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Claude Favre lauréate du Prix Rimbaud 2025

Le prix Rimbaud 2025 a été attribué à Claude Favre pour Membres fantômes | Temps mêlés. Le choix d’un livre qui ne cherche ni à rassurer ni à séduire, mais à tenir dans la langue ce qui déborde, ce qui excède, ce qui continue de faire violence — y compris à l’acte d’écrire.

Discours de remise du prix de l’ancien lauréat du Prix Rimbaud 2024, Grégory Rateau :

Chère Claude,

Chères toutes et tous de la Maison de poésie,

Cher jury,

C’est pour moi une joie profonde, et un honneur sincère, d’être associé aujourd’hui (même à distance) à la remise du Prix Rimbaud 2025. L’an dernier, j’ai eu la chance d’être distingué ; cette année, c’est à ton tour, Claude, de recevoir cette reconnaissance amplement méritée.

Ton livre membres fantômes | temps mêlés est un choc, une respiration heurtée, un appel. Un livre tête-bêche, double geste, double risque. Deux langues presque, deux intensités qui se rejoignent dans un même espace : celui où l’on tente de dire l’indicible, d’approcher les déchirures du monde sans les esthétiser, sans les édulcorer. Tu écris pour ne pas détourner les yeux, pour entendre encore les voix que le vacarme recouvre.

Lors de notre entretien pour Poesibao, tu as dit quelque chose qui m’est resté : écrire, pour toi, ce n’est pas ordonner, c’est affronter. L’accident, le fragment, la répétition, les ruptures – non comme effets de style, mais comme façons de toucher la vérité d’un monde qui ne tient plus en ligne droite. Ta poésie accepte l’inconfort, elle accueille le discontinu. Elle se bat avec les failles, avec les fantômes, avec ce qui persiste après l’effacement.

Dans ces pages, il y a de la colère, oui, mais une colère lucide, patiemment travaillée. Il y a de la tendresse aussi : une attention aux corps oubliés, aux histoires effacées, à ces vies dont on ne parle qu’à demi-mots. Tes poèmes ne sont jamais dans la posture. Ils cherchent. Ils interrogent. Ils n’abandonnent pas.

Je veux aussi saluer ici le travail de ton éditrice chez LansKine, Catherine Tourné. Publier un livre comme le tien, c’est prendre part à ce geste de transmission qui refuse la simplification et la complaisance. Catherine accompagne des écritures exigeantes, des voix qui travaillent la langue en profondeur, et elle le fait avec la discrétion, la rigueur et l’intelligence éditoriale qu’un tel texte requiert. Son engagement permet à des œuvres comme la tienne d’arriver jusqu’à nous dans toute leur force, sans compromis mais avec une attention rare.

Remettre le Prix Rimbaud à ta voix aujourd’hui ou plutôt, faire qu’il te soit remis, c’est reconnaître une poésie qui n’apaise pas, mais qui réveille ; qui n’arrondit pas, mais qui ouvre. Une poésie qui fait place à ce qui tremble, à ce qui saigne, à ce qui résiste. Une poésie qui n’a pas peur d’être vivante.

Je te félicite, Claude, pour ce livre qui œuvre, qui insiste, qui n’oublie personne. Merci d’avoir écrit ce texte qui nous oblige autant qu’il nous élève.

Avec toute mon amitié poétique,

Grégory Rateau, Bucarest 17 novembre 2025

Son entretien avec Claude Favre pour Poesibao

et l’article sur Strophe.fr