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LA MAISON DE POÉSIE


Fondation Émile Blémont

Reconnue d´utilité publique


16, rue Monsieur-le-Prince. 75006 Paris

06 37 51 17 09


La Maison De Poésie Actualités
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- Par courrier postal : La Maison de Poésie. Société des Poètes Français.

     16, rue Monsieur-le-Prince. 75006 Paris.

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Actualités

 

 

Mars-Avril 2014

 

 

 

 GRANDES ESPÉRANCES EN ATTENTE

 

 

 

     Par-delà tous les vœux d’usage, la plus grande richesse d’une nouvelle année qui commence, c’est l’espoir de changements bénéfiques qu’elle peut laisser espérer.

 

Un nouveau procès en appel



    La Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont attend avec un optimisme raisonnable le nouveau procès en appel dans le litige qui l’oppose à la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques (SACD). Pendant sept années, de procès en procès, la SACD a poursuivi la Maison de Poésie avec un acharnement inattendu de la part d’une société d’auteurs manifestement attirée par l’appât du gain, et elle a obtenu sans égard notre expulsion de nos locaux d’origine.
      Mais la Cour de cassation, dans un arrêt devenu historique et qui a fait l’objet de très nombreux commentaires des plus éminents juristes, a reconnu le bien-fondé de notre cause et a renvoyé les deux parties devant la Cour d’appel autrement constituée, en condamnant la SACD aux dépends. Nous espérons que le prochain procès, en juin 2014, nous remettra dans nos locaux.
      Nous serons à nouveau en mesure d’assurer pleinement notre vocation, au service de la poésie et des poètes.

 

La fin d’une époque


      De toute façon, la poésie continue – non pas à être largement diffusée et partagée, mais à être écrite et publiée, même s’il s’agit souvent de publications confidentielles. Et on le comprend. Que manque-t-il le plus souvent à ces publications poétiques ? Tout simplement l’essentiel : la poésie.
      Aujourd’hui, la plupart des poèmes écrits en français ou traduits de n’importe quelle autre langue appartiennent à une espèce de langue internationale sans saveur, sans vigueur, dans un vague galimatias é-nervé, ce sont tous les mêmes, petites pensées, petits tableautins, parlant de la poésie au lieu de la faire. Comme le remarquait excellemment Miloscz, Prix Nobel de littérature en 1980, la poésie ne peut pas être séparée de la langue, quelle qu’elle soit. Ce qui explique la difficulté de toute traduction, puisqu’en poésie, ce ne sont pas des idées qu’il faut traduire, mais, par-delà des sentiments et sensations, un chant spécifique.
      Nous constatons que le vers-libre international passe-partout est mort. Il ne le sait pas encore. Comme un poulet au cou coupé, il trottine un moment – sans tête.
      Nous ne préconisons pas du tout le retour au vers classique – mais simplement la renaissance de la poésie, qu’elle rime ou pas, c’est-à-dire une forte exigence des poètes.
      Dans le numéro de janvier de notre revue Le Coin de table, une longue et minutieuse étude (Vers encagés et vers libérés) montre pourquoi et comment le vers-libre à l’origine, à la fin des années 1880 et au début du XXe siècle, participait entièrement et parfaitement à l’art poétique. Tout simplement en utilisant autrement les caractéristiques métriques et rythmiques du français. Les mauvais lecteurs et mauvais poètes ont cru qu’ils feraient la même chose en écrivant n’importe-quoi n’importe-comment.
      De plus en plus de poètes se rendent compte de l’impasse où les engage le vague du n’importe-quoi courant, cette internationale de la médiocrité.
      C’est l’une de nos espérances : une prise de conscience des poètes d’une nécessaire remise en cause d’un art qui a confondu le vers-libre et la prose tronçonnée. Comme l’a si bien dit Aragon : « La liberté est une chose sacrée, j’ai horreur de la licence. Cela est vrai aussi dans la prosodie. »

 

La Maison de Poésie

 

                          


 

UNE NOUVELLE PUBLICATION

 

DE LA MAISON DE POÉSIE :

 

Secrets. Couverture

 

 

JACQUES CHARPENTREAU

 

LES SECRETS DU ROYAUME

 

Poèmes pour de jeunes lecteurs

 

     Un nouveau recueil publié par la Maison de Poésie : soixante-dix nouveaux poèmes pour réjouir tous ceux qui aiment la poésie – et d’abord ces « jeunes lecteurs » qui découvrent les merveilles de l’imagination et des mots, ces mots qui les amènent au royaume de la poésie et de la vie.
     On sait bien que l’accord des enfants et de la poésie est une rencontre à la fois merveilleuse et naturelle, mais on sait aussi combien il est délicat de choisir les poèmes de cette première rencontre. En voilà quelques-uns qui ne décevront pas leurs jeunes lecteurs (ni les parents qui retrouveront eux aussi leur premier émerveillement poétique).
     Le charme de ces vers, au sens de « l’enchantement », vient de leurs images d’une simplicité éblouissante, et de leur chant qui est celui d’une versification si souple, si harmonieuse, qu’elle semble naturelle, alors que la poésie utilise ici toutes les ressources du vers français.
     Ce n’est pas par hasard que beaucoup de poèmes de Jacques Charpentreau sont lus, aimés, partagés dans les écoles en France et dans tous les pays où notre langue est parlée avec des accents plus ou moins divers, qu’on les retrouve dans des écoles françaises en Indonésie ou en Afrique, et en traductions jusqu’en Russie ou en Chine. On peut dire que cette poésie qui chante dans ces classes est ainsi devenue une poésie classique – mais vivante.
     Jacques Charpentreau a reçu de nombreux Prix (y compris de l’Académie française) et un groupe scolaire a choisi de porter son nom. Mais sa plus grande récompense, c’est que ses poèmes soient appris et chantonnés par des enfants pour leur propre plaisir – et peu importe qu’ils aient oublié le nom du poète, s’ils entendent longtemps, toute leur vie peut-être, ses vers chanter en eux.

 

Un livre de 104 pages, 11,7 cm x 18,5 cm. 18 euros. Avec des collages de l’auteur.

 ISBN : 978-2-35860-025-5

 

  LA TOURELLE. LA MAISON DE POÉSIE

 SOCIÉTÉ DES POÈTES FRANÇAIS. 16, RUE MONSIEUR-LE-PRINCE. 75006 PARIS

 

En vente en librairie ou à la Maison de Poésie (ajouter 2 € pour participation aux frais d’expédition).

 

 

Les papillons

 

 

L’été, sous l’arbre à papillons,
Sur l’herbe verte je m’allonge
Et dans les rêveries du songe
Je contemple leur tourbillon.

Par cent, par mille, par millions,
Frémissent les petites ailes
Dont toutes les couleurs se mêlent,
Jaune, blanc, doré, vermillon.

Maillons, médailles, médaillons,
Un doux nuage de bijoux
Caressant vient frôler ma joue
En pacifique bataillon.

Je rêve comme Cendrillon
Et dans l’odeur sucrée des fleurs
Au milieu de mille couleurs,
Je vole avec les papillons.

 

 *

 

 

La nuit. Le jour.

 

 

Je rêvais que j’étais
L’oiseau qui s’envolait
Le poisson qui nageait
Le cheval qui trottait
Le chat qui ronronnait.
J’étais bien. Je rêvais.

Je rêvais que j’étais
Le fleuve qui coulait
L’océan qui grondait
L’arbre qui bourgeonnait
Le vent qui s’enfuyait.
J’étais bien. Je rêvais.

Je me réveille et c’est
La nuit qui se défait
Le soleil qui paraît
Le jour que je connais
Le monde qui renaît.
Je vis. Je viens. Je vais.

 

 

Sortilèges                           Mes bêtes

 

 

 

 

L’épouvantail

 

 

Dans mon jardin, l’épouvantail
Est l’ami des petits oiseaux.
Vieille veste et chapeau de paille,
Jambes de bois, bras de roseaux,
Tous les petits oiseaux l’assaillent.

Dans mon jardin, l’épouvantail
Est le roi des coquelicots.
Il règne avec son vieux chandail
Sur les champs d’ails et les champs d’aulx,
Sur les pinsons et sur les cailles.

Dans mon jardin, l’épouvantail
Rêve la nuit qu’il est oiseau,
Coupant le ciel en prétentailles
Avec ses ailes en ciseaux,
Puis le recoud vaille que vaille.

Dans mes rêves, l’épouvantail
M’emmène voler tout là-haut.
Je vois Paris, Nantes, Versailles,
Les Trianons, les Grandes Eaux !
Sous les étoiles, je tournaille.

Plus tard, plus vieux, si je travaille,
J’aurai ma veste et mon chapeau,
Et sur mes bras en éventail
J’accueillerai tous les oiseaux,
Quand je serai l’épouvantail.

 

 

                                                                                

 

 POÈMES PUBLIÉS DANS 

 

LE COIN DE TABLE


 

Le mouvement

 

Le mur bouge, le ciel avance,
– Et tout se fabrique en secret,
Le vide n’a jamais d’absence ;
Rien ne se fige sous la paix !

Tout ce que l’on croit immobile
Cache dans son rythme intérieur
Une construction difficile
Dont la nature est l’ingénieur.

Le caillou : poussière qui roule,
Semble posé sur le chemin,
Il est né du temps qui le moule
En agglomérant tous ses grains.

Les heures ont des lois secrètes
Sous les rythmes de nos journées,
– Et tout se crée dans notre tête
Où se meuvent nos destinées.

La nuit bouge, le chemin tourne,
La montagne vient de la mer,
Je suis le potier qui séjourne
Dans le mouvement de la terre !

 

 Mireille Tenenbaum

 

***

 

Quelquefois…

 

 

Quelquefois une tristesse
vous prend

comme la main d’une femme
en allée

elle dort sous vos lèvres
et vos mots sont craintifs

le silence est la dot
de ses rêves

ne la réveillez pas
c’est la page blanche
de l’être

l’immaculé sourire
de la mort lointaine

c’est l’âme du jour
qui repose
parmi les feuilles des vivants

                                                                                            

Jean-Patrick Desvignes

 

***

 

Jette l’éponge et rends ton tablier
Noie ton chagrin brûle avec tes cahiers
Les trois vaisseaux chargés de l’or des songes
Ne pipe mot de l’espoir qui te ronge
                     Jette l’éponge

Adieu pantoufle et chausse tes souliers
Prends ton bâton de frêne ou de laurier
Pars vers ton ombre où le soleil l’allonge
                     Jette l’éponge

Tourne le dos aux langueurs du foyer
Choisis l’étrange et périlleux sentier
Par les sous-bois où luit la fausse oronge
Comme la chèvre ayant cassé sa longe
Risque ta mort sans en avoir pitié
                     Jette l’éponge.

 

*

 

Prépare ta mort
Les enfants sont traîtres
Déchire tes lettres
Distribue ton or

Aux désirs retors
Des nichées à naître
Et par la fenêtre
Brade tes remords.

Vide tes tiroirs
Brûle tes poèmes
Cendres qu’ils essaiment

Vers de noirs terroirs
Sans yacht ni trirème
Cingle vers le soir.

 

Marie-Hélène Estève

 

                                  

 

LA BIBLIOTHÈQUE EST VIDE

 

– MAIS LA POÉSIE CONTINUE !

 

 

     LA BIBLIOTHÈQUE POÉTIQUE VIDE DE LA MAISON DE POÉSIE chassée de ses locaux historiques par une Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques (SACD) ayant succombé à l’appel du profit, c’est le symbole de l’état actuel de la poésie : rien de plus parlant que le mutisme de ses rayonnages. À cette vacuité on peut adjoindre la fermeture récente de plusieurs librairies en différentes régions, la disparition de diverses revues poétiques, la diminution ou la suppression d’aides de l’État ou d’administrations locales à la poésie (au Printemps des Poètes, en particulier), la subtile campagne des fanatiques d’internet contre le livre, toute une liste de désastres affligeants, qui atteignent diversement la poésie – auxquels pourrait s’ajouter la situation générale de l’école.

 

 Biblioth. rose vide


      Tout ce vertige du vide qui affaiblit la poésie et la rend exsangue, s’accompagne d’un trop-plein grotesque, celui de la parade des clowns au nez rouge qui flanquent des coups de pied (de l’âne) à la poésie avec la bénédiction chafouine de poètologues ensorbonnicolloqués quasi officiels mais officiant dans le désert. (…) Nous n’avons jamais rencontré un seul acheteur de leurs chosettes, des ersatz en forme de livres bien imités (couverture, papier, pages, caractères imprimés). Beaucoup de ces machins sont subventionnés ; nous n’irons pas jusqu’à évoquer la « poésie officielle », mais enfin, ces briquettes nous la rappellent. Désormais, toute subvention nous est suspecte.
      Alors, serions-nous guettés par un pessimisme absolu ? Sommes-nous irrémédiablement sans espoir ?

      Pas du tout !

     L’abondance de poèmes de valeur que nous recevons, la confiance et la fidélité de  nos lecteurs, les messages de soutien que nous envoient les meilleurs poètes d’aujourd’hui, la bonne utilisation des relatives facilités d’édition comme de la diffusion par internet, l’existence de nombreuses classes d’écoles primaires où la poésie reprend vie tous les jours, tout nous incite à ne rien abandonner de nos espoirs et de nos exigences malgré « la bêtise au front de taureau » que dénonçait déjà Baudelaire, une bêtise aujourd’hui hargneuse, avilissante, puissante et sûre de son bon droit car elle possède l’argent, le pouvoir, les machines à décerveler d’Ubu, roi de nos sociétés. Notre revue, notre Fondation, et avec nous des poètes, des amis, d’autres associations, d’autres sociétés, tous, nous tenons bon, assiégés par la marée de l’anti-culture.
      Le Coin de table est l’un des points de résistance ; contre l’abêtissement qui arrange bien les petites et grandes affaires des puissants, nous constituons un point d’ancrage (ne résistons pas au calembour quand il est révélateur : un encrage de résistance).
      Tout cela dépasse évidemment la seule poésie. C’est une certaine idée de la civilisation que nous défendons aussi.
      En ce qui nous concerne directement, nous attendons une décision de justice en espérant retrouver locaux, activités, publications, etc. Nous ne pouvons qu’ « attendre et espérer », avec ceux qui, comme nous, refusent la soumission aux nouvelles normes qu’elles soient poétiques, culturelles ou sociales. C’est un combat à mener sans trêve, et nous le menons sur notre terrain, essentiellement celui de la poésie.
      Ceux qui se veulent poètes, et pas seulement gugusses d’une foire plus ou moins officialisée par les os des subventions à ronger, ceux qui aiment lire, entendre, retrouver la poésie (et aussi de grandes œuvres en prose), et tous ceux qui prennent encore plaisir à voir, écouter, regarder des œuvres d’art, ceux-là défendent comme nous quelques-unes des valeurs de la société telle que nous la voulons : la recherche de la beauté, la prééminence de l’esprit, la liberté de la pensée et de l’expression, la dignité de la personne, la défense des plus faibles, etc. On sait bien que le plaisir personnel de l’amateur d’art ne l’empêche pas d’être aussi sensible aux réalités difficiles de la société ; au contraire, probablement.
      Quelle que soit la qualité littéraire de leurs écrits, ceux qui se veulent poètes (ou artistes en d’autres domaines), ceux-là sont des nôtres. Chacun conserve sa liberté de lecteur (ses goûts, ses choix, qui restent toujours subjectifs en art) ; mais, avec leurs réussites ou leurs maladresses, ces poètes célèbres ou inconnus participent à ce profond refus de l’avilissement commun d’aujourd’hui. 
      De tout cela – comme de notre résistance têtue depuis sept ans aux prétentions de la SACD – nous ne tirons aucune gloire, nous n’affichons aucune prétention, nous n’affirmons pas détenir les bonnes règles de la poésie, nous ne revendiquons aucune suprématie.
      Mais dans la plus modeste (ou la plus fière ?) simplicité, nous assurerons l’héritage de la poésie, celui que nous a confié notre fondateur, comme celui, historique, que nous avons choisi de poursuivre.
      En attendant de regarnir les rayonnages de notre bibliothèque de poésie ; nous enrichissons notre revue de poèmes bien vivants, ceux d’une poésie toujours renaissante malgré les tentatives pour l’étouffer.
      Avec vous, en cette quinzième année de la revue, cette quatre-vingt-sixième année de la Fondation Émile Blémont, et cet onzième siècle de la poésie française – nous continuons.

 

Le Coin de table.
Revue de la Maison de Poésie. Extrait de l’éditorial du n°57 (Janvier 2014).

Abonnement : 1 an, 4 numéros, 70 €. L'abonnement part du premier numéro de l'année quelle que soit la date de souscription.
Specimen gratuit sur demande.



Gde Bibl. Vide           Bibl. pleine

 

 

                                       


POÈTES ET POÈMES

 

 

SUR NOTRE COIN DE TABLE




Un jour comme un autre

 

 

Derrière moi sont les vestiges
de ce qui fut mon avenir
mes succès et mes repentirs
les aléas et les prodiges
qui ne sont plus que souvenirs

Un rien de neige me fait croire
que l'hiver est encor présent
tel sur son visage le blanc
d'une poudre subrogatoire
nous rend le clown plus évident

Que louée en soit la lumière
sur la candeur de mon papier
où mes vers tracent pied à pied
les arabesques singulières
disant ce jour de février

quand le plaisir ne naît plus guère
que d'un paisible quotidien
– et prévisible et pyrrhonien –
mais non plus de ce qu'on espère
ou qu'on voudrait refaire sien

Dans l'âtre les flammes consument
à coups de langue orange un bois
devenu sec sous l'avant-toit
me conviant à lire un volume
qui ne me glisse pas des doigts

dans l'attente épicurienne
d'un simple en-cas mais de gourmet
qui fera que mon crémant frais
joindra ses bulles aériennes
aux grains d'un caviar de starlet

Puis j'attendrai sans trop attendre
ainsi qu'on rêve du gros lot
en pensant : ce serait trop beau
mais prêt pourtant à y prétendre
dans le secret de mon huis clos.
                                                         

 

Pierre Lexert
Le Coin de table. N° 57.

 

***

 

 

Douce Agatha

                                  

                                                                                                          

Agatha Ioana, vous affolez mon cœur !
Depuis dix ou douze ans, je vivais si pépère...
J'avais acquis la paix, j'étais d'humeur légère.
Je caressais les mots de mon regard moqueur.

À camper le comique ou le rhétoriqueur,
je flattais mon penchant pour les jeux littéraires.
À trop lire de tout, je trouvais ma lumière
dans le prudent confort d'un fauteuil bourlingueur.

Et puis vous arrivez, si joyeuse et si douce.
Je vous vois pétiller, je bois votre frimousse.
Les atomes crochus commencent leur travail.

La drogue du désir envahit ma cervelle
et je prends peur d'agir comme un épouvantail.
Raillez ce vieux savant damné par la cannelle !

 

*

 

 

Dis-moi, douce Agatha, la philosophie,
est-ce la science et l'art de poser des yeux
de gosse intelligent sur le merveilleux
que l'Ange fait sentir à qui boit la vie ?

Est-ce un état d'esprit qui nous fortifie
en donnant latitude à des mots joyeux
de s'agréger pour peindre un monde orgueilleux
que réclame parfois l'âme inassouvie ?

Est-ce l'arbre éternel où l'on peut cueillir
tous les fruits que le cœur, la raison, le ventre
appellent de leurs vœux pour ne pas mourir ?

Est-ce une chair ouverte où le soleil entre ?
Est-ce une main qui danse au bal des flambeaux ?
Est-ce un élan d'amour vers ce qui est beau ?


                                                                                                                                         

Pascal Kaeser
id.

 

***

 

 

L’aube…

 

 

L'aube n'est pas, chère insomnie,
Lorsque tu viens d'un pas léger
Sous mes paupières déranger
Un rêve. Étrange tyrannie.

Dans la chambre froide et jaunie
Par la lampe d'un plafonnier,
Assis contre mon oreiller,
Les mots me tiennent compagnie.

Alors, furieux se déclenche
Un tourbillon, une avalanche,
De mètres, de rimes, de vers.

Et comme tombé de la manche
D'un magicien, un univers
Vient recouvrir la page blanche.

 

Christian Laballery
Le Coin de table, n° 56.

 

                                     


 

 

 

JACQUES CHARPENTREAU

 

 

 VERS ENCAGÉS ET VERS LIBÉRÉS

 

 

 L’art triomphe quand il peut se servir de la convention
comme d’un instrument pour ses propres fins.

Somerset Maugham, The Razor’s Edge. 1944.
Traduction de Renée L. Oungre. Le Fil du rasoir.

 

      Pendant plus de mille ans, la poésie française s’est confondue avec une forme précise qui ne lui avait pas été imposée par des règles extérieures, mais qui avait été suscitée par les réalités de la structure du français lui-même, par ce fameux « génie » qui établit les conditions d’une utilisation artistique de chaque langue. En simplifiant, on peut dire que notre poésie dépendait du nombre de syllabes dans un vers (le mètre) marqué par de retour de sonorités en écho (la rime). D’autres facteurs jouaient leur rôle, comme la place des accents, la prononciation du e muet, les allitérations, les diérèses, etc. L’ensemble de ces facteurs (de ce qu’on appelle un peu abusivement des « règles ») constitue la versification qui est une espèce de corset enserrant les mots combinés dans leurs richesses diverses, le sens, la sonorité, l’image, l’accentuation, etc. Ce corset permettait à la poésie de se tenir « comme il fallait ».
     En 1886, plusieurs poètes s’insurgèrent et considérèrent qu’il fallait au contraire libérer les vers ainsi corsetés ou, pire, tenus en cage. Il fallait leur donner une pleine liberté en abolissant le vieux système contraignant, devenu une insupportable prison où l’on ne rabâchait plus que des formules vides. Les « inventeurs » du vers libre ne s’étaient peut-être pas concertés, mais il faut croire que cette subversion était dans l’air, ou qu’était venu le temps de l’obsolescence implacable d’un mécanisme déglingué, puisque c’est au même moment que des jeunes gens firent exploser les barreaux de la vieille cage.   
     Le passage d’une écriture à une autre n’a pas été aussi puissamment marqué qu’on semble le croire aujourd’hui. C’est par la suite, que la différence est devenue manifeste, évidente et si forte qu’on peut se demander si l’on entend bien la même chose en parlant de « poésie » dans les deux façons d’écrire. 
     Même s’il semble impossible de répondre à cette question, l’interrogation nous permettra toujours de retrouver quelques beaux textes.
     On considère que la publication dans la revue La Vogue de deux poèmes d’Arthur Rimbaud antérieurement composées constitue l’acte de naissance du vers libre, Marine dans son numéro 6 (29 mai-3 juin 1886) et Mouvement dans son numéro 9 (21-27 juin 1886).

 

 Marine

 

Les chars d’argent et de cuivre –
Les proues d’acier et d’argent –
Battent l’écume, –
Soulèvent les souches des ronces.
Les courants de la lande,
Et les ornières immenses du reflux,
Filent circulairement vers l’est,
Vers les piliers de la forêt, –
Vers les fûts de la jetée,
Dont l’angle est heurté par des tourbillons de lumière.

 
Arthur Rimbaud, Illuminations. 1872-1874. Publication en 1886.

 
     Dans le numéro 10 de la même revue (28 juin-25 juillet 1886), Gustave Kahn publia son poème Intermède qui marquait sa décision personnelle de rompre le vieil ordre établi. Son ami Jules Laforgue, alors lecteur de l’impératrice d’Allemagne manifestait le désir de s’affranchir de l’ancien système : « J’oublie de rimer, j’oublie le nombre de syllabes », écrivit-il à Gustave Kahn le 10 août 1886.
     De son côté, Marie Krysinska avait déjà écrit, récité (dans divers cabarets dont Le Chat noir) et publié des poèmes qui n’obéissaient pas aux règles de la versification traditionnelle et elle en vint à revendiquer son antériorité avec d’autant plus d’insistance qu’elle devait subir un handicap très lourd en cette fin du XIXe siècle : celui d’être une femme. C’est sans doute pour marquer sa primauté qu’elle indiqua la date de composition de certains poèmes publiés par la suite. On s’est d’ailleurs demandé à ce moment-même s’il s’agissait bien, dans son cas, de poèmes en vers libres ou de prose disposée en vers. C’est une question importante et constante.  

     Comment séparer un poème de la simple prose ? La réponse est délicate.

 

Le hibou

 

Il agonise, l’oiseau crucifié, l’oiseau crucifié sur la porte.
Ses ailes ouvertes sont clouées, et de ses blessures, de grandes perles de sang tombent lentement comme des larmes.
Il agonise, l’oiseau crucifié !

 Ainsi es-tu crucifié, ô mon cœur !
Et malgré les clous féroces qui te déchirent,
Agrandissant tes blessures, – tes saignantes blessures,
Tu t’élances vers l’Idéal,
À la fois ton bourreau et ton consolateur.

 Le soleil se couche majestueux et mélancolique.
Sur la grande porte, les ailes ouvertes, agonise l’oiseau crucifié.

 Marie Krysinska. 26 mai 1883. Rythmes pittoresques. Alphonse Lemerre, 1890.

 

………………………………..

 

 

LA LIBERTÉ DES VERS

 

     L’expression « vers libres » existait depuis longtemps, puisqu’on l’appliquait aux Fables de Jean de La Fontaine, c’est-à-dire à un mélange de vers de mètres différents (chez lui, de 3 à 12 syllabes, les mètres pairs étant nettement privilégiés) mais en conservant les rimes. Les adeptes du nouveau vers libre voulurent se passer à la fois de la rime et de la régularité du mètre.
     La lassitude du vers classique avait commencé plus tôt. Après La Fontaine, qui démontra que le système pouvait se prévaloir d’une certaine souplesse, les Romantiques lui portèrent les premiers coups, et Victor Hugo s’enorgueillit bruyamment et abusivement d’avoir ruiné de l’intérieur la monotonie rythmique du vieil alexandrin qu’on avait trop souvent transformé en machine métronomique. Victor Hugo exagérait ses mérites, car il avait conservé le mètre, la rime, les douze syllabes rituelles ; il s’était contenté d’en rompre un peu la monotonie par des coupes diverses. Il s’en vanta dans un poème de 234 alexandrins en rimes suivies et respectant les diérèses : rien de vraiment ré-vo-lu-ti-on-naire…

 

………………………………

 

 

     Victor Hugo s’était contenté de déplacer légèrement les accents et les coupes ; ce furent les Symbolistes qui donnèrent le coup de grâce au rythme classique et ronronnant, en un jeu pervers dans lequel Verlaine excella – mais toujours sans remettre en cause les deux principes fondamentaux de la versification traditionnelle, le mètre et la rime, tout en les subvertissant de l’intérieur. On peut minutieusement compter les douze syllabes rituelles de l’alexandrin : elles sont bien là. Mais dans quel état !

 

……………….

 

Les passages Choiseul aux odeurs de jadis,
Où sont-ils ? En l’hiver de ce Soixante-Dix
On s’amusait. J’étais républicain, Leconte
De Lisle aussi, ce cher Lemerre était archonte
De droit, et l’on faisait chacun son acte en vers.
Jours enfuis ! Quels Autrans soufflèrent à travers
La Montagne ! Le Maître est décoré comme une
Châsse, et n’a pas encor digéré la Commune.
Tous sont toqués, et moi qui chantais aux temps chauds,
Je danse sur la paille humide des cachots.

 

Paul Verlaine. Mars 1874. Invectives. Léon Vanier, 1896.

 

…………..

 

     Une bonne dizaine d’années plus tard, de jeunes poètes de talent vont s’affranchir totalement de ces deux derniers barreaux, le mètre régulier et la rime respectée, ouvrant la cage à l’oiseau poésie, comme avait pensé le faire Victor Hugo en se contentant de déplacer légèrement les coupes. L’un des « révolutionnaires » de l’époque pouvait affirmer tranquillement :

 

     Le vers est libre ; (…) nulle forme fixe n’est plus considérée comme le moule nécessaire de toute pensée poétique (…). L’Art ne s’apprend pas seulement, il se recrée sans cesse ; il ne vit pas que de tradition, mais d’évolution.

 

 Francis Vielé-Griffin, « Au lecteur ». Préface à Joie. Tresse et Stock, 1889.

 

     Outre les premiers vers-libristes réclamant ardemment leur statut d’inventeurs, de nombreux poètes surent écrire de beaux textes dans un style libéré (apparemment) des vieilles contraintes, et notamment Henri de Régnier, Francis Vielé-Griffin, Remy de Gourmont, Édouard Dujardin, Albert Mockel, d’autres encore, y compris d’excellents poètes belges, Émile Verhaeren, Maurice Maeterlinck, Charles Van Lerberghe, Georges Rodenbach, etc.

 

Les médailles d’argile

 

J’ai feint que les Dieux m’aient parlé ;
Celui-là ruisselant d’algues et d’eau,
Cet autre lourd de grappes et de blé,
Cet autre ailé
Farouche et beau
En sa statue de chair nue,
Et celui-ci toujours voilé ;
Cet autre encor
Qui cueille, en chantant, la ciguë
Et la pensée
Et qui noue à son thyrse d’or
Les deux serpents en caducée,
D’autres encor…

 

Henri de Régnier, Les Médailles d’argile. Mercure de France, 1900.

 

      Seulement, on l’aura remarqué ici comme en d’autres beaux poèmes, si le mètre régulier et la rime semblent avoir disparu, en réalité l’un et l’autre sont toujours là, mais subtilement utilisés. C’est évident pour les rimes, remplacées souvent par de simples assonances, sans cette préoccupation devenue ridicule de la présence ou non d’une « consonne d’appui » ; et c’est la même chose pour le mètre. Dans ce début de poème, Henri de Régnier commence par asseoir le rythme pair en utilisant un octosyllabe dont le mètre se retrouve plus loin, coupé en deux dans les vers courts (4 syllabes), puis il place deux décasyllabes. Seul le sixième vers semble échapper à cette résille, mais ses sept syllabes en font huit pour une oreille habituée à l’ancienne versification, avec son e muet devant consonne, une syllabe présente-absente que le poète (un « révolutionnaire » très classique…) a évidemment entendue.
     En fait, des analyses précises des premiers poèmes des premiers vers-libristes permettent de dévoiler leur secret : ils utilisent autrement les très anciens facteurs de la prosodie traditionnelle, ils les disposent de telle façon qu’ils n’en sont apparemment plus prisonniers. Ils n’abandonnent pas cette prosodie, ils la masquent dans le dessin sur la page comme dans la mélodie qu’ils établissent par l’entrelacement délicat des mètres que nous entendons sans les reconnaître forcément, qui distillent leur musique dont nous sommes tellement imprégnés qu’elle assure secrètement notre satisfaction. Mais ils ne touchent pas à un élément constitutif du poème que nous n’avons pas encore évoqué : le vers.
     La disposition de leur texte, ligne à ligne, distinguait nettement chacun de leurs poèmes de cette brique rectangulaire de mots plus ou moins bien maçonnés qui s’appelait « poème en prose » au moins depuis Aloysius Bertrand et Charles Baudelaire (voir p. 66 de ce numéro). En sauvegardant les lignes disposées en couches successives, en conservant le plus souvent la majuscule commençant la ligne et marquant ainsi le début d’un vers, ils gardaient l’image du poème sur la page (elle apparaît encore essentielle de nos jours ; mais elle ne cache pas les insuffisances d’un pseudo-poète). Vient alors à l’esprit le dessin de René Magritte qui prévient : « Ceci n’est pas une pipe » – c’est simplement l’image d’une pipe. La disposition des textes des vers-libristes leur permettait d’affirmer sans l’écrire : « Ceci est un poème ». Et c’est ce que voudraient nous faire croire aujourd’hui de nombreux truqueurs de la poésie. L’immense foule des pseudo-poètes prouve que les lignes obtenues en tronçonnant un texte de prose ne sont pas des vers. Il suffit de retrouver un poème des premiers vers-libristes pour comprendre la différence.

 

Ne puis-je au moins cueillir
Cette fleur du chemin,
Si pâle et si belle,
Si triste de mourir
Penchée dans la poussière ?
Elle s’est comme moi, tout un jour, approchée
De la lumière,
Sans pouvoir y atteindre.
Je voudrais l’y porter avec moi dans mes mains.

 

Charles Van Lerberghe, La Chanson d’Ève. Mercure de France, 1904.

 

     On sent bien encore, et dans tout le superbe recueil de Charles Van Lerberghe, la subtile disposition des facteurs traditionnels de la poésie (ici l’alexandrin prédomine). Mais surtout, quels que soient le texte, le choix de la forme, la structure, le minutieux entrelacement des mètres, il reste au poème son élément irréductible : le vers. Il est indispensable, mais difficile, de s’interroger sur sa réalité.
     L’image de la pipe n’est pas une pipe ; le dessin de la ligne ne suffit pas à en faire un vers.

 ………….

 

[Article complet à lire dans la revue Le Coin de table, n 57. Janvier 2014. 24 €. Abonnement, 1 an : 70 €].

 

 ***

 

 

UNE SI LONGUE CONTROVERSE

 

 

LA LIBÉRATION DES VERS

 

     L’auteur a voulu éprouver lequel caractère est le plus propre pour rimer des contes. Il a cru que les vers irréguliers ayant un air qui tient beaucoup de la prose, cette manière pourrait sembler la plus naturelle, et par conséquent la meilleure.

Jean de La Fontaine. Avertissement des Contes. 1664.

 *

      Un versificateur de profession (…) peut apprécier les formidables efforts qu’a demandés la création du vers libre où le lecteur vulgaire ne voit qu’une succession de vers inégaux assemblés sans règle et au caprice du poète ! Cette fusion intime de tous les rythmes où le vêtement de la pensée change avec la pensée elle-même, et qu’harmonise la force inouïe du mouvement, c’est le dernier mot de l’art le plus savant et le plus compliqué.

Théodore de Banville, Jean de La Fontaine, dans Les Poètes français, T. II. Hachette, 1861.

 *

      [À propos des Derniers vers de Jules Laforgue] : Laforgue crée ici le vers libre, ou plutôt son vers libre, car il y a autant de vers libres que de vers libristes. “Modulation individuelle, déclare Mallarmé, parce que toute âme est un nœud rythmique”. C’est ce qui rend si difficile de préciser qui fut, en France, dans les années 80, le premier initiateur du vers libre.

Pierre-Olivier Walzer, dans : Jules Laforgue, Œuvres complètes. L’Âge d’homme, Lausanne, 1986. Tome II.

 *

      C’est la première fois, dans notre littérature, et dans aucune je crois, qu’un Monsieur, en face du rythme officiel de la langue, notre vieux Vers, s’en crée un à lui seul, parfait ou à la fois exact et doué d’enchantement : il y a là une aventure inouïe ! Il en ressort ce point de vue neuf que quiconque musicalement organisé peut, en écoutant l’arabesque spéciale qui le commande et s’il arrive à la noter, se faire une métrique à part soi et hors du type général (devenu monument public quant à notre ville). Quel délicieux affranchissement !

Stéphane Mallarmé, Lettre à Gustave Kahn. 8 juin 1887.

 *

       Le vers étant, par exemple, défini : l’émission progressive et suffisante de l’idée.

Henri de Régnier, Lettre à Francis Vielé-Griffin. Septembre 1888. Dans la Correspondance entre eux. Honoré Champion, 2012.

 *

      L’unité vraie n’est pas le nombre conventionnel de vers, mais un arrêt simultanée de la phrase sur une fraction organique du vers et de la pensée. Cette unité consiste en : un nombre (ou rythme) de voyelles et de consonnes qui sont une cellule organique et indépendante (…) L’unité du vers peut se définir encore : un fragment le plus court possible figurant un arrêt de la voix et un arrêt du sens.

Gustave Kahn, À M. Brunetière, dans La Revue indépendante, 15 décembre 1888.

 *

     Je crois bien que je laisserai faire des vers à ceux que ne vexe pas la rime fatale.

André Gide, Journal. 13 juillet 1888.

 *

 Les vers sont, typographiquement, l’analyse logique de la période.

Francis Vielé-Griffin, À propos du vers libre. Entretiens politiques et littéraires. 1890.

 

*

      Vous vous êtes trouvée à l’origine de ce mouvement littéraire en révolte contre la perfection routinière et qui ébranla l’idée du vers français classico-romantique (…)
Les grands souffles de l’alexandrin, la jolie ciselure du sonnet, la grâce de la ballade, tout cela apparaît tellement fatigué en face de la merveilleuse jeunesse de la prose (…)
      Bien entendu et cette idée est celle des novateurs eux-mêmes, le mètre classique ne doit point nécessairement périr, mais il faut se résigner à n’y voir qu’un mode prosodique et non plus le mode prosodique.

J. H. Rosny, Préface à Marie Krysinska, Rythmes pittoresques. Alphonse Lemerre, 1890.

 *

 L’art consiste à accorder le mètre avec l’analyse logique.

Albert Mockel, Pages de littérature. 1894.

 *

      Ces lignes de longueur inégale, avec une espèce de rime par-ci par-là, cela me fait toujours l’effet d’une traduction (…)
      Alors, un affreux soupçon me vient. Est-ce que, par hasard, le fameux « vers libre » ne serait si cher à quelques poètes nouveaux que parce qu’il est plus facile à faire que l’ancien vers français ?

François Coppée, Poètes.

 *

      Pour moi, le vers classique – que j’appellerais le vers officiel – est la grande nef de cette basilique « la Poésie française » ; le vers libre, lui édifie les bas-côtés pleins d’attirances, de mystères, de somptuosités rares. Le vers officiel doit demeurer, car il est né de l’âme populaire, il jaillit du sol d’autrefois, il sut s’épanouir en sublimes efflorescences. Mais le vers libre est une belle conquête, il a surgi en révolte de l’Idée contre la banalité du « convenu » ; seulement, pour être, qu’il ne s’érige pas en église dissidente, en chapelle solitaire et rivale !

Stéphane Mallarmé, Le vers libre et les poètes. Entretien recueilli par Austin de Croze, dans le supplément littéraire du Figaro, 3 août 1895.

 *

      J’ai cherché un style pouvant passer, au gré de l’émotion, de la prose au vers et du vers à la prose : la prose rythmée fournit la transition. Le vers suit les élisions naturelles du langage. Il se présente comme prose, toute gêne d’élision disparaissant sous cette forme.
      La prose, la prose rythmée, le vers ne sont plus qu’un seul instrument, gradué.
      Toutefois, j’ai souvent employé, dans mes livres, les vers alexandrins comme élément narratif (Le Roman de Louis XI) et je m’en suis servi d’une façon continue dans tous les Hymnes que j’ai composés.

Paul Fort, Le Roman de Louis XI. Préface. Flammarion, 1898.

 *

      Peut-être des poètes aussi francs que Vielé-Griffin, aussi robustes que Verhaeren, nous donnent-ils inconsciemment le change ; peut-être n’admirons-nous en leurs nouvelles formes qu’eux-mêmes ; peut-être donnent-ils sans le vouloir le coup de grâce à la poésie française et leur génie, pour un dernier éclat, la détériore-t-il à jamais ; peut-être, ne laissant après eux plus aucune forme banale, aucune forme métrique fixe, arbitraire, disponible, indépendante de l’émotion qui l’emplit, contraindront-ils les faux et médiocres poètes à ne plus oser écrire en vers ; et peut-être les vrais poètes eux-mêmes n’écriront-ils plus nécessairement  en vers, et le mot poésie ne sera-t-il plus nécessairement synonyme de vers, quand celui de vers est si rarement en France synonyme de poésie.

André Gide, Huitième lettre à Angèle.  Revue L’Ermitage, juin 1899.

 

*

      Le vers libre est une conquête morale essentielle à toute activité poétique ; le « vers libre » n’est pas qu’une forme graphique, c’est avant tout une attitude mentale.

Francis Vielé-Griffin, « Une conquête morale ». Revue La Phalange, n° 17, 15 novembre 1907.

 

*

      À cette heure, la prosodie en vogue est l’ancienne dont certains transgressent les règles au hasard. Mais ils se trompent : le vers libre n’est pas une simplification prosaïque de la poésie.

Guillaume Apollinaire, 1908. Cité dans ses Œuvres en prose, Gallimard.

 *

      Pour beaucoup de poètes, et des meilleurs, le vers est un bouchon de liège qu’ils découpent à jour, cisellent, colorient de mille nuances délicates, et dont ils font finalement une toute petite cage où bourdonne, emprisonnée, une toute petite mouche. D’aucun, même, n’y mettent point de mouche du tout. J’aime mieux ceux qui taillent le bouchon à coups de serpe, le badigeonnent d’un ton cru, puis, avec ça pour bouée, se jettent en pleine mer.

Jean Richepin. Anthologie des poètes français contemporains. Tome second. Delagrave, 1908.

 *

      Peu d’époques ont été plus que la nôtre fertiles en poèmes, ce qui ne veut pas dire qu’il y ait à l’heure présente plus de poètes qu’autrefois : il y a seulement plus de gens faisant des vers. (…) Depuis surtout qu’on a presque abrogé les règles prosodiques qui rendaient inabordable au vulgaire l’accès de la versification, le nombre de versificateurs s’est considérablement accru. Les véritables âmes de poètes n’en sont pas devenues plus nombreuses ; mais il y a, plus que jamais, des demi-poètes, des quarts de poètes, serviteurs d’un art neutre, superficiel et sans originalité. Qu’on se le dise : notre époque est vraiment celle de la poésie pour tous. Car tout le monde fait des vers, non seulement ceux qui savent en faire, mais principalement ceux qui ne le savent pas.

André Foulon de Vaulx, La Poésie aux poètes. Revue La Plume, n° 386. 1er mai 1912.

 *

      Il n’existe pas de traité de versification vers-libriste et on ne conçoit guère qu’il en puisse exister.

Jules Romains et Georges Chennevière, Petit traité de versification.  NRF, 1923.

 *

      Jadis, les arts poétiques codifiaient les licences. Mais la poésie contemporaine a mis la liberté dans le corps même du langage. La poésie apparaît alors comme un phénomène de la liberté.

Gaston Bachelard, La Poétique de l’espace. Presses Universitaires de France, 1957.

 *

      N’est-ce pas une preuve de liberté en 1930, que de pouvoir, quand ça lui chante, écrire en alexandrins ? Étant entendu que l’alexandrin gagne à être malmené et que, les vers étant libres, l’alexandrin n’est plus qu’un des cas particuliers du vers libre.

Robert Desnos. Prière d’insérer de Corps et Biens, 1930.

 *

 Définition du poète : quelqu’un qui va à la ligne.

Bernard Delvaille, Journal. Août 1995. Tome 3. La Table Ronde, 2003.

 

******

 

LA RIME, GÉNIE DE LA SUGGESTION

 

 

Rime et raison, ainsi comme il me semble
Doivent toujours être logées ensemble.

Clément Marot, Épîtres, 1544.

 *

 La rime est une esclave et ne doit qu’obéir.

 Boileau. Art poétique, I, vers 30. 1669.

 *

      Nous ne pourrons jamais secouer le joug de la rime ; elle est essentielle à la poésie française.

 Voltaire, Discours sur la tragédie. 1730.

 *

 [Réponse au reproche d’écrire en prose ses Chansons madécasses]

 

Soit ; je veux désormais, dans mes vers bien limés,
Que les Ris et les Jeux soient fortement rimés ;
Je veux, en fredonnant la moindre chansonnette,
Au bout de chaque ligne attacher ma sonnette.

 Évariste Parny, Dialogue entre un poète et sa muse. 1778.

 

*

 À la rime

 

Rime, qui donne leurs sons
       Aux chansons,
Rime, l’unique harmonie
Du vers, qui, sans tes accents
       Frémissants,
Serait muet au génie ; 

 Charles Augustin Sainte-Beuve. Les Annales romantiques de 1827-1828.

 *

     La rime (…) est l’unique harmonie des vers et elle est tout le vers. (…) On n’entend dans un vers que le mot qui est à la rime, et ce mot est le seul qui travaille à produire l’effet voulu par le poëte. Le rôle des autres mots contenus dans le vers se borne donc à ne pas contrarier l’effet de celui-là et à bien s’harmoniser avec lui, en formant des résonnances variées entre elles, mais de la même couleur générale.

 Théodore de Banville, Petit Traité de Poésie française. Éditions de la Bibliothèque de l’Écho de la Sorbonne, 1872.

 *

 Art poétique

 

 Ô qui dira les torts de la rime ?
Quel enfant sourd ou quel nègre fou
Nous a forgé ce bijou d’un sou
Qui sonne creux et faux sous la lime ?

 Paul Verlaine, 1874. Jadis et naguère, 1884.

 *

     Quand on n’est pas poète et qu’on pense au mécanisme de la rime, on est tenté de croire que tout y est artificiel. On voit surtout la difficulté vaincue. On se représente le rimeur cherchant laborieusement la solution de ce problème : étant donné un vers qui finit par telle syllabe, trouver pour rendre la suite de la pensée un second vers dont la finale offre une homophonie complète. Il n’en est pas ainsi. La rime naît jumelle. Et cela, tout naturellement, comme on naît avec deux yeux, deux oreilles, deux narines, deux lèvres, deux bras et deux jambes. Dans la conception poétique, la rime, incarnation de l’idée, surgit du cerveau du rimeur, comme Minerve tout armée du cerveau de Jupiter ; et au même instant, le cerveau du rimeur étant un milieu où il y a de l’écho, beaucoup d’écho, la vibration est renvoyée comme par enchantement, l’idée est doublée. (…) La rime a pour âme le génie de la suggestion. (…) Elle ne rapproche et marie qu’en cas d’affinités mutuelles. Par l’accord des sons, elle révèle l’accord des pensées. Le vrai poète n’a pas besoin de se creuser la tête pour trouver de pareilles harmonies, que son imagination lui offre avec  une infatigable fertilité. Le vrai poète est un voyant : il possède la faculté où Leibnitz localisait le sens philosophique par excellence, la faculté de découvrir dans la nature les relations qui échappent au vulgaire, la faculté de reconnaître dans l’universelle variété l’analogie universelle.

 Émile Blémont, France et poésie. Philosophie de la rime. Revue Le Monde Poétique. Revue de Poésie universelle. 10 janvier 1886.

 *

      La rime n’est pas une gêne pour le poète : c’est un tremplin.

 José-Maria de Heredia, réponse à l’enquête sur la poésie de Jules Huret, parue dans L’Écho de Paris, mars-juillet 1891.

*

     [Vielé-Griffin] nous donne aujourd’hui sous le titre de vers, une prose qui ressemble à une sorte de traduction littéraire d’un poème étranger. Beaucoup de talent, d’ailleurs, là-dedans, et un vrai sentiment poétique. Mais, encore une fois, ce ne sont pas des vers.

 José-Maria de Heredia. Revue Le Diptyque, 7 mai 1891.

 *

      Ce que nous voyons aujourd’hui, c’est de la prose rythmée coupée avec des lambeaux de vers de toutes les mesures arbitrairement accolées.

 José-Maria de Heredia, réponse à l’enquête sur la poésie de Jules Huret, parue dans L’Écho de Paris, mars-juillet 1891.

 *

      J’ai élargi la discipline du vers, et cela est bon ; mais je ne l’ai pas supprimée ! Pour qu’il y ait vers, il faut qu’il y ait rythme. À présent, on fait des vers à mille pattes ! Ça n’est plus des vers, c’est de la prose, quelquefois même ce n’est que du charabia… Et surtout, ça n’est pas français, non, ça n’est pas français ! On appelle ça des vers rythmiques ! Mais nous ne sommes ni des Latins, ni des Grecs, nous autres ! Nous sommes des Français, sacré nom de Dieu !

Paul Verlaine, réponse à l’enquête sur la poésie de Jules Huret, parue dans L’Écho de Paris, mars-juillet 1891.

 *

 

J’admire l’ambition du Vers Libre,
– Et moi-même que fais-je en ce moment
Que d’essayer d’émouvoir l’équilibre
D’un nombre ayant deux rythmes seulement ?

Il est vrai que je reste dans ce nombre
Et dans la rime, un abus que je sais
Combien il pèse et combien il encombre,
Mais indispensable à notre art français,

Autrement muet dans la poésie,
Puisque le langage est sourd à l’accent.
Qu’y voulez-vous faire ? Et la fantaisie
Ici perd ses droits : rimer est pressant.

Que l’ambition du Vers Libre hante
De jeunes cerveaux épris de hasards !
C’est l’ardeur d’une illusion touchante.
On ne peut que sourire à leurs écarts.

Gais poulains qui vont gambadant sur l’herbe
Avec une sincère gravité !
Leur cas est fou, mais leur âge est superbe.
Gentil vraiment, le Vers Libre tenté !

 Paul Verlaine, Épigrammes. La Plume, Bibliothèque artistique et littéraire, 1894.

 

*

      Ma situation est nette : je revendique pour le poète toutes les libertés, même celle de faire des vers réguliers quand il lui plaît.

 Fernand Gregh, Lettre à Gustave Kahn. Décembre 1897.

 *

      Privées des plaisirs du rythme et du nombre, nos oreilles exténuées par les versifications nouvelles finiraient par retrouver un certain charme à des vers pleins et sonores qui ne sont pas ennuyeux, à des paysages un peu sévères, mais larges et pleins d’air.

 Remy de Gourmont, Du Style et de l’écriture, Février 1899.

 *

     La rime est un élément du plaisir esthétique. Mais se servir toujours de la rime suivant les combinaisons traditionnelles, c’est se complaire dans l’archaïsme ; autant réduire l’harmonie à une série d’accords parfaits.

 Jules Romains, dans la revue Le Semeur, 23 mars 1907.

 *

      Les poètes l’emportent sur nous. Le hasard d’une rime fait sortir un système de l’ombre.

 Henri Poincaré, mathématicien. Cité par Jean Cocteau, Le Coq et l’Arlequin, 1918.

 *

      La rime à chaque vers nous apporte un peu de jour, et non de nuit, sur la pensée : elle trace des chemins entre les mots, elle lie, elle associe les mots d’une façon indestructible, fait apercevoir entre eux une nécessité qui, loin de mettre la raison en déroute, donne à l’esprit un plaisir, une satisfaction essentiellement raisonnable.

 Louis Aragon, La Rime en 1940.  Préface aux Yeux d’Elsa. Les Cahiers du Rhône, 1940.

 *

     Une lettre de plus à la rime, c’est une porte sur ce qui ne se dit point.

Louis Aragon, La Rime en 40. Deuxième édition du Crève-cœur, 1942.

 *

      L’affreux peigne à dents cassés du vers libre.

 Louis Aragon, Arma virumque cano. Dans Les Yeux d’Elsa. Cahiers du Rhône, 1942.

 

*

 

      La rime est un baril. / Un baril de dynamite. Le vers en est la mèche. / Le vers fume, le vers à la fin éclate, / et la ville en l’air saute avec la strophe.

 Vladimir Maïakovski, Entretien sur la poésie avec le contrôleur des finances, 1926. Traduction de Louis Aragon et Elsa Triolet, parue dans Les Étoiles, n° 49, 16 avril 1946.

*

      Arriver à écrire « en vers », « avec des rimes », donner le relief à une certaine platitude, rendre à la langue ses titres de noblesse (…)

 Jean Cocteau, Le Passé défini, II. 1953. Journal. Gallimard, 1985.

 *

      Remise à Gregh de son épée d’académicien. « Messieurs, dit-il, avec cette épée je défendrai l’alexandrin contre le vers libre ».

 Jean Cocteau, Le Passé défini, III. 1954. Journal. Gallimard, 1989.

 

[Citations reprises de la revue Le Coin de table, n 57. Janvier 2014. 24 €. Abonnement, 1 an : 70 €].

 

 

                                                 

 

 

 MATHILDE MARTINEAU

 

UN POÈTE MAUDIT : ALOYSIUS BERTRAND

 

L’INVENTEUR DU POÈME EN PROSE

 

     Le poème en prose est aujourd’hui universellement connu. Il fait partie du patrimoine poétique, partout, dans les poésies du monde entier, des poètes l’ont adopté. Les spécialistes ont défini les caractéristiques de sa forme particulière. Ils ont également analysé son histoire et son évolution. Peut-être même ont-ils participé aux débats qu’il a suscités, opposant les adeptes du poème en prose (au titre à priori paradoxal) à ceux du poème en vers. 
     Le poème en prose est né en France, le genre s’y constitue à partir du XVIIIe siècle, avec, notamment Évariste Parny et Alphonse Rabbe, mais sa reconnaissance « officielle » date de 1842, avec la publication de Gaspard de la Nuit, d’Aloysius Bertrand.

 

 

 ALOYSIUS BERTRAND et LE PROVINCIAL

 

     Jacques-Louis-Napoléon-Bertrand, dit Aloysius Bertrand (1807-1841) est né à Ceva, en Italie, d’une mère italienne et d’un père officier napoléonien. La famille s’installe en France en 1811 et se fixe à Dijon en 1815. Dijon reste la ville de cœur du poète, celle dont il fait revivre le passé chevaleresque.  

 

Gothique donjon                                                          
Et flèche gothique                                                         
Dans un ciel d’optique,                                       
Là-bas, c’est Dijon.                                                        
Ses joyeuses treilles,                                                       
N’ont point leurs pareilles ;                                  
Ses clocher jadis                                                            
Se comptaient par dix.
Là, plus d’une pinte        
Est sculptée ou peinte ;                           
Là, plus d’un portail
S’ouvre en éventail.
Dijon, Moult te tarde !
Et mon luth camard
Chante ta moutarde
Et ton Jacquemart !

 

      À dix-neuf ans, son affiliation à la Société d’Études lui permet de lire ses textes devant des amateurs. Il se lie au poète Charles Brugnot, et à son ami Théophile Foisset. Ce dernier crée, en 1828, un périodique littéraire Le Provincial, où il défend « le triomphe de ce qui est paisible sur ce qui est violent, de ce qui est honnête sur ce qui n’est qu’habile ». Il paraît de mai à septembre 1828. Aloysius Bertrand en est le gérant de juin à septembre, il est ensuite remplacé par Charles Brugnot. Cette publication, qui devint politique, s’inscrivait dans le mouvement plus large de L’Académie provinciale, créée à Lyon, en 1826, pour rivaliser avec l’Académie Française et avec la littérature des salons parisiens. Le journal d’Alphonse Rastoul, L’Indépendant, journal de la France provinciale, qui privilégiait la publication des romantiques, devint l’organe de L’Académie provinciale. Charles Nodier (président annuel), Chateaubriand (président honoraire et perpétuel), et le Cénacle de Victor Hugo tentèrent de fédérer la jeunesse des lettrés de province qui ne demandait qu’à se placer sous la bannière des romantiques de la capitale.
     Les congrès, les rencontres se multiplièrent mais tout cela ne dura que quelques mois. Chateaubriand encouragea, néanmoins, l’initiative des jeunes dijonnais : « Je suis très heureux de voir réussir à Dijon une entreprise que nous avions manquée à Lyon ».

 …………..

 

      Cependant, le journal disparut rapidement. S’il n’est pas totalement oublié aujourd’hui, c’est grâce aux écrits donnés par Aloysius Bertrand. Les divers textes, prose, vers, chroniques, etc. qu’il publia au Provincial sont d’autant plus précieux qu’ils constituent ses premiers écrits, et la seule œuvre parue de son vivant. 
     L’annonce d’une publication prochaine de Bertrand paraît dans le numéro du 12 septembre, avec trois de ses poèmes en prose : Le clair de lune, dédié à l’auteur de Trilby (Charles Nodier) ;  Les lavandières, dédiées à  Émile Deschamps ; La gourde et le flageolet, dédié à l’auteur de la Ballade des deux archers (Victor Hugo) : « Ces trois pièces font partie d’un recueil de compositions du même genre que l’auteur se propose de publier très prochainement sous le titre de Bambochades romantiques. »

 …………………………..

 

 L’ESPÉRANCE PARISIENNE

 

     Le Provincial disparaît le 30 septembre 1828 avec un dernier poème de Bertrand, La Jeune fille. Les encouragements qu’il avait reçus de Victor Hugo, par lettre personnelle, avaient décidé le poète à rejoindre Paris. Il y arrive en novembre. Il est bien accueilli chez Nodier, à l’Arsenal , puis au Cénacle, chez Victor Hugo et Émile Deschamps et enfin chez Sainte-Beuve.
     Il lit ses Bambochades romantiques, mais ce provincial s’adapte difficilement au milieu parisien, ses ressources financières s’épuisent, sa santé est mauvaise, et sa modestie le dessert. Il est encore à Paris le 25 février 1830 et participe joyeusement avec les gilets rouges à la bataille d’Hernani au Théâtre français. L’éditeur Sautelet auquel il avait confié quarante bambochades subit durement la crise de l’édition, il fait faillite et se suicide. Bertrand récupère son manuscrit, peut-être à la levée des scellés. Il rejoint ensuite Dijon,  où  son ami Brugnot lance un nouveau journal, Le Spectateur. Après avoir donné plusieurs textes au Spectateur, Bertrand, ne le trouvant pas assez engagé, le quitte.

 

 

LE BOUSINGOT

……………………

 

      À partir du 15 février 1831, il devient le rédacteur en chef du Patriote de la Côte-d’Or, journal politique, littéraire, industriel et commercial dont il adopte la devise « Un trône populaire, entouré d’institutions républicaines ». Bertrand combat ardemment pour ses idées et on dénonce son patriotisme de Bousingot. Après 1830, ce terme désignait (péjorativement pour les gens sérieux) des jeunes gens d’humeur révolutionnaire.  Ses opinions entraînent son remplacement au Patriote de la Côte-d’Or. D’un autre côté, son vaudeville, Le Sous-lieutemant de hussards, n’a aucun succès. Il décide d’abandonner Dijon pour la capitale. Durant cette période il avait adopté le pseudonyme de Ludovic Bertrand qu’il conserva jusqu’en 1834. 

 

 

LA MÊLÉE LITTÉRAIRE, 1833-1841

 

     Lors de son premier séjour parisien, Bertrand avait découvert le genre fantastique qui s’imposait en France, avec, notamment, l’œuvre de Hoffmann traduite et parue à partir de 1829 chez Renduel. Cette œuvre inspira de nombreux écrivains et musiciens. La lecture d’Hoffmann fut pour le poète la révélation de son originalité. Il modifia son écriture et s’affirma dans un genre nouveau.
     En 1833, il s’installe définitivement à Paris avec le projet de publier. Il mène une vie difficile avec sa mère et sa sœur qui l’ont rejoint, jusqu’à son engagement comme secrétaire auprès du baron Antoine Rœderer, un ami de son père, mais cela dure peu, il refuse les « besognes ». Eugène Renduel, l’éditeur des romantiques, a inscrit, prématurément, son titre au catalogue. Ses projets d’édition n’aboutissent ni en 1833 ni en 1834. La mise au point du manuscrit est pourtant terminée. Les textes ont été modifiés, le titre a évolué, Les Bambochades romantiques sont devenues Gaspard de la Nuit, avec un sous-titre, Fantaisies à la manière de Rembrandt et de Callot, inspiré directement du premier livre d’Hoffmann, Fantaisies à la manière de Callot, tirées du journal d’un voyageur enthousiaste (1808-1815). Hofmann indiquait dans son préambule, comme le fait remarquer Luc Decaunes, une définition du poème en prose. Il justifie sa référence à Jacques Callot: "Aucun peintre n’a su, comme Callot, rassembler dans un petit espace un nombre infini d’objets, qui, sans fatiguer la vue, se côtoient et se mêlent, mais toujours si distinct que chacun d’eux, quoiqu’indépendant de tout le reste, s’harmonise merveilleusement avec l’ensemble".
     En 1836, Renduel lui achète cent cinquante francs le manuscrit de Gaspard de la Nuit mais renvoie l’édition à l’année suivante. Quelques amis soutiennent le poète, comme le montre sa correspondance avec David d’Angers qui lui vient en aide. Malgré des secours, sa vie est misérable, il est assez seul, la phtisie le ronge. À partir de septembre 1838, il va d’hôpital en hôpital, huit mois à La Pitié, six mois à Saint-Antoine en 1839. Puis, après un léger répit, Bertrand entre, en mars 1841, à l’hôpital Necker. Il sait qu’il vit ses derniers moments. Il décède le 29 avril 1841, à trente-quatre ans.

 

Ainsi, du sort la félonie
Me réservait cette avanie.
Mais qu’importe le sort brutal !
Ne pleurons pas, ô mon génie,
D’être logés à l’hôpital.

Eh ! Qu’importe quand l’insomnie
Sur ce dur chevet d’agonie
Te crée un monde oriental…

Que le présent t’outrage ou nie,
Ma muse, un jour, sera bénie,
Le malheur est mon piédestal…

 

ÉDITION POSTHUME

 

Mon livre, le voilà tel que je l’ai fait et tel qu’on doit le lire, avant que des commentateurs ne l’obscurcissent de leur éclaircissement.

À M. Charles Nodier

 

     Il faut rendre hommage au dévouement de l’artiste David d’Angers qui se fit son exécuteur testamentaire. Il réalisa plusieurs portraits du poète, dont un conservé au musée d’Angers, qu’on peut voir sur le site de l’association Aloysius Bertrand. Le statuaire le fit ensevelir et il fut seul à suivre son corbillard, sous la pluie battante, au cimetière de Vaugirard ou du Montparnasse où il est enterré aujourd’hui (dixième division).
     David d’Angers se préoccupa ensuite du manuscrit. Renduel le lui remit contre cent cinquante francs. Bertrand avait laissé quelques instructions non seulement sur son texte, mais sur sa disposition, sa mise en forme.
     Le manuscrit ayant malheureusement été « corrigé » par Renduel, « un vrai fouillis » selon Bertrand, Sainte-Beuve et David d’Angers firent pour le mieux, ainsi que l’imprimeur nantais proche des romantiques, leur ami Victor Pavie. Sainte-Beuve promit une notice. Celle-ci parut d’abord dans La Revue de Paris. L’impression du volume fut achevée en 1842.
     Malgré les recensions de ses amis, l’édition de Gaspard de la Nuit passa inaperçue, mais elle avait le mérite d’exister. Les éditions suivantes, celle de 1869 de Poulet-Malassis (la seconde), celle de 1925 de Bertrand Guégan, (la troisième) étaient, en fait des copies, voir des copies de copies, avec ses inévitables erreurs. Les éditions suivantes étaient copiées sur celle de 1925. Le manuscrit original avait été conservé par la sœur du poète qui l’avait cédé à Jules Claretie, dont la bibliothèque fut vendue, en 1918.
     Ce n’est qu’en 1992, après son rachat à la vente Guérin par la Bibliothèque Nationale et son examen attentif, que l’on put établir une édition conforme, autant que possible, aux volontés de l’auteur. Celui-ci avait notamment insisté sur une présentation « avec beaucoup de blanc », qui séduisit Mallarmé.

     Gaspard de la Nuit. Fantaisies à la manière de Rembrandt et de Callot commence par la présentation de Louis Bertrand. Ce texte lui permet de nous exposer la nature de son ouvrage, un mélange de rêve et de fantastique. Il raconte comment ce manuscrit lui a été confié, pour lecture, à Dijon, dans le jardin de l’Arquebuse, par un inconnu en quête de l’art absolu.

      Je réfléchis [dit l’inconnu] que, puisque Dieu et l’amour étaient la première condition de l’art, ce qui dans l’art est sentiment, – Satan pourrait bien être la seconde de ces conditions, ce qui dans l’art est l’idée. – N’est ce pas le diable qui a bâti la cathédrale de Cologne ?

      Malgré ses recherches pour restitution, l’inconnu reste introuvable, cela aboutit néanmoins à l’édition du manuscrit, et Bertrand termine sa présentation par cette affirmation.

 – Ah ! je m’avise enfin de comprendre ! Quoi ! Gaspard de la Nuit serait ?...
– Eh ! oui… le diable !
– Merci, mon brave !... Si Gaspard de la Nuit est en enfer, qu’il y rôtisse. J’imprime son livre.

      Une courte préface suit ce conte, elle est signée « Gaspard de la nuit ». Ce dernier, auteur présumé, explique « que l’art a toujours deux faces antithétiques », celle de Rembrandt, nocturne, méditative, et celle de Callot, fanfaron, grivois. Cela n’est pas sans rappeler le grotesque et le sublime de la préface de Cromwell.
     Notre poète joue avec ses pseudonymes. Il jongle avec ses doubles en véritable metteur en scène. La page de titre écrite de sa main en est le symbole.
     La préface est suivie d’un poème dédicataire à Victor Hugo, puis  viennent Les Fantaisies de Gaspard de la Nuit, cinquante et un poèmes en tout, ayant chacun une thématique. Le livre se termine par un poème, également dédicataire, à Charles Nodier.  

 ……………….

 

« VINGT ANS APRÈS »

 

     Vingt ans après sa mort, en octobre 1861, Catulle Mendès publiait un article sur Bertrand dans la Revue Fantaisiste. Baudelaire, dans le numéro suivant, publia neuf de ses Petits poèmes en prose. La Presse en publia une vingtaine en août 1862 avec la lettre préface de Baudelaire adressée à son directeur Arsène Houssaye..

      J’ai une petite confession à vous faire. C’est en feuilletant, pour la vingtième fois au moins, le fameux Gaspard de la nuit d’Aloysius Bertrand (un livre connu de vous, de moi et de quelques-uns de nos amis, n’a-t-il pas tous les droits à être appelé fameux ?) que l’idée m’est venue de tenter quelques chose d’analogue, et d’appliquer à la description de la vie moderne, ou plutôt d’une vie moderne et plus abstraite, le procédé qu’il avait appliqué à la peinture de la vie ancienne, si étrangement pittoresque. ( …) Mais pour dire le vrai, je crains que ma jalousie ne m’ait pas porté bonheur. Sitôt que j’eus commencé le travail, je m’aperçus que non seulement je restais bien loin de mon mystérieux et brillant modèle, mais     encore que je faisais quelque chose (si cela peut s’appeler quelque chose)    de singulièrement différent, accident dont tout autre que moi s’enorgueillirait sans doute, mais qui ne peut qu’humilier profondément un esprit qui regarde comme le plus grand honneur du poète d’accomplir juste ce qu’il a projeté de faire.

Charles Baudelaire, Lettre à Arsène Houssaye. Gallimard, « La Pléiade », éd. Claude Pichois, tome 1, p. 275.

 

 L’ensemble des Petits poèmes en prose fut publié après la mort de Baudelaire, en 1869, dans les œuvres complètes, sous le titre Le Spleen de Paris, avec cette même lettre préface. Après l’aveu de Baudelaire, l’influence d’Aloysius Bertrand alla son chemin. 

.....................

 

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Ondine

 

     – « Écoute ! – Écoute ! – C’est moi, c’est Ondine qui frôle de ces gouttes d’eau les losanges sonores de ta fenêtre illuminée par les énormes rayons de la lune ; et voici en robe de moire, la dame châtelaine qui contemple à son balcon la belle nuit étoilée et le beau lac endormi.

     « Chaque flot est un ondin qui nage dans le courant, chaque courant est un sentier qui serpente vers mon palais, et mon palais est bâti fluide, au fond du lac, dans le triangle du feu, de la terre et de l’air.

     – « Écoute ! – Écoute ! – Mon père bat l’eau coassante d’une branche d’aulne verte, et mes sœurs caressent de leurs bras d’écume les fraîches îles d’herbes, de nénuphars et de glaïeuls, ou se moquent du saule caduc et barbu qui pêche à la ligne ! » –

 *

      Sa chanson murmurée, elle me supplia de recevoir son anneau à mon doigt pour être l’époux d’une ondine, et de visiter avec elle son palais pour être le roi des lacs.

     Et comme je lui répondais que j’aimais une mortelle, boudeuse et dépitée, elle pleura quelques larmes, poussa un éclat de rire, et s’évanouit en giboulées qui ruisselèrent blanches le long de mes vitraux bleus.

Aloysius Bertrand

 

[Article complet à lire dans la revue Le Coin de table, n 57. Janvier 2014. 24 €. Abonnement, 1 an : 70 €].

 

                              

 

 

 POÉSIE ET SOCIÉTÉ

 

Amusement

 

« Le salon d’Angèle était déjà plein de monde. (…)
– « Ah ! vous voilà, dit-elle à voix basse ; – j’ai un peu peur qu’on ne s’ennuie ; vous nous réciterez des vers. »
– « Mais, répondis-je, on s’ennuiera tout autant (…). »

 André Gide, Paludes. Librairie de l’Art indépendant, 1895.

 *

 Les chercheuses de poux

 

      « Rimbaud a eu une très grande chance, il vivait dans un temps où les poètes maudits pouvaient être des poètes maudits, ce qui est interdit maintenant. Si Rimbaud vivait aujourd’hui, il serait joué à la Comédie-Française et on lui chercherait des poux sur la scène de l’Opéra ».

 François Mauriac. Pierre Lhoste : « Mauriac : sa dernière entrevue ». Les Nouvelles littéraires. 3 septembre 1970.

 *

 Le temps des mots et les maux du temps

 

     Dans un article très documenté mais lisible par des profanes (un poète, par exemple), consacré aux Grandes leçons d’un petit boson, Étienne Klein, chercheur qui trouve, justifie la remise du Prix Nobel de physique aux découvreurs du boson, cette particule du monde microscopique ayant des implications cosmiques. Elle apporte, ajoute-t-il, « la bonne réponse à une question qui fut posée jadis sur les rivages de la mer ionienne : de quoi la matière est-elle faite ? ».
     La plus étonnante révélation rapportée par cet article (Le Monde, 22 octobre 2013), c’est tout de même une anagramme : les lettres de l’appellation Le boson scalaire de Higgs, convenablement re-mélangées, donnent la clé de notre temps terrestre : Horloge des anges ici-bas. Cette correspondance avec le temps sidéral est sidérante !
     L’horloge est régulièrement remontée depuis le 1er janvier 2000 par les poètes du Coin de table.

 *

Dialogue poétique

 

« Au banquet Edmond Gosse, Verhaeren, assis entre Maeterlinck et Henri de Régnier ; Verhaeren à Maeterlinck (à voix basse) :
« … D’ailleurs, moi…, je peux vous avouer ça… au fond, il n’y a plus que ce que j’écris qui m’intéresse ».
Et Maeterlinck :
« C’est tout comme moi…, d’ailleurs, même ce que j’écris ne m’intéresse plus beaucoup ».
Alors Verhaeren, sursautant :
« Ah ! mais, permettez ! ça n’est pas du tout la même chose. Ce que j’écris m’intéresse passionnément ; passionnément, vous entendez… et c’est même pour ça que je ne m’intéresse plus beaucoup aux écrits des autres ».

 André Gide, 17 mars 1904. Journal, 1887-1925. Gallimard, « la Pléiade », 1996.

 *

[Article complet à lire dans la revue Le Coin de table, n 57. Janvier 2014. 24 €. Abonnement, 1 an : 70 €].

 

***

Gazette rimée

 

Triolets du nouvel an

 

Promesses

 

Une nouvelle année commence,
Riche de frime et de frimas :
On reprend la vieille romance,
Quand la nouvelle année commence.
On nous promet des performances,
On nous refait le cinéma
Des temps modernes qui commencent :
C’est la frime sous les frimas.

 

*

 Balivernes

 

Ah ! plaignons les Politiciens
Dont les sondages sont en berne
Et leurs succès lilliputiens !
Oui, plaignons les Politiciens…
Qu’ils passent chez un opticien
Pour mieux éclairer leur lanterne.
Ah ! soignons les Politiciens
Qui portent leur sondage en berne !

 

*

 Mornitude

 

Les poètereaux de la prose
Jettent leurs mots aux quatre vents,
Plus pâlichons que la chlorose,
Les maux des poèteux en prose.
Les tristes trognons qu’ils déposent
Sont des tronçons bien décevants.
Les poètereaux de la prose
Sèment leur vide aux quatre vents !

 

*

 Savants

 

Bénis soient les Poètologues
Qui examinent nos sonnets
Et qui guérissent nos églogues.
Bénis soient les Poètologues !
Fouineux comme des proctologues,
Ils traquent nos vers chiffonnés.
Bénis soient les Poètologues
Bienfaiteurs de nos cent sonnets !

 

*

 La belle ouvrage

 

Tricotons-nous des pulls aux vers,
Enlaçons nos rimes choisies,
Comme Hugo, Ronsard ou Prévert,
Tricotons-nous des pulls aux vers :
Ça nous tiendra chaud en hiver.
Emmitouflés de poésie,
L’une à l’an froid, l’autre à l’an vert,
Tricotons nos rimes choisies.

 

 Silvius

Silvius reprend la chronique de la Gazette rimée qu’il tenait dans l’ancêtre de notre revue, La Renaissance Littéraire et Artistique.


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POÉSIE VIVANTE

 

 

PARMI LES RÉCENTES PUBLICATIONS

 

     La poésie ne s’interrompt jamais, toujours abondante et variée, les poètes toujours nombreux et divers. Nous n’avons aucunement la prétention de tout connaître ou de tout lire. Nous attirons simplement l’attention sur quelques ouvrages récents que nous aimons.

 

 

Maurice Carême, L’Évangile selon saint Carême.

 

     Maurice Carême (1899-1978) a laissé quelques inédits « évangéliques », mais on trouve dans toute sa poésie des poèmes dont la résonance est religieuse, venant de la tradition, du catéchisme de sa jeunesse, de ses interrogations spirituelles de poète. La centaine de poèmes de ce livre confirme ces influences, toutes synthétisées dans une simplicité un peu matoise, qui rappelle celle de Francis Jammes, les scènes de l’Évangile devenant évocations du quotidien le plus banal, Dieu une espèce de poète rusé, l’ange un compagnon mystérieux, les apôtres ou Marie-Madeleine des copains de l’enfance, et le mal, hélas ! toujours inexplicable. Cette naïveté voulue pour préserver l’esprit d’enfance nécessaire au poète ne manque pas de charme.

 

Voici, hélas, le temps venu
De plier ici mes bagages
Et d’entreprendre, seul et nu,
Le dernier de tous mes voyages.

J’aurai vécu comme un pommier
Bien trop occupé à donner
Les plus juteuses de ses pommes
Pour avoir le temps d’en parler.

Mon pain ? Je l’ai toujours mangé
Dans la main de la pauvreté.
Et si ma vie fut parfois sombre

Et mêlée à de tristes jeux,
Je ne crois pas avoir fait d’ombre
Sur le clair visage de Dieu.

 

Maurice Carême, L’Évangile selon saint Carême.
L’Âge d’homme. 5, rue Férou. 75006 Paris. 128 p. 16 €.

 

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Marie Krysinska, Poèmes choisis,

suivis d’Études critiques. Choix, présentation et notes de Seth Whidden.

 

     Marie Krysinska (1857-1908) est l’une des premiers poètes à avoir utilisé (créé ?) le vers libre dont « l’invention » peut aussi bien être attribuée à Rimbaud, à Laforgue, à Kahn (qui la revendiquait), si ce n’est à Blémont par ses traductions de Whitman. Elle avait du talent, elle fréquentait aussi bien les Hydropathes que le Chat noir, – mais elle était une femme, ce qui ne l’avantageait pas en ces temps misogynes. Ce choix de poèmes est donc très intéressant et les études qui suivent constituent une re-découverte.

 

Symphonie en gris

 

Plus d’ardentes lueurs sur le ciel alourdi,
Qui semble tristement rêver.
Les arbres, sans mouvement,
Mettent dans le ciel une dentelle grise. –
Sur le ciel qui semble tristement rêver,
Plus d’ardentes lueurs. –

Dans l’air gris flottent les apaisements,
Les résignations et les inquiétudes.
Du sol consterné monte une rumeur étrange, surhumaine.
Cabalistique langage entendu seulement
Des âmes attentives.–
Les apaisements, les résignations, et les inquiétudes
Flottent dans l’air gris.
…               

(4 novembre 1882).

 

Publications de l’Université de Saint-Étienne. 35, rue du 11 novembre. 42023 Saint-Étienne Cedex 2. 310 p. 18 €.

 

***

 

Vital Heurtebize

Le sentier de Montmartre

 

 

De Bastille à Montmartre, en secret, j’ai gravi
l’invisible sentier creusé dans nos mémoires
par tous les réprouvés, bannis des heures noires,
morts que le peuple ingrat rejette dans l’oubli…

J’ai entendu le cri désespéré des femmes,
le pas lourd des vaincus, pères, fils ou maris,
enchaînés comme loups, traînés hors d’un Paris
qui ne pardonnait pas ses églises en flammes…

J’ai fredonné ces chants dont frémit le sentier,
ces paroles d’amour en d’autres temps apprises :
du temps de la Commune ou du temps des Cerises,
et me suis souvenu de Clément, de Potier…

J’ai gravi le sentier, ses places et ses rues
dont les noms ont souvent un goût de liberté :
Là, le nom d’un martyr, et là, d’un déporté,
parfois même, les noms de gloires inconnues…

Le sentier m’a conduit enfin jusqu’à la Butte :
Perdu parmi le flot des touristes d’un soir,
j’ai ressenti l’élan de révolte et d’espoir
qui poussa la Commune à reprendre la lutte…

Je me suis écarté du bruit… Les poings serrés,
et contemplant le Sacré-Cœur, lieu « symbolique » !
j’ai vu, dans le soleil, la blanche basilique
saigner… infiniment… du sang des Fédérés.

 

Vital Heurtebize,  Le Temps des Hommes.
Les Poètes Français. 2013. 76 p. 15 €.

 

 

Krysinka          Carême        Heurtebize

 

 

***

 

Louis Delorme, Fleurs de printemps

 

     Ce titre correspond peut-être à l’époque de publication du recueil, mais symboliquement aussi à une espérance de renouveau d’un poète qui repousse le pessimisme de l’âge et de notre temps, plaçant en épigraphe quelques vers affirmant que « Le vrai printemps sera celui que l’homme / Inventera pour soulager ses frères (…) ». La poésie de Louis Delorme est abondante (une bonne centaine de poèmes dans ce recueil), généreuse, d’une belle exigence humaine aussi bien que formelle. Son Avant-propos n’hésite pas à évoquer musique, beauté, rêve, méditation, etc., autant de facettes nécessaires à la lumière d’un poème, dans l’obscurité de notre temps.

 

Interrogation

 

Ce je-ne-sais-quoi qui s’égare
Ce trois fois rien qui nous séduit,
Qui nous embrume, nous poursuit,
Le cœur qui va son tintamarre ;

L’enthousiasme qui se bagarre,
Qui tâche de percer la nuit,
Cette clarté sourde qui luit,
Ce pas lourd sur un quai de gare,

Cette fleur dans le souvenir,
Cette once à peine de plaisir,
Ce désir fou de fantaisie,

Cet air qui valse dans le soir,
Ce refrain qui chasse le noir,
Est-ce cela, la Poésie ?

 

Thierry Sajat. 11 A, avenue Henri Landier. 18000 Bourges. 128 p.

 

 

***

 

Pierre Lexert et Xavier de Maistre

Petite ménagerie ambulante.

 

Soyez bon pour le Poète,
Le plus doux des animaux.

Jules Supervielle, Poèmes de l’humour triste, 1919.

 

     L’alliance du poète et des animaux est évidente, ancienne et permanente. Les premiers bestiaires de la poésie française apparaissent au XIIe siècle. Huit cents ans plus tard, le premier recueil du premier poète du XXe est un Bestiaire ou Cortège d’Orphée de Guillaume Apollinaire et l’un des plus célèbres de ce temps est constitué par les Trente Chantefables pour les enfants sages de Robert Desnos – dont La fourmi est devenue une chanson et un des poèmes préférés des enfants. 
      Il n’est donc pas étonnant que tout vrai poète s’inspire quelque jour du règne animal, comme le firent, par exemple, Jules Supervielle, Pierre Menanteau, Jacques Prévert, Daniel Lander, Bernard Lorraine, Sylvestre Clancier, Jean-Luc Moreau, Jean-Claude Renard, etc.
      Et tant d’autres, comme Pierre Lexert qui sut faire participer son Val d’Aoste italien à la meilleure poésie française. Avec la complicité de Xavier de Maistre, éblouissant graveur descendant de notre Joseph de Maistre, il nous a donné un nouveau et séduisant bestiaire. Nous les remercions de nous permettre la publication de quelques aperçus où l’on reconnaîtra au passage le plus doux des animaux.

Éditions Musumeci. Loc. Amérique 97. I-11020 Quart (AO). 80 p. 15 €.

 

Le kangourou

 

Comme mu, l’on dirait,
par un tenace hoquet
– tandis que dans sa poche
ses rejetons s’accrochent –
le kangourou n’en finit pas
de rebondir à chaque pas.

 

 

 Kangourou

 

*

 

 

La chauve-souris

 

Je me souviens de celle
(noctule ou vespertilion
ou rhinolophe ou pipistrelle)
agonisant derrière un tronc
et que je sauvai de justesse.

J’en fis de ma poche l’hôtesse,
lui laissant quartier libre quand,
la nuit tombant sur le village,
elle voletait mollement
autour de moi dans les parages.

Faute d’avoir coupé le lait
dont volontiers je l’abreuvais
souris-chauve, ma trop choyée,
longtemps encor je pleurerai
ta triste fin prématurée,
la chiroptérienne douceur
de tes membranes veloutées
et les battements de ton cœur
lorsque contre mon cou, blottie,
tu m’accompagnais dans la vie.

 

chauve-souris

  

                                     



 


 

La poésie,

 

mystérieux objet du désir

 

 

     Nous sommes quelques-uns à nous réclamer de la poésie, mais peut-être pas de la même chose.

     Si la poésie s’est longtemps coulée dans un moule formel, ce n’est plus le cas aujourd’hui. La première ligne du Traité de versification française de Louis Quicherat pouvait affirmer en 1850 : « La poésie est l’art d’écrire en vers ». La poésie est certainement encore un art, mais on ne sait même plus ce qu’est un vers. Un certain nombre de syllabes ? Un tronçon grammatical d’une proposition ? Une ligne d’un texte quelconque ? Des mots scandés par une rime ? Une occasion de reprendre son souffle ? Une belle image mise en valeur ?...

     Il est paradoxal que cet art qui n’a plus de règles communément reconnues, qui n’a presque plus de lecteurs, qui ne bénéficie plus que d’un petit nombre de lieux d’accueil – soit pratiqué par tant de gens, qu’il soit revendiqué par tellement de plaquettes imprimées à compte d’auteur que la Bibliothèque Nationale en arrive à les refuser, et que le mot poésie permette d’ouvrir 30 millions de fenêtres avec Google, 38 millions avec Yahoo, plus de 56 millions avec Bing à ceux qui le traquent sur Internet, y compris les milliers de visiteurs de la Maison de Poésie devenue uniquement virtuelle, puisque notre Fondation a été chassée en octobre 2011 de ses locaux historiques par la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques (SACD). Les intérêts financiers ont alors triomphé de la poésie.

     Ces millions d’informations ne nous renseignent pas vraiment. Mais ce sont autant de preuves d’une présence constante de quelque chose qui porte ce nom magique : poésie, qui ne se trouve plus seulement dans les livres.

     À sa façon, l’écran est le nouvel avatar du vieux mythe de l’inspiration d’origine divine, mais la poésie garde son mystère – et son prestige.

     Par-delà toutes les techniques d’interrogation et de diffusion, elle reste ce désir du dévoilement des secrets du monde par l’image, le symbole, les vertus du chant, par un subtil agencement des mots les plus usés du langage commun le plus banal, pour qu’ils disent autre chose qu’eux mêmes. Qu’ils dévoilent. Paradoxe du vocabulaire : qu’ils suppriment les écrans entre le réel apparent et une autre réalité cachée. Jadis apparentée au sacré, la poésie est restée célébration du mystère. Et pour l’utilisateur un peu gauche d’Internet, nous par exemple, l’écran participe à ce mystère, comme une Pythie dont il faut déchiffrer les messages.

     On connaît la rengaine : tant de gens se veulent poètes – pour si peu de lecteurs ! C’est qu’ils veulent maîtriser les mots pour arriver à dire tout ce qui est en eux, briser le silence, approcher du mystère, même si la complexité du langage poétique n’est pas à la portée de tout le monde. De là, souvent, notre déception à leur lecture. Il n’y a pas que des chefs-d’œuvre.

     Chacun garde en soi la nostalgie de son premier émerveillement, quand l’enfant qu’il fut découvrait par les comptines et par les poèmes de l’école, la puissance du langage poétique. La poésie est aussi objet de retrouvailles avec ce que je fus, toujours là, dans ce que je suis.

     Moi aussi, jadis, en Arcadie…

     Nous ne savons pas ce que c’est que cette poésie que nous cherchons, et cependant nous la reconnaissons quand nous la rencontrons, à certains signes qui sont peut-être propres à chacun de nous, une certaine connivence, une certaine émotion très intime. André Breton disait qu’il se sentait alors des aigrettes aux tempes. Chateaubriand voulait entendre son « oreille heureuse », comme le rappelle le numéro de novembre de notre revue Le Coin de table, un des lieux où se rencontre encore la poésie vivante.

     Mais ce qui nous importe avant tout, ce sont les poèmes, par-delà toutes les considérations du moment. Les numéros de notre revue Le Coin de table réunissent toujours de nombreuses œuvres de poètes majeurs qui font vivre la poésie d’aujourd’hui : Jacques Bertin, Marie-Anne Bruch, Michel Calonne, Chaunes, Bertrand Degott, Louis Delorme, Guy Goffette, Pascal Kaeser, Pierre Lexert, Jacques Réda, Robert Vigneau, Youri, par exemple, pour les récents numéros. Des thèmes, des formes, des tons très différents – la poésie.

La Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont.

 

***

 

  La poésie ?

 

Petit florilège

 

On peut faire le sot partout ailleurs, mais non en poésie.

Michel de Montaigne. Essais, II, 17. 1580.

*

Il y a de certaines choses dont la médiocrité est insupportable : la poésie, la musique, la peinture, le discours public.

Jean de La Bruyère. Les Caractères. 1688.

*

On ne peut trouver de poésie nulle part quand on n’en porte pas en soi.

Joseph Joubert. Carnets. Fin du XVIIIe siècle. Publication posthume, 1938.

*

La poésie, c’est tout ce qu’il y a d’intime dans tout.

Victor Hugo. Odes et Poésies diverses. Préface. Pélicier, 1822.

*

Je n’aime pas les vers, j’aime la poésie.

Victor Hugo. Le Tas de pierre. s. d. Publication posthume. Imprimerie nationale, 1942.

*

Tout homme bien portant peut se passer de manger pendant deux jours – de poésie jamais.

Charles Baudelaire. Conseils aux jeunes littérateurs. Dans L’Esprit public, 15 avril 1846.

*

Oui, le but de la poésie, c’est le Beau, le Beau seul, le Beau pur, sans alliage d’Utile, de Vrai et de Juste.

Paul Verlaine. Sur Baudelaire. Revue L’Art, 1865.

*

La Poésie est l’expression par le langage humain ramené à son rythme essentiel, du sens mystérieux des aspects de l’existence ; elle doue ainsi d’authenticité notre séjour et constitue la seule tâche spirituelle.

Stéphane Mallarmé. Réponse à une enquête de Léo d’Orfer. 27 juin 1884.

*

 La plupart des hommes ont de la poésie une idée si vague que ce vague même de leur idée est pour eux la définition de la poésie.

Paul Valéry. Tel quel. 1910.

*

La poésie est le miroir brouillé de notre société. Et chaque poète souffle sur le miroir : son haleine différemment l’embue.

Louis Aragon. Chronique du bel canto. Dans Europe. 1946-1947.

*

[L’esprit de la poésie] est le plaisir, la jouissance, la délectation, non la connaissance, pas même cette connaissance que l’on prétend donner par l’incantation de l’extase. C’est un plaisir affectif et physiologique, un plaisir donné par le jeu d’organes accordé avec celui des sentiments. De certains points de vue, c’est un plaisir analogue au plaisir des sports.

André Spire. Plaisir poétique et plaisir musculaire. Essai sur l’évolution des techniques poétiques. 1949. Réédition José Corti, 1986.

*

La poésie est une religion sans espoir.

Jean Cocteau. Journal d’un inconnu. Grasset, 1953.

*

Je sais que la poésie est indispensable, mais je ne sais pas à quoi.

Jean Cocteau. Discours de réception à l’Académie française. 1955.

*

C’est que la poésie, comme la religion, bouscule les apparences et va droit à ce qui est.

François Mauriac. Mémoires intérieurs.  Flammarion, 1959.

*

La Poésie, c’est ce qu’on rêve, ce qu’on imagine, ce qu’on désire et ce qui arrive, souvent. La poésie est partout comme Dieu n’est nulle part. La poésie, c’est un des plus vrais, un des plus utiles surnoms de la vie.

Jacques Prévert, dans Hebdromadaire, avec André Pozner. Guy Anthier, 1972.

*

La poésie n’est rien d’autre que ce grand élan qui nous transporte vers les choses usuelles – usuelles comme le ciel qui nous déborde.

René Guy Cadou. Usage interne. Œuvres poétiques complètes. Seghers, 1973.

*

Ne recherchez pas la connaissance pour elle-même. Tout ce qui ne procède pas de l’émotion est, en poésie, de valeur nulle (…) L’émotion abolit la chaîne causale ; elle est seule capable de faire percevoir les choses en soi ; la transmission de cette perception est l’objet de la poésie.

Michel Houellebecq. Rester vivant. Flammarion, 1997.

*

La poésie n’est pas autre chose peut-être que la vie même chantant sa plainte, son bonheur parfois, se fragilité toujours.

André Comte-Sponville. Lucrèce, poète et philosophe. La Renaissance du livre, 2001.

 

 

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Publication

 

Gilles de Obaldia

 

La langue des oiseaux

 

 

     Dépouillée de ses biens, livres et tableaux, mise à la rue, à peu près sans feu ni lieu, la Maison de Poésie, vieille dame indigne de quatre-vingt-quatre ans, devenue quasi SDF, recueillie par les amis de la Société des Poètes Français, la Maison de Poésie continue à participer à la poésie vivante.
     On n’est pas parvenu à la faire disparaître. Ni à la réduire au silence.
     La Maison de Poésie vient de publier le deuxième recueil de Gilles de Obaldia, dont l’optimisme l’a réconfortée.

 

Été

 

 Le grand toboggan de l’été s’est déployé
pour de longues glissades sous les vaches en fleur

Les pommiers broutent les nuages
en faisant sonner le grelot des pissenlits

Les ablettes fluettes font du vélo
sur les routes argentées de France

Les enfants volent par nuées au-dessus du rire

L’espace circule nu au bras de l’éternité
et une très douce folie jaillit de toute part.

 

Gilles de Obaldia, La langue des oiseaux.
La Maison de poésie. 96 pages, 16 euros.


Peut être commandé à la Maison de Poésie.
SPF. 16, rue Monsieur-le-Prince. 75006 Paris.

 

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Ce qu’on en pense :

Gilles de Obaldia

 La Langue des oiseaux

 

     (…) L’important est la musicalité, bien présente, en particulier parce que le poète évoque La langue des oiseaux, ce qui se prête peu à des cris ou des expressions brutales. Et je dois dire que l’auteur, qui porte le nom d’un de mes dramaturges favoris, est peut-être fils ou parent de ce cher René, se nommant Gilles de Obaldia. Ce qui se confirme également, c’est, comme le seul recueil que je pardonne à un certain Verheggen, une œuvre dédiée à la mère disparue de l’auteur, et cela accentue l’émotion et le sens de la simple beauté des choses qui se dégagent de ces poèmes que je pourrais citer sans choisir et prendre au hasard dans ce volume. Par exemple : « Il y a en chaque mouette un poète / qui marche en équilibre dans le vide » ou « Il est temps de remonter par l’étroit goulet du rêve /et de chavirer avec la Lune / pour être dans l’écume blanche des rives… » Il faut toujours remonter des fonds qui nous menacent, d’un simple appel du pied. C’est presque une leçon.

 

Paul Van Melle. Inédit nouveau. N° 259. Novembre-Décembre 2012. 11, avenue du Chant d’oiseaux. B-1310 La Hulpe. Belgique.

 

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  Un recueil de poèmes bien mis en valeur par une édition soignée. Sur le thème récurrent des oiseaux, avec ce que cela comporte de léger, de soyeux, d’envol et de chant en liberté. La « langue des oiseaux », ou langue des anges, est également une expression alchimique qui évoque une langue mystérieuse, secrète, une langue cachée sous la langue. Mais la langue des oiseaux par excellence, ce jeu infini sur les sons et sur les sens, n’est-ce pas au fond la poésie elle-même ? L’art qui par la transmutation du langage aboutit à l’écriture la plus haute. Et pourtant, qui se risquerait aujourd’hui à acheter un recueil de poèmes nouvellement paru ? On n’hésite pas, à grands frais s’il le faut, à acheter le dernier polar, le dernier essai, le dernier roman, sans savoir s’il tiendra la route. Mais pour la poésie, il en va autrement : il faut qu’elle soit homologuée, certifiée, qu’elle soit déjà dans les manuels scolaires, en un mot que l’auteur soit au moins enterré. Il semble bien y avoir quelque chose d’indécent à caresser l’idée même d’acheter un recueil de poèmes inconnu. La parole y paraît toute nue, en effet, sans les oripeaux de la fiction, sans le costume que met la marquise quand elle sort à cinq heures, sans l’équipement du détective privé, sans armes, et sans rien des tenues à la mode ni même de la lingerie sexy du roman contemporain. Comme en écho au « ça ? » que lançait Tristan Corbière, Gilles de Obaldia nous dit que « ça / ça n’est pas une autre évasion / une autre échappatoire, une autre fuite en avant, / une autre distraction / ça / ça n’est pas un accommodement futile / pour un plus grand confort dans ta réalité ». Non, « ça c’est le repos sous la pierre lourde de ton cœur / dans le jardin frémissant de l’être. »

Frédéric Farat, Le Bulletin des Lettres. N° 713. Novembre-décembre 2012.

 

 

 

 

Gilles de Obaldia

 

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PETITE CHRONIQUE JURIDIQUE

 

 

 

 La Cour de cassation a condamné

 

la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques

 

 

     On nous demande fréquemment des informations concernant le litige entre la Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont et la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques (SACD). Après sept ans d’acharnement contre les poètes de la Maison de Poésie, nous sommes arrivés à une étape importante et nous pouvons faire le point sur cette malheureuse affaire qui a commencé à l’initiative de Monsieur Pascal Rogard, Directeur général de la SACD.

 

 

Rappel de la procédure

 

- Le 7 mai 2007, la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques représentée par son Directeur Général, Monsieur Pascal Rogard, assignait la Maison de Poésie afin d’obtenir son expulsion de ses locaux, et sa condamnation à divers paiements. Monsieur Pascal Rogard agissait ainsi au nom de « 43 000 associés » de la SACD. À notre connaissance, c’était la première fois qu’une société d’écrivains en poursuivait une autre (et de surplus, « reconnue d’utilité publique »).

- 4 mars 2010. Le Tribunal de Grande Instance de Paris ordonnait l’expulsion de la Maison de Poésie. 

- 10 février 2011. La Cour d’appel, saisie par la Maison de Poésie, confirmait le jugement précédent.

- 11 octobre 2011. La Maison de Poésie, respectueuse de la décision de la Cour d’appel, l’exécutait, et elle évacuait ses locaux historiques qu’elle occupait depuis 1928.

- Le 11 janvier 2012, la SACD réclamait, par huissiers, 62 522,32 euros à la Maison de Poésie.

 

            MAIS

 

- le 31 octobre 2012, la Cour de cassation saisie par la maison de Poésie, « casse et annule dans toutes ses dispositions, l’arrêt rendu entre les parties, par la cour d’appel de Paris ; remet, en conséquence, la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel de Paris autrement composée ». Elle condamne la SACD aux dépens. Elle dit que « la cour d’appel (…) a méconnu [la] volonté [des parties] de constituer un droit réel au profit de la fondation ». [L'arrêt complet est publié plus loin, ci-dessous].

 

     Ce « grand arrêt de droit des biens de 2012 (…) qui fera date » (Hugues Périnet-Marquet, Panthéon-Assas) est si important que la Cour de cassation décide qu’il fera partie de son rapport annuel et qu’il fait immédiatement l’objet de très nombreux commentaires d’éminents juristes. Ce « bel arrêt Maison de Poésie » (L. Tranchant), « fondamental, sobre en sa forme, opportun sur le fond » (Louis d’Avout et Blandine Mallet-Bricout, Recueil Dalloz), « cette décision de principe […] aussi remarquable pour la théorie générale que pour les possibilités pratiques qu’elle offre » (François-Xavier Testu, Université de Tours) entraîne un nouveau procès dans de nouvelles perspectives, à une date qui n’est pas encore fixée.

     L’initiative de Monsieur Pascal Rogard du 7 mai 2007, qui s’appuyait sur une clause de  l’acte de vente du 7 avril 1932 dont il remettait en cause la signification, a eu l’effet inverse de ce qu’il souhaitait : il a conduit la Cour de cassation a clairement reconnaître « un droit réel »  à la Maison de Poésie.

 

Notre situation actuelle

 

     La Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont, reconnue d’utilité publique, est à nouveau confrontée à Monsieur Pascal Rogard, Directeur général de la SACD, à son Président, aux 30 membres de son Conseil d’administration, aux quelque 53 000 associés de la Société ainsi entraînés dans un quatrième procès, que nous sommes bien obligés d’assumer avec détermination, quels que soient nos regrets devant cet acharnement.

     Après sept années de procédure, que demande la Maison de Poésie ?

     Comme l’exposent les conclusions déposées par nos avocats, la simple application de notre « droit réel » reconnu par la Cour de cassation : le retour en nos locaux historiques remis en état, le paiement des frais entraînés par tous ces procès et par notre déménagement, avec une astreinte pour tout retard.

     En dehors de cette procédure formelle, nous aimerions aussi que nous puissions retrouver l’amicale co-existence qui a eu lieu pendant trois quarts de siècle entre les poètes et les auteurs dramatiques – rompue par des ambitions qui n’ont jamais été les nôtres. 

     On trouvera ci-dessous, plus loin, les détails de ces procédures et les commentaires de quelques juristes.

 

*

LE PROCÈS D’ALCESTE

 

      Dans le procès que la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques a imposé à la Maison de Poésie, nous sommes toujours restés pendant plus de sept ans d’une parfaite correction vis-à-vis d’un adversaire impitoyable et intransigeant.

     Un personnage créé par l’un de nos plus grands auteurs dramatiques, l’Alceste de Molière, victime lui aussi d’un procès, n’avait pas notre retenue. Il nous a semblé intéressant de rappeler le portrait qu’il traçait de son adversaire grâce à la verve d’un auteur dramatique de talent, excellent versificateur et ami des poètes – mais qui n’appartenait pas à la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques.

  …
De cette complaisance on voit l’injuste excès
Pour le franc scélérat avec qui j’ai procès ;
Au travers de son masque on voit à plein le traître,
Partout il est connu pour tout ce qu’il peut être,
Et ses roulements d’yeux et son ton radouci
N’imposent qu’à des gens qui ne sont pas d’ici.
On sait que ce pied plat, digne qu’on le confonde,
Par de sales emplois s’est poussé dans le monde,
Et que par eux son sort, de splendeur revêtu,
Fait gronder le mérite et rougir la vertu.
Quelques titres honteux qu’en tous lieux on lui donne,
Son misérable honneur ne voit pour lui personne ;
Nommez-le fourbe, infâme et scélérat maudit,
Tout le monde en convient et nul n’y contredit.
Cependant sa grimace est partout bien venue ;
On l’accueille, on lui rit, partout il s’insinue,
Et, s’il est, par la brigue, un rang à disputer,
Sur le plus honnête homme on le voit l’emporter.


Molière, Le Misanthrope. I, 1. 1666.


alt

 

*

 

L’ARRÊT MAISON DE POÉSIE

 

      Nous n’avons évidemment pas de compétences juridiques – que celles du justiciable, que nous a imposées depuis 2007 le procès intenté par la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques (SACD) en nous poursuivant pour récupérer nos locaux. Avec l’aide de nos avocats, Maîtres Arnaud de Barthès de Montfort et Catherine Castro (Société de Gaulle et Fleurance), et Maître Jérôme Ortscheidt (cassation), il nous a bien fallu tâcher de suivre les diverses étapes de la procédure. La plus récente nous a été heureusement favorable et notre affaire, tout « insignifiante » au départ, est devenue un important épisode de l’histoire du droit français de propriété.

     En effet, l’arrêt du 31 octobre 2012 de la Cour de cassation, reconnaissant le droit réel de la Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont et condamnant la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques, a suscité de très nombreux commentaires d’éminents juristes. Cet arrêt qui a été intégralement publié par notre revue dans notre numéro 53 (Janvier 2013) a établi une importante jurisprudence que notre incompétence juridique ne nous permet pas de commenter à notre tour, et dont nous nous contenterons de signaler les articles les plus significatifs.

 - Le Recueil Dalloz 2012 constate immédiatement que l’arrêt de la Cour de cassation constitue la « consécration de l’autonomie de la volonté ». Le commentaire d’Antoine Tadros (Maître de conférences à la Faculté de Rennes I) estime que « cette décision » « condamne le dogme du numerus clausus des droits réels », et que « l’arrêt suscite l’intérêt quant à la possibilité de concéder un droit réel perpétuel sur la chose d’autrui ».

 - Le 14 novembre 2012, Le Quotidien, dans ses Brèves, évoque l’arrêt de la Cour de cassation, il rappelle les clauses en faveur de la Maison de Poésie dans l’acte de vente de 1932, et constate que « selon la Haute juridiction, la cour d’appel [qui avait condamné la Maison de poésie] avait méconnu [la] volonté [des parties] de constituer un droit réel au profit de la fondation ».

 - Une étude signée de Mehdi Kebir le 21 novembre 2012, Démembrement de la propriété : droit réel de jouissance spéciale, constate que « cet arrêt (…) est promis à un retentissement particulier du fait de sa future publication dans le rapport annuel de la Cour de cassation, d’autant qu’il éclaire de façon significative l’importante question de l’exhaustivité de la liste des droits réels énumérés par la loi. » L’auteur rappelle « le groupe de travail institué au sein de l’Association Henri-Capitant dont la mission était de réfléchir à une réforme du droit des biens » en 2008. « Il faut noter que, dans cet arrêt, la Cour de cassation va plus loin que l’avant-projet de réforme en admettant que le droit réel de jouissance spécial reconnu puisse perdurer pendant toute la durée de l’existence de la fondation. »

 - Les Éditions Francis Lefebvre dans leurs Actualités du 28 novembre 2012 signalent l’arrêt de la Cour de cassation : « Il est possible de donner à une personne morale le droit d’user un local pour plus de trente ans » et remarquent : « Les conventions légalement formées tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites et elles ne peuvent être révoquées que par leur consentement mutuel ou pour les causes que la loi autorise ».

 - Dans l’édition privée de Lexbase, L’information juridique du 29 novembre 2012, Séverin Jean (Docteur en droit, Université Toulouse 1-Capitol) et Guillaume Beaussonie (Maître de conférence à l’Université François Rabelais de Tours) étudient La création prétorienne d’un droit de jouissance spéciale à durée indéterminée, en partant de « L’arrêt Caquelard » du 13 février 1834 de la Cour de cassation. Pour ces auteurs, après l’arrêt du 31 octobre 2012 de la Cour de cassation, « il faut convenir de la consécration d’un objet nouvellement identifié : un droit réel de jouissance à durée indéterminée ».

 - Dans l’édition générale de La Semaine juridique du 24 décembre 2012 (n° 52), François-Xavier Testu (Professeur à l’Université de Tours), après avoir remercié Me Jérôme Ortscheidt, notre avocat à la Cour de cassation, constate que la Cour « rappelle (…) l’autonomie de la volonté dans les décompositions dont la propriété est susceptible ». Il ajoute que « l’arrêt Maison de Poésie » « reformule une solution que la Haute juridiction avait énoncée il y a presque deux cents ans », il étudie « le régime de la propriété partiaire », puis il montre un certain nombre « des perspectives qu’ouvre le bel arrêt Maison de Poésie ».  

 - Dans le Recueil Dalloz (Études et commentaires) du 10 janvier 2013, une étude particulièrement riche de neuf pages sur deux colonnes de Louis d’Avout (Professeur à l’Université Panthéon-Assas, Paris 2) et Blandine Mallet-Bricout (Professeur à l’Université Jean Moulin, Lyon 3), sous le titre La liberté de création des droits réels aujourd’hui, commence par publier l’intégralité de cet « arrêt fondamental, sobre en la forme, opportun sur le fond, qui manquait à la doctrine française du droit des biens pour affirmer la pérennité du principe de libre création des droits réels, héritée de la jurisprudence post-révolutionnaire. Ce qu’il convient sans doute d’appeler désormais l’arrêt Maison de Poésie doit être rapproché de celui du 23 mai 2012, relatif au droit de crû et à croître ayant affirmé le caractère perpétuel des droits réels sui generis. »

      Nous ne reprendrons pas l’ensemble de la présentation très complète et très intéressante de cette question, même pour un profane, depuis les origines et « l’orientation libérale du droit français des biens » qui est « construit à partir de l’idée de liberté » (au contraire du droit allemand), nous contentant de signaler que les auteurs étudient « les potentialités » de cet arrêt qui « restent largement à découvrir », y compris avec ses « incertitudes », mais quelques lignes extraites de la conclusion de cette intéressante étude sont particulièrement réconfortantes :

            « La poésie mène à tout… Elle conduit ici à une clarification considérable de la théorie des droits réels et à l’affirmation, libérale, de la possible création de droits réels innomés. À n’en pas douter, les potentialités de l’arrêt Maison de Poésie se révéleront peu à peu par l’effet de la pratique, opportunément encouragée à innover ». (…)

 - Le 16 janvier 2013, dans Les Petites affiches, François-Xavier Agostini (Chargé d’enseignement à l’Université d’Aix-Marseille-3) dans un article de six pages sur trois colonnes, commentait cette « Reconnaissance prétorienne du droit réel de jouissance spéciale », après avoir cité l’arrêt de la Cour de cassation et constatait que « jamais depuis l’arrêt Caquelard, la Cour de cassation n’a aussi clairement admis la faculté de libre création des droits réels, le présent arrêt s’identifie en effet comme un véritable arrêt de principe ». Entre autres remarques sur l’arrêt, l’article s’intéresse à la durée du droit réel qui nous est ainsi reconnu : « Il est désormais acquis que la perpétuité peut résulter de la volonté des vendeurs ». En effet, les dispositions de l’acte de vente ont été prévues pour toute la durée de notre Fondation.

- Hugues Périnet-Marquet, Professeur à l'Université Panthéon-Assas (Paris II) estime que "Le grand arrêt de droit des biens 2012 est manifestement celui qui est venu déclarer que « le propriétaire peut consentir sous réserve des règles d’ordre public un droit réel conférant le bénéfice d’une jouissance spéciale de son bien ». (…)

Un arrêt qui fera date puisqu’il aura les honneurs du rapport de la Cour de cassation. (…)

La Cour de cassation casse l’arrêt [de la Cour d’appel] au visa des articles 544 et 1434 du Code civil et avec l’attendu de principe suivant : « Attendu qu’il résulte de ces textes que le propriétaire peut consentir sous réserve des règles d’ordre public un droit réel conférant le bénéfice d’une jouissance spéciale de son bien ». Elle considère, de surcroît, que ce droit avait pu être consenti pendant toute la durée de l’existence de la Maison de Poésie.

Elle admet donc, de manière éclatante, que le pouvoir de la volonté puisse créer des droits réels de jouissance spéciale. Par voie de conséquence, elle reconnaît que les droits réels ne sont pas en nombre limité et que leur création n’est pas du ressort exclusif du législateur. (…)

L’arrêt de la Cour de cassation semble salué très favorablement par la doctrine même si certaines réserves sont émises. Saluons donc ce grand arrêt qui renouvelle le droit des biens et qui va nourrir la réflexion et la pratique pendant les années qui viennent".
La semaine de la doctrine. La Chronique.

- D'autre part, il faut fermement saluer cette confirmation de la force créatrice de la volonté dans le domaine des droits réels, qui va de pair avec la liberté contractuelle; cette confirmation de la ductilité du droit est un hommage à l'inventivité de l'être humain qu'étoufferait un système juridique exagérément rigide. (...)

Jean-François Berbiéri, Professeur des Universités. CDA, Toulouse I et CREOP, Limoges, Avocat à la cour de Toulouse.

Petites Affiches, 12 juin 2013. N° 117.

 

*

Pour les non-juristes que nous sommes et les poètes que nous avons toujours essayé d’être, tout cela ne revient-il pas à notre lecture profane et innocente d’un texte signé en 1932 par deux parties de bonne foi, qui s’étaient entendu avec simplicité sur quelque chose qu’on a tenté de compliquer ensuite ? En ce qui nous concerne, nous sommes prêts à revenir à une co-existence qui a duré près de trois-quarts de siècle sans problèmes.

Mais ce n’est pas si simple. La loi nous fait obligation de re-traduire à notre tour la Société des Auteurs et Compositeurs en Cour d’appel. Ce procès se tiendra prochainement, l’arrêt de la Cour de cassation nous permettant un optimisme raisonnable.

                                        La Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont

 

*

      Afin de permettre aux lecteurs intéressés par les questions juridiques de mieux comprendre le litige suscité par la SACD à l’encontre de notre Fondation, nous publions un extrait de l’acte de vente notarié du 7 avril (accepté et confirmé par un décret du Président de la République en date du 15 juin 1932) :

 « N’est toutefois pas comprise dans la présente vente et en est au contraire formellement exclue la jouissance ou l’occupation par la Maison de Poésie et par elle seule des locaux où elle est installée actuellement et qui dépendent dudit immeuble. »

« Au cas où la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques le jugerait nécessaire, elle aura le droit de demander que ledit deuxième étage et autres locaux occupés par la Maison de Poésie soient mis à sa disposition, à charge par elle d’édifier dans la propriété présentement vendue et de mettre gratuitement à la disposition de la Maison de Poésie et pour toute la durée de la fondation une construction de même importance, qualité, cube et surface pour surface. […] En conséquence de tout ce qui précède, la Maison de Poésie ne sera appelée à quitter les locaux qu’elle occupe actuellement que lorsque les locaux de remplacement seront complètement aménagés et prêts à recevoir les meubles, livres et objets d’art et tous accessoires utiles à son fonctionnement, nouveaux locaux qu’elle occupera gratuitement et pendant toute son existence. »

 

 ***

NOUVEAU PROCÈS EN APPEL

 

- La Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont et la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques sont donc renvoyés par la Cour de cassation devant la Cour d’appel de Paris autrement constituée. La date de ce quatrième procès n’est pas encore fixée.

                                              

 COMMENT AIDER LES POÈTES ET LA POÉSIE


 À RÉSISTER À CETTE DANGEREUSE OFFENSIVE

 

     Depuis plus de sept ans, la Maison de Poésie est soumise à une offensive permanente qui avait commencé avant même l’assignation en justice, pour que la Fondation Émile Blémont abandonne des locaux pour lesquels la Cour de cassation vient de reconnaître qu’elle jouissait d’un droit réel.

     À plusieurs reprises, la Maison de Poésie a semblé perdre la partie. Elle a été contrainte de trouver un abri pour ses biens les plus précieux, les livres de sa bibliothèque, elle en a perdu d’autres, ses meubles et machines ont été dispersés, elles s’est retrouvée à la rue, elle n’a pu remplir ses missions en faveur des poètes et de la poésie, elle a perdu des sources de revenus, elle a dû licencier son personnel, ses administrateurs ont été soumis à des pressions sans précédents, ils ont eu l’angoisse de devoir interrompre une mission qui leur avait été confiée par le protecteur de Rimbaud et de Verlaine, etc.

     La Maison de Poésie a été attaquée par un adversaire puissant, bénéficiant d’une administration bien équipée, comprenant un service juridique à demeure, des spécialistes, de vastes locaux, jouissant de ressources financières importantes.

     Pour lui faire face, la Fondation Émile Blémont était bien fragile et modeste, ayant peu de personnel, s’appuyant sur des bénévoles, rassemblant des poètes aux droits d’auteur ridicules, s’occupant d’un secteur littéraire, la poésie, en complète déshérence, organisant des rencontres et autres matinées littéraires gratuites, aux ressources financières minuscules, en dehors des modes, des chaudsbizness et autres pipolisations, bref, des gens sans appuis, des David un peu attardés dans un monde qui n’existe plus. Des gens qui ne passent jamais à la télévision…

*

1 €

 

     Que demande la Maison de Poésie dans ce quatrième procès ?

     Elle réclame simplement aujourd’hui la stricte application d’un acte notarié de 1932, la restitution de ses locaux remis en état, la recomposition de ses biens, quelques légitimes remboursements de ses frais.

     Quant à son préjudice moral, il est inestimable. C’est pourquoi la Maison de Poésie se contente de demander à la Cour de lui accorder l’unique et symbolique euro qui lui rendrait toute sa dignité.

 

*

 L’AIDE DES AMIS DE LA POÉSIE RESTE NÉCESSAIRE

 

     La Maison de Poésie a pu tenir bon sous l’orage grâce à de très nombreux soutiens qui ont sans cesse réconforté ses responsables.

Il n’empêche qu’elle a besoin d’aide financière.

      - La Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont est reconnue d’utilité publique. Elle est habilitée à recevoir dons et legs. Chaque don, même modeste, est une aide bienvenue qui fait l’objet d’un reçu (pour déductions d’impôts prévues par la loi).

      - Les abonnements à sa revue Le Coin de table constituent une aide très largement efficace, car elle contribue en outre à la diffusion de la poésie et des œuvres de poètes contemporains connus ou à découvrir. (70 €/an, chèque à l’ordre de « la Maison de Poésie »).

       Nous invitons les amis de la poésie à participer à la Renaissance de la Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont, par leurs dons et par la souscription de nouveaux abonnements au Coin de table.


 alt      Manusc. Degott

 


André Gill         Thérésa         Anastasia


              André Gill, Autoportrait                  Thérésa                            Anastasia, la censure


Kysinska           Mallarmé           Max Jacob


         Marie Krysinska    Stéphane Mallarmé, par Félix Vallotton.    Max Jacob, Autoportrait.



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Le Coin de table

 

N° 54

 

 

 

     Ceux qui suivent cette revue de la Maison de Poésie depuis le n° 1, seront d’accord avec moi pour dire que celle-ci n’a pas pris une ride. Elle est toujours placée sous le signe de l’excellence, tant par le soin apporté à la forme, à la présentation, que par la richesse des contenus.

     Avec ce n° 54, le Coin de table nous propose de faire sortir du purgatoire où on les a un peu trop confinés, des poètes de qualité, qui mériteraient, au même titre que d’autres, de figurer dans nos anthologies. Pour certains, le nom est connu, mais l’œuvre n’est plus éditée. On peut parfois les retrouver sur Internet. Pour d’autres, même le nom n’existe pas dans nos mémoires. Certains sont très éloignés dans le temps, d’autres beaucoup plus proches de nous, voire des contemporains. En lisant les textes qui accompagnent les notices biographiques, on se met à songer aux milliers d’autres qui mériteraient de figurer dans cette réhabilitation. La Maison de Poésie aurait trouvé là matière à nous faire plaisir pendant de nombreuses années.

     Après cette trop brève anthologie, Yves Avril signe un intéressant article qui nous fait découvrir Charles Péguy, de la prose à la poésie. Entre la prose et la poésie, ai-je envie de dire, puisqu’aux yeux de certains, c’est sa prose qui est plus poétique que ses vers.

     Signalons encore l’article de Mathilde Martineau qui nous fait découvrir – redécouvrir – rééditée par les éditions de la Table Ronde, La Revue blanche qui vit le jour en Belgique en 1889 et devint française en 1891, avec, entre autres célébrités, Félix Fénéon connu pour ses sympathies anarchistes, qui en devint le secrétaire de rédaction, et fit connaître les poètes symbolistes, ainsi que les peintres néo-impressionnistes.

     Jacques Charpentreau, quant à lui, se penche sur la tombe du poème en prose et donne du grain à moudre à ceux qui réagissent contre le délabrement de la poésie, pour revenir à ce que préconisait André Chénier lorsqu’il affirmait dans L’invention : Sur des pensers nouveaux, faisons des vers antiques.

     Les dernières pages réjouiront les amis di Coin de table, car il y est fait mention, en matière de droit, de toutes les suites possibles à l’affaire qui a chassé la Maison de Poésie de ses locaux. Espérons, espérons, mais poursuivons aussi la lutte !

     Tout dans cette revue mériterait d’être détaillé, mais que ce soin soit laissé aux lecteurs !

 

Louis Delorme. Revue Florilège. N° 151. Juin 2013.

 

 


***********

 

 MALHEUR AUX JEUNES POÈTES !

 

     En 1872, Émile Blémont, grand bourgeois fortuné, distingué et bien élevé, alors âgé de trente-trois ans, alla chercher deux jeunes poètes inconnus et mal considérés, mais dont il avait su discerner le talent, pour les faire asseoir au Coin de table du peintre Fantin-Latour : Paul Verlaine et Arthur Rimbaud. Le plus vieux avait vingt-huit ans ; l’autre à peine dix-huit.

     À l’exemple de son Fondateur, la Maison de Poésie a toujours voulu aider les jeunes poètes encore inconnus (et pas forcément mal considérés). C’est pourquoi elle accueille toujours dans la revue Le Coin de table ou sur son site de jeunes poètes dont nous ne savons rien, sinon que nous aimons les poèmes qu’ils nous ont envoyés. C’est pourquoi elle a publié et continue de le faire des recueils de jeunes poètes, comme celui qui vient de paraître : Gilles de Obaldia, La langue des oiseaux.

     L’aide de la Maison de Poésie aux jeunes poètes s’est particulièrement manifestée avec le Prix Arthur Rimbaud, réservé à un jeune poète de dix-huit à vingt-cinq ans. Ce Prix, organisé en participation avec le Ministère de la Jeunesse, doté de 5 000 euros, a été décerné pendant vingt ans. Il a suscité des milliers d’envois. Chaque année, la Maison de Poésie a publié une sélection des meilleurs poèmes des candidats.

 

Manuscrits du Prix Rimbaud

 

 

     Ce Prix a été supprimé par Martin Hirsch, appelé par Nicolas Sarkozy à transformer le Ministère en Haut-Commissariat indifférent à la poésie des jeunes auteurs. Alors, la poésie… Les jeunes gens qui en écrivent… Le Haut-Commissariat et son commissaire ont disparu; la poésie demeure.

     Illustration d'Aureélie Monfait

 

 

Illustration d’Aurélie Monfait. 19 ans. (École Supérieure Estienne des Arts et Industries graphiques)

Le nouveau Printemps des jeunes poètes.

     Nous nous emploierons à retrouver les conditions nécessaires au renouvellement de ce Prix.

 

*

Ouvre ma main…

 

Ouvre ma main
je refuse de te voir
Quelle sera ma chanson demain

 
Tu es trop beau mon amour
trop simple de moi
j’exige de toi la vie

 
Je ne suis pas compréhensible
je suis inattachée
tu es trop près mon amour

 
As-tu le bonheur
je suis inconstance
tes yeux trop doux trop droits

 
Ne me cherche pas
je suis introuvable
je n’existe pas.

 

Cécile Bétouret. 20 ans. Prix Arthur Rimbaud 1997.
Le Point du jour.
100 poèmes et dessins de 23 jeunes artistes d’aujourd’hui. © La Maison de Poésie.

 

*

 Joie du mauve

 

Le mauve – peu importe –
La mort qui te ravage
La douleur qui t’escorte
Vers de taiseux barrages

 
Si les sentiers s’éboulent
– Ton cœur dessus de sorte
Que c’est ta vie qui croule
Avec eux – peu importe

 
Et si tes mots pourrissent
Que le silence crisse
Où tu vois apparaître

 
Le pire peu impor-
Te tu auras encor
De la joie pour y être

 

Camille Bonneaux. 22 ans. Mention spéciale. Prix Arthur Rimbaud 2009.
Rimbaud 007.
© La Maison de Poésie.

 

     Rimbaud 006         Rimbaud 008         Rimbaud 007

 

 

RENCONTRES

 

     La Maison de Poésie a été chassée par la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques de ses locaux historiques où elle recevait régulièrement les poètes et amis de la poésie, au cours de conférences, lectures, matinées littéraires ou de rencontres informelles.

     Pour le moment, ces manifestations littéraires se tiennent dans les locaux de la Société des Poètes Français qui les met généreusement à la disposition de la Maison de Poésie, en témoignage de solidarité. La Maison de Poésie réunit également ses amis en d’autres lieux.

 

   Coin de table Fantin     Klingsor     Martineau

 

 

 

          Bibliothèque vide               Déménageurs

 

 

     La Cour de cassation, par un arrêt rendu le 31 octobre 2012, a reconnu le droit réel de la Maison de Poésie et condamné la SACD. Cet arrêt fera date et il permet à la Maison de Poésie d'envisager favorablement un nouveau procès en Cour d'appel. Nous reproduisons ici cet arrêt historique :

 

CIV.3

CH.B

 

COUR DE CASSATION

 

 Audience publique du 31 octobre 2012

Cassation

M. TERRIER, président

Arrêt n° 1285 FS-P+B+R

Pourvoi n° Z 11-16.304

 

 

R E P U B L I Q U E     F R A N C A I S E

        

 

AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS

        

 

LA COUR DE CASSATION, TROISIÈME CHAMBRE CIVILE,

a rendu l’arrêt suivant :

 

Statuant sur le pourvoi formé par la société La Maison de Poésie, dont le siège est 11 bis rue Ballu, 75009 Paris,

 contre l’arrêt rendu le 10 février 2011 par la cour d’appel de Paris (pôle 4, chambre 1), dans le litige l’opposant à la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD), dont le siège est 11 bis rue Ballu, 75009 Paris,

 défenderesse à la cassation ;

 La demanderesse invoque, à l’appui de son pourvoi, les trois moyens de cassation annexés au présent arrêt ;

 LA COUR, composée conformément à l’article R. 431-5 du code de l’organisation judiciaire, en l’audience publique du 25 septembre 2012, où étaient présents : M. Terrier, président, Mme Feydeau, conseiller rapporteur, Mme Fossaert, MM. Fournier, Échappé, Pameix, Mme Salvat, conseillers, Mmes Proust, Pic, M. Crevel, Mmes Meano, Renard, conseillers référendaires, M. Bailly, avocat général référendaire, M. Dupont, greffier de chambre ;

 Sur le rapport de Mme Feydeau, conseiller, les observations de la SCP Ortscheidt, avocat de la société La Maison de Poésie, de la SCP Hémery et Thomas-Raquin, avocat de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques, l’avis de M. Bailly, avocat général référendaire, et après en avoir délibéré conformément à la loi ;

 Sur le deuxième moyen :

 Vu les articles 544 et 1134 du code civil ;

 Attendu qu’il résulte de ces textes que le propriétaire peut consentir, sous réserve des règles d’ordre public, un droit réel conférant le bénéfice d’une jouissance spéciale de son bien ;

 Attendu, selon l’arrêt attaqué (Paris, 10 février 2011) que par acte notarié des 7 avril et 30 juin 1932, la fondation La Maison de Poésie a vendu à la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (la SACD), un hôtel particulier, l’acte mentionnant que « n’est toutefois pas comprise dans la présente vente et en est au contraire formellement exclue, la jouissance ou l’occupation par la Maison de Poésie et par elle seule des locaux où elle est installée actuellement et qui dépendent dudit immeuble » et « au cas où la SACD le jugerait nécessaire, elle aurait le droit de demander que le deuxième étage et autres locaux occupés par La Maison de Poésie soient mis à sa disposition, à charge pour elle d’édifier dans la propriété présentement vendue et de mettre gratuitement à la disposition de La Maison de Poésie et pour toute la durée de la fondation, une construction de même importance, qualité, cube et surface pour surface » (…) « en conséquence de tout ce qui précède, La Maison de Poésie ne sera appelée à quitter les locaux qu’elle occupe actuellement que lorsque les locaux de remplacement seront complètement aménagés et prêts à recevoir les meubles, livres et objets d’art et tous accessoires utiles à son fonctionnement, nouveaux locaux qu’elle occupera gratuitement et pendant toute son existence », que le 7 mai 2007, la SACD a assigné La Maison de Poésie en expulsion et en paiement d’une indemnité pour l’occupation sans droit ni titre des locaux ;

 Attendu que pour accueillir la demande l’arrêt retient que le droit concédé dans l’acte de vente à La Maison de Poésie est un droit d’usage et d’habitation et que ce droit qui s’établit et se perd de la même manière que l’usufruit et ne peut excéder une durée de trente ans lorsqu’il est accordé à une personne morale est désormais expiré ;

 Qu’en statuant ainsi, alors que les parties étaient convenues de conférer à La Maison de Poésie, pendant toute la durée de son existence, la jouissance ou l’occupation des locaux où elle était installée ou de locaux de remplacement, la cour d’appel, qui a méconnu leur volonté de constituer un droit réel au profit de la fondation, a violé les textes susvisés ;

 

PAR CES MOTIFS, et sans qu’il y ait lieu de statuer sur les autres moyens :

 

CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l’arrêt rendu le 10 février 2011, entre les parties, par la cour d’appel de Paris ; remet, en conséquence, la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel de Paris, autrement composée ;

 

Condamne la Société des auteurs et compositeurs dramatiques aux dépens ;

 

Vu l’article 700 du code de procédure civile, condamne la Société des auteurs et compositeurs dramatiques à payer à La Maison de Poésie la somme de 2 500 euros ;

 

Dit que sur les diligences du procureur général près la Cour de cassation, le présent arrêt sera transmis pour être transcrit en marge ou à la suite de l’arrêt cassé ;

 

Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, troisième chambre civile, et prononcé par le président en son audience publique du trente et un octobre deux mille douze.

 

            


 Manifestations poétiques et rencontres.

      Au milieu de ces tribulations, soumise à une pression permanente de la part d’une SACD particulièrement offensive, la Maison de Poésie n’a pas pu organiser comme les années précédentes toutes les activités littéraires habituelles. 

  

Gilles de Obaldia

 

 

     Dernière réunion

 

    

Publications

 

     La Maison de Poésie a décidé de continuer la publication de sa revue malgré des conditions difficiles.

       Les quatre numéros annuels de la revue Le Coin de table ont été publiés régulièrement en 2011 et en 2012. Pour la septième année consécutive, la revue a atteint l’équilibre financier. La Maison de Poésie poursuit en 2013 l’édition du Coin de table, une revue originale et essentielle dans le paysage poétique actuel. Depuis plusieurs années le Centre National du Livre ne consent aucun soutien financier à la revue. Il n’a apporté aucune aide à la Fondation dans ses difficultés considérables de 2011. Le CNL ne nous a été d’aucune utilité dans la tempête. Même pas une petite bouée pour le mousse.

     L’abonnement au Coin de table (70 €, pour la France, en 2013) est un moyen d’aider la Maison de Poésie à continuer.

     Affirmant la continuité de son soutien aux jeunes poètes malgré toutes ses difficultés financières et techniques, la Maison de Poésie a publié en 2012 le deuxième recueil de Gilles de Obaldia, La Langue des oiseaux.

 

Aides à la création. Prix littéraires.

      Les circonstances ont empêché la Fondation de donner ses habituels Prix littéraires et d’aider des jeunes poètes à publier leurs œuvres en recueil. Toutefois, plusieurs ont été accueillis dans la revue et sur le site de la Fondation.

 

Bibliothèque.

      Elle n’est plus disponible.

 Site

        Plus de 20 000 visiteurs l’ont consulté en 2011; autant en 2012. Il donne diverses informations sur la Maison de Poésie, la revue Le Coin de table, l’histoire de la Fondation, etc. Il publie de nombreux poèmes, de poètes déjà célèbres et de jeunes poètes encore peu connus.

     En août et septembre 2011, il a été la cible d’une attaque malveillante provenant de sources inconnues (en apparence géographiquement lointaines, Afrique, Amérique du sud, en réalité non localisables) qui renvoyaient les visiteurs vers un site pornographique, ce qui avait amené l’hébergeur à déclarer notre site « dangereux » pendant plusieurs semaines. Notre informaticien a réussi à libérer notre site, après divers travaux, dont le coût a été à notre charge, sans que nous puissions savoir si cette attaque était due au hasard ou était volontairement ciblée sur nous. Le service de police spécialisé a été informé.

 

*

 

     La Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont a continué à vivre en 2012 malgré toutes ces difficultés – ce qui n’est pas une mince réussite. 

     Elle a pu constater que ses nombreux amis lui apportaient un soutien psychologiquement très réconfortant et financièrement efficace, puisque jamais les dons n’avaient été aussi importants. Elle a particulièrement remercié la Société des Poètes Français, une centenaire très active.

     Après la décision très favorable de la Cour de cassation, l’avenir de la Fondation va dépendre d’un mécénat qui reste à trouver – et du deuxième jugement en Cour d'appel, qui aura lieu en 2013 à une date non encore fixée.

 

Bailly

 

 

                                                

 

Comment nous aider ?

 

- En s’abonnant à la revue trimestrielle Le Coin de table. Un an, France : 70 €. Étranger : 80 €. Chèque à l’ordre de « La Maison de Poésie ».

- En adhérant à l’Association des Amis d’Émile Blémont : La Maison de Poésie. La Société des Poètes Français. 16, rue Monsieur-le-Prince. 75006 Paris (adhésion pour 2012 : à partir de 5 €).

- En faisant un don à la Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont, reconnue d’utilité publique, actuellement en difficulté financière (un reçu sera envoyé pour bénéficier des remises d’impôt prévues par la loi).

 

*

Association des Amis d'Émile Blémont

 

     Pour aider la Maison de Poésie, actuellement en difficulté, à poursuivre l’œuvre de son Fondateur Émile Blémont, une association a été créée en 2011.

     Émile Blémont fut un poète et un généreux mécène que l’AAÉB aidera à ne pas oublier.

     L’action Emile Blémont a été remarquable en faveur de la Poésie, et d’une façon générale il défendit toujours la culture et les grandes valeurs humaines. Sa correspondance montre son soutien envers les poètes, concrétisé aussi bien par des aides financières que par des aides morales. Certains d’entre eux sont célèbres aujourd’hui, notamment Verlaine, avec lequel il a toujours été en contact. Le pauvre Lélian lui a d’ailleurs rendu hommage dans un poème. On peut citer également Léon Valade que Blémont a toujours aidé. Émile Blémont fit don à l’État de sa correspondance avec ces deux poètes. Les lettres de Verlaine sont conservées à la Bibliothèque Nationale de France et celles de Léon Valade à la Bibliothèque de Bordeaux, sa ville natale. Le tableau de Fantin-Latour, Coin de table, qu’il offrit également à l’État, se trouve aujourd’hui conservé au Musée d’Orsay. Membre du Conseil de famille des petits-enfants de Victor Hugo, il participa à la création de son Musée de la Place des Vosges.

     Sa position sociale lui permettait d’avoir des relations au plus haut niveau. Ses démarches et ses interventions suscitèrent la création d’une Bourse de voyage littéraire, il fut nommé Président de sa commission. Ne pouvant décider l’Etat à ouvrir, avec son aide, un Musée des poètes, Emile Blémont créa, par testament, La Maison de Poésie, fondation reconnue d’utilité publique en 1928 par le Président de la République Gaston Doumergue.

     La dernière pensée d’Émile Blémont fut donc pour les poètes et la Poésie. L’AAÉB veillera à maintenir son nom et à poursuivre son œuvre dans le même esprit de générosité et d’ouverture.

    L'assemblée générale de l'Association a eu lieu mercredi 22 février 2012. Celle de 2013 aura lieu prochainement.

 

 Association des Amis d’Émile Blémont. La Maison de Poésie. Société des Poètes Français. 16, rue Monsieur-le-Prince. 75006 Paris.  Adhésion à partir de 5 Euros.

 Présidente Mathilde Martineau.

 

 *

À Émile Blémont

 

La vindicte bourgeoise assassinait mon nom

Chinoisement, à coups d'épingle, quelle affaire !

Et la tempête allait plus âpre dans mon verre.

D'ailleurs du seul grief, Dieu bravé, pas un non,

 

 Pas un oui, pas un mot ! L'Opinion sévère

Mais juste s'en moquait autant qu'une guenon 

De noix vides. Ce bœuf bavant sur son fanon,

Le Public, mâchonnait ma gloire... encore à faire.

 

 L'heure était tentatrice et plusieurs d'entre ceux

Qui m'aimaient en dépit de Prud'homme complice,

Tournèrent carrément, furent de mon supplice,

 

 Ou se turent, la peur les trouvant paresseux,

Mais vous, du premier jour vous fûtes simple, brave,

Fidèle, et dans un cœur bien fait cela se grave.

 

 Paul Verlaine, Amour.
Léon Vanier, 1888.

 

Blémont par Cazals

 

Cazals, Émile Blémont.

*

 LIVRES ACTUELLEMENT DISPONIBLES

  GRANDE COLLECTION

 

- Les invités du Coin de table. Florilège (1955-)1995. 300 poèmes. 400 p. 30 €.

- « Je ne veux qu’une chose, être aimée ».  50 lettres inédites de Juliette Drouet à Victor Hugo reproduites en fac-similé. Présentation et commentaires de S. et J. Charpentreau. 232 p. 30 €.

- « Pour vous seule ». 53 lettres inédites d’Alfred de Vigny à Céline Cholet, reproduites en fac-similés. Présentation et commentaires de J. Charpentreau. 160 p. 30 €.

- « Bonjour, Monsieur Blémont ! ». La Bohème des années 1870, par Mathilde Martineau. Avec 70 reproductions en fac-similés et de nombreux originaux. 200 p. 30 €.

- Philippe Chabaneix, Œuvres poétiques. I. Rassemblées et présentées par Jean-Luc Moreau. 440 p. 45 €.

- Anthologie de la Poésie française de Paul Verlaine à Tristan Klingsor (1866-1955). 400 p. 8 €.

*

 

POÈMES

 

- Émile Blémont, L’Âme étoilée, 12 €.

- Jacques Charpentreau, Musée secret. Le Chant de la lumière. Le Visage de l’ange. Le Papillon sur l’épaule. La Part des anges. 12 €. La Rose des fables, 18 €. La Petite Rose des fables, 10 €. Ombres légères, 16 €.

- Luc Decaunes, Poésie, 12 €. Inconvenances, 8 €.

- Robert Houdelot, Le Laurier noir, 12 €.

- Bernard Jourdan, L’hiver qui vient, 12 €.

- Daniel Lander, Peines perdues, 12 €.

- Jean Lestavel, Départs. Les Arbres chantent, 12 €.

- Bernard Lorraine, Stances, suivi du Livre de l’identité, 16 €.

- Michel Manoll, Louisfert-en-Poésie, 12 €.

- Maximine, Les visiteuses, suivi de Quelques lilas, 12 €.

- Jean-Luc Moreau, La Bride sur le cœur, 12 €.

- Gilles de Obaldia, L’herbe haute, 16 €.

- Camille Pelletan, Poèmes secrets, 12 €.

- Georges Sédir, Grand jeu. Il se fait tard, 12 €.

- Léon Vérane, Les étoiles et les roses, 12 €.

- Robert Vigneau, Une vendange d’innocents, 16 €.

- Youri, Poèmes de jour, Poèmes de nuit, 16 €.

 

     Commande à envoyer à : La Maison de Poésie. Société des Poètes Français. 16, rue Monsieur-le-Prince. 75006 Paris, avec le chèque correspondant (+ 2 € pour participation aux frais d'expédition).

 

Patrimoine

 

      Pour le moment, la Maison de Poésie n'est plus en mesure de mettre à la disposition des lecteurs et des chercheurs le patrimoine poétique dont elle a la garde depuis plus de quatre-vingts ans. Il est indisponible, mais en sécurité dans les réserves de la Bibliothèque Nationale de France, à la suite de l’expulsion par la SACD.

 

 Pérennité d'une œuvre poétique

 

     Pour le moment, la Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont ne peut plus apporter son aide à la pérennité de l'œuvre d'un poète, à la suite de son expulsion au bénéfice de la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques.

           

 

 DONS, LEGS ET MÉCÉNAT

 

 

 La Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont

 

est reconnue d'utilité publique

 

     À ce titre, elle peut recevoir des dons et legs donnant droit à des réductions d’impôt prévues par la loi.

     Tous ces dons, même les plus modestes, aident financièrement la Maison de Poésie à répondre à sa vocation, et ils constituent un précieux encouragement.

     Chaque don, par chèque établi à l’ordre de la Maison de Poésie, fait l’objet d’un reçu à remettre aux services fiscaux.

     Les contribuables peuvent ainsi décider de l'affectation d'une partie de leur impôt. Nous remercions tous ceux qui choisissent de maintenir, d'aider, et de faire vivre la poésie.

 

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Contribuables assujettis à l’impôt sur le revenu (2012) :

Diminution de l’impôt sur le revenu suivant les modalités prévues par la loi.

 

Contribuables assujettis à l’Impôt de Solidarité sur la Fortune (ISF. 2012) :

Réduction de l’ISF du montant des sommes versées à la Maison de Poésie suivant les modalités prévues par la loi.

 

  La Fondation est habilitée à recevoir les legs et successions.

 

            

 

 

Nous avons tous besoin de la poésie.

 

 

La poésie a besoin de vous !

 

 

 

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Mise à jour le Mardi, 15 Avril 2014 07:15