| Actualités 2012 |
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| Écrit par Gestionnaire Article |
| Samedi, 17 Décembre 2011 06:45 |
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Actualités
Février 2012
Les Ados de Victor Hugo
Si nous sommes toujours prêts aujourd’hui, comme le voulait hier Charles Baudelaire, à plonger (…) Au fond de l’Inconnu pour trouver du nouveau, notre quête n’est pas souvent fructueuse au fin fond des publications poétiques actuelles (mais nous n’avons pas la prétention de toutes les connaître) qui se ressemblent trop souvent et dont la plupart, sans originalité personnelle, paraissent traduites d’une langue étrangère, pour reprendre une formule célèbre, et encore par un mauvais traducteur. De l’inconnu et du nouveau nous sont pourtant signalés par Philippe Alexandre :
« Hugo est un monument pour les adolescents d’aujourd’hui, oserait-on dire : une “star” (…) Et voici un vibrant Ruy Blas pour la réouverture du TNP dans sa grande salle rénovée de Villeurbanne. Le public ? Des bandes d’ados ébahis qui n’en perdent pas une miette… » Philippe Alexandre, « Victor Hugo, Toujours bon appétit ! ». Lire, Février 2012.
Toujours du nouveau, avec Victor Hugo ! Et merci aux professeurs qui ont su être de bons médiateurs pour faciliter cette rencontre.
Dessin de Victor Hugo.
Car le problème majeur de la poésie, c’est aujourd’hui de rencontrer des lecteurs ou des auditeurs, et ce n’est pas si facile dans notre société désinformée parce que sur-informée sans discernement, sans distinction des valeurs, tout y étant réduit en marchandises, et la poésie y occupant la dernière place sur l’échelle des « vraies » valeurs dirigeantes de notre époque : les financières. Pourtant, la production de textes appelés « poèmes » est beaucoup plus abondante qu’au temps de Baudelaire, puisque sur papier ou sur écran les possibilités techniques d’édition sont devenues très faciles. (Encore que les tirages de Lamartine ou de Hugo, rapportés aux seuls lecteurs potentiels de leur époque, étaient fabuleux). Aujourd’hui, l’abondance des poèmes (ou des textes ainsi baptisés) peut faire croire que nous allons assister à l’avènement de la prédiction de Lautréamont, à une poésie faite « par tous et non par un » (en fait, cette célèbre phrase a été détournée de sa signification première, qui s’appliquait à nos cinq sens. Feignons de la prendre pour la poésie). Mais la raréfaction des lecteurs peut faire croire que nous allons assister à la disparition de certaines manifestations traditionnelles de la poésie – le recueil imprimé sur papier par exemple, au bénéfice de l’écran, mot terriblement ambigu, puisqu’il indique aussi l’obstacle « qui fait écran ». En tout cas, nous souhaitons tous la rencontre. La revue Le Coin de table publiera prochainement le résultat d’une enquête sur la nécessaire reconquête des lecteurs (ou auditeurs) de poésie. Mais le « nouveau » que cherchait un Baudelaire désabusé n’est évidemment pas celui de la technique matérielle et virtuelle, aussi commode soit-elle. Et un vrai poète, Victor Hugo par exemple, ou Baudelaire, est toujours nouveau, toujours inconnu, d’une certaine façon pour ceux qui viennent à leur rencontre pour la première fois. Les poètes chenus et les lecteurs ridés oublient que leurs vieux versificateurs familiers sont aussi nouveaux pour les ados que les jeunes poètes d’aujourd’hui.
Irène Bonacina, Gare de Bordeaux. Dans Primevers. Recueil du Prix Arthur Rimbaud 2004. La Maison de Poésie.
Baudelaire, Racine, Bourvil et quelques autres
Pour les poètes et les amateurs de poésie qui ont gardé leur curiosité, après Victor Hugo, quoi de nouveau aujourd’hui pour les ados et quelques autres ?
Un gros livre d’YVES BONNEFOY nous répond justement : BAUDELAIRE. Sous le signe de Baudelaire réunit quinze essais qui rendent hommage au poète, mais ce gros ouvrage de plus de quatre cents pages dessine aussi un portrait d’Yves Bonnefoy, manifestement fasciné par Baudelaire pendant plus de cinquante années, depuis la préface qu’il écrivit pour une édition des Fleurs du mal en 1954, jusqu’à sa communication au Colloque de Zurich qui lui fut consacré en octobre 2009. Gallimard, « Bibliothèque des idées ». 414 p. 28 €.
Baudelaire. Auroportrait.
Pourquoi Baudelaire est-il toujours à découvrir ? Parce qu’il est vraiment un poète, comme nous l’entendons aujourd’hui, Baudelaire est incontestablement au départ d’une poésie « moderne », initiatrice et féconde. Les études minutieuses d’Yves Bonnefoy nous incitent à reprendre une fois encore ses Fleurs du mal pour constater que cette poésie « révolutionnaire » est techniquement très sage : sa prosodie est quasiment classique. À part quelques différences dans le vocabulaire, Baudelaire écrit des vers comme ceux de Racine. Mais avec cette prosodie traditionnelle, sa puissance d’émotion est considérable par ses thèmes, ses images, sa musique. Cette alliance est à l’inverse de la plus grande partie de notre poésie contemporaine qui déstructure la prosodie, la syntaxe, le langage lui-même – pour laisser le lecteur totalement indifférent. Ce paradoxe poétique donne à réfléchir. Les slogans publicitaires du commerce sur affiches, les slogans syndicaux des défilés dans les rues recherchent la scansion et les échos sonores pour séduire, rester dans les esprits et gagner le public – tandis que des écriveurs se voulant poètes déstructurent ce qu’ils écrivent en s’étonnant de n’être pas lus. « Ô qui dira les torts de la rime ! » s’exclamait Verlaine (mais en rimant solidement, car il en savait aussi les vertus). Et qui dira les torts du saucissonnage des pseudo-vers d’aujourd’hui ! Dans la chanson Les Crayons, chef-d’œuvre mirlitonesque de Bourvil, « les gens de la rue », « reconnaissant l’inconnue, / ils disaient toujours non ». C’est bien le problème, cette rencontre des gens de la rue et de l’inconnu(e) et leur refus. Et « c’est ça qu’est triste ». Mais il y en a tout de même qui disent « oui » à la poésie : les spectateurs des concerts de Jacques Bertin, par exemple.
JACQUES BERTIN n’est certes pas un inconnu. Il écrit et il chante depuis plusieurs années. Il a reçu le Prix Paul Verlaine de la Maison de Poésie pour son recueil Blessé seulement, en 2010, du temps que la Fondation disposait encore de locaux et d’un peu d’argent pour décerner des Prix littéraires, avant que les auteurs dramatiques ne soient passés par là pour la chasser. Mais le livre que Jacques Bertin vient de publier, Les Traces des combats, qui réunit ses Poèmes et chansons de 1993 à 2010, est bien une « nouveauté » qui va permettre la (re-) découverte d’un vrai poète, avec ses thèmes, ses amours, sa mélancolie, sa pensée, sa musique personnelle, celle qu’il chante, mais aussi celle de ses poèmes eux-mêmes, une poésie d’une richesse que le numéro 50 du Coin de table (avril 2012) explorera dans une solide étude bien illustrée de poèmes.
La poésie vivante, nous venons aussi de la rencontrer qui nous arrive de l’étranger – mais ces deux poètes hors-frontières écrivent en français, et ils appartiennent bien à notre poésie.
PIERRE LEXERT, véritable Prince de la Vallée d’Aoste en Italie, y maintient notre langue commune avec beaucoup d’élégance. Il vient d’y publier un livre intitulé Keepsake de la Vikiva, prose et vers mêlés, ce qu’on appelait jadis « un prosimètre », tout à fait moderne, bien qu’il y conserve ses souvenirs avec cette langue française qui lui est chère et avec un clin d’œil à Raymond Queneau dans le titre. Il pratique ce mélange, car il estime que la poésie à haute dose est difficile à supporter. C’était déjà ce que pensait Ronsard de la poésie sans musique. Voilà ce qui rend modeste.
C’est de Suisse que nous parviennent les Minutes mutines de PASCAL KAESER, un recueil de poèmes satiriques pleins de verve et d’un ton inattendu dans la poésie contemporaine qui se veut sérieuse, tragique, philosophique si ce n’est métaphysique dans ses moindres lignes entignacées. Rien de tel ici, mais une savoureuse alliance de la forme la plus traditionnelle (« Sonnet ! C’est un sonnet… ») et du vocabulaire sans contrainte, de la gouaille à l’occasion, au service de « caractères » qui constituent un panorama irrésistible de notre société. La revue Le Coin de table en a publié quelques-uns ; il faudra s’y reporter, car le manuscrit est encore non édité.
Aragon, médecin des pompiers
La publication de cent soixante-dix lettres d’ARAGON à André Breton (1918-1931) permet de suivre une douzaine d’années d’amitié passionnée qui s’est achevée avec le passage d’Aragon au Parti Communiste après le Congrès de Kharkov en 1930. Les premières lettres sont envoyées de Paris où Aragon, étudiant en médecine, est de garde dans des casernes de pompiers, puis du front où il fait office de médecin, avec un courage qui lui valut la Croix de guerre et une citation extrêmement élogieuse. Certes, il manque les lettres d’André Breton, « qui ne pourraient évidemment figurer ici, en vertu de son testament » – et cet "évidemment" est regrettable. Mais tel qu’il est, cet ensemble est passionnant, avec ses analyses littéraires et prosodiques, les jugements sur les membres du groupe surréaliste, les poèmes envoyés à Breton, etc. On y découvre au passage quelques poèmes fantaisistes bien amusants, écrits à la caserne des pompiers des Batignolles, avant qu’Aragon ne parte sur le front comme médecin militaire, où ce jeune homme (vingt ans en 1917) eut une conduite extrêmement courageuse qui lui valut une décoration. On trouve déjà dans ces poèmes de circonstances la parfaite maîtrise de la technique des vers, ce qui est bien la moindre des choses pour un poète, une aisance dans l’écriture de la plus modeste œuvrette qui lui permit, par la suite, dans ses premiers poèmes surréalistes, d’abandonner la rigueur prosodique sans oublier images, rythmes, sonorités – quitte à y revenir pendant et après la guerre de 1939-1945, avec la même aisance, et marquant ainsi fortement l’empreinte de sa poésie dans les mémoires par le livre, par la chanson, par la lecture, par l’audition. La rencontre, alors, a bien eu lieu. Et elle continue. Et voilà pourquoi non pas votre fille mais notre poésie actuelle est muette : elle manque de cette puissance d’imprégnation dans la conscience du lecteur. Il y a un métier qu’il faut posséder pour mieux le faire oublier. Évidemment, il y faut la grâce qui peut faire évoquer à l’ancien médecin de la Caserne des Batignolles dans Les lilas et les roses les « couleurs de l’incendie au loin roses d’Anjou » sans être pompier.
De la Pologne d’Ubu à la Poésie d’aujourd’hui
En 1888 – voilà un siècle et quart – un monstrueux personnage de marionnettes préfigurait les clowns sanglants de notre époque : le Père Ubu. Un bel album d’ymages qui vient d’être consacré à ALFRED JARRY reprend l’orthographe ancienne qu’Alfred Jarry et Remy de Gourmont avaient utilisée en 1894 pour leur revue L’Ymagier qui publiait des estampes diverses, anciennes ou contemporaines, à l’intention des nombreux amateurs de l’époque. L’album d’aujourd’hui, Jarry en Ymages, est publié, sous la direction de Thieri Foulc, par le Collège de ’Pataphysique, entreprise dont le caractère canularesque n’empêche pas le sérieux du travail : 300 illustrations en couleur y sont regroupées en une quarantaine de chapitres correspondant aux thèmes de Jarry, Ubu, bien sûr, mais aussi Bicyclette, Décervelage, Marionnettes, Merdre, Palotins, Revues, Têtes de Turc, Typographie, etc. Alfred Jarry (1873-1907) est resté avant tout le créateur du Père Ubu, mais il fut aussi poète (Les Minutes de sable mémorial, 1894), et lui-même un personnage étrange, original, inquiétant, qui se détruisit par l’alcool. On lui prête des anecdotes restées célèbres, ainsi celle de ses coups de pistolet dans un jardin ; la voisine qui s’en plaignant et lui faisant remarquer qu’il aurait pu blesser ou tuer ses enfants s’entendit répondre : « Madame, nous vous en ferons d’autres ! ». Au moment de sa mort, à l’Hôpital de la Charité à Paris, il aurait réclamé un cure-dent. Il fut enterré au cimetière de Bagneux où sa tombe a disparu. Les documents réunis ici sont très divers, certains inédits, voire inattendus. Si l’on comptait bien trouver l’acte de naissance de Jarry et sa photo sur sa bicyclette, plus inattendue est la lettre de Jules Trochon, le commerçant qui lui vendit l’engin et ne fut jamais payé. Plus important, on découvre également les marionnettes qui servirent aux premières représentations d’Ubu, en janvier 1898, au Théâtre des Pantins, 6, rue Ballu, à Paris, juste en face de l’Hôtel particulier qu’Émile Blémont va acheter en février 1912, et qui devint en 1928 le siège de la Maison de Poésie, jusqu’en octobre 2011 lorsque la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques chassa la Fondation de ces locaux historiques. On voit les liens subtils qui unissaient la Maison de Poésie à ce quartier de « la nouvelle Athènes » et à ses habitants. Et à Jarry, dénonciateur de la bêtise « au front de taureau », comme disait Baudelaire auquel on revient toujours.
Documents publiés par Jarry en Ymages. "Marionnette d'Ubu, utilisée pour les représentations d'Ubu roi (Ubu sur la butte) données au cbaret des Quat'z Arts à partir du 27 novembre 1901". "La Mère Ubu, marionnette de Bonnard. C'est l'unique marionnette conservée du théâtre des Pantins".
Cet album constitue le « paysage » de la courte vie d’un écrivain particulièrement original qui, d’une pochade de potaches, fit une œuvre littéraire marquante jusque dans le vocabulaire de notre époque particulièrement ubuesque. Il nous semble que les monstres des amis post-ados de Jarry, en 1898, préfiguraient ceux d’aujourd’hui. Alfred Jarry annonça lors de la première représentation, en référence aux événements de son époque : « La scène est en Pologne, c’est-à-dire nulle part ». Transposons. Aujourd’hui, nous sommes en Poésie, c’est-à-dire nulle part.
- Jarry en Ymages. Collège de ’Pataphysique. Gallimard, « Le Promeneur ». 186 p. 39 €.
Recueillement
Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille. Tu réclamais le Soir ; il descend ; le voici ; Une atmosphère obscure enveloppe la ville, Aux uns portant la paix, aux autres le souci.
Pendant que des mortels la multitude vile, Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci, Va cueillir des remords dans la fête servile, Ma Douleur, donne-moi la main ; viens par ici,
Loin d’eux. Vois se pencher les défuntes Années, Sur les balcons du ciel, en robes surannées ; Surgir du fond des eaux le Regret souriant ;
Le Soleil moribond s’endormir sous une arche, Et, comme un long linceul traînant à l’Orient, Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche.
Charles Baudelaire. Poème publié le 1er novembre 1861 dans la Revue européenne. Les Fleurs du mal, 3e édition.
*** Rivière
Rivière du rêve éteint Ô les elfes ô les cygnes Ô les chandeliers des vignes Rives de Rimmel déteint Moi embarqué sur un cil J’y vogue parmi les îles Une voie lactée de signes Rivière où je suis noyé Ô folie ancienne et vaine Barcarolles au vent traînes Drapeau sur l’eau déployé Toute ma vie dévoyée Beaux yeux menteurs des sirènes Regards d’étain armorié Ô la rage ô la guerre Ô ma folie de naguère
Ô regard qui m’a noyé
Jacques Bertin
* À une âme disparue
Désormais les grands froids, les grands fonds, les grands fauves, les grandes frayeurs indicibles, les grandes falaises bleues où les ongles glissent, les grandes effraies – la mort dans leurs yeux –, la folie non plus avec sous le néon son atroce rictus mauve,
aucun mal ne pourra me prendre. Désormais, les maléfices d’aucun sorcier ni plus aucun amour et même d’aucun dieu la menace ; et je souffrirai sans me plaindre à leurs jeux, ô immolée, puisque tu t’es ainsi donnée en sacrifice.
Enfant, toi qui allas dans l’enfer avec tant de grâce, si fière dans l’angoisse et comme aucun enfant, on aurait dit que tu fuses allée dans la mort dès avant, tant sur ces braises tu marchais bien, comme sur tes propres traces,
enfant… Enfant de la douleur, du silence – de quel supplice… Pour quelle cause t’es-tu ainsi offerte ou bien à quel feu ? À quoi servira cet éblouissement noir du bleu de tes yeux, qui hante ma vie ? De quel supplice,
dans quelle punition, pour quel péché placé par quel inconnu sous tes pas, de quelle peur et, dans un certain étang gris, quelle noyade témoignes-tu ? Et ton appel violé dans les années cascade… De quel effondrement du ciel dont on ne revit pas ?
… Ni les bonheurs non plus tu sais bien, ah pauvre âme, pauvre enfant, pauvre amour et ni les grands bonheurs qui dessinent des paysages fous dans les grands ciels en flamme, rien, le bonheur, ne pourra plus désormais ni distraire ni corrompre ma douleur.
Entends-moi cependant chanter qu’enfin tu naisses. Ainsi l’aurore : comme un fil d’or indique un filon, l’annonce au ciel sa clarté. Mon chant te fait naître à jamais, toi tenant le mal en respect, à jamais naissant, moi célébrant ta beauté, t’aimant, t’aimant, toujours, encore.
Jacques Bertin, Les traces des combats. Poèmes et chansons, 1993 à 2010. 280 p. 18 €. Le Condotierre. B.P. 11. 49290 Chalonne-sur-Loire.
*** Présence de Guillaume
Envoi pour Sergio Zoppi
Vous avez plus que lu Guillaume Apollinaire notre aimé « mal aimé », mon cher Sergio Zoppi, lui qui s’en est allé en emportant, au pis, l’art accompli des vers, – surtout l’art de les faire aussi charmeurs que pouvait l’être son esprit.
Grâce à vous cependant s’en prolonge l’écho et le docte savoir fondant la poésie, ravivant pour un temps l’unique mélodie qui fit de l’Enchanteur comme un alter ego sachant dire pour nous joies et mélancolies.
Vous aurez donc été le héraut de ce chantre expert en calligramme, hérésiarque et flâneur ; vous en aurez vanté les alcools novateurs, débusquant l’artilleur au sortir de son antre et l’ombre de l’amour dans celle de son cœur.
Car s’ il apprivoisa fugacement son Lou, il a plus sûrement dompté tout un bestiaire, erré entre Marie, Annie, avant de plaire à Madeleine et Jacqueline, – quelque coup que lui aient asséné les anges de la guerre.
Il y a… Il y eut cette tête étoilée qui relia Orphée à Minerve, Zoppi, à cette autre cortège où les fleurs aux fusils sont destinées à recouvrir des mausolées quand après l’ouragan se couchent les épis.
Vous qui vous êtes fait le servant de celui qui connaissait les hymnes d’esclave aux murènes, savait toucher les fées autant que les marraines – Guillaume qui pleurait dans la cour à Paris – soyez remercié de la part de la reine
qui a nom Poésie, – alias Kostrovitzki.
Pierre Lexert, Keepsake de la Vikiva. Imprimerie Duc, Saint-Christophe. ISBN 978-88-87677-48-5. 206 p. (Sergio Zoppi est professeur de français et de littérature francophone à Turin)
*** Suprême déshonneur
Suprême déshonneur : je ne suis pas moderne ! Trop borné pour sentir l’art expérimental, trop pervers pour comprendre une crotte en métal, j’ai l’esprit ténébreux d’un homme des cavernes.
« Vieux réac’ ! »m’écrit-on de Genève et de Berne. C’est vrai, je n’aime pas le désordre total, ni le neuf pour le neuf, ni le confort mental. Que vaut le goût du jour ? Éclairez ma lanterne !
Entre le star-system et Gobi, que choisir ? Quel snobisme adopter pour meubler mes loisirs ? Mon genre inactuel me déroute et me pèse.
Si le rap m’horripile, où bâtir ma maison ? Si je vis sans gadgets, que foutre de mon pèze ? Si je sors sans mobile, ai-je encor ma raison ?
Pascal Kaeser, extrait de Minutes mutines. Dans Le Coin de table, n° 50. Avril 2012.
*** Satan, ses pompes et ses œuvres
À songer que l’État m’assigne Six francs, le prix d’une catin, Et le déjeuner du matin, Le noir registre, je le signe :
Docteur, et ce nom qu’un destin Favorable doit rendre insigne, Non sans quelque gaîté maligne De mentir à ce bulletin.
Il n’est de titre que j’envie Garder en l’une et l’autre vie Comme en-tête pour mes papiers
Sinon celui qui me confère Ce doux emploi de ne rien faire : Médecin des Sapeurs-Pompiers.
Louis A. Paris, 22 juin 1918. - Aragon, Lettres à André Breton. 1918-1931. Édition établie, présentée et annotée par Lionel Follet. Gallimard. 470 p. 23,90 €.
LA TEMPÊTE DE 2011
récit
L’histoire de la Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont créée en 1928 a pris un cours nouveau et dramatique en 2011. Elle a traversé une tempête historique. En effet la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques (SACD) avait obtenu du Tribunal de Grande Instance de Paris le 4 mars 2010 la condamnation à l’expulsion de la Maison de Poésie que le tribunal déclara non propriétaire, mais simplement occupante des lieux convoités par la SACD depuis plusieurs années. Cette condamnation a été confirmée par la Cour d’Appel le 10 février 2011, avec, en outre, le paiement de 3 000 euros par mois de location à verser à la SACD. Diverses interventions de grande influence en notre faveur ont amené la Préfecture de Police de Paris à surseoir à cette expulsion pendant plusieurs mois, suscitant l’impatience de la SACD. La Maison de Poésie a quitté ses locaux historiques, préalablement vidés, le 10 octobre 2011 en remettant les clés au Président de la SACD. Avec les frais d’huissier, la Fondation a reçu commandement de payer 62 522,32 € à la SACD, qui fait preuve d’un acharnement tout à fait remarquable. La Maison de Poésie est menacée de saisie. Estimant que ces jugements n’avaient tenu aucun compte des dispositions spécifiques en faveur de la Maison de Poésie de l’acte de vente du 7 avril 1932, le Conseil de la Fondation a décidé de se pourvoir en cassation. La SACD a demandé alors à la Cour de Cassation de refuser notre inscription. Le 15 décembre 2011, la Cour de Cassation a jugé « n’y avoir lieu à radiation de l’affaire inscrite sous le numéro Z 11-16.304 ». On peut donc espérer que cette affaire sera examinée par la Cour de Cassation malgré la tentative d’obstruction de la SACD. L’éviction de la Maison de Poésie, ses difficultés financières que cette expulsion a considérablement accrues, la mise en dépôt de son patrimoine désormais non-communicable pour une durée indéterminée ont entraîné, à notre grand regret, le licenciement de son employée, Madame Mathilde Martineau, Docteur en Histoire de l’Art, Conservateur et Directrice, à la date du 31 décembre 2011. En octobre 2011, la Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont s’est retrouvée à la rue – au sens propre du terme.
Situation de la Fondation.
La Fondation n’a pas disparu et elle continue juridiquement à exister. Toutes ses possessions matérielles constituant son patrimoine ont été mises en dépôt dans les réserves de la Bibliothèque Nationale. Ce transfert a été effectué en octobre 2011 par des professionnels (Bailly-Entreprises), qui ont mis les livres de la bibliothèque en un millier de cartons transportés dans des réserves; les œuvres d’art (tableaux et bustes) également. Cette prise en charge n’a pu avoir lieu au tout dernier moment qu’après de nombreuses interventions auprès du Ministre de la Culture (personnalités comme Jack Lang, Présidents des Commissions de la Culture du Sénat et de l’Assemblée nationale, soutien de l’Académie française, Présidents des Sociétés d’auteurs, pétition de plus de 1 300 signataires, etc.). Ces appuis ont manifesté le prestige de la Fondation et témoigné de la réprobation générale à l’encontre de l’expulseur. Le déménagement a coûté à la Maison de Poésie 14 280,24 € qui ne seront pas disponibles pour la poésie, notamment pour la publication de nouveaux recueils de jeunes poètes. La Convention signée entre la Bibliothèque Nationale de France et la Maison de Poésie est tacitement reconductible. Mais la mise en dépôt de ces ouvrages est considérée comme provisoire. Il convient de trouver un nouveau lieu d’accueil pour permettre à nouveau la consultation de ce patrimoine désormais indisponible. En attendant de pouvoir trouver une nouveau lieu, la Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont est très sensible à cet accueil par la BNF qui lui permet de sauvegarder un patrimoine poétique unique. Elle l’en remercie. Deux municipalités avaient proposé d’accueillir notre bibliothèque : Charleville-Mézières (Ardennes) et Saint-Hilaire-des-Loges (Vendée). Notre Conseil a estimé plus conforme à la vocation de la Fondation de chercher à rester à Paris. Mais ces deux propositions ont témoigné de la générosité et de l’intérêt pour la poésie de ces deux municipalités que nous remercions chaleureusement. La Bibliothèque Centrale de prêt de la Vendée s’est également montrée intéressée. La Fondation a rencontré des élus politiques et des fonctionnaires ayant le souci d’aider la Maison de Poésie à résister à cet assaut, le premier et le seul à attaquer aussi violemment une Fondation reconnue d’utilité publique depuis quatre-vingt-trois ans. Par-delà l’aide apportée à la Fondation par les uns et les autres, c’est la Poésie qui a reçu un soutien sans réticences. La Société des Poètes Français a généreusement permis à la Fondation d’avoir, en ses locaux, 16, rue Monsieur-le-Prince, 75006 Paris, un siège social et un secrétariat d’où la Fondation peut assurer sa survie. Une Convention a été signée entre la Société des Poètes Français et la Fondation Émile Blémont. Elle manifeste une solidarité entre poètes qui est réconfortante.
Manifestations poétiques et rencontres.
Au milieu de ces tribulations, soumise à une pression permanente de la part d’une SACD particulièrement offensive, la Maison de Poésie n’a pas pu organiser comme les années précédentes toutes les activités littéraires habituelles. Elle a tenu cependant à manifester sa volonté de les poursuivre en organisant trois rencontres importantes. - Le 19 janvier 2011, un Concert-lecture autour des poèmes du recueil de Gilles de Obaldia, L’herbe haute, publié par la Maison de Poésie, a réuni les choristes et les interprètes de la troupe Théâ-Chœur, dont la grande qualité est connue.
- Le Parloir des Poètes a réuni pour la dernière fois 11 bis rue Ballu, le 28 septembre 2011, poètes et amateurs de poésie, dans des locaux entièrement vidés de leurs livres et de leurs tableaux habituels, rendant ainsi manifestes l’expulsion de la poésie et sa mise à la rue par la SACD. La désolation des rayonnages déserts a participé à l’émotion des invités.
- Soucieuse d’affirmer son ardent désir de survie malgré l’offensive de la SACD, la Maison de Poésie a organisé dans les locaux de la Société des Poètes Français un Journal parlé de la Poésie dès le 23 novembre 2011, prélude à une renaissance avec d’autres moyens, sous une autre forme. Les matinées poétiques reprendront prochainement. Les Administrateurs de la Maison de Poésie, malgré les soucis permanents, les visites d’huissiers, la surcharge considérable de travail due à la situation (courriers, réunions, tenue du site, rencontres à Paris et en province, conversations téléphoniques, sollicitations, permanences, organisation minutieuse de la mise en 1 000 caisses du patrimoine matériel, difficultés de tous ordres, etc.) ont participé comme chaque année à plusieurs manifestations organisées par le Centre National du Livre, la Société des Poètes Français, la Société des Gens de Lettres, ainsi qu'à diverses réceptions organisées par des Éditeurs ou des Associations. La Maison de Poésie a été admise comme membre titulaire par le Conseil permanent des Écrivains à compter du 1er janvier 2012. Les Administrateurs et les poètes amis ont continué à mener diverses activités (interventions dans les écoles, animations, jurys littéraires, stages de formation, colloques, séminaires, etc.), en France et à l’étranger. Ils ont participé à des émissions radiophoniques. La Maison de Poésie est toujours en rapport avec des poètes et traducteurs étrangers. Cependant, l’accès à sa bibliothèque est désormais impossible. La réception des poètes n’a lieu que sur rendez-vous. Publications
La Maison de Poésie n’a pas pu publier de nouveaux recueils cette année. Elle a cependant décidé de continuer la publication de sa revue malgré des conditions difficiles. Les quatre numéros annuels de la revue Le Coin de table ont été publiés régulièrement en 2011. Pour la sixième année consécutive, la revue a atteint l’équilibre financier. La Maison de Poésie poursuit en 2012 l’édition du Coin de table, une revue originale et essentielle dans le paysage poétique actuel. Depuis plusieurs années le Centre National du Livre ne consent aucun soutien financier à la revue. Il n’a apporté aucune aide à la Fondation dans ses difficultés considérables de 2011. Le CNL ne nous a été d’aucune utilité dans la tempête. Même pas une petite bouée pour le mousse. L’abonnement au Coin de table (70 €, pour la France, en 2012) est un moyen d’aider la Maison de Poésie à continuer.
Aides à la création. Prix littéraires.
Les circonstances ont empêché la Fondation de donner ses habituels Prix littéraires et d’aider des jeunes poètes à publier leurs œuvres en recueil. Toutefois, plusieurs ont été accueillis dans la revue et sur le site de la Fondation.
Bibliothèque.
Elle n’est plus disponible.
Site
Plus de 20 000 visiteurs l’ont consulté en 2011. Il donne diverses informations sur la Maison de Poésie, la revue Le Coin de table, l’histoire de la Fondation, etc. Il publie de nombreux poèmes, de poètes déjà célèbres et de jeunes poètes encore peu connus. En août et septembre 2011, il a été la cible d’une attaque malveillante provenant de sources inconnues (en apparence géographiquement lointaines, Afrique, Amérique du sud, en réalité non localisables) qui renvoyaient les visiteurs vers un site pornographique, ce qui avait amené l’hébergeur à déclarer notre site « dangereux » pendant plusieurs semaines. Notre informaticien a réussi à libérer notre site, après divers travaux, dont le coût a été à notre charge, sans que nous puissions savoir si cette attaque était due au hasard ou était volontairement ciblée sur nous. Le service de police spécialisé a été informé.
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La Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont a continué à vivre en 2011 malgré toutes ces difficultés – ce qui n’est pas une mince réussite. Elle a pu constater que ses nombreux amis lui apportaient un soutien psychologiquement très réconfortant et financièrement efficace, puisque jamais les dons n’avaient été aussi importants. Elle a particulièrement remercié la Société des Poètes Français, une centenaire très active. L’avenir de la Fondation va dépendre d’un mécénat qui reste à trouver.
Nouvelles de la Poésie vivante ,La Maison de Poésie est toujours attentive à la poésie vivante multiple, diverse, imprévisible, ne pouvant être enfermée dans les carcans de formules, de mouvements, d’écoles, et parfois difficile à découvrir, réfugiée en de petits tirages plus ou moins confidentiels. Les choix si différents des éditeurs et des revues s’intéressant encore à la poésie ne permettent pas de déterminer des points communs qui constitueraient un « air du temps », un même esprit de l’époque. Cependant, des convergences attirent actuellement l’attention sur des œuvres poétiques qui s’imposent. C’est ainsi qu’on remarque une reconnaissance commune de l’œuvre de JEAN-CLAUDE PIROTTE. Notre Fondation lui avait décerné le Grand Prix de la Maison de Poésie en 2010. En 2011, il vient de recevoir le Prix Apollinaire, le Prix Marcel Thiry et le Prix Mac Orlan. Cette conjonction n’est pas due au hasard. Elle témoigne du talent indéniable de l’auteur, et certainement aussi d’une lassitude devant l’invasion d’une poésie invertébrée, de la nostalgie d’une versification plus traditionnelle sans être mécanique. Les poèmes de Pirotte apparaissent souvent comme des notations du jour qui passe, ou de l’instant qui est saisi. Cette poésie du quotidien a un charme mélancolique, dont le prosaïsme nous séduit grâce à la petite musique personnelle de Jean-Claude Pirotte, mélodie si rare dans la pseudo-poésie d’aujourd’hui. C’est une espèce de métamorphose du prosaïque dans laquelle excellait aussi Maurice Carême, un autre poète belge dont on entend ici parfois un écho, qui est aussi celui de notre vie dans sa complexe simplicité. C’est un charme à la fois très différent et semblable qui s’entend dans la poésie de JACQUES BERTIN. Il ne peut pas être considéré seulement comme un chanteur (ce qui serait déjà très bien), il est poète à part entière, un poète du livre, de la scène et du disque. La réunion de sept années de ses Poèmes et chansons permet de prendre la mesure de son œuvre poétique. Différente de celle de Jean-Claude Pirotte, sa poésie est plus large, plus emportée, plus fougueuse, ses vers sont parfois très amples, d’une versification libre mais d’une exacte respiration. Mais il sait aussi les secrets de la chanson dans la veine d’Apollinaire et Cadou. La magie de cette poésie, c’est de n’utiliser, comme Jean-Claude Pirotte, que des mots simples pour faire naître l’émotion de sentiments sans complications psychologiques savantes, mais tellement vrais, tellement puissants, tellement vécus, d’une banalité tellement universelle : la nôtre. La publication d’un choix de poèmes d’ANNE PERRIER témoigne de la reconnaissance d’une poésie très différente mais également d’une grande qualité, dont la spiritualité, entre le réel visible et un invisible qu’elle rend tout aussi sensible, est empreinte de tristesse, de révolte, d’apaisement aussi, dans un parcours poétique qui nous mène du Voyage (1958) à L’Unique Jardin (1999). L’inspiration est imprévisible, et nous ne savons pas si d’autres recueils de cette qualité seront publiés prochainement. Mais ceux-ci montrent que la poésie est toujours bien vivante. *
mon ange gardien me prépare à quitter la mer que j’entends battre la digue à marée haute à quitter le ciel et le temps
tu ne dois pas trembler me dit l’ange mais je ne tremble pas c’est la mer la digue qui tremblent et le ciel et le temps d’avant
dans un soudain tremblement le temps surprenant de l’enfance quand l’horloge s’est arrêtée parce que la terre a tremblé
Jean-Claude Pirotte, Cette âme perdue. Le Castor astral. 52, rue des Grilles. 93500 Pantin. 104 p. 13 €.
Henri Cachau, Jean-Claude Pirotte. * Que le temps s’efface
Je voudrais que le temps s’efface comme une averse ou sur la plaie une gaze une nuée qui passe ou comme un lourd rideau épais qu’il s’ouvre au milieu s’il lui plaît
ou qu’indifférent il nous laisse juste un instant, nous éloigner puis, dans une lumière qui baisse glisser jusqu’à l’éternité ou comme dans l’art de chanter
mourir-vivre… une main écarte les lentilles sur cet étang nous soyons beaux jeunes et lents et dans les eaux se refermant descendant tous deux descendant
tous deux, nous soyons des absences mais ensemble à jamais liés qu’on nous ait condamnés ensemble on nous ait ensemble noyés on nous ait ainsi délivrés
je veux qu’on me donne une chance et, dans l’enfer des destinées les plaintes des gens les souffrances et tout le mal et les années un autre réel pour t’aimer
et je veux que les jours s’écroulent les jours carrés de l’avenir qu’on s’enfonce là dans la foule qu’ayant transpercé cette houle nous en renaissions sans haïr
donc je veux que le temps enlève sa main sur nous gantée de fer et l’ouvrant accepte une trêve comme une trouée dans l’hiver nous allions vivre en notre envers
(Toi et moi exister ainsi et on y entre par ces lianes par ce portail de vers précis et si vagues pourtant aussi on y meure et tu m’accompagnes
et nous y aimions à l’envi)
Jacques Bertin, Les traces des combats. Poèmes et chansons, 1993 à 2010. Le Condotierre. B.P. 11. 49290 Chalonne-sur-Loire. 280 p. 18 €.
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Croyais-tu que c’était bonheur Et toujours douce paix Tu ne savais ô pauvre cœur Tu ne savais Que l’Amour est une fleur sauvage Qui met tête en feu Et blesse davantage Ceux qui L’aiment le mieux
Anne Perrier, Le Voyage. Le Voyage suivi de Le livre d’Ophélie, de Le Joueur de flûte, et de L’Unique jardin. Préface d’Antonio Rodriguez. Éditions Empreinte. Case Postale 80, CH-1022 Chavannes-près-Renens. Suisse. 254 p. 9 €.
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Jardins de la douleur Saignez loin de ma tombe Ici tout n’est qu’ombre et splendeur Et gorge de colombe Elle dort Ophélie Au fond des marbres verts De l’or plein les pupilles Et dans son cœur la mer
Anne Perrier, Le Livre d’Ophélie. id. *
Si j’avais un jardin Vaste comme la rêverie Je m’en irais dormir au fond des giroflées Dormir mourir Dans le balancement des âges Et le monde comme un cerceau Continuerait sa course vers l’abîme Astre fantôme jouet d’enfants Aux yeux bandés
Anne Perrier, Le Joueur de flûte. id.
Poèmes de la Maison de Poésie
De tous les arts, la poésie est certainement aujourd’hui le plus menacé. Mais il est aussi celui qui n’a besoin de rien pour se créer : du papier, de l’encre ou un crayon – ou rien que la mémoire du poète, comme l’a prouvé Jean Cassou composant trente-trois sonnets dans sa prison de Résistant. C’est sans doute pourquoi les poèmes ne cessent jamais de naître. Reste à les partager par le livre ou la revue imprimés, par internet et ses écrans, ou encore par la parole qui les récite. La poésie est en création permanente. Depuis plus de quatre-vingts ans, la Maison de Poésie se fait l’écho de poèmes inédits qu’elle choisit de faire connaître par ses publications.
Je est un autre
Et nous voici sous l’air qui gronde, Retirés au-delà de tout, Assiégés au milieu du monde – Exilés, exilés en nous ;
Astres pâles dans la tourmente Qui tourbillonne autour de nous, Lueurs, flammes évanescentes – Comme ensevelies, presque absentes.
Dans le brouillard et dans le glas, Notre vie est celle des ombres, Des choses que l’on n’entend pas – Dans le soir las des âges sombres.
Jean Hautepierre Le Coin de table, n° 48. Novembre 2011. *
Fuite Matinale
Je cours presque en passant sous un néon blafard, Je traverse à l’orange, un chauffard me klaxonne, J’avance, je n’ai rien avalé, je frissonne, J’ai oublié chez toi mon écharpe et mon fard.
Le ciel prend peu à peu son teint de nénuphar, Très bientôt il sera l’heure où ton réveil sonne Et dès lors je n’aurai plus ni rien ni personne Contre quoi me débattre, excepté le cafard.
Quand j’arrive au métro tu as trouvé ma lettre, Tu bois un grand café, tu es calme peut-être, Je ne peux vraiment plus retourner sur mes pas.
Je reste sur le quai parmi la foule hagarde Des ouvriers encore endormis, je regarde Mon portable, en sachant qu’il ne sonnera pas.
Marie-Anne Bruch id. *
Vanités
À la couture du réel Le monde estampille Les horizons
À la lisière de la nuit La Mort outrage Les fleurs
À la marge de la peur L’inavoué rode Ses mensonges
À la vitre du pourquoi La réponse s’évapore Creusant l’abîme
À la cicatrice du deuil L’absence tourne La tête
À la paroi de nos désarrois Le bleu recoud Sa mantille
À l’écorchure du temps Le rideau tombe Sur une scène vide
Béatrice Libert Le Coin de table, n° 49. Janvier 2012. *
Vous étiez…
Vous étiez l’éveilleur, l’amoureux, le prophète, Et c’était un plaisir que d’être à vos côtés. La montagne dansait une ronde parfaite, Cela, je vous le dois, je ne peux l’oublier…
Qu’importe si le temps risque une chansonnette Où l’hiver ahuri embrouille les étés. Votre amour désirant me montait à la tête. Cela, je vous le dois, je ne peux l’oublier…
Lorsque l’ombre insidieuse s’en vient troubler la fête D’une noce infinie aux lèvres de papier, C’est un instant de vous qui s’inscrit et s’arrête Sur le glissement fou d’un petit sablier…
Jeanne Maillet id. *
Matin d’hiver
Veille le froid Mon pas trompe endormi Les nœuds d’un corps étroit Les eaux d’un fil démis
Coule l’oubli Mes songes déchaussés Hors la nuit de leurs plis Détournent son tracé
Vive torpeur Je puise un lent sourire Au gel brisant mes pleurs Contre l’aube tardive
Ton sang insigne Source perdue de brume Finit par voir un cygne Filer sans amertume.
Dominique Gelpe id. *
Noël est parti
Noël est parti au fond des jardins au fond des placards avec ses parfums d’orange amère
Noël est loin des fenêtres et la neige qui tombe fait aux passants des houppelandes en fleurs de cerisier
Les mains enluminées des parents tournent des boules de couleur à l’usine où Noël est toute l’année dans les grands arbres des machines
Jean-Jacques Chollet À paraître. *
Mieux vaut toucher du bois Pour croire à la forêt
Goûter la fleur de sel Pour respirer la mer
Risquer sa main Pour le feu
Ton corps de terre Ne te ment pas
Il faut creuser encore Pour mériter le jour.
Hélène Cadou, Retour à l’été. La Maison de Poésie, 1993.
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Hommage à deux poètes d’une fin de siècle
Micros, flashs, caméras, le strass et les paillettes, Les pleins feux, le rimmel, le vacarme du monde Ne sauraient vous éblouir ni vous assourdir, poètes.
Né de la pierre de soleil et du quetzal, C’est par ton Verbe d’obsidienne et de cristal, Octavio, que tu officies Aux vêpres de la poésie, Cette église des catacombes.
Il y eut encore un jour blême : Pour ton départ, Alain, l’ordonnance du deuil Selon tes volontés nous a vus feuille à feuille Plumer les ailes d’un recueil Et vêtir un cercueil d’un manteau de poèmes.
Que peut la poésie au bout du compte si Les poètes meurent aussi ?
Bernard Lorraine, Stances, suivi de Le Livre de l’identité. La Maison de Poésie, 2004.
Bernard Lorraine (1933-2002) évoque ici Octavio Paz (1914-1998) et les obsèques d’Alain Bosquet (1919-1998) au cours desquelles les poètes présents jetèrent sur son cercueil les pages d’un de ses recueils.
Comment nous aider ?
- En s’abonnant à la revue trimestrielle Le Coin de table. Un an, France : 70 €. Étranger : 80 €. Chèque à l’ordre de « La Maison de Poésie ». - En adhérant à l’Association des Amis d’Émile Blémont : La Maison de Poésie. La Société des Poètes Français. 16, rue Monsieur-le-Prince. 75006 Paris (adhésion pour 2012 : à partir de 5 €). - En faisant un don à la Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont, reconnue d’utilité publique, actuellement en difficulté financière (un reçu sera envoyé pour bénéficier des remises d’impôt prévues par la loi).
* Association des Amis d'Émile Blémont
Pour aider la Maison de Poésie, actuellement en difficulté, à poursuivre l’œuvre de son Fondateur Émile Blémont, une association a été créée en 2011. Émile Blémont fut un poète et un généreux mécène que l’AAÉB aidera à ne pas oublier. L’action Emile Blémont a été remarquable en faveur de la Poésie, et d’une façon générale il défendit toujours la culture et les grandes valeurs humaines. Sa correspondance montre son soutien envers les poètes, concrétisé aussi bien par des aides financières que par des aides morales. Certains d’entre eux sont célèbres aujourd’hui, notamment Verlaine, avec lequel il a toujours été en contact. Le pauvre Lélian lui a d’ailleurs rendu hommage dans un poème. On peut citer également Léon Valade que Blémont a toujours aidé. Émile Blémont fit don à l’État de sa correspondance avec ces deux poètes. Les lettres de Verlaine sont conservées à la Bibliothèque Nationale de France et celles de Léon Valade à la Bibliothèque de Bordeaux, sa ville natale. Le tableau de Fantin-Latour, Coin de table, qu’il offrit également à l’État, se trouve aujourd’hui conservé au Musée d’Orsay. Membre du Conseil de famille des petits-enfants de Victor Hugo, il participa à la création de son Musée de la Place des Vosges. Sa position sociale lui permettait d’avoir des relations au plus haut niveau. Ses démarches et ses interventions suscitèrent la création d’une Bourse de voyage littéraire, il fut nommé Président de sa commission. Ne pouvant décider l’Etat à ouvrir, avec son aide, un Musée des poètes, Emile Blémont créa, par testament, La Maison de Poésie, fondation reconnue d’utilité publique en 1928 par le Président de la République Gaston Doumergue. La dernière pensée d’Émile Blémont fut donc pour les poètes et la Poésie. L’AAÉB veillera à maintenir son nom et à poursuivre son œuvre dans le même esprit de générosité et d’ouverture.
Les adhérents à jour de leur cotisation pourront participer à l'Assemblée générale de l'Association mercredi 22 février 2012.
Association des Amis d’Émile Blémont. La Maison de Poésie. Société des Poètes Français. 16, rue Monsieur-le-Prince. 75006 Paris. Adhésion à partir de 5 Euros. Présidente Mathilde Martineau.
* À Émile Blémont
La vindicte bourgeoise assassinait mon nom Chinoisement, à coups d'épingle, quelle affaire ! Et la tempête allait plus âpre dans mon verre. D'ailleurs du seul grief, Dieu bravé, pas un non,
Pas un oui, pas un mot ! L'Opinion sévère Mais juste s'en moquait autant qu'une guenon De noix vides. Ce bœuf bavant sur son fanon, Le Public, mâchonnait ma gloire... encore à faire.
L'heure était tentatrice et plusieurs d'entre ceux Qui m'aimaient en dépit de Prud'homme complice, Tournèrent carrément, furent de mon supplice,
Ou se turent, la peur les trouvant paresseux, Mais vous, du premier jour vous fûtes simple, brave, Fidèle, et dans un cœur bien fait cela se grave.
Paul Verlaine, Amour. Léon Vanier, 1888.
Cazals, Émile Blémont. *
ABONNEMENTS À LA REVUE
LE COIN DE TABLE
LA REVUE DE LA POÉSIE
Voir la rubrique Revue Le Coin de table.
Le Coin de table
« Parlons sans nuance : si depuis le surréalisme la poésie s’est coupée du peuple, faute d’un minimum de sens et de forme, la Revue de Poésie qui a pour nom Le Coin de table, travaille inlassablement au rapprochement. Par ses études initiales […]. Par l’anthologie (…) qui suit : poèmes soigneusement choisis pour leur qualité, divers de forme, de longueur, de thèmes, vers libres ou mètres réguliers, strophes ou non, rimes ou non, en aucun cas vieillots. Enfin par des chroniques très vivantes : recueils de poèmes, revues (le Bulletin n’est jamais oublié), nouvelles du monde des lettres. Par l’élégance de sa présentation. Tous ceux qui ont la nostalgie d’une poésie vivante, telle qu’on peut l’écrire aujourd’hui, ne doivent pas ignorer Le Coin de table : c’est là qu’ils la trouveront ».
Bernard Plessy. Le Bulletin des Lettres. Mars 2011. N° 700. **
La revue L'ex-libris français a repris dans son numéro 260 de sa 73e année (4e trimestre 2011), l'article de Mathilde Martineau, Enluminures et ex-libris au temps d'Émile Blémont paru dans le numéro 47 du Coin de table (juillet 2011), avec des illustrations particulièrement intéressantes.
J. Van Driesten, Ex-libris d'Émile Blémont. J. Van Driesten, illustration du poème d'Émile Blémont, Le Chevalier de Saint-Clair. Le personnage à droite est un portrait d'Émile Blémont. Revue L'ex-libris français, n° 260 & 261. 3e & 4e trimestres 2011. Bibliothèque municipale, 43, rue Stanislas. CS 64320. F-54042 Nancy Cedex.
* Commandes
La Maison de Poésie peut encore fournir quelques exemplaires de sa revue Le Coin de table et de certains recueils qu'elle a publiés. Elle n'est plus en mesure de fournir l'ensemble de son catalogue. L’expulsion au bénéfice des Auteurs et Compositeurs Dramatiques a conduit à l’asphyxie de la Maison de Poésie. Avant toute commande, il est nécessaire de nous consulter :
- La Maison de Poésie. La Société des Poètes Français. 16, rue Monsieur-le-Prince. 75006 Paris. 06 37 51 17 09. Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. Patrimoine
Pour le moment, la Maison de Poésie n'est plus en mesure de mettre à la disposition des lecteurs et des chercheurs le patrimoine poétique dont elle a la garde depuis plus de quatre-vingts ans. Il est indisponible, mais en sécurité dans les réserves de la Bibliothèque Nationale de France, à la suite de l’expulsion par la SACD.
Pérennité d'une œuvre poétique
Pour le moment, la Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont ne peut plus apporter son aide à la pérennité de l'œuvre d'un poète, à la suite de son expulsion au bénéfice de la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques.
Georges Saint-Clair Extrait de : Jacques Le Gall, Georges Saint-Clair, Fééries intérieures. Presses Universitaires de Pau Aquitaine. 2009.
DONS, LEGS ET MÉCÉNAT
La Maison de Poésie-Fondation Émile Blémont
est reconnue d'utilité publique
À ce titre, elle peut recevoir des dons et legs donnant droit à des réductions d’impôt prévues par la loi. Tous ces dons, même les plus modestes, aident financièrement la Maison de Poésie à répondre à sa vocation, et ils constituent un précieux encouragement. Chaque don, par chèque établi à l’ordre de la Maison de Poésie, fait l’objet d’un reçu à remettre aux services fiscaux. Les contribuables peuvent ainsi décider de l'affectation d'une partie de leur impôt. Nous remercions tous ceux qui choisissent de maintenir, d'aider, et de faire vivre la poésie.
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Contribuables assujettis à l’impôt sur le revenu (2012) : Diminution de l’impôt sur le revenu suivant les modalités prévues par la loi.
Contribuables assujettis à l’Impôt de Solidarité sur la Fortune (ISF. 2012) : Réduction de l’ISF du montant des sommes versées à la Maison de Poésie suivant les modalités prévues par la loi.
La Fondation est habilitée à recevoir les legs et successions.
Nous avons tous besoin de la poésie.
La poésie a besoin de vous !
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| Mise à jour le Mercredi, 08 Février 2012 05:46 |













