Logo Maison de la poesie

LA MAISON DE POÉSIE


Fondation Émile Blémont

Reconnue d´utilité publique


16, rue Monsieur-le-Prince. 75006 Paris

06 37 51 17 09


La Maison De Poésie Actualités
PDF Imprimer Envoyer

 

 Pour nous joindre :

- Par courrier postal : La Maison de Poésie. Société des Poètes Français.

     16, rue Monsieur-le-Prince. 75006 Paris.

- Par téléphone : 06 37 51 17 09.

- Par courriel : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

 

 

Actualités

 

 

Mars 2015

 

 

 

La Maison de Poésie

 

fait partie de ceux qui défendent

 

notre culture et ses valeurs

 

contre l’assaut des barbares.

 

 

 

 

      « Quoi que fassent ceux qui règnent chez eux par la violence et hors de chez eux par la menace, quoi que fassent ceux qui se croient les maîtres des peuples et qui ne sont que les tyrans des consciences, l’homme qui lutte pour la justice et la vérité trouvera toujours le moyen d’accomplir son devoir tout entier.
      La toute puissance du mal n’a jamais abouti qu’à des efforts inutiles. La pensée échappe toujours à qui tente de l’étouffer. Elle se fait insaisissable à la compression ; elle se réfugie d’une forme dans l’autre. Le flambeau rayonne ; si on l’éteint, si on l’engloutit dans les ténèbres, le flambeau devient une voix, et l’on ne fait pas la nuit sur la parole ; si l’on met un bâillon à la bouche qui parle, la parole se change en lumière, et l’on ne bâillonne pas la lumière ».

 

VICTOR HUGO

 

 

                                   



 

  APRÈS LA VICTOIRE JURIDIQUE

 

DE LA MAISON DE POÉSIE

 

 

NOUVELLE CONDAMNATION DE LA SACD

 

      La Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques (SACD) n’ayant pas obéi à l’arrêt de la Cour d’appel, la Maison de Poésie a entrepris les démarches nécessaires à son application.
      La Maison de Poésie a assigné la SACD devant le Tribunal de Grande instance de Paris, siégeant en référé (droit commun). L'audience s'est tenue mardi 13 janvier 2015.  

     Par ordonnance du 10 février 2015, le Tribunal a ordonné « l’expulsion de la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques [de nos locaux] (…) avec le concours, en tant que de besoin, de la force publique et d’un serrurier. »
      La SACD est condamnée aux dépens et à diverses indemnités.

     La Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont s’emploie à faire respecter ces décisions.

 

 

 

 

  Cadran solaire

 

 

                                                                                                     


 

 

 POÉSIE VIVANTE

 

     EN SA SEIZIÈME ANNÉE, LA REVUE LE COIN DE TABLE CONTINUE. La poésie continue, quelles que soient les violences, en France et dans le monde, quelles que soient les difficultés de notre Fondation qui n’est pas encore parvenue à obtenir de son adversaire, la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques, le respect des décisions des tribunaux qui nous ont rendu justice.
      La poésie continue dans ce récent numéro de notre revue, avec de nombreux poèmes inédits prouvant sa vitalité, avec l’étude précise de la poésie parfois dérangeante, de Michel Houellebecq, un des vrais poètes de l’époque, comme le sont Jacques Réda ou Jean-Claude Pirotte, ou encore Sylvoisal, si différents soient-ils les uns des autres.
      Elle continue, à travers le temps et les époques, avec les évocations de Charles d’Orléans, Alphonse de Lamartine, Henri de Régnier, Mallarmé, Francis Jammes, Laurent Tailhade, Paul Valéry, d’autres, dont nous assurons, modestement et sans aucune prétention, la succession.


61

 

 

 

 

Parmi les poèmes :

 

 

 Reflets de la solitude

 

 

 Rocher de solitude – ô mon pays de neige –
Minuscule royaume où je règne si peu,
Où l’âme tourne au gris, où le cœur vire au bleu,
D’où vient l’illusion que toi seul me protèges ?

Je connais bien pourtant les écueils de ton piège :
Se noyer en soi-même et ne plus prendre feu ;
Quand tu pèses ton poids des mille nœuds du je
D’où vient l’illusion qu’à la fois l’air s’allège ?

Solitude, qui es la paix et le tourment,
Et l’enclos dans lequel on vit plus librement,
Répares-tu le cœur autant que tu l’abîmes ?

Ô récif de silence où l’on revient toujours,
Tu es le sort fatal qui conclut nos amours,
Mais aussi le jardin du rêve et de l’intime.

 

Marie-Anne Bruch

 

 *

 

Chaque matin
Je m’habille
D’un sourire
Parce que
Ça me va
Bien

 

*

 

Je cafouille
Je bafouille
Je bredouille
Je suis
Tout simplement
Vivante

 

*

 

J’ai le cœur
Tam-tam
Incantation
Chamanique
Pour
Adoucir
Les jours

 

*

 

Je me bricole
Une
Démarche
Légère
Plume d’oie
Sauvage

 

Évelyne Charasse

 

 *

 

Le miroir des douleurs

 

 

Un poème est, pendant sa vie,
Le parfait miroir des douleurs :
Dans l'imprimante, il grince, il crie,
Semblant prévoir tous ses malheurs,
Car un flot pressé de censeurs,
Alors qu'il tente de paraître,
Décourage les amateurs
De l'acheter sans le connaître!
Un épicier qui s'en rend maître,
À la fin, pour comble de maux,
Lui fait bien regretter de naître,
Car il en couvre ses vieux pots...
Et c'est ainsi, messieurs, mesdames,
Qu'un poème est souvent mort-né
Sans avoir dévoilé son âme :
Il n'est plus, sans avoir été !


Daniel Ancelet

 

 

*

 

 

Le Temps jadis, le Temps perdu

 

 

J’écris pour que le Temps qui passe
n’efface pas mes repentirs,
Que, linéaire dans l’espace,
il ne fuie pas sans plus finir.
J’écris pour laisser une trace
dans l’océan des souvenirs.
J’écris pour garder une place
à cet instant qui voulait fuir.

Par les mystères fasciné,
j’écris pour chercher l’origine
de ce Temps qui n’est jamais né,
de ce moment qui nous chagrine
où nos rêves assassinés
connurent que le Temps les ruine
et que rien n’est prédestiné.
J’écris pour ceux qui imaginent

qu’il existait depuis toujours,
ce Temps qui tourne dans nos têtes.
J’écris pour l’Eternel Retour,
dans ma cage et comme une bête,
pour que la roue du Temps complète
ce cycle sans issue et pour
que renaissent enfin les fêtes
du Temps perdu de nos amours.

J’écris pour que le Temps répète
de son manège encore un tour.
Je prie pour que le Temps s’arrête.
Je crie du Temps qu’il est trop court.

 

Chaunes (les temps qui courent)

 

 

 *

 

 L’adieu du régisseur

 

 

La représentation s’achève,
Il n’en reste pas plus qu’un rêve,
Une vapeur, un songe, un rien…
Mais vous avez été très bien :
Vous avez tenu votre rôle,
Tantôt émouvant, tantôt drôle,
Les spectateurs étaient contents,
Cela se sent, cela s’entend
À leurs longs silences complices,
À la façon qu’ils applaudissent.
J’ai même perçu, très discret,
Au fond, comme un sanglot secret.
Et maintenant, j’éteins les lampes,
La salle, la herse, la rampe.
Adieu. Le noir est absolu.
Pour l’atteindre, il vous a fallu
Mener le spectacle à son terme.
La pièce est terminée. On ferme.

 

Jacques Charpentreau

 

*

 

Le Dantec

 

**********

 

Gazette rimée

 

Triolets de l’hiver

 

 Malédiction

 

Hiver, vous n’êtes qu’un vilain !
Vous nous flanquez rhumes et grippes,
Cataplasmes d’huile de lin,
Sirops pour faire gagner plein
Aux pharmaciens de fifrelins…
Que malencontre vous agrippe !
Hiver, vous n’êtes qu’un vilain
Qui nous flanquez rhumes et grippes.

 

*

 Souhait

 

« Demain, on rasera gratis
À Paris, à Strasbourg, à Tarbes,
L’hiver aura son oasis
Et la neige ses myosotis ».
Ceux qui le croient verront leur fils
Orné d’une superbe barbe
Avant qu’on le rase gratis
À Pétaouchnock ou à Tarbes.

 

*

 Renouveau

 

Et voici la nouvelle année
Ramenant ses anciens guignols,
Cabotins de vieilles tournées,
Rassis de la nouvelle année.
Souverains de nos destinées,
Nos politiciens tartignols
Nous souhaitent la bonne année
À la télé des vieux guignols.

 

*

 Pélerins

 

– Que faites-vous en ces temps froids ?
– Je vais revoir ma Hollandie,
Veste à l’envers, veste à l’endroit,
Medef-Pôle emploi, c’est tout droit,
Poursuivons le chemin de croix.
J’ai faim, j’ai soif et je mendie.
C’est ce que je fais aux temps froids
En parcourant ma Hollandie.

 

*

 Au gui l’an neuf !

 

C’est le froid, la neige, l’hiver !
On attend que le printemps vienne.
Au fond du sillon, recouvert
Par le froid, la neige, l’hiver,
La graine rêve au printemps vert.
Et dans notre Maison ancienne,
Nous écrirons de nouveaux vers
Pour que notre printemps revienne !

 

Silvius

 

                                   

 

 

 Parmi les articles (extraits)


 

LES LAURIERS NE SONT PAS TOUS COUPÉS

 

 L’honneur sans plus du vert laurier m’agrée

 Pierre de Ronsard.

Odes. III, 18. À Charles de Pisseleu.

 

 

     TOUS LES POÈTES SONT MORTS, C’EST BIEN CONNU. Cette croyance prend sa source là où l’on peut encore rencontrer des poèmes, à l’école – et elle continue ensuite son cours parmi les anciens écoliers, c’est-à-dire tous les adultes qui ne rencontrent plus jamais de poètes dans leur vie, ni dans leurs journaux, ni à la radio, ni sur les écrans de leur télévision. Ils « finissent par croire que la race des poètes est éteinte », comme celle des meuniers pour les lapins du Moulin d’Alphonse Daudet.
      Il est même arrivé à certains poètes de notre Fondation de découvrir eux-mêmes par quelque écho d’Internet qu’ils étaient décédés, à leur grande surprise et avec un peu d’orgueil, car c’est une petite forme de gloire, pré-posthume, certes, mais tout de même… (…)
      Cette bizarre situation pouvait s’expliquer jadis quand l’enseignement ne présentait aux élèves que les œuvres de poètes en quelque sorte reconnus par le temps, au bout de plusieurs générations et après de sérieux contrôles accordant le label « poète officiel » aux meilleurs écrivains du passé. Ce n’est plus tout à fait le cas aujourd’hui.
      La reconnaissance pouvait d’ailleurs subir jadis de longues éclipses. Ronsard et ses amis de la Pléiade avaient obtenu de bons succès de cour au XVIe siècle avant d’être méprisés, combattus au siècle suivant, notamment par Boileau (« Ronsard […] brouilla tout »), puis oubliés – enfin redécouverts et réhabilités par Sainte-Beuve au milieu du XIXe siècle, jusqu’à retrouver leur place au XX: « Mignonne allons voir si la rose… » suscitant « Si tu t’imagines… » de Raymond Queneau.
       Après tout, passer pour mort au moment où l’on commence à couper les lauriers du poète, c’est peut-être un signe de réussite, la preuve d’un passage au classicisme.  (…)
      Certains poètes ont obtenu un succès immédiat et foudroyant (Lamartine, Hugo, Prévert), mais c’est plutôt rare, car, ainsi que le remarquait Paul Valéry, on ne peut pas « forcer » une poésie comme on le faisait déjà de son temps pour des plantes de serre. C’est ainsi que René Guy Cadou mourut en 1951 avant la publication de son recueil essentiel, Hélène ou le règne végétal et qu’il fallut ensuite une cinquantaine d’années pour voir sa poésie s’installer au premier rang de celles du XXe siècle.
      Nous en avons actuellement un autre exemple, celui de Jean-Claude Pirotte, dont la mort récente, le 24 mai 2014, s’est accompagnée de la publication de plusieurs recueils. Sa valeur avait été un peu trop tardivement reconnue, d’abord par les poètes eux-mêmes qui lui avaient décerné plusieurs Prix (la Maison de Poésie qui lui avait donné son Grand Prix en 2010), puis par l’édition et il est malheureusement décédé sans avoir eu l’ultime bonheur de feuilleter ses derniers livres.
      Quelle que soit la qualité littéraire de notre poésie contemporaine, sa situation est difficile car elle n’est que rarement reconnue, et quand elle l’est c’est souvent grâce à des circonstances qui lui sont plus ou moins étrangères. Ainsi la poésie de Michel Houellebecq qui bénéficie d’une notoriété acquise par d’autres moyens, par le roman, par le cinéma, par un certain renom de scandale, alors qu’elle a ses propres valeurs que nous entendons bien reconnaître.

 

 

LES BARRAGES CONTRE LA POÉSIE

 

 

     Plusieurs barrages contiennent la poésie contemporaine dans de strictes limites qu’elle ne parvient pas à franchir, obligée de se cloîtrer dans un tout petit domaine.
      Le premier de ces barrages est celui de la main mise, une véritable annexion, de quelques universitaires sur tout un secteur de la poésie, celui du sérieux, de l’étude, de l’imprimatur des intellectuels. Un certain nombre de « philosophes » en sont les maîtres (les petits-maîtres). (…)
      Nous constatons que dans tout ce beau monde, il n’y a pas, pour notre goût de poètes, de nouveau Bachelard. Et comme beaucoup d’entre eux s’essayent à l’écriture, de Michel Deguy à Philippe Beck, nous constatons qu’il n’y a pas beaucoup de poètes non plus. Ce ne serait pas grave s’ils ne prétendaient pas régenter la poésie. (…)
     Un autre barrage s’oppose à la poésie, encore plus formidable que le précédent, c’est celui du silence et du vide. La poésie n’existe pas dans nos vies.
      Que nous le voulions ou non, nous vivons dans une société des tréteaux de la foire médiatique. (…)
      Les hommes du pouvoir (et les femmes, donc ! elles ne sont pas en reste !) sont dehors à tous vents, des vedettes dans une agitation et représentation permanentes, toujours au travail du spectacle, sautant d’ici à là, utilisant le moindre incident, la plus petite inauguration, le plus minuscule rassemblement pour se faire voir, admirer, encenser, toujours devant des forêts de micros, des floraisons de caméras, des bousculades de journalistes recueillant pieusement leurs déclarations et jusqu’à leurs soupirs d’alcôve.
      C’est l’image qui gouverne.
      La peinture, la musique, la sculpture, la gravure, l’architecture, la danse, tous les arts ont quelque chose à montrer, des concerts, des orchestres, des tableaux, des statues, des monuments, des foules rassemblées devant des œuvres, des spectacles, des expositions, des événements... Le comble de l’art visible, le vrai, le grand art, c’est désormais la manifestation sportive entourée sur les gradins du stade-cathédrale par des milliers de dévots. La poésie n’a rien à montrer, on ne rassemble pas les foules autour d’un chiffon de papier. Elle n’est pas un art de l’image, mais de la voix. La radio aurait pu jouer un rôle incomparable, avec sa propre puissance, celle d’une voix « invisible », en quelque sorte dans le noir. Elle ne l’a pas fait, et voilà qu’elle se renie elle-même, la moindre station radiophonique renvoyant aujourd’hui systématiquement à son « site » où elle donne désormais à voir ses bavardeurs en leurs débats.
      Alors, la poésie… Puisqu’elle n’est pas représentée par un pipole à la mode, elle N’existe littéralement PAS. (…)
      Enfin, soyons provocateurs, puisque c’est la mode, évoquons le troisième barrage, celui de la diffusion exponentielle d’une poésie bredouillante, celle que permettent les facilités accrues d’une fabrication de recueils à des prix raisonnables.
      On pouvait reprocher à l’édition traditionnelle sa prudence excessive, son souci (d’ailleurs parfaitement légitime) de rentabilité, son refus de « miser » sur un jeune poète plein de talent mais inconnu, etc. Du moins effectuait-elle un tri indispensable, même s’il n’était pas toujours juste, même si les impératifs financiers empêchaient des publications qui auraient dû être tentées. On sait que les poètes, y compris les plus grands, ont toujours souffert de cette situation. A-t-on assez répété que Verlaine n’avait jamais publié qu’à compte d’auteur ! Presque. Sauf à la fin de sa vie. Trop tard, comme toujours. En tout cas, ce premier tri n’est plus nécessaire, chacun peut s’éditer sans contrôle extérieur. Mais où sont les tamis d’antan ? (…)
      Que faire ? C’est une bonne question dont nous n’avons pas la réponse – ou plutôt les réponses, car il s’agit sans doute de nous défendre sur plusieurs fronts. Bien entendu, nous sommes condamnés à laisser aussi bien les filopoëtes élucubrer que les pipoles se pavaner en dehors de toute poésie.
      Et nous aurons toujours indulgence et sympathie pour les tentatives individuelles d’auto-poètes voulant accéder à l’écrit sur papier ou à la pseudo-universalité de l’infinitude des écrans que personne ne regarde (oui, nous exagérons un peu) – même si nous essayons de ne publier ici que des poèmes d’une qualité littéraire indiscutable. « Sous peine de mort poétique, dit notre loi, ayez du talent, et même… un peu plus », demandait Paul Valéry dans Conferencia en 1937.
      Nous croyons toujours à l’école, seul lieu où la poésie reste vivante tous les jours pour tout le monde, par la voix, l’esprit, l’âme, le cœur du peuple-enfant, quelles que soient les carences actuelles du système (justement parce qu’il est un « système »). Poésie de toujours, poésie d’aujourd’hui, les poètes de demain sont là, et ils se préparent (le savent-ils ?) à rejoindre la cohorte indistincte de ceux qui ont été un jour frappés par les mots, les rythmes, les sons, la puissance des images sur leur sensibilité, et qui disent à leur tour « et moi aussi je suis poète », continuant à faire vivre cet « honneur des hommes », qu’évoquaient Paul Valéry et sa Pythie.
      Nous aussi, nous continuons à maintenir ce « saint langage », à notre place dans le temps, conservant pour tous la poésie, cette « fille de la mémoire » que nous avons, comme d’autres, la charge de maintenir vivante, sous des aspects divers, en essayant de ne publier que des poèmes de grande qualité littéraire. Nous le continuons avec vous, poètes et amateurs de poésie, dont l’aide nous est plus que jamais nécessaire.
      Nous irons encore au bois couper les lauriers de la poésie, pour Ronsard hier, pour Houellebecq ou Pirotte aujourd’hui, pour le jeune poète encore inconnu qui va se révéler et que nous espérons chaque jour découvrir dans notre courrier, afin « [d’orner] son front d’un Laurier verdissant », comme le disait le Prince des Poètes il y a déjà quelques années.
      La poésie est aussi une attente.

Le Coin de table

 

*

 

Poésie

 

L'honneur sans plus du vert Laurier m'agrée.
Par lui je hais le vulgaire odieux;
Voilà pourquoi Euterpe la sacrée
M'a de mortel fait compagnon des Dieux.
La belle m'aime, et par ses bois m'amuse,
Me tient, m'embrasse et, quand je veux sonner,
De m'accorder ses flûtes ne refuse,
Ni de m'apprendre à bien les entonner.
Dès mon enfance, en l'eau de ses fontaines
Pour Prêtre sien me plongea de sa main,
Me faisant part du haut honneur d'Athènes
Et du savoir de l'antique Romain.


Pierre de Ronsard, Odes. 1550.

 

*

Honneur des Hommes, Saint LANGAGE,
Discours prophétique et paré,
Belles chaînes en qui s’engage
Le dieu dans sa chair égaré,
Illumination, largesse !
Voici parler une sagesse
Et sonner cette auguste Voix
Qui se connaît quand elle sonne
N’être plus la voix de personne
Tant que des ondes et des bois !

Paul Valéry, Charmes. 1922.

 

*

un poème d’après-midi
dans une atmosphère immobile
on dirait presque un paradis
si le temps n’était pas mobile

 

                                    Jean-Claude Pirotte, À Saint-Léger suis réfugié. 2014.

 

                                  

 

MICHEL HOUELLEBECQ,

 

L’AUDACE D’UN POÈTE

 

« Ô Soleil ! toi sans qui les choses
Ne seraient que ce qu’elles sont »

 Edmond Rostand, Chantecler, 1910.

 

     Le récent recueil de Michel Houellebecq, Non réconcilié, permet de rencontrer un écrivain particulièrement tenace et audacieux, en dehors des modes et des complaisances. Il a osé et il persévère.
      Il a d’abord osé être un poète. L’excellente et minutieuse préface (à lire, pour une fois…) d’Agathe Novak-Lechevalier rappelle qu’il a commencé sa carrière d’écrivain, si brillante aujourd’hui, par des recueils de poèmes, La Poursuite du bonheur (1991), Le Sens du combat (1996), avant de publier ses romans qui l’ont rendu célèbre, à partir de l’Extension du domaine de la lutte (1994) et des Particules élémentaires (1998).
      Cet écrivain si sensible à notre temps, tellement « moderne », a osé écrire en vers, ne se contentant pas de superposer des lignes, mais utilisant notre versification la plus classique, la plus connue – quitte à la tordre à l’occasion (et ne se privant pas d’écrire aussi des « vers libres » si la poésie lui vient ainsi), avec des mètres et des rimes.
      Il a osé parler de nos vies quotidiennes, de nos misères, celles de la société, et des siennes, des nôtres, de tout. Il a osé écrire, par exemple : « Mon père était un con solitaire et barbare (…) / Il m’a toujours traité comme un rat qu’on pourchasse » (p. 52). Ce poème de quatre quatrains est souvent cité, mais c’est bien la même révolte, et certainement la même souffrance, qui s’entendent partout. Il est ici publié sans son titre primitif – qui était celui repris par ce recueil. 
      Houellebecq ose dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas, mais n’arrivent pas souvent à exprimer.
      Il ose dire ce que sont réellement les choses sans ce soleil flatteur de Chantecler, c’est-à-dire sans la Poésie habituelle.

 

IRRÉCONCILIABLE

 

 

     Le sous-titre de ce recueil, « Anthologie personnelle 1991-2003 », indique que les poèmes retenus et ainsi réorganisés lui tiennent à cœur – et le titre est sans équivoque : la révolte et le refus de toute soumission constituent les thèmes essentiels de cette poésie qui manifeste la décadence de notre société, celle de « la grande distribution et [des] parcours urbains » ;  (p. 53). C’est à notre propre mort que nous assistons, en suivant celle de notre civilisation dont il sent s’éteindre « les dernières années » (id.).

 …

Bientôt mes dents vont tomber aussi.
Le pire est encore à venir :
Je marche vers la glace, lentement je m’essuie ;
Je vois le soir tomber et le monde mourir.
(p. 87)

 

*

 


La civilisation n’était plus qu’une ruine ;
Cela, nous le savions.
(p. 205)

 

     Michel Houellebecq ne se contente pas de témoigner en poète ; il dénonce : « La société pourrit, se décompose en sectes » (p. 38), mais sans aucune grandiloquence, il lui suffit de montrer les situations.

 

Chômage

 


Oh ! ces après-midi, revenant du chômage
Repensant au loyer, méditation morose
On a beau ne pas vivre, on prend quand même de l’âge
Et rien ne change à rien, ni l’été, ni les choses.

Au bout de quelques mois on passe en fin de droits
Et l’automne revient, lent comme une gangrène ;
L’argent devient la seule idée, la seule loi,
On est vraiment tout seul. Et on traîne, et on traîne…

(p. 39)

 

     Il a donc osé le prosaïsme, qui est si difficile à maîtriser pour un poète. Seuls les meilleurs parviennent à maintenir l’émotion dans des limites « décentes » pour ne pas engloutir la sensibilité dans la sensiblerie. On pense à François Coppée, dont le ridicule a si souvent et si facilement été parodié (par Verlaine et Rimbaud, en particulier). Houellebecq frôle ce précipice, mais il n’y tombe pas, grâce à sa lucidité (sur lui-même, notamment) et il s’en défend aussi par une dérision qui ne l’épargne pas non plus.     
     Son prosaïsme, c’est d’abord la fréquentation des lieux qui sont les nôtres, les super-marchés plus que les musées, les hôpitaux plus que les Sorbonnes, la consommation et la télévision plus que les livres ou les opéras. Très significativement, son recueil s’ouvre sur un de ses plus célèbres poèmes de notre quotidienneté. On peut se demander, notons-le au passage, quel âge à ce Michel-là, pleurant au deuxième vers, avec une apostrophe inhabituelle, un consommateur déjà « un peu en marge », comme le remarque le dernier vers du poème. Mais où est-il vraiment à « sa » place ? Et nous ?

 

Hypermarché – Novembre

 

D’abord j’ai trébuché dans un congélateur,
J’me suis mis à pleurer et j’avais un peu peur
Quelqu’un a grommelé que je cassais l’ambiance
Pour avoir l’air normal j’ai repris mon avance.

Des banlieusards sapés et au regard brutal
Se croisaient lentement près des eaux minérales ;
Une rumeur de cirque et de demi-débauche
Montait des rayonnages. Ma démarche était gauche.

(p. 37)

 

     Nous errons donc avec lui (ou l’inverse, n’est-ce pas lui qui nous accompagne ?) « au milieu des fours micro-ondes (…) / dans l’hyper-marché Continent (…) / séduit par les conditionnements » (p. 42), avant de regagner notre prison.

 

 (……………..)

 

UNE ÉMOTION SANS LYRISME

 

     Dans un long texte en prose, au milieu du recueil, Loin du bonheur (p. 100), l’auteur écrit : « Tout ce qui n’est pas purement affectif devient insignifiant. Adieux à la raison. Plus de tête. Plus qu’un cœur ». On ne sait pas très bien ce qu’est le lyrisme, mais on sait ce qu’est l’émotion. De l’une à l’autre, Michel Houellebecq nous entraîne sans pathos. Une écriture apparemment plate, ne serait-elle pas, secrètement, riche d’un curieux lyrisme, puisqu’il semble ne jamais s’envoler, ni dans l’émotion contenue, ni dans l’expression toujours maîtrisée ?
      C’est sans attendrissement apparent qu’il nous montre une société impitoyable aux pauvres, aux fragiles, aux rejetés – en fait à tout le monde. Ses « héros », ce sont les chômeurs, les retraités, les vieilles dames, les mongoliens, les clochards, les « gens semi-gazeux » du métro, les « vieux de HLM », les exploités, tous « les autres », dont nous sommes, dans cet anonymat terrible de la solitude dans la promiscuité comme dans l’illusion quotidienne. Houellebecq est un poète « réaliste ».
      Il y a beaucoup de pitié dans cette vision apparemment si froide, si détachée, si « scientifique », comme celle d’un entomologiste examinant ses sujets transformés en matériaux. En fait, elle refuse, elle refoule l’expression habituelle d’une émotion sollicitée par l’attendrissement à bon compte. Ici, la vision est dure, impitoyable pour nous puisque nous le sommes pour tous ceux que notre société abandonne, pire, condamne à une déshumanisation qu’on ne peut ni montrer ni rendre sensible par les afféteries conventionnelles du langage « poétique » qui visent à rendre acceptable ce qui ne l’est pas, à satisfaire « le bon goût » pour mieux aseptiser les consciences. Michel Houellebecq appuie justement où nous devons avoir mal. Les choses sont ce qu’elles sont. Les êtres ce qu’ils sont. Sans soleil. Sans la « poésie » de la tradition. Sans charme.

 


La petite vaisselle des vieux célibataires
Les couverts ébréchés de la veuve de guerre
Mon Dieu ! Et les mouchoirs des vieilles demoiselles
L’intérieur des armoires, que la vie est cruelle !

(p. 50)

 

 

…………………………………..............................................

(Article complet à lire dans le n° 61 du Coin de table)

 

 

 Les immatériaux

 

 

La présence subtile, interstitielle de Dieu
A disparu
Nous flottons maintenant dans un espace désert
Et nos corps sont à nu.

Flottant dans la froideur d’un parking de banlieue
En face du centre commercial
Nous orientons nos torses par des mouvements souples
Vers les couples du samedi matin
Chargés d’enfants, chargés d’efforts,
Et leurs enfants se disputent en hurlant des images de Goldorak.

 

Michel Houellebecq

 

                                  


 

 MATHILDE MARTINEAU

 

 

 CHARLES D’ORLÉANS 

 

 « ÉCOLIER DE LA MÉLANCOLIE »

 

 

 

      Charles d’Orléans (1394-1465), le Prince-Poète, eut un triste destin. Il s’est nommé lui-même « écolier de la Mélancolie ». Son œuvre est abondante, de ses premiers vers à ses poèmes en anglais, en passant par ses ballades, ses complaintes, ses chansons, ses caroles, ses rondeaux, ses dits, ses écrits en français ou en latin, elle ne se limite pas au rondeau bien connu :

 

 

 

Hiver, vous n’êtes qu’un vilain !
Été est  plaisant et gentil
En témoin de mai et d’Avril
(…)
Rondeau 37

 

 

 

     Toutefois, ce n’est pas tant par le nombre de ses vers qu’il est poète mais par le ton nouveau qu’il leur donne, comme l’écrivait Robert Sabatier  : « On ne peut imaginer son absence ».
      Pourtant son époque l’oublia, il fut redécouvert au dix-huitième siècle et il fallut attendre le dix-neuvième siècle pour trouver, en édition, quelques-unes de ses œuvres. La redécouverte du Moyen Âge et l’engouement pour le style troubadour le servirent. L’école parnassienne lui rendit hommage, en particulier Banville mais aussi Hugo, Verlaine, etc. Rimbaud, alors élève au lycée de Charleville, ne l’ignore pas comme le prouve son devoir-pastiche Lettre de Charles d’Orléans à Louis XI pour solliciter la grâce de Villon menacé par la potence.
      Au vingtième siècle, beaucoup de ces poèmes furent mis en musique par Debussy, Poulenc, Milhaud et aujourd’hui Laurent Voulzy le chante. En 2015, nous commémorons le cinq-cent-cinquantième anniversaire de sa mort, survenue en janvier 1465 à Amboise, et cet événement permet de rendre hommage au poète qui amena, à la fin du quatorzième siècle, le Nonchaloir et la Mélancolie en poésie.

 

 

 

 Mais Nonchaloir, mon médecin,
M’est venu le pouce taster,
Qui m’a conseillé reposer
Et rendormir sur mon coussin
À ce jour de Saint Valentin.

 

Rondel 50

 

 

 

 PRINCE ET POÈTE

 

 

      Charles d’Orléans appartient à la branche des Valois. Son père Louis, duc d’Orléans, est le frère cadet du roi, sa mère Valentine Visconti, la fille du duc de Milan et d’Isabelle de France.
      Charles d’Orléans passa son enfance dans une cour raffinée où les troubadours et les trouvères chantaient l’amour courtois. Ses parents étaient des lettrés, protecteurs des arts. Ils recevaient de nombreux poètes dont Eustache Deschamps et Christine de Pizan. L’invention de multiples formes à refrains fit évoluer la langue poétique de l’époque, et ces poètes firent une distinction entre musique et poésie. Mais plusieurs événements vinrent bouleverser cette tranquillité.
      Son père, Louis d’Orléans, fut assassiné en 1407, sur ordre de Jean sans Peur, duc de Bourgogne. Sa mère mourut en 1408, et sa jeune femme, Isabelle de France en 1409. Son remariage, l’année suivante avec la fille du comte Bernard VII d’Armagnac, scella des alliances politiques et il reprit la lutte contre Henry V d’Angleterre.
      Son engagement militaire et les charges qu’il dut assumer le détournèrent de ses goûts véritables. Engagé dans la guerre de cent ans, il fut fait prisonnier à la bataille d’Azincourt en 1415, il avait vingt et un ans.
      Il resta captif en Angleterre pendant une période exceptionnelle, vingt-cinq ans, et, durant cet exil, il composa la première partie de son œuvre. Des tractations se poursuivirent pour sa libération contre rançon, et Charles d’Orléans passa quelque temps à Douvres d’où il pouvait apercevoir les côtes françaises si proches et si lointaines à la fois.

 

 

 En regardant vers le pays de France,
Un jour m'advint, à Douvres sur la mer,
Qu'il me souvint de la douce plaisance
Que souloye au dit pays trouver ;
Si commençai de cœur à soupirer,
Combien certes que grand bien me faisait
De voir France que mon cœur aimer doit.
(…)
Ballade 75

 

 

      La tonalité élégiaque de cette ballade, exprime le sentiment du poète, le regret de se trouver en exil, mais aussi l’espérance qu’une paix prochaine permettrait sa délivrance. Il écrivit pendant sa captivité un ensemble d’environ 123 ballades dont celle inspirée, dit-on, par la mort de son épouse, Bonne d’Armagnac qui décéda en 1435 à Castelnau de Montmiral (Tarn), seigneurie de sa famille.

 

Las ! Mort qui t’a fait si hardie
De prendre la noble Princesse
Qui était mon confort, ma vie,
Mon bien, mon plaisir, ma richesse !
Puisque tu as pris ma maîtresse,
Prends-moi aussi son serviteur,
Car j’aime mieux prochainement
Mourir que languir en tourment,
En peine, souci et douleur !

Las ! Je suis seul, sans compagnie !
Adieu ma dame, ma liesse !
Or est notre amour départie,
Non pourtant, je vous fais promesse
Que de prières, à largesse,
Orte vous servira de cœur,
Sans oublier aucunement ;
Et vous regretterai souvent
En peine, souci et douleur.

Ballade 57

 

 ………………………...................................

 

 

 LIBRE !

 

 

     Philippe le Bon, duc de Bourgogne, régla sa rançon princière et Charles d’Orléans fut libéré en 1440, à quarante-six ans. À cette occasion, Philippe Le Bon offrit à Charles d’Orléans la Toison d’or, ordre qu’il avait créé à Bruges en 1430 tandis que Charles d’Orléans lui offrait l’ordre du Camail, dit aussi ordre du Porc-Épic.

 


Charles d'Orléans

 

CHARLES D'ORLÉANS

en habits de la Toison d'or

 

 

      Son troisième mariage, célébré dès sa libération, avec Marie de Clèves (quatorze ans), petite-fille de Jean sans Peur et nièce de Philippe le Bon, mit fin à la guerre civile entre les Armagnacs et les Bourguignons ; cette alliance entre la maison d’Orléans et la maison de Bourgogne, ne fit pas, toutefois, cesser la guerre de cent ans qui ne se termina qu’en 1453.

 

……………………......................................

 

 

 « JE MEURS DE SOIF AUPRÈS DE LA FONTAINE »

 

 

      Vers 1450, Charles d’Orléans résida, avec son épouse, au château de Blois. Il recréa le modèle courtois qui lui avait été transmis par ses parents. Marie de Clèves qui avait été élevée à la cour princière de son oncle, Philippe Le Bon, était également sensible aux arts et aux Lettres. Elle retrouvait à Blois ce climat, sans toutefois le faste connu à la cour de son oncle. Ils tinrent cependant leur rôle de mécènes en invitant de nombreux poètes dont ils furent appréciés. François Villon séjourna dans leur château et participa à des « puys»  ou joutes poétiques restés célèbres. Il s’agissait de composer une ballade ou un rondeau en continuant le vers de Charles d’Orléans, « Je meurs de soif auprès de la fontaine ». Les meilleurs textes étaient ensuite réunis, et formaient une anthologie consultable, François Villon y figure.

 

……………………………….......................

 

      Cette anthologie manuscrite est conservée à la Bibliothèque Nationale. Le goût de Marie de Clèves pour les livres est connu, Jean Fouquet enlumina son livre d’heures, elle fit réaliser plusieurs ouvrages dont une copie des poésies de Charles d’Orléans. Leur bibliothèque était considérable et variée, elle témoigne de l’importance qu’ils attachaient à l’écrit.

 

 ………………………………....................

 

 

 

 LE DERNIER TROUVÈRE

 

 

      Charles d’Orléans ne cessa d’écrire et l’on peut rapprocher son œuvre du journal intime. Il équilibre délicatement ses poèmes autour de la fuite du temps, de la nature, de la nostalgie, des regrets et il note l’instant.
      Le rondeau, n’en déplaise à Boileau, devint sa forme fixe favorite. On en connaît la structure classique, treize vers de trois strophes, un quintil, un tercet, un quintil ; le dernier vers des dernières strophes est le refrain, il reprend le tout premier hémistiche ; l’ensemble est composé sur deux rimes, une féminine et une masculine. L’explorant sans cesse, le poète en écrivit plus de quatre cents, en leur donnant parfois douze ou quinze vers. Il trouve sa liberté dans cette contrainte et mène le genre à son apogée. En effet, c’est dans ce genre qu’il se détache du Roman de la Rose, il quitte le domaine courtois du paraître et devient plus personnel, ses émotions, bien que retenues, sont les nôtres. La spontanéité de son écriture n’est qu’une apparence. Charles d’Orléans choisit ses mots, ses rimes, ses images, économise ses effets en poète qui rejette la poésie bavarde pour se tourner vers la poésie réflexive qui convient à son tempérament. On retrouve dans son œuvre la légèreté, et l’élégance des enluminures unies à la fragilité de la vie. C’est bien la Mélancolie que nous chante Charles d’Orléans, tout un monde et une langue qu’il nous offre par delà le temps.

 

 

Loué soit celui qui trouva
la manière d’écrire.
En ce grand confort ordonna
Pour amants qui sont en martyre

Ballade 21  

 

                                  

     On a souvent fait remarquer que ce fils de roi, frère de roi et père de roi ne régna pas. Juridiquement, certes. Mais il régna à sa façon sur notre poésie, ce seigneur raffiné partageant à jamais son règne poétique avec un « mauvais garçon » aussi poète que lui : François Villon.

 

 Mathilde Martineau

 

 (Article complet dans Le Coin de table, n° 61).

 

 

 

*

 

 Le temps a laissé son manteau
De vent, de froidure et de pluie,
Et s’est vêtu de broderie,
De soleil luisant, clair et beau.

 

Il n’y a bête ni oiseau
Qu’en son jargon ne chante ou crie :
Le temps a laissé son manteau !

Rivière, fontaine et ruisseau
Portent, en livrée jolie,
Gouttes d’argent d’orfèvrerie,
Chacun s’habille de nouveau :
Le temps a laissé son manteau.

Rondeau 103

 

                                   

 

 

CORRESPONDANCE D’ALPHONSE DE LAMARTINE

 

 LETTRES À VALENTINE DE CESSIAT (1841-1854)

 

 

 

      La récente publication de cette correspondance nous apporte de précieuses indications sur divers aspects d’Alphonse de Lamartine, chef de famille, homme politique, et poète. En 1841, date de la première de ces 213 lettres, Lamartine a cinquante et un ans. Valentine est sa nièce, l’une des cinq filles de sa sœur Cécile de Cessiat, veuve en 1828, qui a aussi un fils, Emmanuel. Née en 1821, Valentine avait alors vingt ans. C’était la nièce préférée de Lamartine, une « jeune fille sérieuse et raisonnable, très pieuse et un peu solitaire, qui avait assurément des qualités d’esprit et de sensibilité », comme le remarque Christian Croisille dans son excellente introduction.
      On a conservé (et donc publié ici) très peu de lettres de Valentine, et l’essentiel du recueil est constitué par les lettres de Lamartine. Elles sont souvent destinées à toute la famille de Cécile (qui est revenue à Mâcon après le décès de son mari), parfois seulement à Valentine, en partie ou totalement. On sait que Julia, fille unique de Marianne et Alphonse de Lamartine, était morte en 1832 ; Valentine en prit la place dans le cœur de son oncle, et les sentiments entre eux sont très forts, de la part d’un poète ayant besoin d’affection et de la part d’une jeune fille entièrement dévouée, exaltée même – et peut-être y trouve-t-on un mysticisme proche de l’amour, mais on aurait tort de s’imaginer autre chose malgré des bruits d’un mariage religieux secret en 1867 dont n’existe aucune preuve. Ce qui est avéré, c’est qu’avant la mort de Lamartine (28 février 1869), « un décret impérial du 31 août 1868 a autorisé Valentine de Cessiat à porter le nom de comtesse Valentine de Lamartine ». On peut voir dans certaines de ces lettres que l’effusion lyrique du romantisme ne s’affirmait pas seulement dans les vers.
      Ce qui est aussi certain et évident ici, c’est qu’elle a été la confidente intime de son oncle, sa secrétaire, sa liaison avec la famille, son intendante, sa représentante à Saint-Point, particulièrement dans des moments très difficiles, ceux de la ruine financière de Lamartine qui le condamna à un travail d’écriture considérable. Cette ruine a eu plusieurs causes, en particulier les sommes qu’il devait verser à sa famille pour conserver intact (à son profit) l’héritage familial, les dettes qu’il avait dû contracter pour tenir son rang, payer ses voyages, assurer ses plaisirs (l’équitation par exemple), alors que ses revenus agricoles étaient insuffisants – sans oublier que la révolution de 1848 avait aussi accablé ses finances en supprimant certains de ses revenus.
      On suit ici les péripéties de sa vie politique, de sa montée vers le pouvoir, de son triomphe en février 1848, des efforts de ce noble pour établir la République, de ce fervent catholique pour réclamer la séparation de l’Église et de l’État, luttant contre deux fronts, d’une part la monarchie (même si elle n’était plus absolue ni « légitime » depuis l’avènement de Louis-Philippe) et d’autre part le désordre entraîné par l’irruption des masses populaires – et c’est ce qui lui fit perdre en juin son immense popularité acquise en février : le prophète était devenu un paria.

 

 …………………............................................................

 

Lamartine

 

 27 février 1848

 

                         Ma chère Valentine,

 

     Je dérobe une minute à la patrie pour vous dire tendresse, souvenir, pensée de vous, même au milieu du feu et des balles, et de l’enthousiasme fanatique et double de la République que je fonde et de l’ordre que je sauve. Ah ! quels jours et quelles nuits je viens de passer, les pieds dans le sang, parlant à la lettre sur des corps morts, des milliers de piques, sabres, baïonnettes, fusils chargés sans cesse dirigés contre ma poitrine et roulant autour de ma tête. Des colonnes de peuple ivres et furieuses se succédant sans discontinuer, demandant Lamartine !, l’écoutant après d’horribles menaces, puis s’attendrissant, pleurant sur ses mains, lui arrachant ses habits (j’en ai perdu trois), puis devenant sages et doux comme des agneaux ou des lions domptés, et lui obéissant de proche en proche jusqu’à ce que d’autres colonnes furieuses viennent les remplacer, inonder les escaliers, les appartements, enfoncer les portes en criant : Lamartine, Lamartine seul ! sa tête, sa tête, sa tête ! puis la même scène de menaces et de tendresse. (…)

      Tous les partis, légitimistes, catholiques, républicains, banquiers, militaires, bourgeois, se rallient à moi comme à un seul parti. L’adoration universelle, l’enthousiasme au-delà de ce qu’il fut jamais pour un homme dans l’histoire. (…) La peine de mort supprimée par moi après cinq jours d’effort.

(…)

      Vous jugez bien qu’étant en ce moment le président par délégation de la République et le point d’action de l’Europe, du peuple, de l’armée, des honnêtes gens et des scélérats aussi, j’ai peu de minutes pour dormir, causer ou dîner. Je n’ai fait que deux repas en six jours et je n’ai dormi que six heures. Adieu mes enfants, adieu toute la famille et tout le pays. Aimez-moi comme je vous aime et priez Dieu encore et toujours.

 

         Lamartine

 

  …………………………...............................

             

 

      On sait combien la fin de la vie de Lamartine fut douloureuse. Il dut vendre son cher Milly en 1860. Cette correspondance s’arrête en 1854, parce que Lamartine et sa nièce n’eurent plus la nécessité de s’écrire car ils se voyaient soit dans la Mâconnais lors de longs séjours du poète, soit à Paris puisque Valentine passait ses hivers chez les Lamartine. Cependant, deux dernières lettres sont publiées à la suite, dont l’une, jusque là inédite, est particulièrement tendre. Le poète avait alors soixante-six ans, sa nièce trente-cinq ans ; elle ne s’était jamais mariée, malgré trois demandes qu’elle avait refusées.


     Ne t’attriste donc pas ainsi, ma chère Valentine bien-aimée, tu sais bien que je n’ai de joie et de douleur qu’en toi et à cause de toi. Le monde m’est si égal, si tu n’y étais pas, que tous mes soucis seraient à l’instant évanouis. Qu’est-ce que me fait la vie et les combinaisons d’existence si ce n’est en vue de ce que tu ferais après moi ? (…)
      Adieu, mon cher ange. Le temps et le malheur augmentent ma tendresse pour toi qui es ma consolation vivante et posthume. Tu ne mourras pas. Dieu ne le veut pas ; il te garde pour me fermer le cœur et les yeux. Adieu encore. Il n’y a pas de malheur complet quand on est plaint et aimé par la plus magnanime des amies et des filles. Que les bénédictions t’enveloppent ! tu les mérites toutes.

 

 L.

 12 janvier 1856. Monceau.

 

 

      Il vécut encore treize ans et mourut le 28 février 1869 sans voir la guerre de 1870 qui entraîna la chute de Napoléon III et le retour de la République. Sa femme était décédée en 1863. Valentine mourut en 1894. Elle fut inhumée près de son oncle dans le caveau familial de Saint-Point. Elle avait précisé : « Le caveau après moi sera clos et scellé ».
      Christian Croisille, incomparable connaisseur de Lamartine, commente avec tact et finesse l’ensemble de cette correspondance et il précise que Valentine avait conservé les lettres de son oncle ici publiées et les avait transmises à sa propre nièce Léontine de Belleroche. Il conclut : « Cette correspondance nous apporte beaucoup ; mais les non-dits et les ambiguïtés qu’elle comporte ne permettent pas de dissiper les ombres qui planent encore sur la relation exceptionnelle qui a uni Lamartine à celle qui fut sa nièce par le sang, sa fille par le cœur, son épouse peut-être, sa confidente, son inspiratrice, son « ange incarné » et beaucoup plus encore ».

 

 Madeleine Bouvet

 

- Correspondance d’Alphonse de Lamartine. Lettres à Valentine de Cessiat (1841-1854). Édition de Christian Croisille. Honoré Champion. Cartonné. 360 p. 80 €.

 

 ………………………………............................................

 

(Article complet dans Le Coin de table, n° 61).

 

 

 La vigne et la maison [Milly]

 

(extraits)

 

 

 

(…)
Que me fait le coteau, le toit, la vigne aride ?
Que me ferait le ciel, si le ciel était vide ?
Je ne vois en ces lieux que ceux qui n’y sont pas !
Pourquoi ramènes-tu mes regrets sur leur trace ?
Des bonheurs disparus se rappeler la place,
C’est rouvrir des cercueils pour revoir des trépas !
(…)



Alphonse de Lamartine. Psalmodies de l’âme. Cours familier de littérature, 15e entretien, 1857.

 

                                  


 

HENRI DE RÉGNIER ET FRANCIS JAMMES,

 

 

 HOMMES DE LETTRES

 

 

     La Correspondance entre Henri de Régnier et Francis Jammes s’étend de juillet 1893 au 9 octobre 1935, avec une dernière lettre de Francis Jammes à Marie et Pierre de Régnier, épouse et fils d’Henri décédé le 24 mai 1936. Lorsqu’elle commença, Francis Jammes, un provincial inconnu, avait vingt-cinq ans, et, par l’intermédiaire d’Eugène Rouart rencontré à Pau en 1890, il avait fait remettre son recueil Vers, à Henri de Régnier qui n’était alors guère plus âgé, mais qui, à vingt-neuf ans, et de surcroît Parisien, faisait « figure de chef de file » reconnu par des poètes – et par la presse du moment, beaucoup plus ouverte à la littérature que la nôtre. Henri de Régnier écrivit tout de suite et rassura l’auteur :

 

      Cette poésie minutieuse et douce qui est la vôtre, pleine d’imageries et d’un tour de complainte et de vieux cantiques, patiente et abréviative, m’a charmé par sa sincérité et de singuliers bonheurs d’expression et de rythme. (Juillet 1893).

 

Régnier (Henri de)              Jammes

 

                        HENRI DE RÉGNIER                                     FRANCIS JAMMES

                      par Arthur Jean Mayeur                                       par Jean Veber

 

 

      Dans cette correspondance, ce fut toujours le même rapport qui s’établit, Francis Jammes sollicitant l’aide d’Henri de Régnier à de nombreuses reprises, celui-ci répondant toujours avec patience et un zèle assez efficace, le premier insistant volontiers sur les difficultés d’un provincial à se faire entendre et publier à Paris. Malgré deux périodes de brouille (1899-1900 et 1904-1908), « dues à la susceptibilité parfois retorse du poète d’Orthez », comme le dit fort bien l’excellente présentation, leur amitié survécut jusqu’à la mort d’Henri de Régnier. Les notes précises et sans outrance de Pierre Lachasse permettent de suivre les méandres des rapports de deux écrivains aux œuvres très différentes.

 

 ……………………..................................................

 

(Article complet dans Le Coin de table, n° 61)

 

 Régnier (Henri de)

 

                                  


 

LAURENT TAILHADE

 

 L’ANARCHISTE VICTIME DE L’ANARCHIE

 

 

 

      On garde surtout de Laurent Tailhade (1854-1919) une terrible anecdote qui ne peut que nous troubler. Revendiquant ses positions anarchistes, il évoque l’attentat perpétré à la Chambre des députés par Auguste Vaillant le 9 décembre 1893. Tailhade s’écrie : « Qu’importent les victimes, si le geste est beau ! ». Ce « beau geste » avait tout de même fait une cinquantaine de blessés. Quelques mois plus tard, le 4 avril 1894, dînant au Restaurant Foyot, il fut lui-même très gravement blessé par un attentat anarchiste – à moins que ce ne fût une vengeance particulière. 
      On garde encore le souvenir d’un journaliste irascible, aux duels innombrables, d’un terrible pourfendeur des curés et des bourgeois, mais aussi d’un homme généreux et imprévisible, ayant été antisémite à la mode du jour, mais solidement dreyfusard et soutenant Zola dans son combat, pacifiste et antimilitariste – mais volontaire en 1914, alors qu’il avait moqué la « flanelle tricolore » (Fête nationale). Il avait soixante ans et on refusa son engagement. Sa vie tumultueuse est rappelée en préface d’une récente publication qui est la bienvenue.
      Il reste surtout, pour nous, un poète un peu oublié, et que nous retrouvons grâce à la réédition d’un choix de poèmes de son œuvre la plus révélatrice : Au pays du mufle (1891) qui donne son titre à cette anthologie et qu’accompagnent ici quelques poèmes choisis dans d’autres recueils, Le Jardin des rêves (1880), Vitraux (1891), À travers les groins (1899), quelques Poèmes élégiaques (1907) et quelques Poèmes posthumes publiés en 1925. On se rappelle que Bertrand Degott, dans son étude sur la ballade au XIXe siècle, avait déjà fait revivre Tailhade.
      Le mufle, c’est le bourgeois que Tailhade poursuit sous toutes ses formes et faces, et, sans tomber dans une psychanalyse de pacotille, son enfance explique fort bien cette hargne vengeresse.

 

 

 


Philistins gâteux, ce sont eux,
Les miteux que chacun gratule,
Malgré leurs gestes comateux,
Leur ventre et leurs doigts en spatule !

Tous, notaires galipoteux,
Monteurs de coups et de pendule,
Dentistes, avoués quinteux,
Tous, le jobard et l’incrédule


(Ballade touchant l’ignominie de la classe moyenne)


Taillade

 

LAURENT TAILHADE

par Félix Vallotton


                                  


PAUL VALÉRY

 

LE DERNIER AMOUR DU POÈTE

 

 

     La publication d’un choix de 452 lettres, parmi les 650 adressées par Paul Valéry à Jean Voilier, permet de suivre l’histoire de son dernier amour, unilatéralement, car les lettres de son interlocutrice ne nous sont pas proposées.
      La première lettre date du 22 décembre 1937. Leur liaison amoureuse commence pendant l’hiver 1938. Paul Valéry a alors 67 ans ; Jeanne Loviton, qui écrit sous le pseudonyme de Jean Voilier, en a 35. Le rapprochement de leurs âges laisse deviner la suite.
      À leur rencontre, Valéry est un personnage considérable, un écrivain célèbre, membre de l’Académie française, Grand Officier de la Légion d’Honneur, titulaire au Collège de France de la chaire de poétique créée pour lui, administrateur du Centre Universitaire de Nice, etc. Il est marié et chargé de famille. Jeanne Loviton est écrivain, elle fréquente le tout Paris, elle a été la troisième femme de l’écrivain Pierre Frondaie épousé en 1927 et dont elle se sépare en 1931, puis divorce en 1936. Elle a eu plusieurs liaisons avec des écrivains de son milieu (Giraudoux, Saint-John Perse, Malaparte, etc.). Elle est libre.

 ………………………….

 (Lire l’article complet dans Le Coin de table, n° 61)

 

                                  

 

 

 

Parmi les Pages de garde :

 

 

 

 Recueils

 

 

 

Nouveautés

 

 

 

- Nicolas Blanc, Le Ciel dans la Peau
Paupières d’éveil. Chez l’auteur, 4, rue des sept îles. 56250 Monterblanc. 120 p. 12 €.

     Le titre du recueil indique la marche vers la lumière, celle que chacun entreprend dans une vie qui peut être (qui devrait être ?) une quête de la vérité et de la beauté, comme l’indique symboliquement le tableau de Poussin illustrant la couverture, Orion aveugle cherchant le soleil. L’alliance de la nature et de la recherche personnelle caractérise cette poésie. qui laisse espérer qu’elle va par la suite s’épanouir en une forme plus stricte.

 

 Éclairage intérieur

 

 Chaque matin,

Rares sont ceux qui n’oublient pas
d’allumer la lampe de leur fragilité
et embrassent le vent de toute chose.

Il est tellement plus commode
de s’associer obscurément au monde
qui brasse du vent.

 

 - Jacques Canut, Escapades. Carnets confidentiels – 43.
19, allées Lagarrasic. 32000 Auch. 24 p.

- Jacques Canut, Le Bestiaire confidentiel.
id. 32 p.

 

     Les recueils de Jacques Canut se disent « confidentiels », et l’auteur affirme ainsi sa lucidité sur la confidentialité de la poésie, se résignant à sa situation de contrebande, comme disait Aragon; mais ce sont aussi des « confidences » faites aux (trop rares) lecteurs, celles qui viennent au jour avec l’âge et qui ne manquent certes pas d’émotion, même si la forme très libre de ces courts poèmes correspond à une évidente pudeur.

 

 Je ne suis que ce qui reste
d’avoir existé.
Par-dessus de chaos de l’âme
l’atonie de laisser faire le temps :
un silence auquel l’âge aspire
pour parcourir l’éternité ?

 

- Christophe Duchemin, Dans le sillage du temps
L’Étrave, « La Nouvelle Pléiade ». 21, rue des Veyrières. 84100 Orange. 44 p. 15 €.

     Il n’est certainement pas indifférent que l’auteur ait poursuivi des études en physique théorique pour être ainsi sensible à ce passage inéluctable du temps, dont il parvient parfois à saisir l’implacable ambiguïté en quelques vers.

 

Incertitude

 Une clepsydre posée
Sur le désert
Vidait à compte-gouttes
Toute l’incertitude
Du sens de la vie
Dans l’écoulement discret
De la continuité.

 

- Bernard Grasset, Les Hommes tissent le chemin. Voyage 2. 2000-2008. Peintures de Jean Kerinvel.
SOC & FOC. 3, rue des Vignes. La Bujaudière. 85700 La Meilleraie-Tillay. 48 p. 12 €.

     Bernard Grasset est un poète qui a son domaine et sa renommée. Ses textes suggèrent un mystère (celui du monde et de tout homme sans doute), une attente (celle d’une présence d’ordre religieux, peut-être), et ils renvoient indiscutablement à une conception exigeante, celle d’une « vie en poésie » où s’unifieraient l’existence, la pensée, l’expression. Tout cela est plutôt séduisant, surtout dans notre misérable société déglinguée, tout comme cette exigence donne à ses poèmes une autre allure que celle du tout-venant habituel. Deux petites réticences, tout de même : l’une, formelle, car on ne comprend pas pourquoi il se prive des vibrations de la rime (ou de la simple assonance) ; l’autre, plus grave peut-être, c’est que le lecteur s’aperçoit que la simple « description » juxtaposant des images (au sens visuel) ne suffit pas, car il manque un lien explicite. On a toujours l’impression que l’auteur s’arrête en chemin, dans ces deux difficultés. On espère un peu plus de réussite. Une curiosité rare en ce domaine : les peintures (« abstraites ») sont parfaites.

 

Le soleil sur les pierres,
Oliviers et orangers,
Arcades et fontaines,
Simplement écouter.

Une place, des enfants,
L’ombre des heures,
Visage voilé de bleu
Entre larmes et sang.

Parole et mémoire,
Jardins de lumière,
Au cœur de la cité
Une mélodie s’embrase.

 

- Francis Lalanne, La Fille imaginée
Fortuna. Rue de Cordes, 4. B-7500 Tournai. Belgique. 54 p.

     Homme de talents divers (acteur, chanteur, peintre, notamment), Francis Lalanne est également poète, comme l’ont prouvé quelques recueils précédents, dont D’amour et de mots qui reçut le Prix Tristan Tzara. Ce récent recueil est sous-titré « Poèmes d’amour », c’est dire qu’il persiste dans le genre, « ou : Les sonnets à Constance », c’est dire aussi qu’il est loin, avec ses vers et ses rimes, de tout le fatras contemporain abusivement qualifié de « vers libres ». Dans une tonalité plutôt « romantique », ces poèmes ont été suscités par « une femme imaginaire » qui surgirait du néant. En images et mètres divers, c’est bien le thème poétique essentiel, celui de l’amour, qu’on trouve ici, avec une fraîcheur, et peut-être même une naïveté plutôt sympathique malgré quelques maladresses de détail.

 

Lorsque la flèche est décochée
Par la main du divin archer,
Faut-il la prendre ou l’arracher ?
Faut-il que l’autre s’en assure ?
                  La flèche est là ; elle est fichée
Et là où elle s’est nichée,
Dans le cœur qui veut s’en cacher
L’amour devient une blessure…
                  Que le sentiment soit ôté
De la cible ou reste plantée :
Pourquoi faudrait-il en souffrir ?
                  Et pourquoi laisser se rouvrir
En soi, pour peu qu’on la redoute,
Comme une plaie, l’ombre d’un doute ?

 

- Fernando Pessoa, Poèmes français. Édition établie par Patricio Ferrari. Préface de Patrick Quillier.
La Différence. 30, rue Ramponneau. 75020 Paris. 200 p. 20 €.

     L’œuvre du poète portugais Fernando Pessoa (1888-1935) est, nous affirme-t-on, « l’une des plus importantes du XXe siècle et probablement de tous les temps ». Impressionnant, n’est-il pas ? À côté de ses poèmes en anglais, entre 1906 et 1908, Pessoa écrivit des poèmes en français qui nous laissent tout de même un doute, du moins dans notre langue. La préface nous explique qu’il allait alors vers « la mise en place de son système des hétéronymes ». C’est très savant : « La thématique de la passante baudelairienne, abordée ici et là par Pessoa, notamment dans le Cancioneiro, est en l’occurrence traitée sur le fond d’un héraclitéisme ontologique certain, qui dérive axiomatiquement de l’absence généralisée de fondement. On retrouve ici l’aspiration à l’ataraxie qui caractérise l’épicurien-stoïcien Ricardo Reis » (l’un des très nombreux pseudonymes de Pessoa, il faut le savoir d’avance, ce n’est pas dit). Nous n’insisterons pas, car même pour son « phonocentrisme », l’appel à la différance selon Derrida ne nous a pas déridés. Citons en exemple deux quatrains gentillets de l’une de ses Trois chansons mortes :

 

Vous êtes belle : on vous adore.
Vous êtes jeune : on vous sourit.
Si un amour pourrait éclore
Dans ce cœur où rien ne luit,

Ce sourire de ma tristesse
Se tournerait, reflet lointain,
Vers l’or cendré de votre tresse,
Vers le blanc mat de votre main.

 

- Mireille Tenenbaum, Poèmes d’un peintre, et Notre temps. 6.
129, boulevard Masséna. 75013 Paris. 290 p. 25 €.

     Continuant son œuvre poétique, Mireille Tenenbaum, dans une versification traditionnelle assouplie, puise son inspiration dans la nature, celle des plantes, des arbres, des fleurs, dans l’histoire aussi, celle des grands hommes et les autres, dans la peinture également. Sa poésie est ample, abondante, ses poèmes peuvent se dérouler sans heurts sur plusieurs pages (son Hommage à Pline et à son Histoire naturelle aligne 500 alexandrins) – et nous n’avons plus l’habitude ni la constance nécessaires pour suivre ainsi un auteur qui nous invite à un tel parcours. La dernière section de son livre, Notre temps, est extrêmement révélatrice sur l’état d’esprit de beaucoup de nos contemporains, en sa protestation très violente : voilà un poète généreux, ayant réellement aidé les plus malheureux, charitable, et dont l’œuvre a toujours témoigné de sa compassion, voilà un poète qui ne supporte plus la déliquescence de notre société dont les causes sont, en fait, plus diverses et complexes qu’elle ne le dit. Elle est juive, ne s’en cache pas, et elle a choisi son camp (quelle image !) et ses propos sur ce qu’elle appelle la menace de l’invasion des immigrés lui vaudront d’être accusée de xénophobie, voire de racisme. Il est vrai que l’antisémitisme renaissant est ignoble. Ses diatribes sont tout de même un signe qu’il ne nous appartient pas de déchiffrer ici – mais combien révélateur. 

 

Aux lecteurs

 

Je veux m’ouvrir à vous à travers mes poèmes,
Où vous me connaîtrez mieux qu’en me racontant,
Un mot qui vous émeut fait soudain que l’on aime,
– Le visage et les traits ne sont pas suffisants.
Je vous dévoilerai tout ce qui fait mon être,
Jusqu’aux réalités qui sont inaperçues,
Et vous pourrez enfin tout à fait me connaître,
Sans le moindre retrait, lorsque vous m’aurez lue :
– Vous me pénétrerez dans l’esprit absolu !

 

Réédition

 

- Bernard Marcotte, Poèmes
Publibook. 14, rue des Volontaires. 75015 Paris. 176 p. 19 €.

     En fait, il faudrait peut-être parler « d’édition », car la plupart des poèmes de Bernard Marcotte (1887-1927) n’avaient pas été publiés jusque là. Mort prématurément, il n’a pu mener à bien son travail de mise en ordre de ses poèmes, comme il l’annonçait à son ami Paul Tuffrau (1887-1973). C’est aujourd’hui Henri Cambon, petit-fils de Paul Tuffrau, qui nous fait découvrir un poète qui avait aussi écrit des contes et des réflexions philosophiques. On aime bien qu’il se considérât comme un « passant illuminé ». Voilà une belle façon d’être poète.

 

Portrait

 

Je n’ai pas de fierté, je n’ai pas de génie.
J’assiste, sans orgueil, à la beauté du monde,
Et ne crois point encor mon âme si profonde
Que j’en eusse jamais du dédain pour la vie.


Je ne suis point si grand pour avoir des sarcasmes.
D’un peu plus de bonheur je ne me fais pas gloire ;
Je ne me targue pas d’un moment d’enthousiasme,
Et n’ai pas exalté les jours de mon histoire.

Et pourtant je la vis plein d’un immense amour.
Sans faste et sans éclat, je me fais chaque jour
Un bonheur simple et grave, une splendeur intime.

Je ne me rêve pas héroïque ou sublime,
Mais il m’aura suffi, passant illuminé,
De créer de la joie et de la rayonner.

 

Revues

 

- Les Cahiers de la rue Ventura
9, rue Lino Ventura. 72300 Sablé. Trimestriel. 22 €.

     . N° 25. 3e trimestre 2014. 64 p. 6 €.
          
Un excellent numéro, dont le dossier Chanter la poésie s’intéresse à la mise en chansons de poèmes du livre. On y parle, évidemment, et fort bien, de Georges Brassens et de beaucoup d’autres poètes et musiciens.. Deux détails : la remarque prêtée à Victor Hugo (« défense de déposer de la musique le long de mes vers ») est apocryphe jusqu’à nouvel ordre : non seulement nous ne l’avons jamais trouvée, mais divers témoignages, dont celui de Juliette Drouet, montrent, au contraire, son intérêt pour la mise en musique de ses œuvres. Par ailleurs, s’il est exact, comme le remarque Jean-Marie Alfroy, que Georges Brassens n’avait d’autre éducation musicale que celle de ses oreilles, il s’était imposé à un certain moment de composer au piano et pas seulement à la guitare afin de varier sa musique.

 

 - Le Carnet et les instants
Ministère de la Fédération Wallonie-Bruxelles. 44, boulevard Léopold II. B-1080 Bruxelles. Belgique. Bimestriel (sauf juillet-août).

     . N° 183. Octobre-Novembre 2014. 80 p.
          
Tout sur l’actualité de la littérature belge de langue française, y compris du dossier sur la poésie contemporaine, une présentation de les éditions Taillis Pré (qui reprennent le Journal des Poètes). Une page présente l’un des derniers ouvrages de Jean-Claude Pirotte qui vient de mourir. On espère un long article complet bientôt.

 

- Décharge
4, rue de la Boucherie. 89240 Égleny. Trimestriel. 28 €.

     . N° 163. Septembre 2014. 156 p. 8 €.
          
Études et textes dans la lignée habituelle de cette revue, dont on salue la longévité, la constance de ses lecteurs, et l’aide publique reçue de la région bourguignonne.

 

- Florilège
Maison des Associations. Boîte H 1. 2, rue des Corroyeurs. 21000 Dijon. Trimestriel. 30 €.

     . N° 156. Septembre 2014. 46 p. 10 €.
          
En sa quarantième année, cette revue publiée par « Les Poètes de l’Amitié » qu’anime Stephen Blanchard, a modifié son format (pour passer en A4), ce qui lui donne de l’espace et de l’aisance pour ses chroniques (celle de Louis Lefebvre, ici subtilement anti-militariste une siècle après le déclenchement de la guerre de 1914 se lit toujours avec gourmandise), pour ses études (particulièrement l’hommage de Nathalie Ravonneaux à Aloysius Bertrand) – et ses nombreux poèmes où nous retrouvons bien des poètes amis.

 

Baiser

 

Sillon velouté
Rose de douceur
Brunâtre noirceur
D’un temple adoré
Qu’effleure ma lèvre
Au contour sensible
Où, fleur de genièvre,
La bien visible
Surveille alentour
Ce gouffre d’amour

Oscar Ruiz-Huidobro

 

- Inédit nouveau
Avenue du Chant d’oiseau, 11. B-1310 La Hulpe. Belgique. 10 numéros de 32 p. : 35 €.

     . N° 270. Septembre-Octobre 2014. 32 p.
          
Ce numéro d’une revue très sûrement contemporaine et tournée vers l’avenir a tout de même un petit air de nostalgie avec, en première page, une photo de Marcel Hennart (hélas, disparu) et de Paul Van Melle interrogeant un jeune écrivain, Jean-Claude Pirotte qui vient de mourir – et, en dernière page, un « Avis de tempête » du directeur-rédacteur-lecteur, Paul Van Melle, qui fait part des soucis de santé de sa femme et de lui-même. Certes, un jour, la revue s’arrêtera, le plus tard possible, et nous l’espérons encore présente pour longtemps, car elle est d’une richesse intellectuelle considérable (articles, poèmes, témoignages, critiques).

 

- Salon orange
73, rue des Barres. 51120 Soizy-aux-Bois. Trimestriel. 20 €.
     
. N° 157. Automne 2014. 44 p. 5 €.
          
Revue d’une association fondée en 1956, ce Salon orange continue à faire connaître des poètes et des peintres. Ce numéro publie des poèmes sur le thème de « l’automne » et les lauréats de ses concours.

 

Le temps du désarroi

 …
Sur les chemins du vent ma douce étoile brille,
Voilant de son éclat le temps du désarroi.
Mais je serai toujours cette petite fille
Qui vous tendait les bras pour vous dire : « Aimez-moi ! ».

Denise Duong

 

- Septentrion
Murissonstraat, 260. B-8930 Rekkem. Belgique. Trimestriel. 45 €.

     . N° 3/2014. 3e trimestre. 112 p. 12 €.
          
Comme toujours, ce numéro de la revue des « Arts, lettres et culture de Flandre et des Pays-Bas » répond bien à sa vocation. Il continue l’évocation de la guerre 1914-1918 (« Les cimetières militaires allemands en Flandre occidentale », avec divers extraits d’œuvres de Stefan Hertmans, Erwin Mortier, Marguerite Yourcenar, Maxence Van Der Meersch, Robert Grave, etc. – et même Ernst Jünger, cet « ami » de la France). Suivent de nombreux poèmes (avec leur traduction) de la revue néerlandophone contemporaine Het Liegend Koninj (« Le Lapin menteur »), numéro spécial Oorlog (« Guerre »).

 

Nous sommes

 

Nous sommes sortis des tombes les plus longues
avons secoué la mort, retrouvé le chemin
villes et villages noircis par le feu
trouvé la plus douce vieillie ou non. Nous

nous sommes décrassés dans les bassines
nous avons changé d’habits, nos mères
en pleurant cousaient tricotaient les jours ensemble
reprisaient nos chaussettes trouées. Nous

débarrassés du sang, de la boue, avons
reconstruit les maisons, consolé les orphelins
inventé de nouveau le plaisir. Mais

les corps inanimés là-bas
abandonnés ne cessent de nous suivre
se faufilent dans chaque fête.


Hester Knibbe (né en 1946).
Traduction de Kim Andringa.

 

- Traversées
Patrick Breno. Faubourg d’Arival, 43. B-6760 Virton. Belgique. Trimestriel. 25 €.

     . N° 73. Septembre 2014. 148 p. 8 €.
          
Ce numéro rassemble des écrivains du Maghreb, à Albi, en compagnie d’Abdellatif Laâbi.

 

                                  

 

 

TABLE DES MATIÈRES

 

 

Le Coin de table : LES LAURIERS NE SONT PAS TOUS COUPÉS                              1

Jacques Charpentreau : Michel Houellebecq. L’audace d’un poète                              8

*

 

POÈMES

 Marie-Anne Bruch : Reflets du silence, Reflets de la solitude, Autoportrait sans
   miroir, Mi-avril, Deux heures d’attente, Tant pis                                                      
22
Évelyne Charasse : Chaque matin…, Je cafouille…, J’ai le cœur…,
   Je me bricole…                                                                                                                   
28
Hervé Loubière : Château au pays englouti                                                                   29

 *

 ÉTUDES

 

Mathilde Martineau : Charles d’Orléans, « Écolier de la mélancolie                          30
Madeleine Bouvet : Correspondance d’Alphonse de Lamartine.
      Lettres à Valentine de Cessiat (1841-1854)La vigne et la maison                         44
Noël Prévost : Une nouvelle défense et illustration de la langue française
     avec Alain Borer                                                                                                                46
Des poèmes pour l’enfance et la jeunesse                                                                         54

 

*

 POÈMES

 

Daniel Ancelet : Le miroir des douleurs                                                                        59
Chaunes : La bouteille, Le Temps jadis, le Temps perdu                                          60
Jacques Charpentreau : Ombres errantes, L’île, Oméga, La silencieuse,
     Allégories, L’adieu du régisseur                                                                               
62

*

 CHRONIQUES DU COIN DE L’ŒIL

 

 Henri de Régnier et Francis Jammes, Hommes de lettres                                     68
Discrète présence d’Henri de Régnier                                                                          73  
Noël Prévost : Mallarmé, poète en grève                                                                     78 
Laurent Tailhade, l’anarchiste victime de l’anarchie                                                81
Paul Valéry. Le dernier amour du poète                                                                      87
Le dernier refuge de Jean-Claude Pirotte                                                                   92
La poésie satanique de Sylvoisal                                                                                   94
Les « idiots utiles » de la modernité poétique                                                           96
Caliban : Poésie et société                                                                                             103
Deborah Alma, Poète urgentiste                                                                                  106
Silvius, Gazette rimée. Triolet du Nouvel An                                                            107

 

 PAGES DE GARDE                                                                                                         109

 *

Remerciements                                                                                                                 120
Calendrier juridique                                                                                                         121
Décision de la Cour d’appel de Paris                                                                            122
Comment nous aider                                                                                                       125
Maurice Carême, À mes amis                                                                                        126

 *

 ILLUSTRATIONS

 

Couverture : 1ere : Cadran solaire du Palais de Justice de Paris.
      4:  Yves-Gérard Le Dantec, Le Porte Feu
Michel Houellebecq, Non réconcilié                                                                             15
Charles d’Orléans en habits de la Toison d’or                                                           33
Alphonse de Lamartine                                                                                                  42
Rodin, Victor Hugo                                                                                                         56
Cazals, Paul Verlaine                                                                                                      56
Arthur Jules Mayeur, gravure d’après Benjamin, Henri de Régnier                   70
Jean Veber, Francis Jammes. Dans L'Ermitage, 2e semestre 1898                    71
Album Mariani, Henri de Régnier                                                                              77
Jean-Pierre Lecercle, Mallarmé et la mode                                                             80
Félix Vallotton, Laurent Tailhade                                                                              83
Deborah Alma, Poète urgentiste                                                                               106
Serguei Essenine, Journal d’un poète                                                                       114
Cadran solaire, Palais de justice de Paris, 36, quai des Orfèvres.
     L’heure s’enfuit, La Justice demeure                                                                   124

 

N° 61. Janvier 2015. ISBN : 978-2-35860-029-3. 1er  trimestre 2015.

                                  

 

 Le Coin de table


 La revue de la poésie

 

 Abonnement : un an, quatre numéros, 70 €. (Étranger : 80 €).

 L’abonnement part du premier numéro de l’année en cours, quelle que soit la date de souscription.

 Paiement par chèque à l’ordre de « La Maison de Poésie ».

 

                                   

 

COMMÉMORATION

 

 POÈTES ASSASSINÉS

 

 

     Guillaume Apollinaire publia en 1916 un recueil de contes et nouvelles sous le titre Le Poète assassiné, un titre prémonitoire.
      Il y eut plus de neuf millions de morts assassinés durant « la grande guerre » de 1914-1918 – et huit millions d’invalides. Parmi eux, un million quatre cent mille Français (10 % de la population masculine active). Les assassins, ce n’étaient pas les malheureux soldats d’en face, c’étaient les responsables politiques des divers pays européens, dirigeants, monarques, politiciens, qui survécurent, eux.
      Le premier assassiné fut Jean Jaurès, le 31 juillet 1914, deux jours avant la déclaration de guerre. Philosophe, socialiste, il essayait d’empêcher le conflit. Son assassin, Raoul Villain, fut logé et nourri en prison, à l’abri de la guerre, puis acquitté en 1919.
      Les innombrables commémorations, souvenirs et déplorations du centenaire ne rachèteront pas la mort de ces jeunes hommes livrés à l’horreur de combats et de batailles sur le sol français dont les noms résonnent encore comme des glas. Il fallut une deuxième guerre mondiale, 1939-1945, pour que l’Europe, enfin, essayât de s’unir, une Europe uniquement économique et financière, mal faite, contestée, repoussée par tous les peuples – mais enfin, permettant d’espérer une paix commune malgré nos charniers.
      Un siècle plus tard, à notre mesure, nous voulons inscrire ces souvenirs dans notre actuelle paix si fragile, alors que tant de peuples, de par le monde, connaissent encore les misères de guerres qu’on leur impose, nous voulons faire un signe de compassion et de reconnaissance à tous ces morts également victimes, également dignes de n’être pas oubliés.
      Avec quelques poètes, ce sont tous les assassinés dont le souvenir est ici perpétué, afin que ne soit pas oubliée l’horreur des guerres.

 La Maison de Poésie

           

*

 JEAN-MARC BERNARD

 

 De Profundis

 

Du plus profond de la tranchée,
Nous élevons les mains vers vous,
Seigneur ! Ayez pitié de nous
Et de notre âme desséchée.

Car, plus encor que notre chair,
Notre âme est lasse et sans courage,
Sur nous s’est abattu l’orage
Des eaux, de la flamme et du fer.

Vous nous voyez couverts de boue,
Déchirés, hâves et rendus,
Mais nos cœurs, les avez-vous vus ?
Et faut-il, mon Dieu, qu’on l’avoue ?

Nous sommes si privés d’espoir,
La paix est toujours si lointaine,
Que parfois nous savons à peine
Où se trouve notre devoir.

Éclairez-nous dans ce marasme,
Réconfortez-nous, et chassez
L’angoisse des cœurs harassés ;
Ah ! rendez-nous l’enthousiasme !

Mais aux morts, qui tous ont été
Couchés dans la glaise ou le sable,
Donnez le repos ineffable,
Seigneur, ils l’ont bien mérité !


Jean-Marc Bernard

Né à Valence le 4 décembre 1881, Jean-Marc Bernard a été tué le 5 juillet 1915 à Souchez en Artois.

 

*

ÉMILE DESPAX

 

 Praesagium noctis

La tombe

 

 Tu n'emporteras rien dans la tombe après toi.
Ni les phrases du livre où tu posais le doigt
Et que tu dénombrais avarement dans l'ombre;
Ni ce corps éclatant dans cette alcôve sombre;
Ni ce troupeau tintant que suit un bouvier noir;
Ni le chant de la mer entre les pins, le soir;
Ni le grand vent qui tord au balcon les glycines;
Ni le sifflet des trains; ni l'odeur des résines,
Ni tout ce qui t'a fait un éloquent décor.
Mais moi, moi qui vivrai longtemps, peut-être, encor,
Moi qui, fidèle, vins durant bien des années
M'accouder, chaque automne, à cette cheminée,
Moi dont le poing sonnait sur le portail de fer,
Moi qui connus tout ce dont ton cœur a souffert,
J'attacherai, pur souvenir de ton visage,
La même émotion au même paysage.
Cet héritage, ami, tes yeux me l'ont laissé.


Émile Despax

 Né à Dax en 1881, Émile Despax, engagé volontaire, a été tué à la Ferme de Metz, Moussy-sur-Aisne, le  17 janvier 1915.

 

*

 CHARLES PÉGUY

 

 Prière pour nous autres charnels

 

 Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle,
Mais pourvu que ce fût dans une juste guerre,
Heureux ceux qui sont morts pour quatre coins de terre,
Heureux ceux qui sont morts d’une mort solennelle.

Heureux ceux qui sont morts dans les grandes batailles,
Couchés dessus le sol à la face de Dieu.
Heureux ceux qui sont morts sur un dernier haut lieu
Parmi tout l’appareil des grandes funérailles.

Heureux ceux qui sont morts pour des cités charnelles,
Car elles sont le corps de la cité de Dieu.
Heureux ceux qui sont morts pour leur âtre et leur feu,
Et les pauvres honneurs des maisons paternelles.

Car elles sont l’image et le commencement
Et le corps et l’essai de la maison de Dieu.
Heureux ceux qui sont morts dans cet embrassement,
Dans l’étreinte d’honneur et le terrestre aveu.


Heureux ceux qui sont morts, car ils sont retournés
Dans la première argile et la première terre.
Heureux ceux qui sont morts dans une juste guerre,
Heureux les épis mûrs et les blés moissonnés.


Charles Péguy

Né le 7 janvier 1873 à Orléans, Charles Péguy a été tué le 5 septembre 1914 à Villeroy.

 

*

 

JEAN DE LA VILLE DE MIRMONT

 

Cette fois, mon cœur, c'est le grand voyage ;
Nous ne savons pas quand nous reviendrons.
Serons-nous plus fiers, plus fous ou plus sage ?
Qu'importe mon cœur, puisque nous partons !

Avant de partir, mets dans ton bagage
Les plus beaux désirs que nous offrirons.
Ne regrette rien, car d'autres visages
Et d'autres amours nous consoleront.

Cette fois, mon cœur, c'est le grand voyage.

                                              

Jean de La Ville de Mirmont
Derniers vers laissés sur son bureau en partant à la guerre.

 Né à Bordeaux le 2 décembre 1886, Jean de La Ville de Mirmont fut tué le 28 novembre 1914 à Verneuil sur le Chemin des Dames.

 

*

 

RENÉ DALIZE

 

 Ballade à tibias rompus

 

Je suis le pauvre MACCHABÉ mal enterré
Mon crâne lézardé s'effrite en pourriture
Mon corps éparpillé divague à l'aventure
Et mon pied nu se dresse vers l'azur éthéré.

Plaignez mon triste sort.
Nul ne dira sur moi: « Paix à ses cendres ! »
Je suis mort
Dans l'oubli désolé d'un combat de décembre.

J'ai passé un hiver au chaud,
Malgré les frimas et la neige :
Un brancardier m'avait peint à la chaux.
Il n'est point d'édredon qui mieux protège.

Un gai matin d'avril, Monsieur Jean-Louis Forain,
Escorté d'un cubiste, m'a camouflé en vert.
Le vert a tourné à l'airain
Puis au gris et, dessert,
J'ai moi-même tourné comme une crème à la pistache.
Où donc es-tu, grand Caran d' Ache ?

Depuis, je gis à l'abandon.
Le régiment de la relève
M'a ceint de fils de fer, créneaux et bastidons.
Un majestueux rempart autour de moi s'élève.

René Dalize

Né  à Paris le 30 novembre 1879, engagé volontaire, René Dalize a été tué à Cogne-le-vent le 7 mai 1917.

*

 

GUILLAUME APOLLINAIRE

 

 Tristesse d’une étoile

 

Une belle Minerve est l'enfant de ma tête
Une étoile de sang me couronne à jamais
La raison est au fond et le ciel est au faîte
Du chef où dès longtemps Déesse tu t'armais

C'est pourquoi de mes maux ce n'était pas le pire
Ce trou presque mortel et qui s'est étoilé
Mais le secret malheur qui nourrit mon délire
Est bien plus grand qu'aucune âme ait jamais celé

Et je porte avec moi cette ardente souffrance
Comme le ver luisant tient son corps enflammé
Comme au cœur du soldat il palpite la France
Et comme au cœur du lys le pollen parfumé

Guillaume Apollinaire

 

jet d'eau. Apollinaire

 

 Guillaume Apollinaire

 Né le 25 août 1880 à Rome, Guillaume Apollinaire avait été grièvement blessé d’un éclat d’obus à la tempe le 17 mars 1916 et trépané le 10 mai. Il mourut à Paris le 9 novembre 1918.

 

                                  

 

 

 

La poésie,

 

mystérieux objet du désir

 

 

     Nous sommes quelques-uns à nous réclamer de la poésie, mais peut-être pas de la même chose.

     Si la poésie s’est longtemps coulée dans un moule formel, ce n’est plus le cas aujourd’hui. La première ligne du Traité de versification française de Louis Quicherat pouvait affirmer en 1850 : « La poésie est l’art d’écrire en vers ». La poésie est certainement encore un art, mais on ne sait même plus ce qu’est un vers. Un certain nombre de syllabes ? Un tronçon grammatical d’une proposition ? Une ligne d’un texte quelconque ? Des mots scandés par une rime ? Une occasion de reprendre son souffle ? Une belle image mise en valeur ?...
     Il est paradoxal que cet art qui n’a plus de règles communément reconnues, qui n’a presque plus de lecteurs, qui ne bénéficie plus que d’un petit nombre de lieux d’accueil – soit pratiqué par tant de gens, qu’il soit revendiqué par tellement de plaquettes imprimées à compte d’auteur que la Bibliothèque Nationale en arrive à les refuser, et que le mot poésie permette d’ouvrir 30 millions de fenêtres avec Google, 38 millions avec Yahoo, plus de 56 millions avec Bing à ceux qui le traquent sur Internet, y compris les milliers de visiteurs de la Maison de Poésie devenue uniquement virtuelle, puisque notre Fondation a été chassée en octobre 2011 de ses locaux historiques par la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques (SACD). Les intérêts financiers ont alors triomphé de la poésie.
     Ces millions d’informations ne nous renseignent pas vraiment. Mais ce sont autant de preuves d’une présence constante de quelque chose qui porte ce nom magique : poésie, qui ne se trouve plus seulement dans les livres.
À sa façon, l’écran est le nouvel avatar du vieux mythe de l’inspiration d’origine divine, mais la poésie garde son mystère – et son prestige.
     Par-delà toutes les techniques d’interrogation et de diffusion, elle reste ce désir du dévoilement des secrets du monde par l’image, le symbole, les vertus du chant, par un subtil agencement des mots les plus usés du langage commun le plus banal, pour qu’ils disent autre chose qu’eux mêmes. Qu’ils dévoilent. Paradoxe du vocabulaire : qu’ils suppriment les écrans entre le réel apparent et une autre réalité cachée. Jadis apparentée au sacré, la poésie est restée célébration du mystère. Et pour l’utilisateur un peu gauche d’Internet, nous par exemple, l’écran participe à ce mystère, comme une Pythie dont il faut déchiffrer les messages.
     On connaît la rengaine : tant de gens se veulent poètes – pour si peu de lecteurs ! C’est qu’ils veulent maîtriser les mots pour arriver à dire tout ce qui est en eux, briser le silence, approcher du mystère, même si la complexité du langage poétique n’est pas à la portée de tout le monde. De là, souvent, notre déception à leur lecture. Il n’y a pas que des chefs-d’œuvre.
     Chacun garde en soi la nostalgie de son premier émerveillement, quand l’enfant qu’il fut découvrait par les comptines et par les poèmes de l’école, la puissance du langage poétique. La poésie est aussi objet de retrouvailles avec ce que je fus, toujours là, dans ce que je suis.
     Moi aussi, jadis, en Arcadie…
     Nous ne savons pas ce que c’est que cette poésie que nous cherchons, et cependant nous la reconnaissons quand nous la rencontrons, à certains signes qui sont peut-être propres à chacun de nous, une certaine connivence, une certaine émotion très intime. André Breton disait qu’il se sentait alors des aigrettes aux tempes. Chateaubriand voulait entendre son « oreille heureuse », comme le rappelle le numéro de novembre de notre revue Le Coin de table, un des lieux où se rencontre encore la poésie vivante.
     Mais ce qui nous importe avant tout, ce sont les poèmes, par-delà toutes les considérations du moment. Les numéros de notre revue Le Coin de table réunissent toujours de nombreuses œuvres de poètes majeurs qui font vivre la poésie d’aujourd’hui : Jacques Bertin, Marie-Anne Bruch, Michel Calonne, Chaunes, Bertrand Degott, Louis Delorme, Guy Goffette, Pascal Kaeser, Pierre Lexert, Jacques Réda, Robert Vigneau, Youri, par exemple, pour les récents numéros. Des thèmes, des formes, des tons très différents – la poésie.

 La Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont.

 

***

 

  La poésie ?

 

Petit florilège

 

On peut faire le sot partout ailleurs, mais non en poésie.

Michel de Montaigne. Essais, II, 17. 1580.

*

Il y a de certaines choses dont la médiocrité est insupportable : la poésie, la musique, la peinture, le discours public.

Jean de La Bruyère. Les Caractères. 1688.

*

On ne peut trouver de poésie nulle part quand on n’en porte pas en soi.

Joseph Joubert. Carnets. Fin du XVIIIe siècle. Publication posthume, 1938.

*

La poésie, c’est tout ce qu’il y a d’intime dans tout.

Victor Hugo. Odes et Poésies diverses. Préface. Pélicier, 1822.

*

Je n’aime pas les vers, j’aime la poésie.

Victor Hugo. Le Tas de pierre. s. d. Publication posthume. Imprimerie nationale, 1942.

*

Tout homme bien portant peut se passer de manger pendant deux jours – de poésie jamais.

Charles Baudelaire. Conseils aux jeunes littérateurs. Dans L’Esprit public, 15 avril 1846.

*

Oui, le but de la poésie, c’est le Beau, le Beau seul, le Beau pur, sans alliage d’Utile, de Vrai et de Juste.

Paul Verlaine. Sur Baudelaire. Revue L’Art, 1865.

*

La Poésie est l’expression par le langage humain ramené à son rythme essentiel, du sens mystérieux des aspects de l’existence ; elle doue ainsi d’authenticité notre séjour et constitue la seule tâche spirituelle.

Stéphane Mallarmé. Réponse à une enquête de Léo d’Orfer. 27 juin 1884.

*

 La plupart des hommes ont de la poésie une idée si vague que ce vague même de leur idée est pour eux la définition de la poésie.

Paul Valéry. Tel quel. 1910.

*

La poésie est le miroir brouillé de notre société. Et chaque poète souffle sur le miroir : son haleine différemment l’embue.

Louis Aragon. Chronique du bel canto. Dans Europe. 1946-1947.

*

[L’esprit de la poésie] est le plaisir, la jouissance, la délectation, non la connaissance, pas même cette connaissance que l’on prétend donner par l’incantation de l’extase. C’est un plaisir affectif et physiologique, un plaisir donné par le jeu d’organes accordé avec celui des sentiments. De certains points de vue, c’est un plaisir analogue au plaisir des sports.

André Spire. Plaisir poétique et plaisir musculaire. Essai sur l’évolution des techniques poétiques. 1949. Réédition José Corti, 1986.

*

La poésie est une religion sans espoir.

Jean Cocteau. Journal d’un inconnu. Grasset, 1953.

*

Je sais que la poésie est indispensable, mais je ne sais pas à quoi.

Jean Cocteau. Discours de réception à l’Académie française. 1955.

*

C’est que la poésie, comme la religion, bouscule les apparences et va droit à ce qui est.

François Mauriac. Mémoires intérieurs.  Flammarion, 1959.

*

La Poésie, c’est ce qu’on rêve, ce qu’on imagine, ce qu’on désire et ce qui arrive, souvent. La poésie est partout comme Dieu n’est nulle part. La poésie, c’est un des plus vrais, un des plus utiles surnoms de la vie.

Jacques Prévert, dans Hebdromadaire, avec André Pozner. Guy Anthier, 1972.

*

La poésie n’est rien d’autre que ce grand élan qui nous transporte vers les choses usuelles – usuelles comme le ciel qui nous déborde.

René Guy Cadou. Usage interne. Œuvres poétiques complètes. Seghers, 1973.

*

Ne recherchez pas la connaissance pour elle-même. Tout ce qui ne procède pas de l’émotion est, en poésie, de valeur nulle (…) L’émotion abolit la chaîne causale ; elle est seule capable de faire percevoir les choses en soi ; la transmission de cette perception est l’objet de la poésie.

Michel Houellebecq. Rester vivant. Flammarion, 1997.

*

La poésie n’est pas autre chose peut-être que la vie même chantant sa plainte, son bonheur parfois, se fragilité toujours.

André Comte-Sponville. Lucrèce, poète et philosophe. La Renaissance du livre, 2001.

 

 

     Bibliothèque vide     Bibliothèque pleine     Bibliothèque vide

 

 


 *********

 

 

 

RÉCENTES PUBLICATIONS DE LA MAISON DE POÉSIE : 

 

 

JACQUES CHARPENTREAU, LES SECRETS DU ROYAUME

 Poèmes pour de jeunes lecteurs

      Soixante-dix nouveaux poèmes pour réjouir tous ceux qui aiment la poésie – et d’abord ces « jeunes lecteurs » qui découvrent les merveilles de l’imagination et des mots, ces mots qui les amènent au royaume de la poésie et de la vie.
     On sait bien que l’accord des enfants et de la poésie est une rencontre à la fois merveilleuse et naturelle, mais on sait aussi combien il est délicat de choisir les poèmes de cette première rencontre. En voilà quelques-uns qui ne décevront pas leurs jeunes lecteurs (ni les parents qui retrouveront eux aussi leur premier émerveillement poétique).
     Le charme de ces vers, au sens de « l’enchantement », vient de leurs images d’une simplicité éblouissante, et de leur chant qui est celui d’une versification si souple, si harmonieuse, qu’elle semble naturelle, alors que la poésie utilise ici toutes les ressources du vers français.
     Ce n’est pas par hasard que beaucoup de poèmes de Jacques Charpentreau sont lus, aimés, partagés dans les écoles en France et dans tous les pays où notre langue est parlée avec des accents plus ou moins divers, qu’on les retrouve dans des écoles françaises en Indonésie ou en Afrique, et en traductions jusqu’en Russie ou en Chine. On peut dire que cette poésie qui chante dans ces classes est ainsi devenue une poésie classique – mais vivante.
     Jacques Charpentreau a reçu de nombreux Prix (y compris de l’Académie française) et un groupe scolaire a choisi de porter son nom. Mais sa plus grande récompense, c’est que ses poèmes soient appris et chantonnés par des enfants pour leur propre plaisir – et peu importe qu’ils aient oublié le nom du poète, s’ils entendent longtemps, toute leur vie peut-être, ses vers chanter en eux.

 Un livre de 104 pages, 11,7 cm x 18,5 cm. 18 euros. Avec des collages de l’auteur.  ISBN : 978-2-35860-025-5

 LA TOURELLE. LA MAISON DE POÉSIE SOCIÉTÉ DES POÈTES FRANÇAIS. 16, RUE MONSIEUR-LE-PRINCE. 75006 PARIS

 En vente en librairie ou à la Maison de Poésie (ajouter 2 € pour participation aux frais d’expédition).

 

Secrets du Royaume

 

 

Les papillons

 

 L’été, sous l’arbre à papillons,
Sur l’herbe verte je m’allonge
Et dans les rêveries du songe
Je contemple leur tourbillon.

Par cent, par mille, par millions,
Frémissent les petites ailes
Dont toutes les couleurs se mêlent,
Jaune, blanc, doré, vermillon.

Maillons, médailles, médaillons,
Un doux nuage de bijoux
Caressant vient frôler ma joue
En pacifique bataillon.

Je rêve comme Cendrillon
Et dans l’odeur sucrée des fleurs
Au milieu de mille couleurs,
Je vole avec les papillons.

 

 *

 La nuit. Le jour.

 

 

Je rêvais que j’étais
L’oiseau qui s’envolait
Le poisson qui nageait
Le cheval qui trottait
Le chat qui ronronnait.
J’étais bien. Je rêvais.

Je rêvais que j’étais
Le fleuve qui coulait
L’océan qui grondait
L’arbre qui bourgeonnait
Le vent qui s’enfuyait.
J’étais bien. Je rêvais.

Je me réveille et c’est
La nuit qui se défait
Le soleil qui paraît
Le jour que je connais
Le monde qui renaît.
Je vis. Je viens. Je vais.

 

 alt                                  alt

 

 

Ballade du Royaume

 

à jacques Charpentreau

 

Villon Guillevic ou Guillaume
(dit Kostro) avaient-ils vraiment
percé les secrets du royaume ?
ça reste un mystère et pourtant
la formule n’a rien d’occulte…
à vous lire c’est évident
il ne faut jamais être adulte

comme vous l’apprenez aux mômes
dans votre livre il est prudent
d’offrir une fleur qui embaume
on fait bien de parler au vent
d’autant plus qu’il nous catapulte
pas toujours se brosser les dents
surtout ne jamais être adulte

j’ai noté sur moi des symptômes
qui pourraient se faire inquiétants
les genoux sans mercurochrome
je caracole après le temps
et parfois me plais au tumulte
– le ciel m’épargne l’accident
qui de moi ferait un adulte

ami Charpentreau, à moins d’en
rire la vie nous laisse inculte
merci de m’enseigner comment
ne jamais jamais être un adulte.

                                                                               
Bertrand Degott

 

****

 

GILLES DE OBALDIA, LA LANGUE DES OISEAUX


      La Maison de Poésie vient de publier le deuxième recueil de Gilles de Obaldia, dans la lignée de son recueil précédent, L'Herbe haute, celle d'une poésie légère, imaginative, d'une fantaisie optimiste et chantante.

 

Un livre de 96 pages, 11,7 cm x 18,5 cm. 16 euros. ISBN : 978-2-35860-017-0.

 LA TOURELLE. LA MAISON DE POÉSIE SOCIÉTÉ DES POÈTES FRANÇAIS. 16, RUE MONSIEUR-LE-PRINCE. 75006 PARIS

 En vente en librairie ou à la Maison de Poésie (ajouter 2 € pour participation aux frais d’expédition).

 

 Été

 

 Le grand toboggan de l’été s’est déployé
pour de longues glissades sous les vaches en fleur

Les pommiers broutent les nuages
en faisant sonner le grelot des pissenlits

Les ablettes fluettes font du vélo
sur les routes argentées de France

Les enfants volent par nuées au-dessus du rire

L’espace circule nu au bras de l’éternité
et une très douce folie jaillit de toute part.

 

 **

 

 Ce qu’on en pense :

Gilles de Obaldia

 La Langue des oiseaux

 

     (…) L’important est la musicalité, bien présente, en particulier parce que le poète évoque La langue des oiseaux, ce qui se prête peu à des cris ou des expressions brutales. Et je dois dire que l’auteur, qui porte le nom d’un de mes dramaturges favoris, est peut-être fils ou parent de ce cher René, se nommant Gilles de Obaldia. Ce qui se confirme également, c’est, comme le seul recueil que je pardonne à un certain Verheggen, une œuvre dédiée à la mère disparue de l’auteur, et cela accentue l’émotion et le sens de la simple beauté des choses qui se dégagent de ces poèmes que je pourrais citer sans choisir et prendre au hasard dans ce volume. Par exemple : « Il y a en chaque mouette un poète / qui marche en équilibre dans le vide » ou « Il est temps de remonter par l’étroit goulet du rêve /et de chavirer avec la Lune / pour être dans l’écume blanche des rives… » Il faut toujours remonter des fonds qui nous menacent, d’un simple appel du pied. C’est presque une leçon.

 Paul Van Melle. Inédit nouveau. N° 259. Novembre-Décembre 2012. 11, avenue du Chant d’oiseaux. B-1310 La Hulpe. Belgique.

 

*

 

  Un recueil de poèmes bien mis en valeur par une édition soignée. Sur le thème récurrent des oiseaux, avec ce que cela comporte de léger, de soyeux, d’envol et de chant en liberté. La « langue des oiseaux », ou langue des anges, est également une expression alchimique qui évoque une langue mystérieuse, secrète, une langue cachée sous la langue. Mais la langue des oiseaux par excellence, ce jeu infini sur les sons et sur les sens, n’est-ce pas au fond la poésie elle-même ? L’art qui par la transmutation du langage aboutit à l’écriture la plus haute. Et pourtant, qui se risquerait aujourd’hui à acheter un recueil de poèmes nouvellement paru ? On n’hésite pas, à grands frais s’il le faut, à acheter le dernier polar, le dernier essai, le dernier roman, sans savoir s’il tiendra la route. Mais pour la poésie, il en va autrement : il faut qu’elle soit homologuée, certifiée, qu’elle soit déjà dans les manuels scolaires, en un mot que l’auteur soit au moins enterré. Il semble bien y avoir quelque chose d’indécent à caresser l’idée même d’acheter un recueil de poèmes inconnu. La parole y paraît toute nue, en effet, sans les oripeaux de la fiction, sans le costume que met la marquise quand elle sort à cinq heures, sans l’équipement du détective privé, sans armes, et sans rien des tenues à la mode ni même de la lingerie sexy du roman contemporain. Comme en écho au « ça ? » que lançait Tristan Corbière, Gilles de Obaldia nous dit que « ça / ça n’est pas une autre évasion / une autre échappatoire, une autre fuite en avant, / une autre distraction / ça / ça n’est pas un accommodement futile / pour un plus grand confort dans ta réalité ». Non, « ça c’est le repos sous la pierre lourde de ton cœur / dans le jardin frémissant de l’être. »

Frédéric Farat, Le Bulletin des Lettres. N° 713. Novembre-décembre 2012.

 

 

Gilles de Obaldia

 

**********


 

PETITE CHRONIQUE JURIDIQUE

 

 

 

 La Cour de cassation a condamné

 la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques

 

 

     On nous demande fréquemment des informations concernant le litige entre la Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont et la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques (SACD). Après sept ans d’acharnement contre les poètes de la Maison de Poésie, nous sommes arrivés à une étape importante et nous pouvons faire le point sur cette malheureuse affaire qui a commencé à l’initiative de Monsieur Pascal Rogard, Directeur général de la SACD.

 

 

 CALENDRIER JURIDIQUE

 

   - Jeudi 28 septembre 2006. Madame Sophie Deschamps, Présidente de la SACD, et Madame Janine Lorente, Directrice adjointe de la SACD, enjoignent au Président de la Maison de Poésie de quitter les locaux historiques de la Fondation Émile Blémont.
   - Lundi 7 mai 2007. La Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques représentée par son Directeur Général, Monsieur Pascal Rogard, assigne en justice la Maison de Poésie afin d’obtenir son expulsion de ses locaux et sa condamnation à divers paiements. Monsieur Pascal Rogard agit ainsi au nom de « 43 000 associés » de la SACD. À notre connaissance, c’est la première fois qu’une société d’écrivains en poursuit une autre (et de surplus, « reconnue d’utilité publique »).
  - Jeudi 4 mars 2010. Le Tribunal de Grande Instance de Paris ordonne l’expulsion de la Maison de Poésie.
   - Jeudi 10 février 2011. La Cour d’appel, saisie par la Maison de Poésie, confirme le jugement précédent.
  - 20 avril 2011. La Maison de Poésie saisit la Cour de cassation.
  - Mardi 20 septembre 2011. La SACD s’oppose à cette saisine et demande à la Cour de cassation la radiation du pourvoi de la Maison de Poésie.
  - Mardi 11 octobre 2011. La Maison de Poésie, respectueuse de la décision de la Cour d’appel, l’exécute, et elle évacue ses locaux historiques qu’elle occupait depuis 1928.-
  - Jeudi 15 décembre 2011. La Cour de cassation refuse la demande de la SACD et décide « n’y avoir lieu à radiation ».
  - Mercredi 11 janvier 2012. La SACD réclame, par huissiers, 62 522,32 euros à la Maison de Poésie.
  - Mercredi 31 octobre 2012. La Cour de cassation « casse et annule dans toutes ses dispositions, l’arrêt rendu entre les parties, par la cour d’appel de Paris ; remet, en conséquence, la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel de Paris autrement composée ». Elle condamne la SACD aux dépens. Elle dit que « la cour d’appel (…) a méconnu [la] volonté [des parties] de constituer un droit réel au profit de la fondation ».
  - Mercredi 14 novembre 2012. La Maison de Poésie assigne la SACD pour un nouveau procès en appel prévu par l’arrêt de la Cour de cassation.
  - Juin 2013. La SACD demande, par l’intermédiaire de son avocat, à rencontrer la Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont. Le Président de la Maison de Poésie donne l’accord du Conseil d’Administration de notre Fondation pour une telle rencontre, à une date proposée par la SACD (« la mi-septembre »). La SACD fait repousser la rencontre.
  - 15 Octobre 2013. Rencontre SACD-Maison de Poésie. Échange de vues sans conclusions.
  - 26 novembre 2013. Seconde rencontre SACD-Maison de Poésie. Échange de vues sans conclusions.
  - 12 juin 2014, 14 h. Procès Maison de Poésie / SACD, Cour d’appel de Paris, Pôle 4 – Chambre 1, en collégiale, Rg. n° 12/21582. Salle, escalier Z, 2e étage. Arrêt prévu pour le 18 septembre 2014.
  - Jeudi 18 septembre 2014. Décisions de la Cour d’appel :

 

                   PAR CES MOTIFS

 Infirme le jugement entrepris en toutes ses dispositions ;

 Statuant de nouveau,

 Dit que la fondation « la maison de la poésie» est titulaire d’un droit réel lui conférant le bénéfice d’une jouissance spéciale des locaux tels que contractuellement désignés.

 Dit que cette jouissance ou cette occupation s’exercera de manière exclusive pendant toute la durée de l’existence de la Fondation La Maison de Poésie et conformément aux stipulations 3° à 8°, pages 30 et 31 du contrat daté du 7 avril 1932.

 Ordonne à la SACD de restituer à la fondation « la maison de la poésie» les locaux litigieux

 Déboute la SACD de l’ensemble de ses demandes .

  Rejette toutes demandes plus amples ou contraires.

 Condamne la SACD au paiement des dépens de première instance ainsi qu’au paiement des dépens de l’appel avec recouvrement conformément à l’article 699 du Code de Procédure Civile et à payer à la fondation « la maison de la poésie» la somme de 10 000 euros pour ses frais irrépetibles sur le fondement de l’article 700 du Code de Procédure Civile.

 

FAIRE APPLIQUER L’ARRÊT DE LA COUR D’APPEL

 

      La Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques n’ayant pas obéi à l’arrêt de la Cour d’appel, la Maison de Poésie a entrepris les démarches nécessaires à son application.

   - Mercredi 24 septembre 2014, à 14 h 19. Maîtres Arnaud de Barthès de Montfort et Xavier Desnos, avocats de la Maison de Poésie, demandent à Maître Pierre Cycman, avocat de la SACD, de leur « faire connaître un calendrier de la réalisation des travaux nécessaires » à la remise en état des lieux qui doivent être rendus à la Maison de Poésie. La réponse est demandée avant le vendredi 10 octobre 2014 à 18 h.
  - Vendredi 10 octobre, 18 h. La SACD n’a pas fourni son calendrier de remise en état des lieux qu’elle doit rendre à la Maison de Poésie.
  - Mardi 14 octobre 2014. Les avocats de la Maison de Poésie font remettre par Huissier à la SACD un commandement d’avoir à quitter les locaux de la Maison de Poésie et « de libérer de toutes personnes et de tous biens les lieux (…) occupés indûment », avant le 30 octobre.
  - Vendredi 31 octobre 2014. La SACD n’ayant pas quitté les locaux de la Maison de Poésie et n’ayant fourni aucune explication, la Maison de Poésie donne par huissier assignation à la SACD, « d’avoir à comparaître à l’audience [du] Président du Tribunal de grande instance de Paris, statuant en référé, siégeant au Palais de Justice (…) le mardi 13 janvier 2015 à 13 h 30, Salle des référés droit commun ».
  - Vendredi 21 novembre 2014. La SACD dépose auprès de la Cour de cassation un pourvoi demandant de « casser et annuler la décision » du 24 septembre 2014 de la Cour d’appel de Paris la condamnant et lui ordonnant de restituer ses locaux à la Maison de Poésie.
  - Mercredi 10 décembre 2014. La SACD fait parvenir à la Maison de Poésie un chèque de 10 000 € « pour ses frais irrépetibles sur le fondement de l’article 700 du Code de Procédure Civile », suivant la condamnation de la Cour d’appel.
  - Mardi 23 décembre 2014. La Première Présidence de la Cour de cassation rejette la requête en réduction des délais formée par la SACD.
  - Lundi 29 décembre 2014. L’examen de la requête en radiation déposée dans cette affaire par la Maison de Poésie est fixé à l’audience du 13 mars prochain.
  - Mardi 13 janvier 2015. La SACD comparaît à l’audience du Tribunal de grande instance de Paris siégeant en référé droit commun. Ordonnance prévue le 10 février 2015.

 *


LE PROCÈS D’ALCESTE

 

      Dans le procès que la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques a imposé à la Maison de Poésie, nous sommes toujours restés pendant plus de huit ans d’une parfaite correction vis-à-vis d’un adversaire impitoyable et intransigeant.

     Un personnage créé par l’un de nos plus grands auteurs dramatiques, l’Alceste de Molière, victime lui aussi d’un procès, n’avait pas notre retenue. Il nous a semblé intéressant de rappeler le portrait qu’il traçait de son adversaire grâce à la verve d’un auteur dramatique de talent, excellent versificateur et ami des poètes – mais qui n’appartenait pas à la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques.

 

De cette complaisance on voit l’injuste excès
Pour le franc scélérat avec qui j’ai procès ;
Au travers de son masque on voit à plein le traître,
Partout il est connu pour tout ce qu’il peut être,
Et ses roulements d’yeux et son ton radouci
N’imposent qu’à des gens qui ne sont pas d’ici.
On sait que ce pied plat, digne qu’on le confonde,
Par de sales emplois s’est poussé dans le monde,
Et que par eux son sort, de splendeur revêtu,
Fait gronder le mérite et rougir la vertu.
Quelques titres honteux qu’en tous lieux on lui donne,
Son misérable honneur ne voit pour lui personne ;
Nommez-le fourbe, infâme et scélérat maudit,
Tout le monde en convient et nul n’y contredit.
Cependant sa grimace est partout bien venue ;
On l’accueille, on lui rit, partout il s’insinue,
Et, s’il est, par la brigue, un rang à disputer,
Sur le plus honnête homme on le voit l’emporter.


Molière, Le Misanthrope. I, 1. 1666.


alt

 

*

 

L’ARRÊT MAISON DE POÉSIE

 

      Nous n’avons évidemment pas de compétences juridiques – que celles du justiciable, que nous a imposées depuis 2007 le procès intenté par la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques (SACD) en nous poursuivant pour récupérer nos locaux. Avec l’aide de nos avocats, Maîtres Arnaud de Barthès de Montfort et Catherine Castro (Société de Gaulle et Fleurance), et Maître Jérôme Ortscheidt (cassation), il nous a bien fallu tâcher de suivre les diverses étapes de la procédure. La plus récente nous a été heureusement favorable et notre affaire, tout « insignifiante » au départ, est devenue un important épisode de l’histoire du droit français de propriété.
     En effet, l’arrêt du 31 octobre 2012 de la Cour de cassation, reconnaissant le droit réel de la Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont et condamnant la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques, a suscité de très nombreux commentaires d’éminents juristes. Cet arrêt qui a été intégralement publié par notre revue dans notre numéro 53 (Janvier 2013) a établi une importante jurisprudence que notre incompétence juridique ne nous permet pas de commenter à notre tour, et dont nous nous contenterons de signaler les articles les plus significatifs.
     - Le Recueil Dalloz 2012 constate immédiatement que l’arrêt de la Cour de cassation constitue la « consécration de l’autonomie de la volonté ». Le commentaire d’Antoine Tadros (Maître de conférences à la Faculté de Rennes I) estime que « cette décision » « condamne le dogme du numerus clausus des droits réels », et que « l’arrêt suscite l’intérêt quant à la possibilité de concéder un droit réel perpétuel sur la chose d’autrui ».
     - Le 14 novembre 2012, Le Quotidien, dans ses Brèves, évoque l’arrêt de la Cour de cassation, il rappelle les clauses en faveur de la Maison de Poésie dans l’acte de vente de 1932, et constate que « selon la Haute juridiction, la cour d’appel [qui avait condamné la Maison de poésie] avait méconnu [la] volonté [des parties] de constituer un droit réel au profit de la fondation ».
     - Une étude signée de Mehdi Kebir le 21 novembre 2012, Démembrement de la propriété : droit réel de jouissance spéciale, constate que « cet arrêt (…) est promis à un retentissement particulier du fait de sa future publication dans le rapport annuel de la Cour de cassation, d’autant qu’il éclaire de façon significative l’importante question de l’exhaustivité de la liste des droits réels énumérés par la loi. » L’auteur rappelle « le groupe de travail institué au sein de l’Association Henri-Capitant dont la mission était de réfléchir à une réforme du droit des biens » en 2008. « Il faut noter que, dans cet arrêt, la Cour de cassation va plus loin que l’avant-projet de réforme en admettant que le droit réel de jouissance spécial reconnu puisse perdurer pendant toute la durée de l’existence de la fondation. »
     - Les Éditions Francis Lefebvre dans leurs Actualités du 28 novembre 2012 signalent l’arrêt de la Cour de cassation : « Il est possible de donner à une personne morale le droit d’user un local pour plus de trente ans » et remarquent : « Les conventions légalement formées tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites et elles ne peuvent être révoquées que par leur consentement mutuel ou pour les causes que la loi autorise ».
     - Dans l’édition privée de Lexbase, L’information juridique du 29 novembre 2012, Séverin Jean (Docteur en droit, Université Toulouse 1-Capitol) et Guillaume Beaussonie (Maître de conférence à l’Université François Rabelais de Tours) étudient La création prétorienne d’un droit de jouissance spéciale à durée indéterminée, en partant de « L’arrêt Caquelard » du 13 février 1834 de la Cour de cassation. Pour ces auteurs, après l’arrêt du 31 octobre 2012 de la Cour de cassation, « il faut convenir de la consécration d’un objet nouvellement identifié : un droit réel de jouissance à durée indéterminée ».
     - Dans l’édition générale de La Semaine juridique du 24 décembre 2012 (n° 52), François-Xavier Testu (Professeur à l’Université de Tours), après avoir remercié Me Jérôme Ortscheidt, notre avocat à la Cour de cassation, constate que la Cour « rappelle (…) l’autonomie de la volonté dans les décompositions dont la propriété est susceptible ». Il ajoute que « l’arrêt Maison de Poésie » « reformule une solution que la Haute juridiction avait énoncée il y a presque deux cents ans », il étudie « le régime de la propriété partiaire », puis il montre un certain nombre « des perspectives qu’ouvre le bel arrêt Maison de Poésie ». 
     - Dans le Recueil Dalloz (Études et commentaires) du 10 janvier 2013, une étude particulièrement riche de neuf pages sur deux colonnes de Louis d’Avout (Professeur à l’Université Panthéon-Assas, Paris 2) et Blandine Mallet-Bricout (Professeur à l’Université Jean Moulin, Lyon 3), sous le titre La liberté de création des droits réels aujourd’hui, commence par publier l’intégralité de cet « arrêt fondamental, sobre en la forme, opportun sur le fond, qui manquait à la doctrine française du droit des biens pour affirmer la pérennité du principe de libre création des droits réels, héritée de la jurisprudence post-révolutionnaire. Ce qu’il convient sans doute d’appeler désormais l’arrêt Maison de Poésie doit être rapproché de celui du 23 mai 2012, relatif au droit de crû et à croître ayant affirmé le caractère perpétuel des droits réels sui generis. »
     Nous ne reprendrons pas l’ensemble de la présentation très complète et très intéressante de cette question, même pour un profane, depuis les origines et « l’orientation libérale du droit français des biens » qui est « construit à partir de l’idée de liberté » (au contraire du droit allemand), nous contentant de signaler que les auteurs étudient « les potentialités » de cet arrêt qui « restent largement à découvrir », y compris avec ses « incertitudes », mais quelques lignes extraites de la conclusion de cette intéressante étude sont particulièrement réconfortantes :
     « La poésie mène à tout… Elle conduit ici à une clarification considérable de la théorie des droits réels et à l’affirmation, libérale, de la possible création de droits réels innomés. À n’en pas douter, les potentialités de l’arrêt Maison de Poésie se révéleront peu à peu par l’effet de la pratique, opportunément encouragée à innover ». (…)
     - Le 16 janvier 2013, dans Les Petites affiches, François-Xavier Agostini (Chargé d’enseignement à l’Université d’Aix-Marseille-3) dans un article de six pages sur trois colonnes, commentait cette « Reconnaissance prétorienne du droit réel de jouissance spéciale », après avoir cité l’arrêt de la Cour de cassation et constatait que « jamais depuis l’arrêt Caquelard, la Cour de cassation n’a aussi clairement admis la faculté de libre création des droits réels, le présent arrêt s’identifie en effet comme un véritable arrêt de principe ». Entre autres remarques sur l’arrêt, l’article s’intéresse à la durée du droit réel qui nous est ainsi reconnu : « Il est désormais acquis que la perpétuité peut résulter de la volonté des vendeurs ». En effet, les dispositions de l’acte de vente ont été prévues pour toute la durée de notre Fondation.
     - Hugues Périnet-Marquet, Professeur à l'Université Panthéon-Assas (Paris II) estime que "Le grand arrêt de droit des biens 2012 est manifestement celui qui est venu déclarer que « le propriétaire peut consentir sous réserve des règles d’ordre public un droit réel conférant le bénéfice d’une jouissance spéciale de son bien ». (…)
     Un arrêt qui fera date puisqu’il aura les honneurs du rapport de la Cour de cassation. (…)
     La Cour de cassation casse l’arrêt [de la Cour d’appel] au visa des articles 544 et 1434 du Code civil et avec l’attendu de principe suivant : « Attendu qu’il résulte de ces textes que le propriétaire peut consentir sous réserve des règles d’ordre public un droit réel conférant le bénéfice d’une jouissance spéciale de son bien ». Elle considère, de surcroît, que ce droit avait pu être consenti pendant toute la durée de l’existence de la Maison de Poésie.
     Elle admet donc, de manière éclatante, que le pouvoir de la volonté puisse créer des droits réels de jouissance spéciale. Par voie de conséquence, elle reconnaît que les droits réels ne sont pas en nombre limité et que leur création n’est pas du ressort exclusif du législateur. (…)
     L’arrêt de la Cour de cassation semble salué très favorablement par la doctrine même si certaines réserves sont émises. Saluons donc ce grand arrêt qui renouvelle le droit des biens et qui va nourrir la réflexion et la pratique pendant les années qui viennent".

La semaine de la doctrine. La Chronique.
     -
D'autre part, il faut fermement saluer cette confirmation de la force créatrice de la volonté dans le domaine des droits réels, qui va de pair avec la liberté contractuelle; cette confirmation de la ductilité du droit est un hommage à l'inventivité de l'être humain qu'étoufferait un système juridique exagérément rigide. (...)
     Jean-François Berbiéri, Professeur des Universités. CDA, Toulouse I et CREOP, Limoges, Avocat à la cour de Toulouse. Petites Affiches, 12 juin 2013. N° 117.

 

*

     Pour les non-juristes que nous sommes et les poètes que nous avons toujours essayé d’être, tout cela ne revient-il pas à notre lecture profane et innocente d’un texte signé en 1932 par deux parties de bonne foi, qui s’étaient entendu avec simplicité sur quelque chose qu’on a tenté de compliquer ensuite ? En ce qui nous concerne, nous sommes prêts à revenir à une co-existence qui a duré près de trois-quarts de siècle sans problèmes.

 

                                        La Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont

 

*

      Afin de permettre aux lecteurs intéressés par les questions juridiques de mieux comprendre le litige suscité par la SACD à l’encontre de notre Fondation, nous publions un extrait de l’acte de vente notarié du 7 avril (accepté et confirmé par un décret du Président de la République en date du 15 juin 1932) :

      « N’est toutefois pas comprise dans la présente vente et en est au contraire formellement exclue la jouissance ou l’occupation par la Maison de Poésie et par elle seule des locaux où elle est installée actuellement et qui dépendent dudit immeuble. »

     « Au cas où la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques le jugerait nécessaire, elle aura le droit de demander que ledit deuxième étage et autres locaux occupés par la Maison de Poésie soient mis à sa disposition, à charge par elle d’édifier dans la propriété présentement vendue et de mettre gratuitement à la disposition de la Maison de Poésie et pour toute la durée de la fondation une construction de même importance, qualité, cube et surface pour surface. […] En conséquence de tout ce qui précède, la Maison de Poésie ne sera appelée à quitter les locaux qu’elle occupe actuellement que lorsque les locaux de remplacement seront complètement aménagés et prêts à recevoir les meubles, livres et objets d’art et tous accessoires utiles à son fonctionnement, nouveaux locaux qu’elle occupera gratuitement et pendant toute son existence. »

 

 ***

 

 COMMENT AIDER LES POÈTES ET LA POÉSIE


 À RÉSISTER À CETTE DANGEREUSE OFFENSIVE

 

     Depuis plus de huit ans, la Maison de Poésie est soumise à une offensive permanente qui avait commencé avant même l’assignation en justice, pour que la Fondation Émile Blémont abandonne des locaux pour lesquels la Cour de cassation vient de reconnaître qu’elle jouissait d’un droit réel.
     À plusieurs reprises, la Maison de Poésie a semblé perdre la partie. Elle a été contrainte de trouver un abri pour ses biens les plus précieux, les livres de sa bibliothèque, elle en a perdu d’autres, ses meubles et machines ont été dispersés, elles s’est retrouvée à la rue, elle n’a pu remplir ses missions en faveur des poètes et de la poésie, elle a perdu des sources de revenus, elle a dû licencier son personnel, ses administrateurs ont été soumis à des pressions sans précédents, ils ont eu l’angoisse de devoir interrompre une mission qui leur avait été confiée par le protecteur de Rimbaud et de Verlaine, etc.
     La Maison de Poésie a été attaquée par un adversaire puissant, bénéficiant d’une administration bien équipée, comprenant un service juridique à demeure, des spécialistes, de vastes locaux, jouissant de ressources financières importantes.
     Pour lui faire face, la Fondation Émile Blémont était bien fragile et modeste, ayant peu de personnel, s’appuyant sur des bénévoles, rassemblant des poètes aux droits d’auteur ridicules, s’occupant d’un secteur littéraire, la poésie, en complète déshérence, organisant des rencontres et autres matinées littéraires gratuites, aux ressources financières minuscules, en dehors des modes, des chaudsbizness et autres pipolisations, bref, des gens sans appuis, des David un peu attardés dans un monde qui n’existe plus. Des gens qui ne passent jamais à la télévision…

*

 

    

 L’AIDE DES AMIS DE LA POÉSIE RESTE NÉCESSAIRE

 

     La Maison de Poésie a pu tenir bon sous l’orage grâce à de très nombreux soutiens qui ont sans cesse réconforté ses responsables.
      Il n’empêche qu’elle a besoin d’aide financière.
     - La Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont est reconnue d’utilité publique. Elle est habilitée à recevoir dons et legs. Chaque don, même modeste, est une aide bienvenue qui fait l’objet d’un reçu (pour déductions d’impôts prévues par la loi).
     - Les abonnements à sa revue Le Coin de table constituent une aide très largement efficace, car elle contribue en outre à la diffusion de la poésie et des œuvres de poètes contemporains connus ou à découvrir. (70 €/an, chèque à l’ordre de « la Maison de Poésie »).

       Nous invitons les amis de la poésie à participer à la Renaissance de la Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont, par leurs dons et par la souscription de nouveaux abonnements au Coin de table.


 ***********

 

 MALHEUR AUX JEUNES POÈTES !

 

     En 1872, Émile Blémont, grand bourgeois fortuné, distingué et bien élevé, alors âgé de trente-trois ans, alla chercher deux jeunes poètes inconnus et mal considérés, mais dont il avait su discerner le talent, pour les faire asseoir au Coin de table du peintre Fantin-Latour : Paul Verlaine et Arthur Rimbaud. Le plus vieux avait vingt-huit ans ; l’autre à peine dix-huit.
     À l’exemple de son Fondateur, la Maison de Poésie a toujours voulu aider les jeunes poètes encore inconnus (et pas forcément mal considérés). C’est pourquoi elle accueille toujours dans la revue Le Coin de table ou sur son site de jeunes poètes dont nous ne savons rien, sinon que nous aimons les poèmes qu’ils nous ont envoyés. C’est pourquoi elle a publié et continue de le faire des recueils de jeunes poètes.
     L’aide de la Maison de Poésie aux jeunes poètes s’est particulièrement manifestée avec le Prix Arthur Rimbaud, réservé à un jeune poète de dix-huit à vingt-cinq ans. Ce Prix, organisé en participation avec le Ministère de la Jeunesse, doté de 5 000 euros, a été décerné pendant vingt ans. Il a suscité des milliers d’envois. Chaque année, la Maison de Poésie a publié une sélection des meilleurs poèmes des candidats.

 

Manuscrits du Prix Rimbaud

 

 

     Ce Prix a été supprimé par Martin Hirsch, appelé par Nicolas Sarkozy à transformer le Ministère en Haut-Commissariat indifférent à la poésie des jeunes auteurs. Alors, la poésie… Les jeunes gens qui en écrivent… Le Haut-Commissariat et son commissaire ont disparu; la poésie demeure.

     Illustration d'Aureélie Monfait

 

 

Illustration d’Aurélie Monfait. 19 ans. (École Supérieure Estienne des Arts et Industries graphiques)
Le nouveau Printemps des jeunes poètes
Nous nous emploierons à retrouver les conditions nécessaires au renouvellement de ce Prix.

 

*

Ouvre ma main…

 

Ouvre ma main
je refuse de te voir
Quelle sera ma chanson demain

 
Tu es trop beau mon amour
trop simple de moi
j’exige de toi la vie

 
Je ne suis pas compréhensible
je suis inattachée
tu es trop près mon amour

 
As-tu le bonheur
je suis inconstance
tes yeux trop doux trop droits

 
Ne me cherche pas
je suis introuvable
je n’existe pas.

 

Cécile Bétouret. 20 ans. Prix Arthur Rimbaud 1997.
Le Point du jour.
100 poèmes et dessins de 23 jeunes artistes d’aujourd’hui. © La Maison de Poésie.

 

*

 Joie du mauve

 

Le mauve – peu importe –
La mort qui te ravage
La douleur qui t’escorte
Vers de taiseux barrages

 
Si les sentiers s’éboulent
– Ton cœur dessus de sorte
Que c’est ta vie qui croule
Avec eux – peu importe

 
Et si tes mots pourrissent
Que le silence crisse
Où tu vois apparaître

 
Le pire peu impor-
Te tu auras encor
De la joie pour y être

 

Camille Bonneaux. 22 ans. Mention spéciale. Prix Arthur Rimbaud 2009.
Rimbaud 007.
© La Maison de Poésie.

 

     Rimbaud 006        Rimbaud 008        Rimbaud 007


 

RENCONTRES

 

     La Maison de Poésie a été chassée par la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques de ses locaux historiques où elle recevait régulièrement les poètes et amis de la poésie, au cours de conférences, lectures, matinées littéraires ou de rencontres informelles.

     Pour le moment, ces manifestations littéraires se tiennent dans les locaux de la Société des Poètes Français qui les met généreusement à la disposition de la Maison de Poésie, en témoignage de solidarité. La Maison de Poésie réunit également ses amis en d’autres lieux.

 

   Coin de table Fantin    Klingsor    Martineau

 

 

 

          Bibliothèque vide              Déménageurs

 

 

     La Cour de cassation, par un arrêt rendu le 31 octobre 2012, a reconnu le droit réel de la Maison de Poésie et condamné la SACD. Cet arrêt fera date et il permet à la Maison de Poésie d'envisager favorablement un nouveau procès en Cour d'appel. Nous reproduisons ici cet arrêt historique :

 

CIV.3

CH.B

 

COUR DE CASSATION

 

 Audience publique du 31 octobre 2012

Cassation

M. TERRIER, président

Arrêt n° 1285 FS-P+B+R

Pourvoi n° Z 11-16.304

 

 

R E P U B L I Q U E     F R A N C A I S E

        

AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS

        

 

LA COUR DE CASSATION, TROISIÈME CHAMBRE CIVILE,

a rendu l’arrêt suivant :

 

     Statuant sur le pourvoi formé par la société La Maison de Poésie, dont le siège est 11 bis rue Ballu, 75009 Paris,
contre l’arrêt rendu le 10 février 2011 par la cour d’appel de Paris (pôle 4, chambre 1), dans le litige l’opposant à la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD), dont le siège est 11 bis rue Ballu, 75009 Paris,

 défenderesse à la cassation ;

 La demanderesse invoque, à l’appui de son pourvoi, les trois moyens de cassation annexés au présent arrêt ;

      LA COUR, composée conformément à l’article R. 431-5 du code de l’organisation judiciaire, en l’audience publique du 25 septembre 2012, où étaient présents : M. Terrier, président, Mme Feydeau, conseiller rapporteur, Mme Fossaert, MM. Fournier, Échappé, Pameix, Mme Salvat, conseillers, Mmes Proust, Pic, M. Crevel, Mmes Meano, Renard, conseillers référendaires, M. Bailly, avocat général référendaire, M. Dupont, greffier de chambre ;

      Sur le rapport de Mme Feydeau, conseiller, les observations de la SCP Ortscheidt, avocat de la société La Maison de Poésie, de la SCP Hémery et Thomas-Raquin, avocat de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques, l’avis de M. Bailly, avocat général référendaire, et après en avoir délibéré conformément à la loi ;

      Sur le deuxième moyen :

 Vu les articles 544 et 1134 du code civil ;

      Attendu qu’il résulte de ces textes que le propriétaire peut consentir, sous réserve des règles d’ordre public, un droit réel conférant le bénéfice d’une jouissance spéciale de son bien ;

      Attendu, selon l’arrêt attaqué (Paris, 10 février 2011) que par acte notarié des 7 avril et 30 juin 1932, la fondation La Maison de Poésie a vendu à la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (la SACD), un hôtel particulier, l’acte mentionnant que « n’est toutefois pas comprise dans la présente vente et en est au contraire formellement exclue, la jouissance ou l’occupation par la Maison de Poésie et par elle seule des locaux où elle est installée actuellement et qui dépendent dudit immeuble » et « au cas où la SACD le jugerait nécessaire, elle aurait le droit de demander que le deuxième étage et autres locaux occupés par La Maison de Poésie soient mis à sa disposition, à charge pour elle d’édifier dans la propriété présentement vendue et de mettre gratuitement à la disposition de La Maison de Poésie et pour toute la durée de la fondation, une construction de même importance, qualité, cube et surface pour surface » (…) « en conséquence de tout ce qui précède, La Maison de Poésie ne sera appelée à quitter les locaux qu’elle occupe actuellement que lorsque les locaux de remplacement seront complètement aménagés et prêts à recevoir les meubles, livres et objets d’art et tous accessoires utiles à son fonctionnement, nouveaux locaux qu’elle occupera gratuitement et pendant toute son existence », que le 7 mai 2007, la SACD a assigné La Maison de Poésie en expulsion et en paiement d’une indemnité pour l’occupation sans droit ni titre des locaux ;

      Attendu que pour accueillir la demande l’arrêt retient que le droit concédé dans l’acte de vente à La Maison de Poésie est un droit d’usage et d’habitation et que ce droit qui s’établit et se perd de la même manière que l’usufruit et ne peut excéder une durée de trente ans lorsqu’il est accordé à une personne morale est désormais expiré ;

      Qu’en statuant ainsi, alors que les parties étaient convenues de conférer à La Maison de Poésie, pendant toute la durée de son existence, la jouissance ou l’occupation des locaux où elle était installée ou de locaux de remplacement, la cour d’appel, qui a méconnu leur volonté de constituer un droit réel au profit de la fondation, a violé les textes susvisés ;

 

PAR CES MOTIFS, et sans qu’il y ait lieu de statuer sur les autres moyens :

 

CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l’arrêt rendu le 10 février 2011, entre les parties, par la cour d’appel de Paris ; remet, en conséquence, la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel de Paris, autrement composée ;

 

Condamne la Société des auteurs et compositeurs dramatiques aux dépens ;

 Vu l’article 700 du code de procédure civile, condamne la Société des auteurs et compositeurs dramatiques à payer à La Maison de Poésie la somme de 2 500 euros ;

 Dit que sur les diligences du procureur général près la Cour de cassation, le présent arrêt sera transmis pour être transcrit en marge ou à la suite de l’arrêt cassé ;

 Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, troisième chambre civile, et prononcé par le président en son audience publique du trente et un octobre deux mille douze.

 

                                                                     


 Manifestations poétiques et rencontres.


      Au milieu de ces tribulations, soumise à une pression permanente de la part d’une SACD particulièrement offensive, la Maison de Poésie n’a pas pu organiser comme les années précédentes toutes les activités littéraires habituelles. 

  

Gilles de Obaldia

 

 

     Dernière réunion

 

    

Publications

 

     La Maison de Poésie a décidé de continuer la publication de sa revue malgré des conditions difficiles.

       Les quatre numéros annuels de la revue Le Coin de table ont été publiés régulièrement en 2011, 2012, 2013 et 2014. Depuis plusieurs années, la revue a atteint l’équilibre financier. La Maison de Poésie poursuit en 2015 l’édition du Coin de table, une revue originale et essentielle dans le paysage poétique actuel. Depuis plusieurs années le Centre National du Livre ne consent aucun soutien financier à la revue. Il n’a apporté aucune aide à la Fondation dans ses difficultés considérables de 2011. Le CNL ne nous a été d’aucune utilité dans la tempête. Même pas une petite bouée pour le mousse.

     L’abonnement au Coin de table (70 €, pour la France, en 2015, inchangé depuis plusieurs années) est un moyen d’aider la Maison de Poésie à continuer.


                                                              

     

 

Aides à la création. Prix littéraires.


      Les circonstances ont empêché la Fondation de donner ses habituels Prix littéraires et d’aider des jeunes poètes à publier leurs œuvres en recueil. Toutefois, plusieurs ont été accueillis dans la revue et sur le site de la Fondation.


                                                                    

 

Bibliothèque


      Elle n’est plus disponible.


                                                                      

 Site


        Plus de 20 000 visiteurs l’ont consulté en 2011; autant en 2012 et en 2013. En 2014, 27 000. Il donne diverses informations sur la Maison de Poésie, la revue Le Coin de table, l’histoire de la Fondation, etc. Il publie de nombreux poèmes, de poètes déjà célèbres et de jeunes poètes encore peu connus.
     En août et septembre 2011, il a été la cible d’une attaque malveillante provenant de sources inconnues (en apparence géographiquement lointaines, Afrique, Amérique du sud, en réalité non localisables) qui renvoyaient les visiteurs vers un site pornographique, ce qui avait amené l’hébergeur à déclarer notre site « dangereux » pendant plusieurs semaines. Notre informaticien a réussi à libérer notre site, après divers travaux, dont le coût a été à notre charge, sans que nous puissions savoir si cette attaque était due au hasard ou était volontairement ciblée sur nous. Le service de police spécialisé a été informé.

 

*

 

     La Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont a continué à vivre malgré toutes ces difficultés – ce qui n’est pas une mince réussite. 

     Elle a pu constater que ses nombreux amis lui apportaient un soutien psychologiquement très réconfortant et financièrement efficace, puisque jamais les dons n’avaient été aussi importants. Elle a particulièrement remercié les Sociétés d'auteurs qui l'ont soutenue, particulièrement la Société des Gens de Lettres, le Pen Club de FFrance et la Société des Poètes Français, une centenaire très active, qui a bien voulu l'accueillir en attendant de retrouver ses locaux. Elle a également remercié la Direction du livre et de la lecture du Ministère de la Culture et la Bibliothèque nationale de France qui accueille sa bibliothèque.

     Après la décision favorable et historique de la Cour de cassation, après la condamnation de la SACD par la Cour d'appel qui a ordonné le retour de la Maison de Poésie dans ses locaux, l’avenir de la Fondation va aussi dépendre d’un mécénat qui reste à trouver. 

 

Bailly

 

 

                                                

 

Comment nous aider ?

 

- En s’abonnant à la revue trimestrielle Le Coin de table. Un an, France : 70 €. Étranger : 80 €. Chèque à l’ordre de « La Maison de Poésie ».

- En adhérant à l’Association des Amis d’Émile Blémont : La Maison de Poésie. La Société des Poètes Français. 16, rue Monsieur-le-Prince. 75006 Paris (adhésion pour 2012 : à partir de 5 €).

- En faisant un don à la Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont, reconnue d’utilité publique, actuellement en difficulté financière (un reçu sera envoyé pour bénéficier des remises d’impôt prévues par la loi).

 

*

Association des Amis d'Émile Blémont

 

     Pour aider la Maison de Poésie, actuellement en difficulté, à poursuivre l’œuvre de son Fondateur Émile Blémont, une association a été créée en 2011.

     Émile Blémont fut un poète et un généreux mécène que l’AAÉB aidera à ne pas oublier. L’action Emile Blémont a été remarquable en faveur de la Poésie, et d’une façon générale il défendit toujours la culture et les grandes valeurs humaines. Sa correspondance montre son soutien envers les poètes, concrétisé aussi bien par des aides financières que par des aides morales. Certains d’entre eux sont célèbres aujourd’hui, notamment Verlaine, avec lequel il a toujours été en contact. Le pauvre Lélian lui a d’ailleurs rendu hommage dans un poème. On peut citer également Léon Valade que Blémont a toujours aidé. Émile Blémont fit don à l’État de sa correspondance avec ces deux poètes. Les lettres de Verlaine sont conservées à la Bibliothèque Nationale de France et celles de Léon Valade à la Bibliothèque de Bordeaux, sa ville natale. Le tableau de Fantin-Latour, Coin de table, qu’il offrit également à l’État, se trouve aujourd’hui conservé au Musée d’Orsay. Membre du Conseil de famille des petits-enfants de Victor Hugo, il participa à la création de son Musée de la Place des Vosges.
Sa position sociale lui permettait d’avoir des relations au plus haut niveau. Ses démarches et ses interventions suscitèrent la création d’une Bourse de voyage littéraire, il fut nommé Président de sa commission. Ne pouvant décider l’Etat à ouvrir, avec son aide, un Musée des poètes, Emile Blémont créa, par testament, La Maison de Poésie, fondation reconnue d’utilité publique en 1928 par le Président de la République Gaston Doumergue.
La dernière pensée d’Émile Blémont fut donc pour les poètes et la Poésie. L’AAÉB veillera à maintenir son nom et à poursuivre son œuvre dans le même esprit de générosité et d’ouverture.

     Association des Amis d’Émile Blémont. La Maison de Poésie. Société des Poètes Français. 16, rue Monsieur-le-Prince. 75006 Paris.  Adhésion à partir de 5 Euros.

 Présidente Mathilde Martineau.

 

 *

À Émile Blémont

 

La vindicte bourgeoise assassinait mon nom
Chinoisement, à coups d'épingle, quelle affaire !
Et la tempête allait plus âpre dans mon verre.
D'ailleurs du seul grief, Dieu bravé, pas un non,

Pas un oui, pas un mot ! L'Opinion sévère
Mais juste s'en moquait autant qu'une guenon
De noix vides. Ce bœuf bavant sur son fanon,
Le Public, mâchonnait ma gloire... encore à faire.

L'heure était tentatrice et plusieurs d'entre ceux
Qui m'aimaient en dépit de Prud'homme complice,
Tournèrent carrément, furent de mon supplice,

Ou se turent, la peur les trouvant paresseux,
Mais vous, du premier jour vous fûtes simple, brave,
Fidèle, et dans un cœur bien fait cela se grave.

Paul Verlaine, Amour.

Léon Vanier, 1888.

 

Blémont par Cazals

 

Cazals, Émile Blémont.

*



PUBLICATIONS DE LA MAISON DE POÉSIE

 

 

  GRANDE COLLECTION

 

- Les invités du Coin de table. Florilège (1955-)1995. 300 poèmes. 400 p. 30 €.

- « Je ne veux qu’une chose, être aimée ».  50 lettres inédites de Juliette Drouet à Victor Hugo reproduites en fac-similé. Présentation et commentaires de S. et J. Charpentreau. 232 p. 30 €.

- « Pour vous seule ». 53 lettres inédites d’Alfred de Vigny à Céline Cholet, reproduites en fac-similés. Présentation et commentaires de J. Charpentreau. 160 p. 30 €.

- « Bonjour, Monsieur Blémont ! ». La Bohème des années 1870, par Mathilde Martineau. Avec 70 reproductions en fac-similés et de nombreux originaux. 200 p. 30 €.

- Philippe Chabaneix, Œuvres poétiques. I. Rassemblées et présentées par Jean-Luc Moreau. 440 p. 45 €.

- Anthologie de la Poésie française de Paul Verlaine à Tristan Klingsor (1866-1955). 400 p. 8 €.

*

 

POÈMES

 

- Émile Blémont, L’Âme étoilée, 12 €.

- Jacques Charpentreau, Musée secret. Le Chant de la lumière. Le Visage de l’ange. Le Papillon sur l’épaule. La Part des anges. 12 €. La Rose des fables, 18 €. La Petite Rose des fables, 10 €. Ombres légères, 16 €.

- Luc Decaunes, Poésie, 12 €. Inconvenances, 8 €.

- Robert Houdelot, Le Laurier noir, 12 €.

- Bernard Jourdan, L’hiver qui vient, 12 €.

- Daniel Lander, Peines perdues, 12 €.

- Jean Lestavel, Départs. Les Arbres chantent, 12 €.

- Bernard Lorraine, Stances, suivi du Livre de l’identité, 16 €.

- Michel Manoll, Louisfert-en-Poésie, 12 €.

- Maximine, Les visiteuses, suivi de Quelques lilas, 12 €.

- Jean-Luc Moreau, La Bride sur le cœur, 12 €.

- Gilles de Obaldia, L’herbe haute, 16 €.

- Camille Pelletan, Poèmes secrets, 12 €.

- Georges Sédir, Grand jeu. Il se fait tard, 12 €.

- Léon Vérane, Les étoiles et les roses, 12 €.

- Robert Vigneau, Une vendange d’innocents, 16 €.

- Youri, Poèmes de jour, Poèmes de nuit, 16 €.

 

     La plupart de ces ouvrages ne sont pas actuellement disponibles, par suite de l'offensive de la SACD. Avant toute commande, se renseigner à la Maison de Poésie, Société des Poètes Français. 16, rue Monsieur-le-Prince. 75006 Paris.

 

Patrimoine

 

      Pour le moment, la Maison de Poésie n'est plus en mesure de mettre à la disposition des lecteurs et des chercheurs le patrimoine poétique dont elle a la garde depuis plus de quatre-vingts ans. Il est indisponible, mais en sécurité dans les réserves de la Bibliothèque Nationale de France, à la suite de l’expulsion par la SACD.

 

 Pérennité d'une œuvre poétique

 

     Pour le moment, la Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont ne peut plus apporter son aide à la pérennité de l'œuvre d'un poète, à la suite de son expulsion au bénéfice de la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques.

           

 

 DONS, LEGS ET MÉCÉNAT

 

 

 La Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont

 

est reconnue d'utilité publique

 

     À ce titre, elle peut recevoir des dons et legs donnant droit à des réductions d’impôt prévues par la loi.
     Tous ces dons, même les plus modestes, aident financièrement la Maison de Poésie à répondre à sa vocation, et ils constituent un précieux encouragement.
     Chaque don, par chèque établi à l’ordre de la Maison de Poésie, fait l’objet d’un reçu à remettre aux services fiscaux.
     Les contribuables peuvent ainsi décider de l'affectation d'une partie de leur impôt. Nous remercions tous ceux qui choisissent de maintenir, d'aider, et de faire vivre la poésie.

 

**

 Contribuables assujettis à l’Impôt de Solidarité sur la Fortune (ISF) :

Réduction de l’ISF du montant des sommes versées à la Maison de Poésie suivant les modalités prévues par la loi.

 

  La Fondation est habilitée à recevoir les legs et successions.

 

                                                   

 

 

Nous avons tous besoin de la poésie.

 

 La poésie a besoin de vous !

 

 

 

***********************************


Mise à jour le Lundi, 02 Mars 2015 07:34