| Actualités 2012 |
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| Écrit par Gestionnaire Article |
| Samedi, 17 Décembre 2011 06:45 |
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Pour nous joindre : - Par courrier postal : La Maison de Poésie. Société des Poètes Français. 16, rue Monsieur-le-Prince. 75006 Paris. - Par téléphone : 06 37 51 17 09. - Par courriel : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.
Actualités
Mai 2012
LA SUITE DANS NOS IDÉES
La situation de la Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont correspond bien à celle de la poésie en France. Depuis le 10 octobre 2011, expulsée, chassée de ses locaux historiques, dépouillée de ses propriétés, la Maison de Poésie est errante et serait sans domicile fixe si la Société des Poètes Français ne lui avait pas généreusement offert un secrétariat. Pourtant, la Maison sans toit continue. Il y a des voix qu’on ne peut pas faire taire facilement. Nous continuons, avec les aides de nos amis. Ceux qui n’ont pas 250 mètres carrés à nous offrir pour faire revivre notre bibliothèque peuvent envisager de s’abonner à notre revue, Le Coin de table. S’ils ne le peuvent pas, ils trouveront sur notre site quelques poèmes à lire et à faire connaître. Qu’ils diffusent, au moins, la poésie. Nous avons de la suite dans nos idées et nous continuons.
À SUIVRE
C’est ainsi que vient de paraître le cinquantième numéro de sa revue, Le Coin de table, une revue qui n’a jamais mieux mérité son nom, puisqu’elle est rédigée, composée, relue, reçue, mise sous pochette, expédiée, gérée – sans bureau, sans réserve, sans aucune facilité de travail, sans salarié. Mais elle existe. Le numéro 51, en préparation, paraîtra en juillet prochain. Depuis le 1er janvier 2000, Le Coin de table, sous-titré « Revue de la poésie », paraît avec régularité, publiant des poèmes, des articles, des réflexions, des comptes-rendus.
La publication de ce numéro 50, salué par les amis de la poésie, marque une étape et témoigne de la ténacité de la revue. Dans sa treizième année de publication – « la treizième revient, c’est toujours la première » grâce au même enthousiasme – elle se demande comment amorcer « la reconquête » des lecteurs et amateurs qui manquent aujourd’hui à la poésie. Avec l’aide de poètes et plus largement de lecteurs aimant la poésie, l’enquête ainsi menée évoque diverses possibilités de diffusion, pour en venir, finalement, à l’essentiel : le rôle de l’école reste primordial pour rendre la poésie vivante en nous. Hélas, l’école n’est plus aussi efficace sur cette nécessité (et sur d’autres) comme elle l’avait été.
Dans le silence, J’écris pour cette vérité : Le seul remède à la souffrance, C’est la beauté. * Monument du Poète inconnu
Ô poète inconnu qui méritait la gloire mais qui dors ignoré au fond de ton histoire toi que la destinée enterra sous le nombre reviendras-tu un jour de la danse des ombres?
Ô poète inconnu que le monde oublia dont la langue a vieilli le destin t'allia à la ronde obligée des bals de l'être humain qui tourne sans espoir de meilleurs lendemains.
De la valse infinie des noms sur les grimoires de la polka piquée de nos trous de mémoire du galop effréné du temps sur les décombres du branle en contre-bas des journées les plus sombres
sauras-tu ramener la Muse par la main et de la renommée découvrir le chemin sans écouter Procuste qui te supplia de rester sur son lit où le sort te lia?
Ou bien dormiras-tu près de la sépulture où nous irons ensemble enterrer la Culture périmée désormais et la Littérature
au fond d'un terrain vague où un tas de gravats signalera leur fosse? Est-ce ici que creva le Poète Inconnu auquel Vigny rêva?
Cette immortalité qu'on croyait pure et dure reconnais-tu enfin qu'elle était imposture fruit de la vanité de l'humaine nature?
Ô poète inconnu l'oubli tu le bravas mais tous seront égaux dans l'ultime java sans tambour sans trompette au delà des vivats.
Chaunes.
Chaunes.
L’ENFANCE DE L’ART
Il a toujours été tentant de se lamenter sur la situation de l’école et de l’enseignement « qui se dégrade régulièrement depuis Socrate ». Mais avec la diminution des horaires, avec la chasse de plusieurs dizaines de milliers d’enseignants, la dégradation s’est beaucoup accentuée depuis quelques années. Le nombre paraît insensé ; il l’est : 60 000 enseignants en moins. Quelle fureur contre le savoir, l’instruction, la culture ! Et la poésie. La poésie a toujours été présente à l’école. Sans remonter à Socrate, les élèves quittaient l’école publique à partir des années 1880 avec un Cahier de récitations bien rempli, où les poèmes à visée « moralisatrice » des premiers temps de l’école pour tous furent peu à peu remplacés par des œuvres d’une plus grande valeur littéraire, comme en témoignent les manuels du début du XXe siècle. Un grand changement se produisit dans la deuxième partie du siècle avec les recueils de Pierre Menanteau (Trésor de la Poésie française) et de Jacques Charpentreau (Poèmes d’aujourd’hui pour les enfants de maintenant, 1956 et 1972, puis Poèmes pour les jeunes du temps présent, 1975) qui modifièrent complètement le paysage poétique des écoles. En effet, tous les grands poètes de la première partie du siècle s’y trouvaient, avec des poèmes qui n’avaient pas été écrits « pour » les enfants ou les adolescents – mais qui leur convenaient. C’était faire entrer directement dans les écoles la meilleure poésie du moment.
Que ces deux poètes aient été l’un et l’autre Présidents de la Maison de Poésie n’est pas un hasard. Car notre Fondation a toujours voulu diffuser la poésie de son époque, depuis sa création en 1928 jusqu’à aujourd’hui, tout en maintenant la meilleure part des mille ans de notre poésie, notamment grâce à sa bibliothèque, hélas aujourd’hui en caisses dans les réserves de la Bibliothèque nationale, non disponible, mais du moins sauvegardée dans l’attente de jours meilleurs.
Sous le préau
Si vous retrouvez mon enfance sous le préau vous aurez souvenir d’un vent, d’un pleur de roses, d’un geai et d’une pluie sur le réverbère sous le préau l’ombre des ombres turquoises qui s’agitent sur une robe que frôle un baiser volant par delà l’encrier ! sous le préau vous retrouverez mon enfance, la mer et son train qui file loin, loin des triangles isocèles, géographie incertaine d’un troupeau de nuages, si vous retrouvez mon enfance, mon enfance qui sanglote au chemin dites-lui qu’elle niche dans la nuit de mes veines comme sang et soleil, sous le préau !
Suzy Maltret.
DES EXIGENCES MAINTENUES
Cependant, la Maison de Poésie, active depuis quatre-vingt-trois ans, n’a jamais été un simple « annuaire ». Elle ne publie pas, elle ne diffuse pas n’importe quoi. Par ses Prix, par ses manifestations littéraires, par ses publications, elle a toujours aidé la poésie vivante qui lui paraissait « en valoir la peine ». Elle a toujours fait des choix qu’elle assume encore aujourd’hui. Elle a maintenu ses exigences de qualité, son intense désir de diffuser la poésie pour le plus grand nombre et sa totale indépendance grâce à son statut de Fondation reconnue d’utilité publique, malgré les grandes difficultés du moment.
Le vieux monde
Le monde va vieillir par la faute des villes Demain le monde va changer de vêtement Je n’aurai reconnu ni l’errance des îles Ni les oiseaux perdus de la pointe du Van.
Dans les coureaux j’étais l’enfant – étoiles, billes ! – Je dansais sur la mer de Groix à Lorient Le monde ne sait plus s’aimer dans ses enfants On dit dans les journaux qu’il descend aux abîmes.
Si le sel s’affadit Si l’écume s’envole Il nous faut renoncer à nos folies d’antan
Le monde hésite entre la nuit et le néant Quand le songe des dieux le conduit aux idoles.
Charles Le Quintrec.
POÉSIE VIVANTE
Attentive à l’actualité de la poésie vivante, la Maison de Poésie attire aujourd’hui l’attention sur un recueil inattendu de l’un de nos vrais poètes contemporains : Jacques Réda, Lettre au Physicien. La Physique amusante, II (Gallimard, 126 p. 16 €). La revue Le Coin de table présentera longuement ce livre surprenant dans son numéro de Juillet 2012 (n° 51) où deux articles seront consacrés à la poésie scientifique, sous le titre Le commutateur, la céphéide et la poésie. On y retrouvera également (ou plus certainement on y découvrira) la poésie scientifique d’Henri Allorge. On sera sans doute surpris d’apprendre que ce poète, auteur des Petits Poèmes électriques et scientifiques (Perrin, 1924), fut l’un des huit poètes désignés par Émile Blémont pour assurer le premier Conseil d’administration de la Maison de Poésie. En effet, bien loin d’être une réunion de vieux messieurs solennels, vaguement séniles et recroquevillés sur leurs anciennes admirations comme voudraient le faire croire certains mal-intentionnés d’aujourd’hui, la Maison de Poésie a toujours su écouter et diffuser la poésie vivante, celle de son époque (mais d’une qualité incontestable). Ainsi Jean Hautepierre, nouvel administrateur, est-il aussi un spécialiste reconnu de la science- il est vrai « fiction ».
Le Vide
Communique avec ton esprit, Poète, lorsque tu te penches Pour former sur les pages blanches Des vers dont le nombre est prescrit. Sinon l’Univers serait prose Amorphe, alors que les amas Riment ainsi que tu rimas Sur le Vide où naissent la rose, Les soleils et les Palomas.
Jacques Réda. Le Coin de table. N° 51. Extrait de sa Lettre au Physicien.
*
On jalouse parfois le savant qui s’étonne De la diversité du monde. Pour ma part, Tantôt j’admire aussi le quark et le pulsar, Tout ce qui les relie et qui les environne, Tantôt cette splendeur me semble monotone Voire obsédante à la façon d’un cauchemar.
Quel fol encombrement dans l’espace ! L’infime N’en trouve jamais trop lui-même pour maigrir, Farine de poussière impossible à pétrir, Poil à gratter la chose au fond le plus intime, Billon dilapidé très loin sous le centime Et, pour notre clin d’œil entre naître et mourir,
Qu’est-ce que ce bazar astral qui, sans limite, Fait valser sur des éventaires sans tréteaux La même marchandise – ondes, gaz, rocs, métaux : Pourquoi cette débauche à tant de dynamite Vouée ? On voudrait demeurer comme un ermite À regarder deux brins d’herbe fondamentaux.
Seigneur (le mot revient sur nos lèvres amères Du plus profond des temps où nos aïeux poilus Contemplaient, que Vous les ayez ou non voulus, Ces prodiges renouvelés mais éphémères En récapitulant sur les mêmes sommaires L’ordre de Vos travaux déjà cent fois relus). …
Jacques Réda.
Le fluide inconnu
Aux chauds soirs d'été, pleins d'électriques effluves, Aux pensifs soirs d'hiver, crépitant de froid sec, Je rêve qu'ignoré des X et des Y, Un fluide inconnu bout aux célestes cuves.
Plus subtil et plus fort que l'électricité, Un fluide pour qui nul espace n'existe, Qui nous rendrait plus grand que l'Hermès Trismégiste, Et mettrait sous nos doigts tout l'Univers dompté.
Les Forces de la terre et de l'air, par ses ondes, S'en viendraient propulser des monstres de métal, Aussi dociles qu'un esclave oriental, Aussi puissants que l'âme impassible des mondes.
Par lui, l'homme, cet animal débile et nu, Deviendrait l'absolu Maître de la Matière Et de tous les secrets ferait de la Lumière... Je rêve de capter ce fluide inconnu !
Henri Allorge. **
MALHEUR AUX JEUNES POÈTES !
En 1872, Émile Blémont, grand bourgeois fortuné, distingué et bien élevé, alors âgé de trente-trois ans, alla chercher deux jeunes poètes inconnus et mal considérés, mais dont il avait su discerner le talent, pour les faire asseoir au Coin de table du peintre Fantin-Latour : Paul Verlaine et Arthur Rimbaud. Le plus vieux avait vingt-huit ans ; l’autre à peine dix-huit. À l’exemple de son Fondateur, la Maison de Poésie a toujours voulu aider les jeunes poètes encore inconnus (et pas forcément mal considérés). C’est pourquoi elle accueille toujours dans la revue Le Coin de table ou sur son site de jeunes poètes dont nous ne savons rien, sinon que nous aimons les poèmes qu’ils nous ont envoyés. C’est pourquoi elle a publié et continue de le faire des recueils de jeunes poètes, comme celui qui va paraître prochainement : Gilles de Obaldia, La langue des oiseaux. L’aide de la Maison de Poésie aux jeunes poètes s’est particulièrement manifestée avec le Prix Arthur Rimbaud, réservé à un jeune poète de dix-huit à vingt-cinq ans. Ce Prix, organisé en participation avec le Ministère de la Jeunesse, doté de 5 000 euros, a été décerné pendant vingt ans. Il a suscité des milliers d’envois. Chaque année, la Maison de Poésie a publié une sélection des meilleurs poèmes des candidats.
Ce Prix a été supprimé par Martin Hirsch, appelé par Nicolas Sarkozy à transformer le Ministère en Haut-Commissariat indifférent à la poésie des jeunes auteurs. Alors, la poésie… Les jeunes gens qui en écrivent…
Illustration d’Aurélie Monfait. 19 ans. (École Supérieure Estienne des Arts et Industries graphiques) Le nouveau Printemps des jeunes poètes.
Nous nous emploierons à retrouver les conditions nécessaires au renouvellement de ce Prix.
* Ouvre ma main…
Ouvre ma main je refuse de te voir Quelle sera ma chanson demain
Tu es trop beau mon amour trop simple de moi j’exige de toi la vie
Je ne suis pas compréhensible je suis inattachée tu es trop près mon amour
As-tu le bonheur je suis inconstance tes yeux trop doux trop droits
Ne me cherche pas je suis introuvable je n’existe pas.
Cécile Bétouret. 20 ans. Prix Arthur Rimbaud 1997.
* Joie du mauve
Le mauve – peu importe – La mort qui te ravage La douleur qui t’escorte Vers de taiseux barrages
Si les sentiers s’éboulent – Ton cœur dessus de sorte Que c’est ta vie qui croule Avec eux – peu importe
Et si tes mots pourrissent Que le silence crisse Où tu vois apparaître
Le pire peu impor- Te tu auras encor De la joie pour y être
Camille Bonneaux. 22 ans. Mention spéciale. Prix Arthur Rimbaud 2009.
RENCONTRES
La Maison de Poésie a été chassée par la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques de ses locaux historiques où elle recevait régulièrement les poètes et amis de la poésie, au cours de conférences, lectures, matinées littéraires ou de rencontres informelles. Pour le moment, ces manifestations littéraires se tiennent dans les locaux de la Société des Poètes Français qui les met généreusement à la disposition de la Maison de Poésie, en témoignage de solidarité. La Maison de Poésie réunit également ses amis en d’autres lieux.
- Mercredi 22 février 2012. Société des Poètes Français. Au cours de l’Assemblée générale de l’Association des Amis d’Émile Blémont, Mathilde Martineau évoque la rencontre de Blémont et de Richard Lesclide. - Mercredi 21 mars 2012. Société des Poètes Français. Réception de Jean Hautepierre, élu administrateur de la Fondation. Parloir des Poètes. - Mercredi 25 avril. À la Coupole-Montparnasse, dîner poétique avec Luiz Miguel Nogueira Rosa Dias : Mon oncle Fernando Pessoa. Le parcours ésotérique de Fernando Pessoa. En partenariat avec les Éditions Convivium Lusophone. - Jeudi 26 avril. À la Mairie du XIVe, même conférence. - Mercredi 9 mai. Société des Poètes Français. 17 h. Jean Hautepierre : Innovation et tradition métriques au XIXe siècle. L’exemple de Maurice Rollinat.
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Poèmes de la Maison de Poésie
De tous les arts, la poésie est certainement aujourd’hui le plus menacé. Mais il est aussi celui qui n’a besoin de rien pour se créer : du papier, de l’encre ou un crayon – ou rien que la mémoire du poète, comme l’a prouvé Jean Cassou composant trente-trois sonnets dans sa prison de Résistant. C’est sans doute pourquoi les poèmes ne cessent jamais de naître. Reste à les partager par le livre ou la revue imprimés, par internet et ses écrans, ou encore par la parole qui les récite. La poésie est en création permanente. Depuis plus de quatre-vingts ans, la Maison de Poésie se fait l’écho de poèmes inédits qu’elle choisit de faire connaître par ses publications.
L’appel Aux poètes français pour réveiller la poésie endormie
Le cri du sang n’a plus de force ni verdeur et le mortel est nu plongé dans sa tiédeur.
Les bouffons décantés d’or, de notoriété poètes affamés sortez-vous des déchets !
Nomades divisés groupez-vous et jetez à l’eau pour surnager à la brutalité
votre miroir floué, pour la modernité classique, et innovez, séducteurs séculiers. Michel Beaugency.
** La poésie
La poésie se meurt, elle dort, elle hiberne Au fond d’anthologies, dans quelque vieux recueil ; Ces précieux écrins deviennent le cercueil Où repose Calliope et nos cœurs sont en berne.
Se pourrait-il qu’un soir au seuil d’une taverne, Un Méphistophélès ému par notre deuil Lui marchande son âme et lui offre l’orgueil Et la force et l’espoir d’un avenir moins terne ?
Ou bien qu’en un palais un beau prince charmant S’avançant lui murmure : « De grâce, ma Mie, Acceptez ce baiser », et que l’enchantement
Fasse briller les yeux de la Belle Endormie ? Qu’importe le miracle… Amoureuse ou damnée, Madame, à vous servir, je voue ma destinée. Daniel Cuvilliez.
**
Musique
Harpe jadis éveillée ! Qu’un air caresse Comme l’on tresse une harmonie Éteinte…
Veille une autre nuit ! Car ce soir luit, En arpège oublié, L’humble merveille d’un regard tendre !
Je veux entendre l’âme ancienne Et sans pareille, Au soir couchant d’or pur, Du chant murmuré d’autrefois
Qui veille en ma demeure ! Au bord de l’heure… En secret… Alain Clanet.
** Images et mots mentent
Seul le corps a le vrai savoir.
Nulle humanisation sans divinisation
ni divinisation sans humanisation.
Telle serait l’exacte équation.
Jean-Claude Renard, À l’orée du mystère.
** Le poète
Le poète regarde le ciel Se laisse aspirer par ce qui l’entoure Se laisse envahir par ce qui passe Il pense
Dans sa tête Des souvenirs encore fumant Des rêves encore dormant Et une fille Une fille Et ses yeux verts Qui restent Tout le temps Tout le temps. Amélie Nicolas ; Rimbaud 009.
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Marché de la poésie
Une fois l’an à Saint-Sulpice, La poésie tient son marché. On vend des vers – et pas gratis La valeur de ces écorchés !
Moi, sans le sou, je vois les têtes Aux étalages s’afficher, Longs cheveux gris, regards perdus, Désespoirs d’immortels poètes Devant leurs douleurs invendues.
Robert Vigneau.
** Native d’avril
J’ai quarante balais et des poussières jusqu’au prochain ménage de printemps.
Marie-Anne Bruch.
LA TEMPÊTE DE 2011
récit
L’histoire de la Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont créée en 1928 a pris un cours nouveau et dramatique en 2011. Elle a traversé une tempête historique. En effet la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques (SACD) avait obtenu du Tribunal de Grande Instance de Paris le 4 mars 2010 la condamnation à l’expulsion de la Maison de Poésie que le tribunal déclara non propriétaire, mais simplement occupante des lieux convoités par la SACD depuis plusieurs années. Cette condamnation a été confirmée par la Cour d’Appel le 10 février 2011, avec, en outre, le paiement de 3 000 euros par mois de location à verser à la SACD. Diverses interventions de grande influence en notre faveur ont amené la Préfecture de Police de Paris à surseoir à cette expulsion pendant plusieurs mois, suscitant l’impatience de la SACD. La Maison de Poésie a quitté ses locaux historiques, préalablement vidés, le 10 octobre 2011 en remettant les clés au Président de la SACD. Avec les frais d’huissier, la Fondation a reçu commandement de payer 62 522,32 € à la SACD, qui fait preuve d’un acharnement tout à fait remarquable. La Maison de Poésie est menacée de saisie. Estimant que ces jugements n’avaient tenu aucun compte des dispositions spécifiques en faveur de la Maison de Poésie de l’acte de vente du 7 avril 1932, le Conseil de la Fondation a décidé de se pourvoir en cassation. La SACD a demandé alors à la Cour de Cassation de refuser notre inscription. Le 15 décembre 2011, la Cour de Cassation a jugé « n’y avoir lieu à radiation de l’affaire inscrite sous le numéro Z 11-16.304 ». On peut donc espérer que cette affaire sera examinée par la Cour de Cassation malgré la tentative d’obstruction de la SACD. L’éviction de la Maison de Poésie, ses difficultés financières que cette expulsion a considérablement accrues, la mise en dépôt de son patrimoine désormais non-communicable pour une durée indéterminée ont entraîné, à notre grand regret, le licenciement de son employée, Madame Mathilde Martineau, Docteur en Histoire de l’Art, Conservateur et Directrice, à la date du 31 décembre 2011. En octobre 2011, la Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont s’est retrouvée à la rue – au sens propre du terme.
Situation de la Fondation.
La Fondation n’a pas disparu et elle continue juridiquement à exister. Toutes ses possessions matérielles constituant son patrimoine ont été mises en dépôt dans les réserves de la Bibliothèque Nationale. Ce transfert a été effectué en octobre 2011 par des professionnels (Bailly-Entreprises), qui ont mis les livres de la bibliothèque en un millier de cartons transportés dans des réserves; les œuvres d’art (tableaux et bustes) également. Cette prise en charge n’a pu avoir lieu au tout dernier moment qu’après de nombreuses interventions auprès du Ministre de la Culture (personnalités comme Jack Lang, Présidents des Commissions de la Culture du Sénat et de l’Assemblée nationale, soutien de l’Académie française, Présidents des Sociétés d’auteurs, pétition de plus de 1 300 signataires, etc.). Ces appuis ont manifesté le prestige de la Fondation et témoigné de la réprobation générale à l’encontre de l’expulseur. Le déménagement a coûté à la Maison de Poésie 14 280,24 € qui ne seront pas disponibles pour la poésie, notamment pour la publication de nouveaux recueils de jeunes poètes. La Convention signée entre la Bibliothèque Nationale de France et la Maison de Poésie est tacitement reconductible. Mais la mise en dépôt de ces ouvrages est considérée comme provisoire. Il convient de trouver un nouveau lieu d’accueil pour permettre à nouveau la consultation de ce patrimoine désormais indisponible. En attendant de pouvoir trouver une nouveau lieu, la Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont est très sensible à cet accueil par la BNF qui lui permet de sauvegarder un patrimoine poétique unique. Elle l’en remercie. Deux municipalités avaient proposé d’accueillir notre bibliothèque : Charleville-Mézières (Ardennes) et Saint-Hilaire-des-Loges (Vendée). Notre Conseil a estimé plus conforme à la vocation de la Fondation de chercher à rester à Paris. Mais ces deux propositions ont témoigné de la générosité et de l’intérêt pour la poésie de ces deux municipalités que nous remercions chaleureusement. La Bibliothèque Centrale de prêt de la Vendée s’est également montrée intéressée. La Fondation a rencontré des élus politiques et des fonctionnaires ayant le souci d’aider la Maison de Poésie à résister à cet assaut, le premier et le seul à attaquer aussi violemment une Fondation reconnue d’utilité publique depuis quatre-vingt-trois ans. Par-delà l’aide apportée à la Fondation par les uns et les autres, c’est la Poésie qui a reçu un soutien sans réticences. La Société des Poètes Français a généreusement permis à la Fondation d’avoir, en ses locaux, 16, rue Monsieur-le-Prince, 75006 Paris, un siège social et un secrétariat d’où la Fondation peut assurer sa survie. Une Convention a été signée entre la Société des Poètes Français et la Fondation Émile Blémont. Elle manifeste une solidarité entre poètes qui est réconfortante.
Manifestations poétiques et rencontres.
Au milieu de ces tribulations, soumise à une pression permanente de la part d’une SACD particulièrement offensive, la Maison de Poésie n’a pas pu organiser comme les années précédentes toutes les activités littéraires habituelles. Elle a tenu cependant à manifester sa volonté de les poursuivre en organisant trois rencontres importantes. - Le 19 janvier 2011, un Concert-lecture autour des poèmes du recueil de Gilles de Obaldia, L’herbe haute, publié par la Maison de Poésie, a réuni les choristes et les interprètes de la troupe Théâ-Chœur, dont la grande qualité est connue.
- Le Parloir des Poètes a réuni pour la dernière fois 11 bis rue Ballu, le 28 septembre 2011, poètes et amateurs de poésie, dans des locaux entièrement vidés de leurs livres et de leurs tableaux habituels, rendant ainsi manifestes l’expulsion de la poésie et sa mise à la rue par la SACD. La désolation des rayonnages déserts a participé à l’émotion des invités.
- Soucieuse d’affirmer son ardent désir de survie malgré l’offensive de la SACD, la Maison de Poésie a organisé dans les locaux de la Société des Poètes Français un Journal parlé de la Poésie dès le 23 novembre 2011, prélude à une renaissance avec d’autres moyens, sous une autre forme. Les matinées poétiques reprendront prochainement. Les Administrateurs de la Maison de Poésie, malgré les soucis permanents, les visites d’huissiers, la surcharge considérable de travail due à la situation (courriers, réunions, tenue du site, rencontres à Paris et en province, conversations téléphoniques, sollicitations, permanences, organisation minutieuse de la mise en 1 000 caisses du patrimoine matériel, difficultés de tous ordres, etc.) ont participé comme chaque année à plusieurs manifestations organisées par le Centre National du Livre, la Société des Poètes Français, la Société des Gens de Lettres, ainsi qu'à diverses réceptions organisées par des Éditeurs ou des Associations. La Maison de Poésie a été admise comme membre titulaire par le Conseil permanent des Écrivains à compter du 1er janvier 2012. Les Administrateurs et les poètes amis ont continué à mener diverses activités (interventions dans les écoles, animations, jurys littéraires, stages de formation, colloques, séminaires, etc.), en France et à l’étranger. Ils ont participé à des émissions radiophoniques. La Maison de Poésie est toujours en rapport avec des poètes et traducteurs étrangers. Cependant, l’accès à sa bibliothèque est désormais impossible. La réception des poètes n’a lieu que sur rendez-vous. Publications
La Maison de Poésie n’a pas pu publier de nouveaux recueils cette année. Elle a cependant décidé de continuer la publication de sa revue malgré des conditions difficiles. Les quatre numéros annuels de la revue Le Coin de table ont été publiés régulièrement en 2011. Pour la sixième année consécutive, la revue a atteint l’équilibre financier. La Maison de Poésie poursuit en 2012 l’édition du Coin de table, une revue originale et essentielle dans le paysage poétique actuel. Depuis plusieurs années le Centre National du Livre ne consent aucun soutien financier à la revue. Il n’a apporté aucune aide à la Fondation dans ses difficultés considérables de 2011. Le CNL ne nous a été d’aucune utilité dans la tempête. Même pas une petite bouée pour le mousse. L’abonnement au Coin de table (70 €, pour la France, en 2012) est un moyen d’aider la Maison de Poésie à continuer.
Aides à la création. Prix littéraires.
Les circonstances ont empêché la Fondation de donner ses habituels Prix littéraires et d’aider des jeunes poètes à publier leurs œuvres en recueil. Toutefois, plusieurs ont été accueillis dans la revue et sur le site de la Fondation.
Bibliothèque.
Elle n’est plus disponible.
Site
Plus de 20 000 visiteurs l’ont consulté en 2011. Il donne diverses informations sur la Maison de Poésie, la revue Le Coin de table, l’histoire de la Fondation, etc. Il publie de nombreux poèmes, de poètes déjà célèbres et de jeunes poètes encore peu connus. En août et septembre 2011, il a été la cible d’une attaque malveillante provenant de sources inconnues (en apparence géographiquement lointaines, Afrique, Amérique du sud, en réalité non localisables) qui renvoyaient les visiteurs vers un site pornographique, ce qui avait amené l’hébergeur à déclarer notre site « dangereux » pendant plusieurs semaines. Notre informaticien a réussi à libérer notre site, après divers travaux, dont le coût a été à notre charge, sans que nous puissions savoir si cette attaque était due au hasard ou était volontairement ciblée sur nous. Le service de police spécialisé a été informé.
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La Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont a continué à vivre en 2011 malgré toutes ces difficultés – ce qui n’est pas une mince réussite. Elle a pu constater que ses nombreux amis lui apportaient un soutien psychologiquement très réconfortant et financièrement efficace, puisque jamais les dons n’avaient été aussi importants. Elle a particulièrement remercié la Société des Poètes Français, une centenaire très active. L’avenir de la Fondation va dépendre d’un mécénat qui reste à trouver.
Comment nous aider ?
- En s’abonnant à la revue trimestrielle Le Coin de table. Un an, France : 70 €. Étranger : 80 €. Chèque à l’ordre de « La Maison de Poésie ». - En adhérant à l’Association des Amis d’Émile Blémont : La Maison de Poésie. La Société des Poètes Français. 16, rue Monsieur-le-Prince. 75006 Paris (adhésion pour 2012 : à partir de 5 €). - En faisant un don à la Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont, reconnue d’utilité publique, actuellement en difficulté financière (un reçu sera envoyé pour bénéficier des remises d’impôt prévues par la loi).
* Association des Amis d'Émile Blémont
Pour aider la Maison de Poésie, actuellement en difficulté, à poursuivre l’œuvre de son Fondateur Émile Blémont, une association a été créée en 2011. Émile Blémont fut un poète et un généreux mécène que l’AAÉB aidera à ne pas oublier. L’action Emile Blémont a été remarquable en faveur de la Poésie, et d’une façon générale il défendit toujours la culture et les grandes valeurs humaines. Sa correspondance montre son soutien envers les poètes, concrétisé aussi bien par des aides financières que par des aides morales. Certains d’entre eux sont célèbres aujourd’hui, notamment Verlaine, avec lequel il a toujours été en contact. Le pauvre Lélian lui a d’ailleurs rendu hommage dans un poème. On peut citer également Léon Valade que Blémont a toujours aidé. Émile Blémont fit don à l’État de sa correspondance avec ces deux poètes. Les lettres de Verlaine sont conservées à la Bibliothèque Nationale de France et celles de Léon Valade à la Bibliothèque de Bordeaux, sa ville natale. Le tableau de Fantin-Latour, Coin de table, qu’il offrit également à l’État, se trouve aujourd’hui conservé au Musée d’Orsay. Membre du Conseil de famille des petits-enfants de Victor Hugo, il participa à la création de son Musée de la Place des Vosges. Sa position sociale lui permettait d’avoir des relations au plus haut niveau. Ses démarches et ses interventions suscitèrent la création d’une Bourse de voyage littéraire, il fut nommé Président de sa commission. Ne pouvant décider l’Etat à ouvrir, avec son aide, un Musée des poètes, Emile Blémont créa, par testament, La Maison de Poésie, fondation reconnue d’utilité publique en 1928 par le Président de la République Gaston Doumergue. La dernière pensée d’Émile Blémont fut donc pour les poètes et la Poésie. L’AAÉB veillera à maintenir son nom et à poursuivre son œuvre dans le même esprit de générosité et d’ouverture. L'assemblée générale de l'Association a eu lieu mercredi 22 février 2012.
Association des Amis d’Émile Blémont. La Maison de Poésie. Société des Poètes Français. 16, rue Monsieur-le-Prince. 75006 Paris. Adhésion à partir de 5 Euros. Présidente Mathilde Martineau.
* À Émile Blémont
La vindicte bourgeoise assassinait mon nom Chinoisement, à coups d'épingle, quelle affaire ! Et la tempête allait plus âpre dans mon verre. D'ailleurs du seul grief, Dieu bravé, pas un non,
Pas un oui, pas un mot ! L'Opinion sévère Mais juste s'en moquait autant qu'une guenon De noix vides. Ce bœuf bavant sur son fanon, Le Public, mâchonnait ma gloire... encore à faire.
L'heure était tentatrice et plusieurs d'entre ceux Qui m'aimaient en dépit de Prud'homme complice, Tournèrent carrément, furent de mon supplice,
Ou se turent, la peur les trouvant paresseux, Mais vous, du premier jour vous fûtes simple, brave, Fidèle, et dans un cœur bien fait cela se grave.
Paul Verlaine, Amour.
Cazals, Émile Blémont. *
ABONNEMENTS À LA REVUE
LE COIN DE TABLE LA REVUE DE LA POÉSIE
Voir la rubrique Revue Le Coin de table.
Le Coin de table
« Parlons sans nuance : si depuis le surréalisme la poésie s’est coupée du peuple, faute d’un minimum de sens et de forme, la Revue de Poésie qui a pour nom Le Coin de table, travaille inlassablement au rapprochement. Par ses études initiales […]. Par l’anthologie (…) qui suit : poèmes soigneusement choisis pour leur qualité, divers de forme, de longueur, de thèmes, vers libres ou mètres réguliers, strophes ou non, rimes ou non, en aucun cas vieillots. Enfin par des chroniques très vivantes : recueils de poèmes, revues (le Bulletin n’est jamais oublié), nouvelles du monde des lettres. Par l’élégance de sa présentation. Tous ceux qui ont la nostalgie d’une poésie vivante, telle qu’on peut l’écrire aujourd’hui, ne doivent pas ignorer Le Coin de table : c’est là qu’ils la trouveront ».
Bernard Plessy. Le Bulletin des Lettres. Mars 2011. N° 700. **
La revue L'ex-libris français a repris dans son numéro 260 de sa 73e année (4e trimestre 2011), l'article de Mathilde Martineau, Enluminures et ex-libris au temps d'Émile Blémont paru dans le numéro 47 du Coin de table (juillet 2011), avec des illustrations particulièrement intéressantes.
J. Van Driesten, Ex-libris d'Émile Blémont. J. Van Driesten, illustration du poème d'Émile Blémont, Le Chevalier de Saint-Clair. Le personnage à droite est un portrait d'Émile Blémont. Revue L'ex-libris français, n° 260 & 261. 3e & 4e trimestres 2011. Bibliothèque municipale, 43, rue Stanislas. CS 64320. F-54042 Nancy Cedex.
* Commandes
La Maison de Poésie peut encore fournir quelques exemplaires de sa revue Le Coin de table et de certains recueils qu'elle a publiés. Elle n'est plus en mesure de fournir l'ensemble de son catalogue. L’expulsion au bénéfice des Auteurs et Compositeurs Dramatiques a conduit à l’asphyxie de la Maison de Poésie. Avant toute commande, il est nécessaire de nous consulter :
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Patrimoine
Pour le moment, la Maison de Poésie n'est plus en mesure de mettre à la disposition des lecteurs et des chercheurs le patrimoine poétique dont elle a la garde depuis plus de quatre-vingts ans. Il est indisponible, mais en sécurité dans les réserves de la Bibliothèque Nationale de France, à la suite de l’expulsion par la SACD.
Pérennité d'une œuvre poétique
Pour le moment, la Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont ne peut plus apporter son aide à la pérennité de l'œuvre d'un poète, à la suite de son expulsion au bénéfice de la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques.
Georges Saint-Clair Extrait de : Jacques Le Gall, Georges Saint-Clair, Fééries intérieures. Presses Universitaires de Pau Aquitaine. 2009.
DONS, LEGS ET MÉCÉNAT
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| Mise à jour le Mardi, 08 Mai 2012 08:47 |

















