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LA MAISON DE POÉSIE


Fondation Émile Blémont

Reconnue d´utilité publique


16, rue Monsieur-le-Prince. 75006 Paris

06 37 51 17 09


La Maison De Poésie Actualités
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 Pour nous joindre :

- Par courrier postal : La Maison de Poésie. Société des Poètes Français.

     16, rue Monsieur-le-Prince. 75006 Paris.

- Par téléphone : 06 37 51 17 09.

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Actualités

 

 

Avril 2015

 

 

 

La Maison de Poésie

 

fait partie de ceux qui défendent

 

notre culture et ses valeurs

 

contre l’assaut des barbares.

 

 

 

 

      « Quoi que fassent ceux qui règnent chez eux par la violence et hors de chez eux par la menace, quoi que fassent ceux qui se croient les maîtres des peuples et qui ne sont que les tyrans des consciences, l’homme qui lutte pour la justice et la vérité trouvera toujours le moyen d’accomplir son devoir tout entier.
      La toute puissance du mal n’a jamais abouti qu’à des efforts inutiles. La pensée échappe toujours à qui tente de l’étouffer. Elle se fait insaisissable à la compression ; elle se réfugie d’une forme dans l’autre. Le flambeau rayonne ; si on l’éteint, si on l’engloutit dans les ténèbres, le flambeau devient une voix, et l’on ne fait pas la nuit sur la parole ; si l’on met un bâillon à la bouche qui parle, la parole se change en lumière, et l’on ne bâillonne pas la lumière ».

 

VICTOR HUGO

 

                                  

 

 

LA MAISON DE POÉSIE-FONDATION ÉMILE BLÉMONT

 

 

     La Maison de poésie est une Fondation créée par les dispositions testamentaires d’Émile Blémont. Elle a été reconnue d’utilité publique par un décret du Président de la République le 19 août 1928. Elle est la seule Fondation agissant en faveur des poètes et de la poésie par ses diverses activités (publications, revue, conférences, récitals, bibliothèque, présence en diverses institutions, etc.).

     Émile Blémont, son fondateur, est le personnage central du tableau de Fantin-Latour, Coin de table (1872) et, avec ses amis, le fondateur de la revue La Renaissance Littéraire et Artistique. C’est Émile Blémont qui fit asseoir au coin de la table deux jeunes poètes alors inconnus, Paul Verlaine et Arthur Rimbaud.

      Poète et animateur de revues, Émile Blémont était aussi un mécène. Il acheta le célèbre tableau et en fit don à l’État. Le Coin de table est aujourd’hui au Musée d’Orsay.

 

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     La Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont est administrée par sept poètes qui sont aujourd’hui Jacques Charpentreau, Sylvestre Clancier, Jean-Luc Despax, Jean Hautepierre, Jean-Luc Moreau, Jean-Pierre Rousseau, Robert Vigneau.

 

 

                                   



 

  APRÈS LA VICTOIRE JURIDIQUE

 

DE LA MAISON DE POÉSIE

 

 

NOUVELLE CONDAMNATION DE LA SACD

 

      La Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques (SACD) n’ayant pas obéi à l’arrêt de la Cour d’appel, la Maison de Poésie a entrepris les démarches nécessaires à son application.
      La Maison de Poésie a assigné la SACD devant le Tribunal de Grande instance de Paris, siégeant en référé (droit commun). L'audience s'est tenue mardi 13 janvier 2015.  

     Par ordonnance du 10 février 2015, le Tribunal a ordonné « l’expulsion de la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques [de nos locaux] (…) avec le concours, en tant que de besoin, de la force publique et d’un serrurier. »
      La SACD est condamnée aux dépens et à diverses indemnités.

     La Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont s’emploie à faire respecter ces décisions.

 

Cadran solaire

 

 

                                         

 

   POÉSIE VIVANTE

 

     EN SA SEIZIÈME ANNÉE, LA REVUE LE COIN DE TABLE CONTINUE. La poésie continue, quelles que soient les violences, en France et dans le monde, quelles que soient les difficultés de notre Fondation qui n’est pas encore parvenue à obtenir de son adversaire, la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques, le respect des décisions des tribunaux qui nous ont rendu justice.     

     La poésie continue dans ce numéro 62 de notre revue, avec de nombreux poèmes inédits prouvant sa vitalité, avec l’étude précise de la poésie inattendue, scientifique et personnelle de Jacques Réda, un des vrais poètes de l’époque, avec le rappel de la poésie de François Villon qui vient d’être soigneusement rééditée et reste si proche de nous. Cinq siècles séparent ces deux poètes, présents dans le même numéro.
      La poésie continue, dans le dialogue entrepris par Walter Benjamin avec Baudelaire, « notre contemporain », à travers le temps et les époques, avec les évocations de l’Oulipo, de Robert Sabatier, de Jean-Claude Pirotte, d’autres, dont nous assurons, modestement et sans aucune prétention, la succession et même avec un poème gaulois, encore plus inattendu ! Avec, aussi, l’annonce du décès de Pierre Lexert, auquel nous rendons l’hommage dû à ce grand poète français du Val d’Aoste.  

 

 62 CdT



 

Le Coin de table 


La revue de la poésie

 

Abonnements : un an, quatre numéros, 70 €. (Étranger : 80 €).

 L’abonnement part du premier numéro de l’année en cours, quelle que soit la date de souscription.

 Paiement par chèque à l’ordre de « La Maison de Poésie ».

 

                                   

 



 LA VAGUE DE LA POÉSIE

 

 

     On évoque souvent la vague Baudelaire qui vient encore jusqu’à nous, comme en témoigne une fois de plus ce numéro de notre revue. Un siècle et demi après leur publication et leur condamnation, ses Fleurs du mal sont toujours découvertes, lues, appréciées par les jeunes gens de nouvelles générations, puis relues fidèlement par eux quand ils ont vieilli et que d’autres jeunes gens ouvrent à nouveau le livre, fantastiques lectures « en abîme », et ces poèmes sont sans cesse commentés, peut-être pour y découvrir le secret de leur immortalité – s’il y en a un autre qu’eux-mêmes. La « modernité » de Baudelaire ainsi interrogée, c’est toujours la nôtre, en son ambiguïté, révolte, refus, fascination, oscillation du bien et du mal, perversion et sainteté, tant de richesses pour ceux qui ont su « Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu’importe ? / Au fond de l’Inconnu pour trouver du nouveau ! »
      Mais le secret de cette poésie, c’est qu’elle n’en a pas. Sa force est dans son art qui a imprimé à jamais ces poèmes en nous, par l’alliance du chant, des images, de la cadence, de l’harmonie, de la vérité d’une âme tellement complexe que nous y reconnaissons la nôtre, dans une apparente, une évidente simplicité. Baudelaire écrit, pire : il versifie de façon très traditionnelle et il n’a pas besoin de bouleverser la forme pour aller au fond de lui-même, des choses, de la vie, de l’amour, de « l’inconnu » – de nous. Voilà qui donne à réfléchir à ceux qui pensent devoir échapper aux nécessités de la versification pour renouveler l’art poétique. On ne peut pas se passer du mot essentiel : l’art. Ou alors on se passe de la poésie. On sait que Baudelaire préférait encore se passer de pain.
      La vague Baudelaire n’est qu’une partie de la grande vague de la poésie (comment ne pas aimer cette image ?) qui porte les chefs-d’œuvre de cet art, depuis ses origines, à travers les temps, les âges, les siècles, les genres, les styles – une poésie inséparable d’une certaine utilisation des ressources de la langue, beaucoup plus importantes que toute signification évidente ou cachée.
      On va en trouver un autre exemple dans ce numéro, avec la vague Villon. On s’aperçoit qu’il importe peu que sa langue « ait vieilli », comme on dit improprement (c’est nous, qui avons vieilli), une langue qui, depuis le XVe siècle, a évolué, mais l’essentiel n’est ni dans le vocabulaire, ni dans la prononciation, ni dans la syntaxe, il est dans la force évidente des mots, des sons, des constructions, etc., avec les mêmes caractéristiques que celles de la poésie de Baudelaire : la justesse du ton, la puissance des images, la présence vivante d’un poète qui sait agencer les mots pour dire ce qu’il ressent si fortement, un de nous que nous reconnaissons comme notre « frère humain » (et Baudelaire, donc !). Tout est dans cette « évidence », beaucoup plus que dans les gloses.
      Nous trouvons la même richesse dans les grandes œuvres de notre poésie. Les vrais poètes nous parlent tous directement, nous les « entendons », comme on disait jadis, certainement parce qu’ils ont quelque chose à nous dire, mais plus sûrement parce qu’ils savent le dire par cette grâce de la parole poétique qui ne peut être apprise, singée, imitée, fabriquée, qui se moque de la technique, du style, des règles, de la troupe des tropes, parce que les vrais poètes la possèdent comme « naturellement » et qu’elle leur a été donnée (et à d’autres, hélas, refusée). Cette harmonie peut aussi bien nous bouleverser par la tragédie qu’elle évoque – que nous séduire par les joies de l’amour voire de l’érotisme. L’image de la vague convient à la fluidité ainsi donnée à la langue pour se soumettre au poète.
      Cette grande vague parcourt les temps (depuis toujours, on verra qu’on peut même essayer de la retrouver chez les Gaulois qui furent si longtemps nos ancêtres à la bonne école de Lavisse) – et elle submerge également les lieux, comme le prouve en notre numéro la poésie de Jacques Réda qui vagabonde de l’infiniment petit à l’infiniment grand, en passant par les espaces du cœur. On en trouvera dans nos pages bien d’autres exemples, jusqu’aux poètes d’aujourd’hui qui surfent sur cette grande vague pour y prendre appui et la continuer ainsi à leur tour. Tant mieux.
      La sauvagerie des barbares qui ont abattu des dessinateurs impertinents en janvier dernier, a suscité immédiatement un sursaut d’indignation et une révélation : les Français ont témoigné qu’ils avaient en commun des valeurs morales et une culture qu’il convenait à certains moments de rappeler contre cette barbarie des assassins, par-dessus toutes les autres divergences. La poésie en fait partie depuis toujours. Nous continuons à l’affirmer.

 

LE COIN DE TABLE

 

                                   

 


 

 

Parmi les poèmes :


 

Je saluais chaque matin…

 

 

Je saluais chaque matin d’un rire en do
J’épousais le soleil dans la moindre clarté
J’écoutais le réveil des futaies enrouées
Où plus heureux que nous devisaient des oiseaux
 
Je descendais seulette l’escalier blanchi
J’ouvrais le corridor qui dormait comme un chien
La cuisine tintait jeune cloche hardie
Où je donnais la messe au miel dominicain

J’aimais le petit jour qui jouait sur le seuil
La vie à cet instant portait tous les prénoms
Je rêvais et marchais d’un même pas très rond
Et le ciel me hélait comme un doux épagneul

Je mangeais sur mon pain qu’il soit gris qu’il soit blanc
Les promesses de l’aube et celles du couchant
Tout était vert en moi ainsi qu’un hortensia
Je goûtais sous son aile une fertile joie

 
La journée dévidait un à un ses contrastes
Et si la voie soudain avançait de travers
Je plongeais dans un livre aux rives sans amer
Y pêcher à foison des songes contumaces

 
J’avais cet âge d’or qui ne dit jamais non
Cette envie de grimper aux poutres des plafonds
De forcer le présent à devenir cadeau
De grandir par l’esprit qui sait nous faire beaux

J’allumais en secret cette native forge
Qui bat sa nuit son Graal et son métal en moi
Pensionnaire des lettres je gardais en ma gorge
La saveur d’un printemps pour conquérir un roi

Conjuguer le présent au vaste intemporel
Recueillir le savoir de maîtres écrivains
Prononcer par ma voix celle du chant pluriel
Et noircir le sillon de ma candide main


Ainsi la vie m’a-t-elle fait cent fois renaître
Au solstice des vers à celui d’un je t’aime
Et semer à mon pas - qu’importe l’épithète -
La syllabe le mot la phrase le poème

 

Béatrice Libert

 

*

 

Présence

 

 

Il nous manque le temps
de nous voir nous mouvoir

l’un devant l’autre et
de toutes les faces et façons

comme humer des visages
l’intimité des traits, en variations.

Il manque ces silences
qui ne pressent pas, d’être remplis,

où dans l’au-delà des mots
dans un voyage intérieur, on surgit :

vois, comme les pauses, les timidités
ont fait de nous à l’appel téléphonique

cette coupure qui masque nos présences
et nous déconcentre en conversations ;

vois, que l’essentiel est cette poétique harmonie
où la raison de t’aimer est fausse

car c’est de raison que je sonne
à ta porte, comme l’accès à nos beautés…

 

Apolline Fontaine

 

*

 

Je sais que quelque part…

 

                                                                    Pour Viou

 

Je sais que quelque part, il est des rues immenses,
Vers lesquelles je vais, je n’attends pas minuit.
Le cœur libre et en paix, je vibre comme on pense
Quand nous est revenu ce qui nous avait fuis.

Car seul je ne suis plus : où que j’aille tu es,
Dès l’aube où se dessine, aquarelle à ma haie,
L’orbe d’un soleil franc comme le chant du geai.

Je choisis pour aimer le ciel qui m’est donné,
Puisqu’il a les couleurs et les bruits de la ville.
Tout me sied, peu me chaut, qu’importent les années,
Tu es proche à mes pas et je marche tranquille.

Je ne suis plus d’hier, je n’ai qu’un temps de vie,
Le présent d’un instant, le maintenant d’ici,
Et ne donne réponse à pourquoi ? – mais pour qui.

 

Patrick Derouard

 

*

 

Le bon poète

                                          

Esprits du dernier ordre,                                                   
Qui, n'étant bons à rien, cherchez sur tout à mordre

                                     Jean de La Fontaine

 

Ami, votre poème est bon,
Il est doux comme une caresse,
Il nous procure une allégresse,
Un plaisir qui n'a pas de nom.

Du sonnet vous êtes champion,
Sans peser, il se pose à peine;
C'est bien pour cela qu'il déchaîne
L'ire sourcilleuse des pions.

Le son de votre violon
Vaut mieux que toutes les trompettes
Et autres bruyants casse-tête
De ces pourvoyeurs de leçon;

La gloire effleure votre front,
Votre nom est sur mes tablettes :
Il y a tant de « grands poètes »,
Mais moi, je préfère les bons !

 

Daniel Ancelet

*

 

Vous aimiez…

 

 

Vous aimiez la Touraine
À la saison des roses,
Le chant du rossignol
Et l’odeur des lilas.

Dans l’étroit cimetière
Où vos cendres reposent,
Les roses refleurissent
Et vous n’êtes plus là.

 

Jean-Luc Moreau

 

***

 

 

Triolets du printemps

 

Renouveau

 

Si l’année change de saison
Ne changeons pas Le Coin de table
Et ses poèmes à foison,
Si l’année change de saison
Au renouveau de sa Maison.
Si le printemps est délectable,
La poésie chaque saison
Fleurit sur notre Coin de table.

 

*

 

Les gaîtés des escadrons de la mode

 

Attifés de marques célèbres,
Ils défilent, les mannequins,
Spectres surgissant des ténèbres
Affublés d’oripeaux célèbres,
Serviteurs de pompes funèbres,
Porteur de tout un saint-frusquin.
Attifés de marques célèbres,
Ils défilent, les mannequins.

 

*

 

Le Sauveur

 

Le Grand Conseiller a bien fait :
Il déboutonne ses bottines.
Il se vante de son forfait,
Le Grand Conseiller a bien fait.
Il a sauvé par son méfait
La République et sa tartine ;
Le Grand Conseiller a bien fait :
Il déboutonne ses bottines.

 

*

 

Regrets

 

Aujourd’hui, m’a dit l’enfant grec,
On n’a quasi rien pour cent balles,
Ou cent euros, ou cent kopecks,
Aujourd’hui, m’a dit l’enfant grec.
Je mangerais bien un bifteck.
Hélas ! On a vidé les Halles !
On n’a quasi rien pour cent balles,
Aujourd’hui, m’a dit l’enfant grec.

 

*

 

Le Bon Apôtre

 

Austérité ! Austérité !
Serrez-vous encor la ceinture
Et vous sauverez la cité !
Austérité ! Austérité !
Les morts seront ressuscités,
Demain, c’est jour à confiture !
Austérité ! Austérité !
Serrez-vous toujours la ceinture !


Sylvius a bien voulu reprendre dans Le Coin de table sa Gazette rimée de La Renaissance Littéraire et Artistique d’Émile Blémont.

 

                                          

 

Duhamel

 

             

 

 

Parmi les études et les articles :

 

 

L’UNIVERS EN VERS DE JACQUES RÉDA

 

…………………………............................

 

     Le recueil de Jacques Réda, La Nébuleuse du songe, est ambitieux, puisqu’il réintroduit la poésie scientifique, abandonnée depuis le XVIIIe siècle (à part quelques tentatives de Sully-Prudhomme et d’Henri Allorge), le vers paraissant incompatible avec l’exactitude nécessaire à tout exposé scientifique. On trouve bien, pourtant, dans la poésie de Jacques Réda une exacte connaissance de l’état actuel de la science, aussi bien de l’infiniment petit, le micro-cosmos des particules constituant la matière, que de l’infiniment grand, avec les dernières révélations de l’univers – du moins le semble-t-il aux profanes que nous sommes, mais divers témoignages de connaisseurs des mystères des sciences nous rassurent : Jacques Réda parle de ce qu’il connaît.
      Cependant, l’exposé scientifique, pour être exact, nous semble-t-il, n’est pas l’essentiel de cette poésie : il est toujours accompagné de son ombre portée, la réflexion philosophique, un grand mot pour quelque chose de très simple et d’insondable, l’interrogation sur le monde et sur nous-même, disons, pour rester dans cette « simplicité », sur l’être et le néant.
      Et disons-le aussi : ce recueil ambitieux n’est pas d’une lecture facile. D’abord, parce que nous n’avons plus l’habitude de longs poèmes (comme l’avaient jadis, encore, par exemple, les amateurs des recueils de Victor Hugo), alors que nous vivons dans une société de zapping permanent, c’est-à-dire de sauts de puce qui expliquent l’impossibilité des enfants et adolescents à se concentrer sur une tâche (pour ne rien dire d’adultes désinvoltes, guichetiers ou commerçants, avec leurs interlocuteurs, parce qu’ils « pensent à autre chose »).
      Un recueil difficile, aussi, parce que sous une apparence assez souvent souriante, il sollicite en permanence notre réflexion sur des sujets vieux comme le monde (c’est-à-dire, pour nous, depuis les écrits des philosophes de la Grèce antique), mais renouvelés par les récentes découvertes – et qui n’en restent pas moins insolubles.

 

Souvent le Philosophe interroge : pourquoi,
Plutôt que rien, y a-t-il, sapristi, quelque chose ?
À la question qui m’a très longtemps laissé coi
Ou sur un « parce que » trop dilatoire, j’ose
Dire que maintenant je la prends à l’envers
Et me demande si, conjoncture candide,
Le Rien seul existant au lieu de l’Univers,
Il se demanderait lui-même qui décide
Qu’il doit n’y avoir pas quelque chose plutôt.
Peut-être appelons-nous « Dieu » ce faux pas logique
(p. 91)

 

     Sur un ton assez souvent allègre, c’est bien l’histoire entière de la création, son sens, hasard et nécessité, qui sont ici évoqués, portant l’homme et les choses vers on ne sait quoi, comme l’annoncent les alexandrins de l’avant-propos :

 

Une fois établi le sens brut de sa tâche
(Être à tout pris alors qu’il surgit du Néant
Et, goutte infime, veut devenir océan),
Est-ce que l’Univers invente ou bien rabâche ?

Je tourne donc en rond, ressasseur et fumeux,
Sur la trace des sauts que d’autres, plus fameux,
Accomplirent au seuil qui recule à mesure
Qu’on avance ; n’ayant guère d’autre instrument
Plus précis que le mètre à la souple césure
Et son rythme propice à mon entêtement.
(p. 9)

 

…………………………………………………......................................................

 

[Lire la suite de l’article dans la revue]

 

L’herbe anonyme, seul le savant qui la nomme
La voit diverse avec la loupe de Linné
Car toute herbe est d’abord « de l’herbe », comme un homme
Est l’Homme, en quelque endroit qu’il pousse et qu’il soit né.


Si j’avais avec vous poursuivi cette route,
Serions-nous à présent comme deux trèfles à
Quatre feuilles dans l’herbe amère que je broute ?
Ou bien (l’amour étant proche du coryza,

Puisque vous avez eu pour moi cette allergie),
Éternuant parmi les monstres à neutrons
Qui peuplent l’Univers de la même énergie ?
De sorte que demain, si nous nous rencontrons

De nouveau, ce sera comme la particule
Avec son antiparticule, un aparté
Fulgurant qui, du même coup, unit, annule
Et nous ferait ensemble un seul jet de clarté.

Mais je ne suis pas seul car l’herbe m’accompagne,
Muettement fidèle à ma fidélité.
Elle me laissera battre en paix la campagne
Quand je perdrai le sens d’être et d’avoir été.

Plutôt qu’un de ces blocs de lourd granit imberbe
Sous lequel à la fin, raides, nous roupillons,
J’aimerais pour ma tombe un simple carré d’herbe
Fleuri par la sauterelle et l’aile des papillons.


Jacques Réda

 

- Jacques Réda, La Nébuleuse du songe, suivi de Voies de contournement. La Physique amusante III. Gallimard. 140 p. 16,90 €.

 

**

 

 

FRANÇOIS VILLON

 

« FRÈRE FRANÇOIS QUI AVANT NOUS VIVIEZ… »

 

L’an quatre cens cinquante six,
Je, François Villon, escollier…

 

     On avait écrit bien des vers avant 1456 : le premier poème français, La Cantilène de sainte Eulalie, date du IXe siècle ; La Chanson de Roland, les troubadours et les trouvères, les romans, les fabliaux, le théâtre, religieux ou profane, utilisèrent la versification. Des poètes comme Eustache Deschamps, Christine de Pisan ou Rutebœuf ne sont nullement négligeables. Mais c’est bien au milieu du XVe siècle que commence notre poésie moderne, avec deux poètes d’une égale qualité littéraire, s’ils furent socialement très différents, Charles d’Orléans, prince de lignée royale, et François Villon, maître ès arts mais mauvais garçon comme il le reconnaissait lui-même. Le premier a été évoqué dans notre numéro 61 (janvier 2014) ; la publication récente des Œuvres complètes de Villon dans la Pléiade invite aujourd’hui à retrouver le second.
      La langue peut paraître un obstacle. C’est pourtant presque la nôtre, et si elle nous semble archaïque, la « traduction », qui suit ici ligne à ligne page de gauche chaque poème donné dans sa version d’origine page de droite, permet de constater que le vocabulaire ancien ne nous est pas si incompréhensible qu’on pourrait le craindre. Cette traduction n’est d’ailleurs pas une adaptation, elle ne cherche pas à remplacer l’original par un texte « poétique » – elle aide simplement à mieux le déchiffrer. Pour notre part, nous gardons ici en nos citations le plus possible la langue du poème, tout en utilisant l’orthographe et la ponctuation actuels, indiquant parfois le e muet à prononcer devant consonne. On voit alors que ce poète est bien le premier de nos « proches poètes », peut-être le premier « poète maudit » comme on l’a souvent dit, en tout cas, par-delà les petites difficultés de la langue, qu’il est bien l’un de nous dans l’utilisation du « chant poétique » qui est l’essentiel de notre art.

 

     Villon est le premier poète à la moderne : le premier où l’on reconnaisse l’âme du poète étonnant, tel que la France l’a conçu, tel que Paris l’a créé, tel qu’il est resté, et tel qu’il devait être depuis maître François. (…)

André Suarès. Dans La N.R.F. 1913.

 

     Ce jugement est tiré de textes très nombreux rassemblés ici sous le titre « Lectures de Villon », car on a adjoint à ses poèmes dans ce volume de la Pléiade, plus de 300 pages de textes divers, de Clément Marot à nos jours, peut-être parce que son œuvre paraissait un peu mince (2 000 vers, tout de même, octo- ou décasyllabes essentiellement), mais on ne s’en plaindra pas, surtout en redécouvrant les beaux poèmes inspirés à Banville ou à Richepin, ou l’étude que Paul Valéry avait consacrée à Villon et Verlaine.
     L’excellente Préface de Jacqueline Cerquiglini-Toulet montre bien en quoi François Villon est un poète de notre temps, par son interrogation sur lui-même, (sa « quête du moi »), ses contradictions assumées de la foi à la débauche, ses regrets du temps passé, son goût des jouissances de la vie et sa hantise de la mort, sa truculence gaillarde et sa délicatesse de sentiments – et puis cette extraordinaire maîtrise de la versification qui imprime en la mémoire du lecteur des formules poétiques qu’on n’oublie pas. Comme tout homme, il a vécu (plutôt mal que bien), il a aimé, il a souffert, mais il a été poète parce qu’il a su le dire en faisant chanter notre langue. C’est la première leçon à ne jamais oublier quand on prétend écrire des poèmes, aujourd’hui comme jadis.

 

Mais où sont les neiges d’antan…
En mon pays suis en terre lointaine…
Je connais tout fors que moi-même…
Tant crie-t-on Noël qu’il vient…
En ce bordeau où tenons notre état…
Je crie à toutes gens merci…

 

 

1. Villon

 

     Ce livre, cette étude, nous apportent toute la rigueur nécessaire à l’établissement de textes sans erreurs, comme il est de règle dans cette collection. Mais il ne peut pas nous donner de nouvelles révélations biographiques : nous savons que nous ne savons presque rien de la vie de François de Montcorbier et des Loges qui emprunta le nom de Villon au chapelain de Saint-Benoît-le-Bétourné à qui il fut confié. Ce nom sonore et bien tourné, il le revendique souvent dans ses vers et le fait richement rimer avec carillon, vermillon, morillons, quand ce n’est pas avec couillon. On sait qu’il fut complice d’un vol au Collège de Navarre, qu’il tua un prêtre lors d’une rixe, qu’il participa au puy organisé par Charles d’Orléans à Blois sur le thème « je meurs de soif auprès de la fontaine », puisqu’il nous a laissé une ballade de ce tournoi poétique en 1457, qu’il fut délivré par Louis XI en octobre 1461 de la prison de Meung-sur-Loire où l’avait fait jeter l’évêque d’Orléans, qu’il revint à Paris où il fut condamné à mort puis gracié – et qu’il disparut.      Tout cela est rappelé en cette Pléiade, mais on y trouve aussi, ce qui est plus rare, des documents d’archives correspondant à ces événements, par exemple ceux du procès entraîné par le meurtre en 1455 du prêtre Philippe Sermoise, avec la lettre de rémission accordée par Charles VII à notre poète, ou la « Commutation de la peine de mort prononcée par le Châtelet contre François Villon en dix ans de bannissement hors de la prévôté », en 1463 – il s’en va et disparaît à jamais. Tout ceci, dans sa sécheresse juridique, suscite pourtant notre émotion. On ne sait pas ce qu’il devint. L’un de ces squelettes du Charnier des Saints-Innocents qu’il évoqua avec toute l’horreur de celui qui attend prochainement la mort…
      On est saisi par la variété de sa poésie, qui est lyrique et tragique d’une part, plaisante et satirique d’autre part, ou plutôt aussi diverse que la vie qu’il mena, clerc et ribaud, paillard et tonsuré. La mort était certainement d’une présence plus constante en son temps que dans le nôtre. Mais la foi plus vive.

 

Et meurt ou Paris ou Hélène,
Quiconque meurt, meurt à douleur.

Corps féminin, qui tant est tendre,
Poli, souëf, si précieux,
Te faudra-t-il ces maux attendre ?
Oui, ou tout vif aller aux cieux.

 

      Ce mélange d’horreur et de grâce, c’est celui de son temps. D’après son propre témoignage, il naquit en 1431, l’année où, le 31 mai, on brûla vive Jeanne d’Arc (elle fut réhabilitée dès 1456). Elle apparaît dans la Ballade des dames du temps jadis, ce qui montre que Villon suivait aussi les événements de son époque ; de la même façon le décès de Jacques II d’Écosse est évoqué dans la Ballade des seigneurs du temps jadis.

 

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[Lire la suite de cet article dans la revue]

 

*

[Épitaphe Villon]

 

[Ballade des pendus]

 

 

Frères humains qui après nous vivez,
N’ayez les cœurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous merci.
Vous nous voyez ci attachés, cinq, six ;
Quant de la chair que trop avons nourrie,
Elle est piéça dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poudre.
De notre mal, personne ne s’en rie,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre.

Si vous clamons frères, pas n’en devez
Avoir dédain, quoique fûmes occis
Par justice. Toutefois, vous savez
Que tous hommes n’ont pas bon sens rassis.
Intercédez doncque de cœur assis
Envers le fils de la Vierge Marie,
Que sa grâce pour nous ne soit tarie,
Nous préservant de l’infernale foudre.
Nous sommes morts, âme ne nous harie,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre.

La pluie nous a débués et lavés
Et le soleil desséchés et noircis.
Pi-es, corbeaux nous ont les yeux cavés
Et arraché la barbe et les sourcils.
Jamais nul temps nous ne sommes assis :
Puis çà, puis là, comme le vent varie,
À son plaisir sans cesser nous charrie,
Plus becquetés d’oiseaux que dés à coudre.
Ne soyez donc de notre confrérie,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre.

Prince Jésus qui sur tous a maîtrie
Gardez qu’enfer n’ait de nous seigneurie :
A lui n’ayons que faire ni que soudre !
Hommes, ici n’a point de moquerie,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre.

 

*

 

2. Villon

 

Je suis François, dont il me poise,
Né de Paris près de Pontoise,
Et d’une corde d’une toise
Saura mon col que mon cul poise.

 

Bois gravés de l’édition Levet, 1489. Repris dans La Pléiade.

 

- François Villon, Œuvres complètes. Édition établie par Jacqueline Cerquiglini-Toulet, avec la collaboration de Laëtitia Tabard. Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade ». 914 p. 49,50 €.

 

                                    

 

 MATHILDE MARTINEAU

 

BAUDELAIRE, NOTRE CONTEMPORAIN

 

Les encyclopédies sont pleines d’idées…
Ce n’est pas mon domaine… Je suis un homme à style.

Louis-Ferdinand Céline.

 

     Les études et les essais consacrés à Charles Baudelaire après ses Salons (à partir de 1845) et ses Fleurs du mal (1857) ont ouvert de nouveaux débats. Rendant en quelque sorte hommage à l’inventeur d’un style, ils se sont toujours succédés sur le poète et sa poésie jusqu’à notre époque.

 

 

L’IRRÉDUCTIBLE

 

     Nous interrogeons encore son œuvre : moderne ? anti-moderne ? Brouillant les pistes, Antoine Compagnon a publié Baudelaire l’irréductible1, dont le titre2 illustre parfaitement son essai. On ne pouvait mieux qualifier le poète dont les multiples facettes de l’intelligence et de la sensibilité ne peuvent se réduire ni se résumer. À partir du Spleen de Paris, recueil posthume publié en 1869, dont il commente la genèse, Antoine Compagnon met en perspective la tension éprouvée par le poète entre lui-même et son époque. Puis, il analyse, en cernant au plus près la personnalité ambiguë d’un « dernier Baudelaire », sa participation à une société intellectuelle, politique, artistique dont il n’est pas dupe. Il montre sa résistance aux « choses modernes » dont il ne peut se passer : la presse, la photographie, Paris, sa ville avec ses habitants – et l’art. Toute sa vie Baudelaire tente d’échapper à ces éléments qui le fascinent et l’assaillent.
      Il eut avec les directeurs de journaux, inévitables pour lui, poète et prosateur, des démêlées épiques. Il méprisait la photographie la jugeant artificielle, mais il fréquentait les photographes, appréciant leur travail et allant jusqu’à demander une photographie à sa mère. Il haïssait Paris, bien qu’il y flânât avec délice, ainsi que ses habitants, impossibles bourgeois, rêvant de « gaz à tous les étages ». Quant à l’Art, malgré Manet qu’il fréquenta beaucoup, malgré Degas, et même Ingres, sur lequel il écrivit de belles pages, les caricatures eurent sa préférence. Son héros ne fut ni Daumier, ni Gavarni, mais l’obscur Constantin Guys

 

Baudelaire par Manet

 

CHARLES BAUDELAIRE

par Édouard Manet

 

 

LA TRANSCENDANCE ET « LA FOLIE-BAUDELAIRE »

 

       Yves Bonnefoy dans Le siècle de Baudelaire3, volume regroupant plusieurs articles4, montre comment, au dix-neuvième siècle, l’écriture poétique fut modifiée par « la banalisation de l’incroyance et l’effet que celle-ci a eu sur le travail des poètes ».
      L’importance prise par le réel et les sensations ouvrirent une nouvelle voie aux poètes qui abandonnèrent la « surnature » pour la transcendance. Dans cette perspective, l’abandon de la croyance en Dieu étant à l’origine de la poésie moderne, le dix-neuvième siècle est Le siècle de Baudelaire5, initiateur de cette démarche. Comme l’auteur l’avait précédemment écrit, « La Poésie, c’est ce qui reprend à la religion son bien ». L’auteur examine ensuite précisément l’évolution de cette métamorphose dans l’œuvre de Mallarmé, Laforgue et Hofmannsthal.  
      La Folie Baudelaire de Roberto Calasso6, où l’érudit frôle le romanesque, nous transporte en compagnie du poète dans un voyage au dix-neuvième siècle. On y côtoie ses amis, ses ennemis, les peintres Degas, Manet, Ingres, on le suit, même dans ses rêves, parfois avec difficulté, et avec des réserves dans les légendes artistiques, notamment celle que l’on peut nommer le mystère Manet.
      Mais nous sommes emportés par « La Vague Baudelaire » qui file tout au long de cette Folie Baudelaire. Sainte-Beuve est l’inventeur de ce titre étrange qui flotte comme un étendard sur son livre. C’est l’étendard de la résistance littéraire. La littérature et la poésie avaient, à ce moment, un rôle essentiellement éducatif, social, utile, moraliste ou religieux. Quelques écrivains comme Flaubert luttèrent contre cette idéologie dominante. Sainte-Beuve, critique officiel du second Empire, le regretta. Il écrivait perfidement à propos de  Madame Bovary : « Le bien est trop absent ; pas un personnage ne le représente ».
      En Poésie, Sainte-Beuve qui avait lu Baudelaire sans jamais lui avoir accordé une recension, s’opposa à son entrée à l’Académie Française. En janvier 1862, il donnait au Constitutionnel un article sur les prochaines élections.

 

     M. Baudelaire, a trouvé le moyen de se bâtir à l’extrémité d’une langue de terre réputée inhabitable et par-delà les confins du romantisme connu, un kiosque bizarre, fort orné, fort tourmenté mais coquet et mystérieux, où on lit de l’Edgar Poe, où l’on récite des sonnets exquis, où l’on s’enivre avec le haschisch pour en raisonner après, où l’on prend de l’opium et des drogues abominables dans des tasses d’une porcelaine achevée. Ce singulier kiosque, fait en marqueterie, d’une originalité concertée et composite, qui, depuis quelques temps, attire les regards à la pointe extrême du Kamtchatka romantique, j’appelle cela La Folie Baudelaire. L’auteur est content d’avoir fait quelque chose d’impossible, là où on ne croyait pas que personne pût aller.

 Sainte-Beuve

 

 

LA LITTÉRATURE EST DANGEREUSE

 

     On voit ce que souhaitait Sainte-Beuve : enfermer le poète et ses semblables, ces « a-sociaux »,  très loin sur une terre hostile, le Kamtchatka, et dans un Kiosque clos et luxueux, afin de protéger la littérature et l’équilibre de la société dans laquelle il n’admettait que les auteurs positivistes. Ce texte ruina, évidemment, les chances du poète d’entrer à l’Académie.  Diverses gazettes le ridiculisèrent et, désemparé, il renonça.       
     Sainte-Beuve ne méritait guère l’admiration que Baudelaire lui portait notamment pour son roman Volupté, et son célèbre ouvrage Port-Royal. Les surnoms divers que lui donnèrent Alfred de Musset (Sainte Bévue) et Victor Hugo (Sainte-Bave) ne furent pas usurpés. Au kiosque Saint-Beuvien, Roberto Calasso oppose l’image forte d’une « Vague Baudelaire », qui, d’un mouvement souple, fertilise et envahit l’univers, redonnant aux hommes le pouvoir de l’imaginaire et son indépendance à la littérature que l’auteur nomme « la Littérature Absolue ». Avec la « Vague Baudelaire », la littérature devint enfin dangereuse et incontrôlable, rien ne l’arrêta jusqu’à nous.

 

……………………………………..................................

 

Mathilde Martineau

 

 1. Antoine Compagnon, Baudelaire l’irréductible, Flammarion, 2014. 344 p. 24 €.  

Transcription de son cours intitulé Baudelaire moderne et antimoderne (Collège de France) par Benoît Chantre, relecture de Jean-Baptiste Amadieu, André Guyaux, Matthieu Vernet.

2. Repris à Georges Blin qui le donna à son cours sur le poète, au Collège de France, en 1968.

3. Yves Bonnefoy, Le siècle de Baudelaire, Le Seuil, 2014. 255 pages, 20 €.

4. Version « désormais la seule conforme à la pensée de l’auteur, annule et remplace les précédentes » (p. 249).

5. Yves Bonnefoy invité par Antoine Compagnon donna au Collège de France la communication Baudelaire au soleil du soir, contenue dans ce volume (p. 57).

6. Roberto Calasso, La Folie Baudelaire. Gallimard, 2014, 496 pages. 7,50 €.

 

1. Baudelaire

 

CHARLES BAUDELAIRE

par Émile Deroy (1843)

 

**

 

 

Recueillement

 

 

Sois sage, ô ma douleur, et tiens-toi plus tranquille,
Tu réclamais le Soir ; il descend ; le voici :
Une atmosphère obscure enveloppe la ville,
Aux uns portant la paix, aux autres le souci.

Pendant que des mortels la multitude vile,
Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci,
Va cueillir des remords dans la fête servile,
Ma douleur, donne-moi la main ; viens par ici,

Loin d’eux. Vois se pencher les défuntes Années,
Sur les balcons du ciel, en robes surannées ;
Surgir du fond des eaux le Regret souriant ;

Le soleil moribond s’endormir sous une arche,
Et, comme un long linceul traînant à l’Orient
Entends, ma chère, entends la douce nuit qui marche.

 

Charles Baudelaire
Revue européenne,
1er novembre 1861 et 3e édition des Fleurs du mal, en 1868.

 [Lire l’article complet dans la revue].

 

                                   

 

 

ROBERT VIGNEAU

 

QUATRE IMAGES DE PIERRE LEXERT…

 

     La quatrième de couverture de notre revue offre régulièrement la reproduction d’un poème manuscrit. Car c’est bien le poème qui importe ici tout d’abord ! Mais l’avantage du manuscrit, c’est que nous y découvrons la main du poète, son écriture, la plume de sa calligraphie…  et on peut imaginer au-delà : la table, le moment, l’endroit de cette confidence.

     En effet, nous avons coutume de découvrir le poème statufié par l’imprimerie, définitif dans le solennel de la page. Et c’est ainsi, certes, qu’il doit se donner, nous atteindre, nous toucher. Mais tout poème est le fruit d’approches diverses, d’ajustements, de compléments, d’abandons, de biffures, bref : de tâtonnements d’atelier qu’on peut trouver émouvant de découvrir. Et qui, au delà du jet de l’inspiration, rendent palpable le soin de composition essentiel à la poésie.
      De nombreux amateurs de brouillons d’écrivains se délectent de ces pages d’imprimerie où les ratures témoignent de tant de repentirs ou d’inventions. Certains artistes laissent même vagabonder leur plume en croquis souvent énigmatiques. C’était surtout vrai au temps du papier, dont notre époque s’éloigne si vite au profit du clavier et de l’écran.
      En ce sens, l’itinéraire de Pierre Lexert paraît éclairant. Il se confie :

 

      Il se trouve que depuis ma douzième année, je nourris un goût  prononcé pour le graphisme et les écrivains tentés par le dessin – qu’il s’agisse de George Sand ou d’André Beucler (dont les croquis sont remarquables), entre autres. Lucienne Desnoues avait une écriture si fastueuse qu’elle constituait un spectacle en elle-même ; ses beaux vers en étaient  comme drapés.
      Pour ma part – et très modestement – si j’ai, étudiant, en partie gagné ma vie pendant la guerre en exécutant des portraits au pastel d’après des photographies de prisonniers et de disparus, j’ai fini par sacrifier à l’écriture plus qu’au dessin – ne revenant vers celui-ci que poussé par les circonstances.

 

     On imagine sans peine ce jeune artiste en mal d’expression : pastel ou poème, comment dire ce qui lui prend le cœur ?
      Certes, il revint vers le dessin mais seulement, de son propre aveu,  « poussé par les circonstances », car il offrit la plupart des compositions inspirées par ses propres poèmes. En restent quatre cependant qui montrent à l’évidence l’évolution de ce plasticien tourné poète.
      La première image, accompagne le poème Givre. Ces effets de givre, Lexert les a « obtenus à  l’encre de Chine, avec le procédé de la “dendrite”, abusivement dit de la décalcomanie surréaliste ». Procédé et résultat sont ici directement tributaire du papier.

 

……………………………………

 

 Robert Vigneau

 [Lire l’article complet dans la revue]

*

      Ce numéro 62 de notre revue était prêt, avec ses pages consacrées à Pierre Lexert, lorsque nous avons appris son décès survenu le 9 février 2015. C’est donc un hommage à sa mémoire que nous rendons ici avec quelques-uns de ses poèmes.
      Né en 1923 à Paris où étaient venus ses Parents valdôtains, il était retourné vivre en son cher Val d’Aoste où il maintenait la langue française malgré l’italianisation de la région. Parfaitement bilingue, Pierre Lexert était un poète français de grande qualité, qu’un Prix de l’Académie française et de nomreuses distinctions avaient reconnu. La poésie française perd l’un de ses plus importants poètes ; nous perdons un ami dont nous appréciions l’œuvre, la noblesse et le courage.

 

LA MAISON DE POÉSIE

 

Lexert

 

 

Givre

 

Partout le givre en fleur endiamante les arbres ;
sous la lune il scintille et fait de la forêt
un albescent troupeau de spectres qui seraient
figés à tout jamais dans des linceuls de marbre.

Glacé, le vent le fixe au fort de sa splendeur.
Pour le fondre il faudrait que l’effleurât, ardente,
la chaude et suave haleine de quelque amante ;
et ses joyaux alors se dilueraient en pleurs.

En pleurs de joie ou de douleur ? On ne sait… L’ombre
des frondaisons, plus tard, portera les couleurs
d’un reverdir aussi chatoyant que trompeur,
propre à parer félicités, deuils ou décombres.

Givre, gemmes, fleurs, « je t’aime », ont beau abonder,
la fortune tantôt, plus souvent l’infortune,
nourrissent notre espoir de décrocher la lune
alors que tous jeux faits, le sort en est jeté.

 

Lexert. Givre

 

Pierre Lexert

 

                                            

 

 

SOUVENIRS MÉLANCOLIQUES DE

 

 ROBERT SABATIER

 

 

     La publication des « mémoires » de Robert Sabatier (1923-2012), nous donne l’occasion de retrouver un écrivain attachant et leur titre, Je vous quitte en vous embrassant bien fort, correspond tout-à-fait à ce que fut cet homme chaleureux, amical, loin de toute prétention, d’une bienveillance plutôt rare dans les milieux littéraires. Et c’est ainsi qu’il voulut achever ce recueil de souvenirs :

      Je vais clore cet énorme bric-à-brac comme je terminais les lettres dans mon enfance : « Je vous quitte en vous embrassant bien fort. »

      Son enfance, tout le monde la connaît, puisqu’il l’a racontée, en la romançant, dans Les Allumettes suédoises, dont le succès considérable (inattendu de son éditeur et de l’auteur lui-même), avec, aujourd’hui, plus de trois millions d’exemplaires vendus, l’amena à écrire toute une suite sous le titre général « Le Roman d’Olivier », huit romans qui firent de lui un auteur populaire. On sait qu’orphelin de père de bonne heure, il perdit sa mère dans des circonstances tragiques, puisque l’enfant qu’il était se réveilla un matin près de sa mère morte dans la nuit. Élevé par ses oncle et tante, il fut mis au travail dans l’imprimerie à quatorze ans.
      Toutes ces circonstances atroces et les difficultés de l’époque (la pauvreté, la guerre, l’occupation, le maquis, etc.) ne l’empêchèrent pas de se cultiver, de devenir écrivain, puis directeur littéraire des Éditions Albin Michel, d’être coopté à l’Académie Goncourt en 1971, reconnu et aimé par d’innombrables lecteurs. Un tel courage incessant nous évitera à tout jamais de larmoyer en parlant aujourd’hui « d’enfants défavorisés ».
      Si ce furent bien les romans (et les adaptations cinématographiques qu’on en fit) qui lui apportèrent la célébrité, Robert Sabatier s’est toujours voulu, avant tout, un poète, et il le rappelle souvent dans ses Mémoires :

 On ne voit que le romancier, mais je sais que le poète occupe en moi la première place.

      L’une de ses grandes joies, ce fut l’attribution du prestigieux Prix de Poésie de l’Académie française en 1969 :

      Il me fut remis au cours d’une des séances solennelles sous la coupole. Maurice Genevoix fit un long discours dont j’ai conservé le texte imprimé par Firmin-Didot pour l’Institut de France. Je savais que je devais ce prix au cher secrétaire perpétuel. Je lui dis que son allocution m’avait touché plus encore que d’être lauréat. Il me tapa sur l’épaule : « Sabatier, vous êtes un poète ! » Il ajouta qu’un jour je porterais le bel uniforme vert, le bicorne et l’épée. Je n’ai pas osé lui dire que je m’étais juré, la guerre finie, de ne plus jamais porter un uniforme, quel qu’il fût.

      L’œuvre poétique de Robert Sabatier est relativement importante (plus d’une dizaine de volumes) et elle lui a donc valu de nombreux Prix et récompenses, mais elle a été comme éclipsée par ses romans, puisque la poésie ne peut jamais se prévaloir de succès comparables. Ses recueils ont pourtant leurs amateurs, depuis Les Fêtes solaires (1952) que suivirent Dédicace d’un navire, Les Poisons délectables, Les Châteaux de millions d’années, Icare et autres poèmes, L’Oiseau de demain, Lecture, Écriture, Les Masques et le miroir, Les Feuilles volantes, Sahel, Lumière vivante, L’Enfant sauvage, qu’on retrouve en partie dans ses Œuvres complètes (Albin Michel, 2005), que nous avons toujours signalés et recommandés dans notre revue – et jusqu’à l’énorme Diogène, où la poésie se fait, se veut aussi réflexions et philosophie.

      Dans la nuit, j’ai mis la dernière main à Diogène. C’est un monstre de cinq cents pages, plus de dix mille décasyllabes.
      Ce Diogène, je me suis pris à l’aimer. Il représente tous les idéaux de mon adolescence et dont la vie m’a détourné. La vie, ou mon manque de volonté ? Pour la dernière partie, la consultation de l’Oracle et le défilé des siècles jusqu’à la plus grande tragédie, j’ai écrit comme en transe, ce qui m’était arrivé avec le chapitre d’Hiroshima dans Les Années secrètes. Je ne peux relire ces pages sans pleurer. Après tout, j’ai peut-être cet infime grain de folie…
      J’ai désiré écrire non pas de la poésie mais une prose en habit de poème que je situe dans un espace théâtral, mais en remplaçant « acte » par « mouvement » comme s’il s’agissait d’une symphonie.

      Comme il le précise ici, la plupart des poèmes de Robert Sabatier sont des décasyllabes au rythme classique (4 + 6), non rimés, des alexandrins aussi, d’autres, que nous avons souvent analysés dans notre Coin de table, en montrant leurs images et leur fluidité. Il s’est demandé lui-même ce que sa poésie pouvait bien représenter pour lui – si ce n’est la certitude qu’elle lui a toujours été nécessaire. Au fond, c’est bien l’inévitable décalage que ressent tout poète entre ce qu’il entend en lui et ce qu’il parvient tant bien que mal à écrire. C’est peut-être aussi le caractère mystérieusement « sacré » de la parole poétique qui lui est apparu, un jour de réflexion.

 L’idée m’est venue que ma poésie ne me ressemble pas : elle veut que je lui ressemble. Si, de ses images, je n’étais qu’un pâle reflet ? Et si ma poésie, si peu religieuse, était une manière de prier ? Si, par elle, je me portais à mon propre secours ? Tous ces poètes, dans ma traversée des siècles, lus, étudiés, interrogés, présentés avec respect, ne répondaient pas à mes interrogations. Eux-mêmes avaient dû connaître le même trouble devant l’inconnu.

      On reconnaît ici l’allusion à son grand-œuvre de lecteur-chercheur, son Histoire de la Poésie française, en neuf gros volumes, dont le plus imposant est le dernier, celui qu’il a consacré au XXe siècle. Pour l’avoir souvent consulté, nous savons d’expérience que l’ouvrage est à la fois formidable, d’une grande justesse et d’une parfaite justice. Oui, Sabatier a lu les poètes dont il parle, il était familier de leurs recueils, il avait su lire, aimer, étudier non seulement les plus célèbres, mais aussi bien des poètes oubliés, classés « mineurs » – et qu’il a fait redécouvrir et aimer.
      Ces livres consacrés à la poésie furent certainement d’abord publiés par l’éditeur pour faire plaisir à l’auteur – et puis ils se révélèrent, eux aussi, des « succès de librairie » – comme on dit.
La fréquentation des poètes du passé fut un plaisir pour Robert Sabatier, grand lecteur (parfois péniblement écrasé par la tâche des jurés du Goncourt), mais elle suscita aussi, en lui, l’inquiétude de tout écrivain qui compare son œuvre à celles des plus grands.

      J’aime plus la poésie que ma poésie. En relisant mes anciens poèmes, je ressens une gêne. Ils ont quelque chose « en trop » que je ne saurais définir. Les ai-je trop bien habillés ? Ou bien ai-je oublié de les dénuder ? Attention aux trop belles images. Ce qui brille m’est suspect. Ah ! que je voudrais pouvoir enfin l’écrire, ce grand poème que je sens en moi !

      Robert Sabatier a bien été obligé de constater sa grande célébrité – et ce fut une surprise pour ce vrai modeste, qui nous a fait l’honneur de nous confier de temps à autres des poèmes pour notre revue et qui nous a soutenus dans notre résistance à l’offensive de la SACD. Il continua d’écrire prose et vers jusqu’à la fin, en sachant qu’il n’était pas dans « la mode du jour » dont il voyait les ridicules. Lui qui fut tellement indulgent, il savait aussi être lucide.

      Je continue à écrire des dizaines de décasyllabes comme au temps de Maurice Scève. D’un autre temps ? Et pourquoi pas ? Je préfère cela à la mauvaise prose découpée en petits morceaux au nom de la pseudo-modernité.

      Et il complétait les aphorismes de son Livre de la déraison souriante dont l’un reste d’actualité : « L’homme a à ce point besoin de poésie qu’il se contente de faux-semblants ». Ce n’est pas le cas des lecteurs de Robert Sabatier qui ont rencontré la vraie poésie grâce à lui.

 J.C.

 

- Robert Sabatier, Je vous quitte en vous embrassant bien fort. Mémoires. Albin Michel. 654 p. 29 €.

 

Sabatier

 

 

***

 

Qui suis-je ? Où suis-je ? Est-ce un autre ? Est-ce moi ?
Miroir, miroir, tu me caches un visage.
(Cette buée a traversé le temps.)
De quel passé surgissent ces yeux verts ?
– Verts ou marron, je ne l’ai jamais su.
Enfant, dis-moi : ce jeu de cache-cache
finira-t-il ? Enfant dissimulé,
ma petite herbe en l’immense prairie
et qui se rit de ma mine présente.
Que ne peut-il en arracher le masque !

Ma maladresse est celle d’un vieil arbre
qui ne sait plus où projeter ses branches
et se souvient de ses fruits disparus.

Il pleure ici. Serait-ce la rosée ?

Je t’en conjure, il faut que tu me restes.
Sans toi, sans toi, que serais-je ? Une tombe
sans le cadavre. Un carillon sans timbre.
Un caillou noir dans quelque Sahara.

Ton souvenir est celui du futur,
mon bel enfant de menthe et de noisettes.
Es-tu l’éclair et serais-je tonnerre ?
Le temps, l’espace… Entre les deux nos vies.

 

Robert Sabatier

 Œuvres poétiques complètes. Quatorze poèmes inédits. Albin Michel, 2005.

 

                                   

 

 

Parmi les Pages de garde :

 

  « J’ai toujours envié les musiciens qui me semblaient pratiquer un art supérieur au roman – et les poètes qui sont plus proches des musiciens que les romanciers »

 Patrick Modiano, Prix Nobel.
Discours. Dimanche 7 décembre 2014, Stockholm.

 

Recueils

 Nouveautés

 …………………..

 - Marie-Anne Bruch, Écrits la nuit, suivi d’Écrits d’amour
Polder, 163. Décharge, 4, rue de la Boucherie. 89240 Égleny. 68 p. 6 €.

     L’auteur a souvent publié dans Le Coin de table des vers utilisant avec grand bonheur la prosodie traditionnelle, contrairement à ce recueil aux textes plus libres suivant le parcours d’un « Journal » 2012-2013, dont l’amour et la solitude constituent l’inspiration, avec une structure moins marquée, moins aboutie, moins heureuse, qui convient moins à l’auteur et au lecteur.

 Idéaliste

 

Mille voies
semblaient possibles.

Je me cognais
aux angles.

Je cherchais l’avenir
sous mes peurs.

Je cherchais mon cœur
dans un souvenir.

Tout était
dans ma tête.

Tout aurait dû
être au monde.

Tu avais refermé
le passé derrière moi.

 

- Denis Émorine, Bouria. Des mots dans la tourmente. Préface de Thór Stefánsson.
Le Cygne. 4, rue Vulpian. 75013 Paris. 64 p. 10 €.

     Ce livre grave, tragique, même, a la douleur et la mort en perspective constante, avec la poésie en recours, sans qu’elle puisse jamais vaincre le mal. La mère disparue, l’enfant est comme mort : « Je voudrais rentrer à la maison / Mais le froid a tout recouvert ». Les poètes russes de ses ascendants sont ici honorés, Anna Akhmatova, par exemple, alors qu’ « il neige tellement dehors » et que pour « l’orphelin des mots », « la nuit recouvre le monde ». Écrits sans le secours de la versification traditionnelle, ces vers libres trouvent leur justification dans les images et un rythme puissant, celui du cœur qui bat la chamade.

 

Ne pleure plus sur les notes de musique
Qui assaillent ta mémoire
Ceux qui les utilisaient sont morts
Leurs mains sanglantes ne frémissent plus
La neige les a étouffés sous son poids.
Leur œuvre ne survivra pas
Tu sais bien que les assassins ont gagné.
À quoi sert-il de geindre
Écoute plutôt le lamento du vent
Qui prononce leurs noms défaits.
Les partitions s’envolent à tire-d’aile
Tu cries dans la tourmente
Ces mots qu’ils ne comprendront plus.

 

 ………………………............…

 

 

- Christophe Langlois, L’amour des longs détours
Gallimard. 5, rue Gaston Gallimard. 75007 Paris. 120 p. 15,50 €.

     En ne sachant pas grand chose de l’auteur – à vrai dire, ne devrait-on pas plutôt ne jamais rien savoir que l’œuvre ? – on sent à première lecture que voici une promesse de poète possible. Il a des images, des sentiments, des quêtes de signification, plusieurs détails qui ouvrent sur d’autres horizons. Il ne lui manque que le courage de dépasser les facilités de la simple juxtaposition de tout cela. Ce recueil, un peu trop fouillis, manque d’unité : on y trouve tantôt des notations plus ou moins justes, mais sans structures, tantôt des poèmes mieux affirmés, se contentant souvent de l’assonance au lieu de la rime, ce qui n’est pas gênant, parce qu’ils ont, enfin une forme. S’il arrive à se désengluer de l’informel, il pourra aborder la poésie ; il en a certainement les moyens. S’il consent à ne plus se vouloir « à la mode », il connaîtra la joie du poème et nous la partagerons.

 

Les trois

 

On m’a dit qu’un matin un homme s’est éveillé
quelque part, en Russie, en Quatorze cent onze
les yeux agrandis par une vision de bronze
qu’aucun ciel, aucun art n’aurait su copier.

Il comprit dans un éclair – vin, ange, clarté –
l’intelligence en feu d’une floraison d’ailes
que jamais ici-bas il n’aurait raison d’elle
sans la couche enfantine de l’éternité.

Alors, chétif, admirant les heureuses neiges
dont la couleur prie comme le saint de Radonège
ces mots immobiles – Dieu Saint, Fort, Immortel –
Roublev – c’est son nom – écrivit ce que je vois.

Peu importe le mal, ou ce qui nous fit tels :
un matin, à son tour, l’homme connut la joie.

 

- Jean-Pierre Thuillat, Dans les ruines, précédé de Marmailles et suivi de Mutants
L’Arrière-Pays. 1, rue de Bennwihr. 32360 Jégun. 80 p. 14 €.

     Créateur et directeur de la revue Friches, l’auteur réunit ici des poèmes qui témoignent de son refus (commun à tant d’hommes et de femmes d’aujourd’hui, mais, hélas, sans pouvoir) de ce monde ravagé par les guerres, les haines, soumis au culte du profit et de l’anti-culture triomphante. Cette inspiration généreuse (humaine), se retrouve en des poèmes assez libres, et pourtant assez structurés pour refléter l’émotion de l’auteur. Il précise que « marmailles » désigne gentiment à La Réunion tous les enfants, sans implication péjorative.

 

Qui fait encore
attention à ces portes
que le malheur entrouvre
au fond des yeux d’enfants ?

C’est comme dans un couloir
de Magritte la nuit
quand le noir éblouit
beaucoup plus qu’un poème.

 

- Alexandre Voisard, Les petites heures de Jean La Paille, suivi de L’Oracle des quatre jeudis
Empreintes. Case postale 80. CH-1022 Chavannes-près-Renens. Suisse. 68 p. 12,60 €.

     Dans une belle petite collection, ces poèmes font « revivre » de façon savoureuse, un homme simple d’esprit, mais porteur d’une sagesse inattendue, une espèce de « poète par inadvertance », comme le note Olivier Beetschen. La deuxième partie, placée sous les auspices de saint Glinglin, ne manque pas d’humour non plus, ni de poésie. Ces poèmes en vers libres sont heureusement équilibrés.

 

Au réveil du matin
sa tête est pleine d’ombres
mais dès que sonne midi
elle se remplit d’images
qui se bousculent comme
les enfants sur les dragées
on sait des choses qu’on ne dit pas
et quand on est seul
on n’est jamais seul
pour de vrai.

 

 

Anthologies

 

- Trois femmes. Trois poètes

. Anna de Noailles (L’Offrande), Emily Dickinson (Escarmouche), Hildegarde de Bingen (Louanges).
La Différence, « Orphée ». 30, rue Ramponeau. 75020 Paris. Sous emboîtage. 128 pages chaque livre. 20 €.

     On ne sait pas s’il existe une « poésie féminine » qui serait différente de « la masculine », mais il existe bien des femmes qui ont écrit de belles œuvres poétiques, comme le prouvent les trois recueils ici réunis, chacun avec une bonne introduction. Nous avions déjà recommandé celui d’Anna de Noailles (1876-1933), grand poète de notre XXe siècle. Celui d’Emily Dickinson (1830-1886), récemment édité, nous replonge dans les États-Unis de la fin du XIXe siècle, une œuvre étrange, d’un poète apparemment sans ambitions, qui nous touche malgré les pertes poétiques toujours liées à la traduction (bilingue). Quant à la poésie mystique (en latin) de l’abbesse allemande Hildegarde de Bingen (1098-1179), c’est encore une autre voix féminine qui se fait entendre, venue d’un lointain Moyen Âge (bilingue).

 

Je meurs ! Je meurs dans la nuit !
Pourrait-on m’apporter la lampe
Que je voie quelle route prendre
Dans la neige immortelle ?

Et « Jésus » ! Mais où est donc Jésus ?
On dit que Jésus – vient toujours –
Peut-être qu’il ne sait pas où c’est –
Par ici, Jésus. Faites-lui place !

Courez quelqu’un à la grand porte
Pour voir si Dollie s’en vient ! Attendez !
J’entends son pas dans l’escalier !
La Mort peut venir – Dollie est ici !

Emily Dickinson

 

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Études

 

 

- Eddie Breuil, Du Nouveau chez Rimbaud
Honoré Champion. 3, rue Corneille. 75006 Paris. 200 p. 29 €.

     Le Rimbaud nouveau est arrivé ! Encore et toujours le Carolopolitain. Que feraient les critiques, les universitaires et les éditeurs si Rimbaud n’existait pas ? On peut se le demander. L’auteur, un doctorant audacieux qui deviendra probablement universitaire, écrit simplement et clairement sa pensée, ce qui n’est pas rien. Son enquête bien menée remet en doute l’attribution du recueil les Illuminations au jeune Rimbaud pour la donner au poète Germain Nouveau. Les deux poètes se sont connus vers 1873, tous deux ont été publiés par Émile Blémont dans la Renaissance Littéraire et Artistique, un lien réel a existé entre eux, assez fort pour partir à Londres ensemble. Ils recopiaient leurs poèmes sous la dictée de l’un ou l’autre et si Rimbaud pensait déjà à autre chose, Nouveau persistait en littérature. Le manuscrit des Illuminations, non signé, non classé et sans titre semble avoir été remis à Verlaine par Rimbaud avec ordre de l’expédier à Nouveau que le Pauvre Lélian ne connaissait pas. Tout cela est possible. On découvre ici avec intérêt les circonstances de la publication des Illuminations.

 

Revues

 

     Nous signalons les revues de poésie dont nous avons pu lire un récent numéro, parfois en publiant un de leurs poèmes en exemple pour prolonger sa diffusion, y compris les revues qui ne signalent jamais l’existence du Coin de table. Oui, il y en a.

 

- L’Agora
16, rue Monsieur-le-Prince. 75006 Paris. Trimestriel. 40 €.

     . N° 69. Octobre-Décembre 2014. 24 p. 10 €.
Le Président de la Société des Poètes Français dont L’Agora est la revue, Vital Heurtebize, rappelle « La double fonction du poète », l’une spirituelle, l’autre sociale, en prélude à de nombreux poèmes sélectionnés parmi tous ceux qui arrivent à la Société. La plupart de ceux qui retiennent l’attention du lecteur ont su répondre à une structure, évidente ou mystérieuse, qui les fait vivre.

 

Mes poètes

 

Parnassien, symboliste, et toi, cher décadent,
Précepteurs délicats de mon adolescence,
Le crépuscule point, c’est à vous que je pense :
Banville, Moréas, Villiers de l’Isle-Adam.

Gautier me houspillait et pointait en grondant
Un hiatus égaré : suprême négligence !
Verlaine s’écriait : « Encore la nuance ! »
En lisant furieux mon quatrain redondant.

Maîtres qui transmettiez à mes vers les plus ternes
L’arc-en-ciel et le chant : oui, je vous ai floués.
Comme Faust, j’ai traîné dans d’immondes tavernes,

Tzara et son Dada m’y servaient leur brouet :
Strophes alambiquées, poètes pleins de morgue…
Mais ce soir me revient Le sanglot de Laforgue.

Daniel Cuvilliez

 

 

- Les Amis de Thalie
La Valade. 87520 Veyrac. Trimestriel. 49 €.

 N° 82. Décembre 2014. 72 p. 15 €.

     Cette revue grand format (A4), publie des poèmes, tableaux, dessins, photographies. Dans ce numéro, une belle évocation de Jean-Pierre Rosnay (1926-2009) par Georgette Chevallier, rappelant sa vie, son courage dans la Résistance, ses actions en faveur de la poésie – et ses poèmes, dont ces quelques vers pouvant lui servir d’épitaphe :

 

Je ne veux sur ma tombe ni le fer ni le marbre
Mais je souhaite un ruisseau et quelques roitelets
Je ne veux rien sur ma dépouille
Rien qui puisse me rappeler
Rien qu’un peu d’eau pour les grenouilles
Et quelques enfants à jouer.

 

- Arpa
44, rue Morel-Ladeuil. 63000 Clermont-Ferrand.

. N° 110-111. Octobre 2014. Nature(s). 208 p. 28 €.

     Cette belle revue, soignée, bien présentée, attire la sympathie et elle participe activement à la vie de la poésie. Elle publie généralement des poèmes très différents de ceux du Coin de table – raison de plus pour s’y intéresser si l’on est curieux de suivre d’autres courants, même s’ils sont davantage ceux de la réflexion, de la pensée, de la méditation – que de la parole poétique. Tout de même, certains poèmes sont séduisants, qui savent utiliser les vertus prosodiques que d’autres textes négligent et ces derniers en souffrent, tombant à peine nés dans l’oubli.

 

L’oiseau de feu

 

Je ne veux ni acheter ni vendre
Mais que les dettes soient annulées
À quoi bon ? Les autels sont en cendres
Dans le temple un oiseau a brûlé

Je ne veux ni lire ni écrire
Mais que la page soit envolée
J’ai perdu et ma plume et ma lyre
Dans le temps un oiseau a brûlé

Je ne veux finir ni entamer
Faire chanter ni d’amour souffrir
Je ne veux ni charbon ni saphir
Mais seule contempler la fumée

La forêt en est toute assombrie
Les lièvres épient le ciel et disent
Qu’il est temps d’appeler l’éclaircie
En dansant ce que la mort ne brise


Aya Cheddadi-Ghorbal (Tunisie)

 

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- Les Cahiers de la Rue Ventura
9, rue Lino Ventura. 72300 Sablé-sur-Sarthe. Trimestriel. 22 €.

 . N° 26. 4e Trimestre 2014. 62 p. 6 €.

     Avant de nombreux poèmes, de qualités très inégales, ce numéro fait une large place à deux poètes originaux à découvrir, Nicolas Grenier dont la prosodie traditionnelle est consacrée avec un grand bonheur à nos paysages contemporains, de préférence banlieusards, et Gauthier Nabavian à qui les machines et autres instruments actuels – l’ordinateur, par exemple – ont inspiré des pensées et réflexions en prose tronçonnée. La comparaison poétique est cruelle pour ce vers-libriste.

 

Aiguillage, poste de triage n° 2 (à bord du RER D)

 

Dans le matin confus, les aiguillages crissent.
Constamment, ls wagons passent à grand fracas
Et les brefs voyageurs dans un destin complice
Patientent froidement entre mort et tracas

Nicolas Grenier

 

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 - L’Étrave

21, rue des Veyrières. 84100 Orange. Trimestriel. 23 €.

. N° 232. Octobre-Décembre 2014. 24 p. 5 €.

      Revue de l’association Poètes sans frontières, ce numéro s’ouvre sur un éditorial de Vital Heurtebize, « Le Poète et le racisme », qui condamne évidemment cette perversion, mais rappelle fort justement qu’il ne convient pas non plus aux victimes du racisme en France de revendiquer une communauté à part au sein des « lois laïques » qui sont celles « de la République ». Une belle chronique consacrée à Marie Noël. Les poèmes sont nombreux et divers.

 

Impertinence

 

Il me semble que vous avez, mon cher ami,
Mal interprété mes paroles,
Puisque vous voilà tout assombri
Et soudain triste comme la pluie !
Rhabillez-vous, car il fait froid,
Tout nu, vous voilà très drôle.
Il est évident qu’à votre âge
Naît facilement la bedaine
Et que plus dures sont les fredaines.
Ne voyez là aucune moquerie,
Certes, vous deviendrez sage,
Et pourtant resterez dans mon lit.

Suzy Duplouy-Lamant

 

 

- Florilège                                           
Maison des Associations. « Les Poètes de l’Amitié ». Boîte H 1. 2, rue des Corroyeurs. 21000 Dijon. Trimestriel. 30€.

. N° 157. Décembre 2014. 42 p. 10 €.

     Avec ses chroniques habituelles (dont la savoureuse « huronnique » de Louis Lefebvre, dénonçant sans relâche le militarisme stupide), avec ses poèmes divers, ce numéro se termine par un bel hommage de Christian Amstatt, « Rimbaud ou l’impossible bonheur », qui reconnaît que parler aujourd’hui « de Rimbaud en quelques pages » est une gageure.
      Mais en concentrant son étude sur « ce bonheur jamais vraiment rencontré », l’auteur apporte une vision personnelle qui renouvelle l’intérêt de l’étude. Stephen Blanchard qui anime cette revue si vivante constate qu’on ne trouve plus suffisamment de bénévoles pour aider à sa publication. Triste constat général qui témoigne de la misère morale de notre société lentement minée par le culte du profit dont tous nos dirigeants sont responsables. 

 

Nuit d’éveil

 

Nuit d’oubli vie d’écume
Les destinées s’étonnent de vivre plus d’une foi(s)
(N’)espérer en sa Résurrection
Comme le Ciel ne fût Silences
Vint l’Éveil de la Nuit.

Gérard Millotte

 

- Friches
Le Gravier de Glandon. 87500 Saint-Yrieix. 3 numéros : 25 €.

. N° 116. Septembre 2014. 62 p. 12 €.

     Ce numéro reprend le recueil de Béatrice Marchal, La Cloche de tourmente, ayant reçu la « Prix Troubadours 2014 », et quelques textes de poètes retenus, les uns et les autres en vers libres, voire en prose (ce qui correspond mieux à la réalité), plus proches de la réflexion que de la poésie. Pourquoi appeler « poèmes » ces petites miettes de réflexions sympathiques ?

 

J’ai accroché mon rêve à la flamme d’une bougie.
Quel que soit le domaine d’action que j’élirais,
j’aurais mon content de lumière
pour avancer rencontrer aimer.

Béatrice Marchal.

 

 

- Inédit nouveau
Avenue du Chant d’Oiseaux, 11. B- 1310 La Hulpe. Belgique. 10 numéros : 35 €.

      . N° 271. Novembre-décembre 2014. 32 p.

     Sous le titre « La poésie a gagné », ce numéro consacre sa première page à la victoire de notre Fondation qui venait enfin d’obtenir la condamnation de la SACD après huit années de procès divers. Dans leur éditorial, Un autre règne de la lenteur, Jacqueline et Paul Van Melle évoquent les difficultés de vivre dans une société de plus en plus écrasée par le culte du profit, les violences, des technologies qui maîtrisent leurs adorateurs. Nous souhaitons que ces deux serviteurs parfaitement désintéressés de la littérature (en particulier de la poésie) puissent continuer encore longtemps à nous informer.

 

L’autruche

 

Assiégée d’un vent de sable
que peut son paravent de plumes ?
Les paillettes bises s’agitent
aveuglent l’espoir et le ciel,
râpent la croupe de l’autruche,
absorbent au silo de la peur
ce regard fouilleur de menaces
qu’elle plaque au sol pour surveiller
sous l’opacité du vent
un rai de lumière possible.

Jacques Ferlay, Petite Philo-zoo-phie.

 

                 

     . N° 272. Janvier-Février 2015. 32 p.

     « La poésie ne meurt jamais » affirme (fort justement) ce numéro dès sa première page et le prouve en publiant une douzaine de poèmes à côté des comptes rendus habituels toujours pertinents.

 

Dans la famille nuages
je veux
le tout petit
le joyeux le rieur
qui ne sait où il va
mais qui y va en chantant.


Marie Faivre

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- Jointure
5, rue Sivel. 75014 Paris. Trimestriel. 33 €.

     . Numéro 98. Novembre 2014. 92 p. 11 €.

     Ce numéro est tout entier consacré à Jean-Pierre Desthuilliers qui vient de disparaître (1939-2012), esprit curieux de tout, savant, technicien, mathématicien – et poète. Sa famille, des amis, des poètes, lui rendent ici des hommages que poursuivront la publication de son œuvre poétique et le maintien de cette excellente revue au moins jusqu’à son centième numéro.

 

Le bateau île

 

Sur l’océan des mots une île a l’air bateau
Avec sa coque lisse aux reflets de rocher,
Ses arbres comme mâts que voile ensevelit ;
Le naufragé qu’on voit nager vers les récifs
Se prépare à franchir la césure des eaux
Récitant un poème où l’on parle créole.

Errant sur l’océan un bateau semble une île
Dont la dérive lente appelle un exilé ;
Le matelot qu’on hèle hésite entre les vagues
D’opale et de béryl avant de s’échouer
Dans le silence tiède où le sable se fige
Ayant bu le tapage obscur des alizés.

Jean-Pierre Desthuillier

 

- Le Journal des Poètes
Le Taillis Pré. Rue de la Plaine, 23. B-6200 Châtelineau. Belgique. Trimestriel. 30 €.

     . N° 3/2014. Novembre 2014. 84 p. 7,50 €.

     Dans sa nouvelle formule (même format que Le Coin de table), en sa 83e année de publication, cette intéressante revue publie de nombreux poèmes (majoritairement en dehors de la prosodie traditionnelle), des études et des entrevues. Dans un entretien à propos de la publication d’œuvres de Philippe Jaccottet dans la collection « La Pléiade », Jean-Marc Sourdillon qui a participé à cette anthologie déclare : « C’est un fait étonnant : pas une seule note discordante dans les nombreuses réactions qui ont suivi la parution de La Pléiade ». Il n’a manifestement pas lu (il a tort) l’étude que Le Coin de table a consacrée à ce livre (n° 59, juillet 2014) en remarquant (avec la sympathie due à cet honnête homme) que « Philippe Jaccottet, malgré ses désirs et ses apparences, n’est pas un artiste ».

 

Aube d’aube (extraits). I.

 

Il passe des corbeaux qui ne se savent
corbeaux mais douloureux dans l’accablement de
juillet

De quelle île portent-ils la suie,
l’encre de quelle rumeur qui rase les plaines
tandis que tout attend l’heure du temps
décompté des humains
– comme une lettre noire multipliée sur
la plaine –

Christian Poirier

 

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- Poésie sur Seine
13, place Charles de Gaulle. 92210 Saint-Cloud. 3 numéros : 28 €.

     . N° 87. Décembre 2014. 122 p. 10 €.

     Des poèmes sur le thème de L’automne sont précédés par une bonne étude bio-bibliographique de l’œuvre de Bernard Grasset et par des poèmes de cet auteur de qualité. Par ailleurs, Antoine de Matharel commence une excellente présentation de « Verlaine : un faux parnassien » si intéressante qu’on regrette d’avoir à attendre « la suite au prochain numéro » ! Pascal Dupuy, animateur de cette revue qui est vraiment un « lieu de poésie », attire l’attention sur la nécessaire fidélité des lecteurs. C’est une préoccupation que nous partageons.

 

Se taire, oublier,
Le pain et le souffle.
Une lampe sur le front,
Chercher plus loin.
Tente et désert,
L’étranger guette
L’oiseau et l’aurore.

Bernard Grasset

 

- Salon Orange
Michelle Collin. 73, rue des Barres. 51120 Soizy-aux Bois. Trimestriel. 20 €.

     . Hiver 2014. N° 158. 44 p. 5 €.

     Cette revue, animée par Nadine Najman, émane de tout un groupe de poètes et d’artistes qui apparaissent dans ce numéro par de nombreuses photos lors de la remise des Prix de leurs concours de poésie. Les poèmes publiés, les tableaux représentés témoignent d’une qualité littéraire et artistique qui mérite d’être retenue.

 

Vent du Nord

 

Lorsque le vent du Nord ouvrira seul la porte
qu’aujourd’hui je franchis entre mon rire et toi,
je dirai que rien ne m’importe
et je serai sans voix.

Lorsque le vent du Nord fera siffler ses sabres
sur un étang glacé qui te ressemblera
nous nous tairons, ô nénuphars,
je pleurerai de froid.

Lorsque le vent du Nord emplira ma demeure
chassant jusqu’aux échos bleutés des autrefois,
je dirai : Vanité, il est l’heure
de déserter ce toit.

Je partirai, les sept glaives dans la poitrine,
et sans même une rose à coucher sous mes pas
au pays vers où je chemine
sans toi, sans toi, sans toi.

Antoinette Dard-Puech

 

 

- Septentrion
Murissonstraat, 260. B-8930 Rekkem. Belgique. Trimestriel. 45 €.

     . 4/2014. Décembre 2014. 96 p. 12 €.

     Toujours remarquable en sa 43e année, cette belle revue diffuse (en français) les arts et lettres de la Flandre. en des articles intéressants dans leur diversité, comme ici l’exil du Kaiser Guillaume II de novembre 1918 à sa mort en 1941 aux Pays-Bas, une étude des vieux magasins des Flandres, etc. – et toujours la présentation d’un poète et de son œuvre, ici, Roland Jooris (né en 1936), que nous découvrons, et pas si différent de certains poètes actuels « bien de chez nous » – et d’ailleurs : découpures internationales.

 

Blanc de cendre

 

Seuls le désossé, le pétrifié écailleux, l’apprêt
du blanc défunt, seuls
la maigre lumière
monacale, le manque qui
dilue l’air jusqu’à
la raréfaction,
seuls l’éperdument
serein, le froid tic-tac,
la cendre déjà dispersée, le
firmament, l’inaccessible
nudité dans la tangibilité
de l’existence

Roland Jooris. 2005. Traduit du néerlandais par Kim Andringa.

 

**

 

TABLE DES MATIÈRES

 

 

Le Coin de table : LA VAGUE DE LA POÉSIE   1

 

*

 

Jacques Charpentreau : L’univers en vers de Jacques Réda   4

 

*

 

POÈMES

 

Jacques Réda, L’herbe anonyme…, Ainsi ruminait Dieu…  11

Béatrice Libert, Je saluais chaque matin…  14

Apolline Fontaine, Valse de salon, Présence  16

Patrick Derouard, Je sais que quelque part…   18

Robert Parron, Charme  19

 

*

 

François Villon, « Frère François qui avant nous viviez… »  20

 

*

 

POÈMES

 

François Villon, Le Testament (extrait), Épitaphe Villon, Je suis François…    30

Jean Mineur, Les orgues du bonheur, Le destin immortel  36

Chaunes, Lotharingie  38

Daniel Ancelet, Le bon poète  39

 

*

 

Pierre Coulmin : Charles Baudelaire et Walter Benjamin.

Relations et correspondances  40

Mathilde Martineau : Baudelaire, notre contemporain   56

 

*

 

POÈMES

 

Charles Baudelaire, Le cygne (II)  54

Recueillement  61

Henri Bartoli, L’amant vieilli à l’amante restée jeune  62

Jean-Luc Moreau, Vous aimiez…, Il est des mots…   64

 

*

 POÈMES

 

Robert Vigneau : Quatre images de Pierre Lexert  66

Pierre Lexert, Givre, Titrographies, Le claoun, Blanches neiges…  68

Noël Prévost : Les « Ciels variables » de Pierre Lexert  72

Pierre Lexert, Sagement, Passaient les jours, Autour d’Aran  74

Jean-Luc Moreau, « Réveillez-vous, belle endormie…  77

Jean-Paul Savignac, Runa et Secret, traduction   80

Louis Delorme, 1915. La fin de nos peines ?, 1918. Par le même, Déboussolés,

Chair à canon   82

 

Paul Arcault : La poésie en prose  86

*

 

CHRONIQUES DU COIN DE L’ŒIL

 

 

Claudette Villia-Chantrie : Oulipopotins  91

J. C. : Souvenirs mélancoliques de Robert Sabatier  96

Robert Sabatier, Les amis disparus, Qui suis-je ?...  100

Madeleine Bouvet : L’Île disparue de Jean-Claude Pirotte   102

Poésie et société  106

Silvius, Gazette rimée. Triolet du Printemps  108


PAGES DE GARDE  110
Calendrier juridique  124

Comment nous aider  126

 

*

 

ILLUSTRATIONS

 

Couverture : 1ere : Katsushika Hokusai, La grande vague de Kanagawa (1831)

 4: Georges Duhamel, Il y a sur mon visage…

Katsushika Hokusai, La grande vague de Kanagawa (1831)  3

Bois gravés de l’édition Levet (1489) des Œuvres de François Villon     25, 35

Eau-forte par Bracquemont, dans Charles Asselineau, Charles Baudelaire,

 sa vie, son œuvre, Lemerre, 1869, d’après le portrait à l’huile

 par Émile Deroy (1843)  43

Charles Marville, Photographies de Paris, vers 1865  48

Eugène Adget, Photographies de Paris, fin XIXe siècle   49

Carte de lecteur de la Bibliothèque Nationale de Walter Benjamin  54

Édouart Manet, Charles Baudelaire, 1869  58

Pierre Lexert, Quatre images  68, 69, 70, 71

Stanley Chapman, Raymond Queneau  93

Robert Sabatier, Je vous quitte en vous embrassant bien fort  99

                                   

 

N° 62. Avril 2015. ISBN : 978-2-35860-030-9. 2e  trimestre 2015.

 

                                   

 

 

Le Coin de table


La revue de la poésie

 

Abonnements : un an, quatre numéros, 70 €. (Étranger : 80 €).

 

 L’abonnement part du premier numéro de l’année en cours, quelle que soit la date de souscription.

 

 Paiement par chèque à l’ordre de « La Maison de Poésie ».

 

                                   

 

 

LA MAISON DE POÉSIE-

 

 

FONDATION ÉMILE BLÉMONT

 

     La Maison de Poésie est une fondation reconnue d’utilité publique par un décret du Président de la République du 19 août 1928.

     Elle est autorisée à recevoir des dons et des legs.

 

DONS : À réception d’un don, quelle que soit son importance, la Maison de Poésie fait parvenir au donateur un reçu qui lui permet de bénéficier des avantages fiscaux prévus par la loi.

 

LEGS : La Maison de Poésie est habilitée à recevoir les legs suivant les modalités prévues par la loi.

 

     Les dons et les legs lui permettent de poursuivre ses actions en faveur des poètes et de la poésie. Ses comptes annuels sont certifiés par son commissaire aux comptes et transmis aux ministères compétents.

  

Mise à jour le Mercredi, 15 Avril 2015 08:30