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    NU(e)57           PHILIPPE LEKEUCHE  

 Philippe Lekeuche, photo © Myriam Watthee-Demotte

Myriam Watthee-Delmotte

Entretien avec Philippe Lekeuche

Myriam Watthee-Delmotte : Cher Philippe, tes premiers textes poétiques remontent à ton enfance. Comment a commencé l’écriture poétique pour toi ? Quel a été le déclencheur ? Le sentiment d’une vocation de poète a-t-il accompagné d’emblée les premiers élans vers le poème ?

Philippe Lekeuche : Chère Myriam, tout d’abord « merci » de me donner la parole grâce à tes questions, « merci » pour cet accueil si amical. J’essaierai d’y répondre sincèrement et en vérité. J’ai écrit mon premier poème autour de Noël 1965, j’avais donc 11 ans, j’étais en sixième primaire, je me souviens bien de cette écriture sur une grande feuille de papier quadrillé. C’est venu « comme ça » : soudain j’ai écrit un poème. Ce fut une sorte de « flash », un miracle, un éblouissement inouï : voir tout à coup un poème exister, debout, matériellement, sur une page, alors que, juste avant, il n’y avait rien. Or, dans ma famille, on ne lisait pas de livres « littéraires », ni de la poésie, je n’ai pas grandi dans un milieu universitaire ou intellectuel. Et je dois avouer que, moi-même, je ne lisais pas de littérature, ni de poésie. Je lisais très peu en fait : des bandes dessinées, « Spirou », certains livres d’aventure pour la jeunesse, mais la lecture n’était en rien importante pour moi. Un élément a certainement joué : une jeune sœur de ma mère, une de mes tantes donc, me lisait du Prévert, notamment les poèmes de « Paroles ». Il y eut aussi les poèmes appris à l’école et l’album des fables de Jean de La Fontaine que j’avais reçu en cadeau quand j’étais petit enfant. Plus tard, alors que j’avais commencé à écrire, j’ai gagné, en juin 1966, à la tombola de l’école des Frères de la Charité à Tournai, un livre de Charles Péguy : « Morceaux choisis – Poésie » de la collection « Le livre de poche chrétien » : ce fut un coup de foudre, je le lisais avec passion, pris par les mantras rythmiques, énergétiques, de Péguy. C’est alors que j’ai senti la poésie entrer en moi. Là, j’ai su que j’étais poète. Oui, ce fut d’emblée destinal, une vocation, comme si j’avais reçu un trésor merveilleux, cela participa chez moi d’une certitude absolue : rien ni personne ne pourrait me ravir ce don, sauf la mort, tout avait changé radicalement, rien ne serait plus comme avant.

M. W.-D. : Aujourd’hui, qu’est-ce qui favorise l’écriture ? L’inspiration procède-t-elle d’une écoute intérieure, d’une disponibilité à soi ? Ou plutôt d’une mise à l’écoute de la vie extérieure à soi ? Y a-t-il une émulation sensorielle : la contemplation d’une œuvre d’art, l’écoute d’une musique ? La lecture d’autres poètes est-elle importante pour toi ?

Ph. L. : Pour répondre à ta question, je dirai qu’il n’y a pas chez moi un modèle type : les configurations, les dispositifs sont multiples. Pour prendre les deux extrêmes : le poème peut être donné, surgir d’un coup quelle que soit la circonstance dans laquelle je me trouve ou bien j’écris « à sec », sans avoir la moindre idée du poème, sans la moindre étincelle d’inspiration. Entre ces deux pôles, il y a tous les degrés intermédiaires. Quoi qu’il en soit, je dois, dans ma vie courante, rester concentré, éveillé, en tension vers la poésie à venir. Cependant, il s’agit d’abord et avant tout de vivre, « primum vivere », « d’abord vivre », prendre la vie à bras-le-corps, ce que j’appelle depuis très longtemps « Realdichtung », « poésie réelle » ou « poésie du réel » : tel est le fond de ma poétique. Bien plus tard, en 2006, lisant un ouvrage sur le premier romantisme allemand, j’ai trouvé cette formule de Novalis qui a fait écho à ma conception : « La poésie est le réel absolu ». D’une manière générale, le poème jaillit toujours de la collision entre le « dedans » et le « dehors ». Ce qui vient du « dehors » peut être une œuvre d’art (de n’importe quel domaine artistique), ou cela peut être une rencontre, une perception, le fait d’avoir vu « quelque chose » (par exemple, une grande maison dans un parc, un chien qui me scrute, etc.). Et, bien sûr, il y a aussi certaines œuvres qui m’ont traversé au fil du temps. Pour ne citer que les plus décisives : les sonnets de Shakespeare ; « Pathmos » et « Mnémosyne » de Hölderlin ; « La Chanson du Mal-aimé » d’Apollinaire ; certains sonnets de Mallarmé (ses « Tombeaux ») ; « Le voyage », dans « Les Fleurs du mal », de Baudelaire ; la « Première Élégie » de Rilke ; « Les Pâques à New York » de Blaise Cendrars ; sans oublier le « De Profundis » d’Oscar Wilde, qui n’est pas un poème à proprement parler mais qui m’a complètement retourné, sidéré, par sa puissance tragique et poétique. Ces œuvres-là ont déclenché en moi l’action de la poésie : une violente pulsion à écrire, à sortir de moi. Quant à ce qui vient du « dedans », de ce qu’il y a de plus intime et de plus personnel en moi, cela varie très fort, ce sont des dispositions affectives qui peuvent recouvrir toute la palette des sensations et des états d’âme de l’humain. À vrai dire, cela m’échappe, car, plus profondément, la « Chose » intérieure qui fait le poème est pré-langagière, pré-conceptuelle, elle se situe avant les sensations, les sentiments, le langage et la pensée.

M. W.-D. : Tes poèmes font entendre une double voix : d’une part, tu exprimes une lucidité aiguë sur les fragilités humaines et les failles de l’existence, mais d’autre part (et c’est rare dans la poésie contemporaine), tu donnes aussi à entendre l’enfance qui parle avec ses émerveillements, son sens ludique et son appétit de vivre. Comment comprends-tu cette dualité de ta parole poétique ?

Ph. L. : C’est parce que, chez moi, l’enfance demeure à vif, très aiguë. Et, plus je vieillis, plus elle s’aiguise et jaillit par à-coups. De grands penseurs tels que Baudelaire et Freud, pour ne citer que ceux-là, ont affirmé le rôle primordial de l’enfance chez l’artiste. Baudelaire, dans ses Journaux intimes, a cette très belle formule : « Le génie n’est rien d’autre que l’enfance nettement formulée ». Il s’agit donc de l’enfance, de l’infantile même, mais transposée, reformulée, transfigurée. Certains poèmes des « Tentatives de louange » d’Henry Bauchau manifestent cette dimension de l’enfance de façon sublime. Lorsque qu’elle survient dans mes poèmes, cela n’a rien d’intentionnel, elle affleure et remonte « naturellement », je ne sais trop pourquoi, ni comment. Ce que je peux dire, c’est que l’enfance comporte en elle de l’avenir et du possible, malgré et au sein même de ses blessures et traumatismes. Alors qu’avec l’âge, nous sentons ce possible décroître. Il demeure toujours, dans l’enfance que nous portons en nous, une sorte d’espérance. La descente vers la faille, la brisure, les tréfonds (ce que Heidegger analyse magnifiquement dans son texte : « Pourquoi des poètes ? »), c’est autre chose. C’est une descente alors que l’enfance, elle, remonte. Cette descente conduit vers le désespoir au sens de Kierkegaard, c’est-à-dire nous ramène à notre brisure, notre dualité profonde. Cela n’a rien de négatif, puisque, comme l’enseigne le philosophe danois, le désespoir est le chemin obligé vers le devenir-soi authentique.

M. W.-D.  : Une tension qui aiguillonne sans cesse ton dire poétique est la co-présence du thème amoureux et de celui de la solitude. Ils transportent le dire poétique entre gouffres et sommets et lui donnent, au-delà d’une rare densité émotionnelle, une profondeur métaphysique. La question des relations humaines, éros ou agapè, est-elle pour toi le cœur de la création ?

Ph. L. : Oui, sans aucun doute. Ici, je dois faire attention de ne pas philosopher ou théoriser. Parce qu’ici, même s’il y a du savoir et de la connaissance, je dois avouer, pour rester « honnête homme », que c’est un point de butée où l’énigme, l’insu, le non-savoir me font trembler, me déstabilisent, m’enlèvent à moi, et c’est là la condition ultime de ma création poétique. La triade existentielle, qui met en rapport l’amour, l’art et la folie, me travaille très concrètement, d’une manière incarnée, en tant qu’expérience vécue, pas du tout de façon conceptuelle, même si je m’efforce aussi de la penser : l’amour, c’est la révélation de l’être, ici et maintenant ; l’art, c’est ce qui nous reste à venir de l’être, ce qui, de lui, nous manque encore ; la folie (la psychose), c’est ce qui en est irrémédiablement perdu. Et cette triade, vivante-vécue, vient sans cesse buter contre le sexe, la sexualité, qui a chez l’être humain une fonction de coupure, de scission, et qui incarne notre finitude car la sexualité a aussi avoir avec la mort. Oui, pas de poésie sans amour (donc sans solitude), sans art et sans folie. Et la poésie doit aussi perpétuellement se débrouiller avec ce reste de sexualité qui échappe à toute sublimation. Pour moi, je le dis humblement, la poésie est mon risque suprême, elle me pose la question qui me taraude douloureusement : « Qu’est-ce que l’amour, lui-même divisé en ses multiples figures ? ».

M. W.-D.  : Tes textes disent souvent la blessure, le tremblement, et cependant il y a en eux une grande force d’équilibre. Les poèmes à la fois font entendre quelque chose de torturé et donnent le sentiment d’une stabilité jamais mise en péril ; on pourrait dire qu’ils se tissent de fils de chaîne de désespoir sur une trame d’espérance. Quel Orphée es-tu ?  Quelle perte est à l’origine de ce dire ? Et quelle obscure puissance permet à cette voix de continuer inlassablement de chanter malgré le déchirement ?

Ph. L. : Il faut que dans son vacillement le poème soit stable. Il se tient debout, il marche, ferme et sûr, en déséquilibre sur un fil. Le poème est un être vivant. Et le « Je » qui est dans le poème est celui du poème, non le « moi » de l’individu écrivant. Seulement voilà, les choses sont toujours plus compliquées que ce que l’on voudrait : un poème est enraciné au plus profond de l’homme concret. Je ne veux pas ici faire de la psychologie mais je dois avouer – c’est mon histoire personnelle – qu’à peine né, en janvier 1954, je suis entré en agonie, que les médecins ont annoncé ma mort à mes parents, et que j’ai survécu après deux mois de lutte. Je reste un survivant. La poésie est pour moi une question de survie. C’est pourquoi, ce que Blanchot m’a écrit en 1985 à la seule lecture dactylographiée de mes poèmes, m’a tellement révolté dans un premier temps, me remplissant d’une grande colère, avant que je ne découvre bien plus tard qu’il avait raison : « La poésie est en agonie, et cette agonie, c’est la nôtre. Soutenons-nous en silence ».

M. W.-D. : La force particulière de ton écriture tient à la faculté d’un retour aux sources du sens des mots et des constructions langagières : tu dégages la charge d’émotion maximale par une concentration sur la force du simple. Bachelard disait que « le simple ne saurait être pensé correctement qu’en tant qu’il apparaît comme le produit d’un processus de simplification ». Est-ce ainsi que cela procède chez toi ? Réécris-tu en vue d’une épure ? Ou bien les formes du poème se tiennent-elles d’emblée chez toi à ce niveau ?

Ph. L. : Je travaille beaucoup. Tout compte fait, je jette à la poubelle les deux tiers de ce que j’écris et je retravaille ce que je conserve. La difficulté première, c’est de savoir se relire comme si le poème avait été écrit par quelqu’un d’autre. Cela demande du temps, que le poème repose hors de ma vue et de ma pensée. Puis je travaille et retravaille. Il est rare, bien que cela arrive, qu’un poème se donne d’emblée comme valable. Dans la création, il faut savoir supporter de produire des déchets, il faut accepter le ratage. J’ai eu beaucoup de chance : dès mes quatorze ans, chaque semaine (le samedi) et durant dix ans, Madeleine Gevers m’a appris à lire mes propres poèmes et à les retravailler. La poésie est un très grand art, c’est une initiation, une technique, un métier. J’ai donc appris grâce à Madeleine ce qui fait la différence entre un texte littéraire ou poétique et un vrai poème. Elle-même avait appris son métier à Bruxelles durant la guerre 14-18 : juste après celle-ci, c’était Michel de Ghelderode, alors tout jeune homme, qui lui corrigeait ses vers. J’ai pu voir de mes yeux ses cahiers de l’époque avec les annotations manuscrites de son jeune mentor.

M. W.-D. : Pourquoi préfères-tu parler du « poème » que de « la poésie » ?

Ph. L. : La poésie, c’est une réalité, j’y pense chaque jour, elle est toujours là même à travers son absence. Sans, elle, pas de poèmes possibles. C’est le seul mot au monde qui me fait tenir. Le poème, c’est ce qui émane d’elle, c’est un « objet ». En fait, c’est un « sujet » à part entière (s’il s’agit bien d’un vrai poème), un être vivant ayant son caractère, ses charmes, ses beaux défauts, ses humaines défaillances et son autonomie par rapport à moi et au lecteur. Le poème a sa vérité propre, sa vérité esthétique qui est en lui-même, « objectivement » incluse. C’est très étrange : le poème est à la fois infiniment éloigné de ce que je suis et extrêmement proche, dans un paradoxe où la distance infinie et la proximité infinie s’intriquent l’une à l’autre. Alors que la poésie est féminine, qu’elle a rapport à l’ « éternel féminin », le poème, lui, est masculin. Il est dans l’ « avoir » : il doit posséder certaines propriétés techniques, des qualités littéraires, un certain pouvoir de toucher, d’émouvoir, il doit « faire ses preuves » (tout comme l’homme, le mâle) ; la poésie, elle, est dans l’ « être » : tout comme une femme est une femme et n’a pas à le prouver, la poésie « est » ou « n’est pas ».

Le poème se tient debout, il fait face. Il se tient dans une stature, une facture précise, bien tranchée. C’est de là que le poème agit, qu’il installe un champ, un agencement (pour reprendre le mot de Deleuze) qui produit une action : celle de donner de l’énergie. Avec le temps, j’ai appris que le poème était un champ de forces, un « champ tensionnel » comme disait Jean Guiraud, c’est une énergétique. Bien sûr, il faut une pensée poétique, des thèmes, des contenus sémantiques ; mais ce ne sont pas eux qui font le poème. Ils sont nécessaires pour constituer le texte mais ce qui transforme le texte en poème, ce qui constitue la poétique proprement dite, c’est le champ de forces, la circulation énergétique.

M. W.-D.  : Sur le plan des lieux éditoriaux, de l’institution littéraire et du paysage médiatique, tu es davantage un créateur de l’ombre qu’une figure en quête de notoriété. Est-ce un choix délibéré en vue de préserver ta liberté ou une résignation à ce qu’Henry Bauchau appelait « la nécessaire obscurité du poète à l’époque contemporaine » ?

Ph. L. : Chère Myriam, ce qui me préoccupe, c’est le problème de la création. Parce que rien n’est acquis en ce domaine, tout est toujours à recommencer. Parce que je me heurte toujours à mon impuissance. Oui, je suis tout à fait d’accord avec cette formule, que je ne connaissais pas,  d’Henry Bauchau. Elle sonne vrai. Ce n’est pas que je recherche l’ombre, mais je suis trop occupé par le problème vital de la création. Quant à la notoriété, je ne la rejette pas. Un auteur espère toujours être lu et diffusé, être connu et reconnu. Cette question de la notoriété est très présente chez moi sous une forme ontologique, à travers une question douloureuse :

« Est-ce que tout ça (mes poèmes) ne va pas filer dans l’oubli, dans le néant ? ». D’autre part, depuis que je fais de la poésie, je n’aime pas mettre ma personne en avant, cela fait partie de mon caractère, je n’aime pas être sur le devant de la scène quand il s’agit de poésie. J’ai mes limites. Je suis toujours mal à l’aise, peut-être parce que je suis convaincu que l’ « auteur », ce n’est pas « moi », c’est un ensemble (Foucault dirait une « structure ») dont je ne suis qu’un point, un élément. Certes, si cet élément-là est supprimé, mes poèmes à venir ne verront pas le jour mais, malgré ce fait, ce « moi », n’est qu’un élément de cet ensemble (qui inclut ma généalogie poétique, les livres que j’ai lus, les gens que je rencontre, les événements de ma vie, etc.).

M. W.-D.  : Plusieurs résonances mystiques et/ou chrétiennes affleurent dans ton œuvre. Comment te situes-tu à cet égard ?

Ph. L. : Mon christianisme est tragique, je veux dire que la Passion du Christ me concerne, là où Jésus sur la Croix fait l’expérience de cette catastrophe absolue : « Dieu est mort ». Par sa formule, Nietzsche veut dire que la valeur des valeurs, celle qui sert de critère absolu pour la fondation et l’ordonnancement de toutes les autres valeurs, que cette valeur originelle, fondatrice, n’opère plus. C’est ce que vit Jésus sur la Croix, abandonné de Dieu : le Créateur n’est plus là. Et tous, que nous le voulions ou pas, nous passerons par là, par ce seuil : à un moment donné, nous serons au bord de la mort réelle. Ce n’est pas une question de Foi, c’est un fait. Et puis, il y a la question du Mal, sans réponse, un scandale. Il se peut que la poésie soit ma réponse personnelle à ces deux « murs » sur lesquels je me cogne : la mort, l’absence radicale de Dieu, et le Mal. Mon poème, intitulé « Un rebelle » dans mon livre « L’État rebelle » (1998), exprime, je pense, mon vécu par rapport à ma Foi et je suis toujours en accord avec lui.

NU(e) 57

avril 2015

numéro coordonné par

Myriam Watthee-Delmotte

Direction

Béatrice Bonhomme, Hervé Bosio

Comité de rédaction

Arnaud Beaujeu, Éric Dazzan, Tristan Hordé,

Marie Joqueviel-Bourjea

Régis Lefort, Jean-Yves Masson,

Danielle Pastor, James Sacré, Arnaud Villani.

Conception graphique Danielle Pastor

Association NU(e), 29, avenue Primerose 06000 NICE

Cet ouvrage a été publié avec le soutien du Groupe de recherches

« Littératures, Imaginaires, représentations » (Centre de recherche sur

l’Imaginaire de l’Université catholique de Louvain, Louvain-la-Neuve)

Numéro publié

avec le concours du C.N.L.

ISNN 12667692

copyright NU (e) Béatrice Bonhomme, Hervé Bosio dir.