12 €. La Rose des fables, 18 €. La Petite Rose des fables, 10 €. Ombres légères, 16 €.

- Luc Decaunes, Poésie, 12 €. Inconvenances, 8 €.

- Robert Houdelot, Le Laurier noir, 12 €.

- Bernard Jourdan, L’hiver qui vient, 12 €.

- Daniel Lander, Peines perdues, 12 €.

- Jean Lestavel, Départs. Les Arbres chantent, 12 €.

- Bernard Lorraine, Stances, suivi du Livre de l’identité, 16 €.

- Michel Manoll, Louisfert-en-Poésie, 12 €.

- Maximine, Les visiteuses, suivi de Quelques lilas, 12 €.

- Jean-Luc Moreau, La Bride sur le cœur, 12 €.

- Gilles de Obaldia, L’herbe haute, 16 €.

- Camille Pelletan, Poèmes secrets, 12 €.

- Georges Sédir, Grand jeu. Il se fait tard, 12 €.

- Léon Vérane, Les étoiles et les roses, 12 €.

- Robert Vigneau, Une vendange d’innocents, 16 €.

- Youri, Poèmes de jour, Poèmes de nuit, 16 €.

 

     Commande à envoyer à : La Maison de Poésie. Société des Poètes Français. 16, rue Monsieur-le-Prince. 75006 Paris, avec le chèque correspondant (+ 2 € pour participation aux frais d'expédition).

 

Patrimoine

 

      Pour le moment, la Maison de Poésie n'est plus en mesure de mettre à la disposition des lecteurs et des chercheurs le patrimoine poétique dont elle a la garde depuis plus de quatre-vingts ans. Il est indisponible, mais en sécurité dans les réserves de la Bibliothèque Nationale de France, à la suite de l’expulsion par la SACD.

 

 Pérennité d'une œuvre poétique

 

     Pour le moment, la Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont ne peut plus apporter son aide à la pérennité de l'œuvre d'un poète, à la suite de son expulsion au bénéfice de la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques.

           

 

 DONS, LEGS ET MÉCÉNAT

 

 

 La Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont

 

est reconnue d'utilité publique

 

     À ce titre, elle peut recevoir des dons et legs donnant droit à des réductions d’impôt prévues par la loi.

     Tous ces dons, même les plus modestes, aident financièrement la Maison de Poésie à répondre à sa vocation, et ils constituent un précieux encouragement.

     Chaque don, par chèque établi à l’ordre de la Maison de Poésie, fait l’objet d’un reçu à remettre aux services fiscaux.

     Les contribuables peuvent ainsi décider de l'affectation d'une partie de leur impôt. Nous remercions tous ceux qui choisissent de maintenir, d'aider, et de faire vivre la poésie.

 

**

 

Contribuables assujettis à l’impôt sur le revenu (2012) :

Diminution de l’impôt sur le revenu suivant les modalités prévues par la loi.

 

Contribuables assujettis à l’Impôt de Solidarité sur la Fortune (ISF. 2012) :

Réduction de l’ISF du montant des sommes versées à la Maison de Poésie suivant les modalités prévues par la loi.

 

  La Fondation est habilitée à recevoir les legs et successions.

 

            

 

 

Nous avons tous besoin de la poésie.

 

 

La poésie a besoin de vous !

 

 

 

***********************************

 

Mise à jour le Mercredi, 03 Décembre 2014 15:07